Pourquoi la France se doit d’aider Haïti

Haïti a longtemps été la colonie la plus riche que la France ait jamais connu. Nous devons beaucoup à ce pays. Pourquoi tant d’Haïtiens parlent si bien notre langue ? Pourquoi des villes comme Bordeaux, la Rochelle ou Nantes ont-elles de si beaux centres historiques ? Ce n’est pas sans rapport avec notre passé commun. Longtemps nous lui avons tourné le dos, par mépris, par rancune. Une rancœur tenace qu’il nous faut désormais laisser à l’Histoire.

Haïti, pays parmi les plus pauvres du Monde, vient de célébrer un bien triste anniversaire. Le 12 janvier 2011, journée de deuil, il fallait être bien optimiste pour croire en des jours meilleurs. Depuis, la polémique autour des élections présidentielles reportées au 20 mars, le retour d’un dictateur probablement suivi très prochainement par un deuxième, plus d’un milliard de dollars volatilisés, une reconstruction économique qui n’avance pas, un gouvernement inexistant, une désorganisation totale de l’aide internationale, voilà ce qui fait d’Haïti une poudrière. C’est cependant sans compter sur la force, la foi et le courage de ce peuple. Pas de résignation, pas de lamentation, mais la croyance en des jours meilleurs. C’est comme cela que fonctionne Haïti depuis plus de deux cents ans. Ce n’est pas la première fois que ce peuple souffre, que ce pays semble anéanti. Il s’est toujours relevé, faisant preuve d’une force et d’un courage difficilement égalables. Mais pourquoi la France, qui lui doit tant, ne s’implique-t-elle pas davantage ? Notre mémoire semble bien sélective. Comment oublier qu’au 18° siècle, Haïti était de loin la colonie française la plus prospère ?

On peine à imaginer aujourd’hui ce qu’a pu représenter à cette époque là la partie française de l’île de St-Domingue, actuelle République d’Haïti, pour le commerce français. Jamais colonie ne fut aussi prospère et aucune ne l’égalera par la suite. Haïti était de loin la colonie la plus riche de toutes les Antilles. Café, indigo, coton et canne à sucre ont contribué à l’embellissement de nos anciens ports négriers tels que Bordeaux, la Rochelle ou Nantes. Plus de deux cents ans après l’indépendance de ce pays, son histoire commune avec la France reste beaucoup trop méconnue… ou ignorée.

Découverte en 1492 par C. Colomb et baptisée Hispaniola, cette grande île (plus de 75.000 km², soit près de trois fois la Belgique) n’intéresse alors guère les espagnols qui lui préfèrent l’or du continent sud-américain, laissant place aux fameux flibustiers et boucaniers (français, anglais et hollandais). L’occupation par la France de la partie occidentale de l’île est reconnue à la fin du 17°siècle. Haïti est alors appelée St-Domingue. Sous l’autorité française, les plantations prospèrent, jouissant du climat tropical de l’île. La culture du café, du tabac, du cacao, de l’indigo, mais surtout de la canne à sucre, se répand très rapidement. Si dans les premières décennies, des engagés blancs viennent travailler sur les plantations aux côtés d’esclaves africains, les planteurs ne tardent pas à renoncer à cette main-d’œuvre européenne qui supporte mal le climat, doit être rémunérée et peut partir au bout de 36 mois. Quant à l’esclavage, s’il existait déjà en Afrique, jamais il ne prit l’ampleur qu’il a eu dans les colonies antillaises. Rappelons que près de 6 000 000 d’africains ont été arrachés à leur terre pour venir peupler ces plantations.

« C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe ». (Voltaire, Candide ou l’optimisme)

En 1763, à l’issue de la guerre de Sept Ans, la France perd son empire colonial, avec le Canada, mais garde son empire commercial. En gardant Haïti, autrement appelée la « reine des Antilles » et derrière elle la Guadeloupe et la Martinique, la métropole domine très largement le marché international des sucres et des cafés, qui de produits à la mode sont devenus des besoins pour l’Europe des Lumières.

Quatre pays assurent plus de 90% de la traite atlantique. Il s’agit du Portugal, de l’Angleterre, de l’Espagne et de la France.  A lui seul, le 18°siècle accapare plus de 60% des africains déportés en trois siècles et demi d’exploitation — soit environ 6 000 000  de personnes — dont plus de la moitié pour les seules Antilles. Saint-Domingue à elle seule absorbe les deux tiers des captifs en partance vers les îles françaises. C’est bien la plantation sucrière qui est dévoreuse d’hommes puisque le capital investi dans cette production équivaut à environ 40% de toute la fortune de la colonie. Si le prix des esclaves était très variable, il augmenta au fil des ans, passant schématiquement de 1.400 livres au début du 18°siècle, à 3.300 en 1789. A titre comparatif, à cette même époque, une maison de la Rochelle coûtait environ 30.000 livres et un ouvrier agricole en France 300 livres par an.

L’opulence de la plus grande des colonies est insolente. La balance commerciale française demeure excédentaire grâce aux denrées américaines. Cette colonie était la plus riche que la France n’ait jamais connu. Comptant pour le tiers du commerce extérieur français, il y avait pour une année, environ 1.500 navires qui relâchaient dans ses ports, 750 gros vaisseaux montés par près de 80.000 marins qui assuraient la liaison entre la colonie et la métropole. Elle fournissait alors les trois-quarts de la production mondiale de sucre.

En 1788, le revenu de cette colonie, réputée la plus riche du monde était de 137 millions de livres, soit 70% des revenus que la France tirait de ses possessions américaines, plus que toutes les colonies anglaises et espagnoles des Antilles réunies dont le revenu global atteignait à peine 117 millions de livres.

De l’exploitation à l’ignorance

A la veille de la révolution, il y avait à St-Domingue 30.000 blancs et autant d’hommes de couleur affranchis, face à plus de 500.000 esclaves. Dans le même temps, la partie espagnole de l’île, Santo Domingo, compte à peine quelques dizaines de milliers d’habitants. Si les révoltes d’esclaves étaient très fréquentes, l’insurrection qui débute le 22 août 1791 va bouleverser le pays entier et bien au-delà.

La figure de proue de cette révolution, Toussaint Louverture, est connu pour avoir été le premier leader noir à vaincre les forces d’un empire colonial européen dans son propre pays. Cet homme né esclave, a mené une lutte victorieuse pour la libération des siens. Il est mort emprisonné au Fort de Joux, en France, en 1803. Le premier janvier 1804, l’indépendance est proclamée, au terme d’une longue et meurtrière guerre de libération. Une indépendance qui n’a été reconnue par la France qu’en 1825, contre une indemnité de 150 millions de francs-or ramenée à 90 millions. Les Haïtiens vont l’acquitter par échéances jusqu’en 1888 !

L’ancienne colonie française est ainsi devenue la première république noire du monde et le deuxième état indépendant des Amériques, après les États-Unis. Mais à quel prix ! Avec l’indépendance, ce que l’on appelait alors Saint-Domingue devient Haïti, du nom que donnaient les indiens Taïnos à l’île avant l’arrivée de C. Colomb. Ayti veut dire « terre des hautes montagnes », car ce pays est formé de chaînons montagneux séparés par de vastes plaines.

Malheureusement, tremblements de terre, ouragans, sécheresses et bien d’autres calamités, naturelles et humaines, parsèment tragiquement l’histoire d’Haïti. Le dernier séisme de l’ampleur de celui du 12 janvier 2010 remonte à 1751. La ville de Port-au-Prince avait alors été très largement détruite et on comptait plus de 15.000 victimes, un chiffre colossal pour l’époque. Cette année là, un ouragan avait succédé à cette première catastrophe. Aujourd’hui, c’est le choléra, la misère et l’instabilité politique qui emboîtent le pas, les tentatives de retour d’anciens dictateurs n’arrangeant rien. Si nous ne pouvons rien faire contre les forces de la nature, il faut bien comprendre que la désorganisation, pour ne pas dire « l’inorganisation » de l’aide qui a suivi, tue aussi. Pourquoi ne pas se poser la question de la création d’une organisation onusienne pour superviser l’ensemble de l’humanitaire lorsque de telles tragédies se produisent ? C’est en quelques sorte ce que Mme Bougrab, secrétaire d’état à la jeunesse et à la vie associative, réclame quand elle invoque des « casques rouges » de l’O.N.U. mais sans grand écho. Car comment tolérer que lors de telles tragédies, les intérêts économiques, financiers, politiques et religieux prévalent sur la vie humaine ?

Au-delà de la peur, de la souffrance et du doute, les Haïtiens sont fiers, dignes et profondément croyants ; en leurs Dieux certes, mais aussi en leurs hommes, en leur culture, en leur histoire. De plus, Haïti n’est pas réduite à Port-au-Prince. Il faut absolument compter sur sa campagne si riche, sur ce monde rural trop longtemps mis de côté. Laissons lui le temps de se reconstruire mais restons près d’elle. Ne cherchons plus à nous imposer mais, une fois n’est pas coutume, sachons l’écouter. L’entendre ne suffit plus. Sans doute est-ce ainsi que nous l’aiderons durablement. Comme l’écrit si bien Dany Laferrière, un écrivain haïtien : « Ces gens sont tellement habitués à chercher la vie dans des conditions difficiles qu’ils porteront l’espérance jusqu’en enfer ». (Tout bouge autour de moi, ed. Grasset, 2011, p32). Prenons exemple sur eux.

K. Bourdier*

 

*historienne, auteure d’une thèse de doctorat intitulée « Vie quotidienne et conditions sanitaires dans les grandes habitations sucrières du Nord de Saint-Domingue à la veille de l’insurrection d’août 1791 »
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4 réflexions sur “Pourquoi la France se doit d’aider Haïti

    1. Haiti est un pays formidable
      J’aimerais qu’on cesse de le montrer du doigt en disant que c’est un des pays les plus pauvres de l’Amérique . J’aimerais que son histoire soit enseigné , pour que certaines personnes aux idées mal fondées sache que Haiti n’est pas qu’un pays pauvre , mais un pays remplie de bonnes choses , culturellement . Haiti devrait être connu sous un autre angle , son histoire devrait être connu de tous , et devrait être visité , et devrait effacé le mot pauvreté à son sujet , et devrait aller d’eux mêmes visité ce magnifique pays , au lieu de se contenter de ces endroits malfamés , dégradantes , moche qu’on nous montre à la télévision . Allez de vous même découvrir son histoire et sa magnificence .

      J’approuve tout ce qui a été dit dans ce texte .

  1. Haiti est un pays formidable , il faut qu’elle soit vu autrement et parlé d’une autre manière , j’aimerais que la première chose dite que Haiti ne soit pas cette citation : Plus pauvre pays de l’Amérique . Mais que toutes personnes veuille l’aider à avancer de l’avant et admire sa grandeur et l’aide à progresser

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