Rencontre avec Simon Wasserman, président de l’association Saut Jeune.

Dans le cadre de la semaine sur le conflit israélo-palestinien, nous avons rencontré Simon Wasserman, président de l’association Saut Jeune.

Saut Jeune est une association de jeunes juifs dans une mouvance de gauche, française comme israélienne, créée en septembre 2014, dans le but d’apaiser des tensions intercommunautaires très fortes et institutionnaliser un dialogue entre les jeunes de toutes les convictions sur le conflit. De ce fait, ils ne sont pas affiliés à un parti et restent critiques à l’égard de l’actuel gouvernement.

L’association Saut Jeune, ouverte à tous, organise entre autres des rencontres mensuelles au cours desquelles une discussion est engagée avec un intervenant spécialisé, sur un thème spécifique lié ou non au conflit israélo-palestinien

Voici ce qu’il a répondu à nos questions.

Saut Jeune

Sur la reconnaissance d’un Etat Palestinien  

La position de Saut Jeune sur la reconnaissance d’un Etat palestinien est claire : elle doit se faire rapidement et doit être totale, c’est-à-dire qu’elle doit s’accompagner d’un retrait des populations israéliennes des colonies en Cisjordanie, laissant le peuple palestinien pleinement souverain sur l’intégralité de son territoire. Il rappelle que la création d’un Etat palestinien était déjà prévue lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948, mais que ses voisins ne l’avait pas permise à l’époque. Il souligne aussi que la bande de Gaza et la Cisjordanie sont occupées, et non annexées. Si un État n’est pas créé rapidement, en plus de poser des problèmes d’indépendance d’un peuple qui a le droit à l’autodétermination, l’occupation continuera à alimenter la haine qui est à l’origine des derniers évènements. De plus, la création d’un État palestinien est dans l’intérêt des Israéliens dans la mesure où, si les territoires palestiniens étaient annexés, la croissance démographique palestinienne créerait un déséquilibre au détriment des israéliens, donc une minorité juive au sein de l’Etat d’Israël.

Sur l’énergie, l’économie et la coopération future

Il note que l’eau est un problème fondamental dans la région. Et ce problème illustre parfaitement l’interdépendance de la Palestine et d’Israël aujourd’hui, qui continuera une fois l’Etat palestinien créé d’après Simon Wasserman. Tant énergiquement que dans certains secteurs économiques, les Territoires palestiniens ne sont pas auto-suffisants. De plus, Israël a besoin des ressources présentes sur ces territoires, notamment l’accès aux nappes phréatiques. Et cette dépendance a déjà servi de moyen de pression pour Israël. Néanmoins, il affirme que, même si le gouvernement Netanyahu est opposé à l’indépendance de la Palestine dans l’immédiat, il apporte une aide humanitaire et fournit de l’énergie à ces territoires, et qu’ils continueront à en avoir besoin.

Sur le bilan profondément asymétrique du conflit

Ce qui a changé depuis 2012, c’est que la portée des roquettes aux mains du Hamas a augmenté, et c’est la première fois que Tel Aviv est ciblée depuis la bande de Gaza. Ce qui effraie la population israélienne, qui se croyait à l’abri, et accroît les tensions.

S’il ne nie pas que c’est bien Israël qui appuie sur la détente, il rattache l’asymétrie du bilan à des différences logistiques, sans oublier la responsabilité du Hamas. En effet, Israël est très bien protégée face à des roquettes, déjà peu précises à la base, grâce au Dôme de fer, un système qui les intercepte alors qu’elles sont dans les airs. A l’opposé, les missiles et drones israéliens touchent toujours leur cible, souvent au coeur de la structure urbaine très dense de Gaza, et dépourvue d’abris fait que les populations civiles sont régulièrement touchées par les missiles au passage, alourdissant le bilan de ces attaques. Mais la responsabilité du Hamas dans la mort de nombreux Palestiniens est importante pour lui. En effet, des fonds européens lui ont été alloués pour construire des abris, mais l’argent aurait le plus souvent servi à construire des tunnels de contrebande ou offensifs, d’après Simon Wasserman. De plus, il mettrait les populations civiles en danger en stockant ses roquettes dans des lieux publics, en les lançant depuis des appartements, avec ou sans le consentement des occupants. Mais, « ça ne justifie en rien les attaques disproportionnées d’Israël », d’après lui.

Sur la recrudescence d’un terrorisme juif radical

Cette mouvance ultra orthodoxe messianique (à lire sur Classe Internationale : « Deux yeux pour un oeil » : Meir Kahane et le « terrorisme » juif)  n’est pas une nouveauté, mais elle s’était faite discrète. Pour la première fois, la communauté israélienne prend conscience de l’existence de cette communauté très marginale, et depuis le mois dernier les services secrets israéliens ont mobilisé des moyens importants pour la contenir.  

Pour conclure, Simon Wasserman rappelle que, certes il y a des extrémistes de tous les côtés, mais qu’il est important de souligner l’existence de nombreuses associations et institutions de coopération et d’amitié entre Arabes israéliens et juifs israéliens (comme Givat Haviva – Shared Society, Women Wage Peace, Shalom Ahshav, Peres Center for Peace ou le Arab-Israéli Peace Project) , seule source de paix possible dans la région à moyen et long terme.  

Rémy Gendraud

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