Quel avenir pour le Mozambique ?

Quel avenir pour le Mozambique ?

Destination bien souvent méconnue, le Mozambique est un pays qui s’étend le long de la côte orientale de l’Afrique australe. Fort d’un territoire de 800 000 km carrés et de plus de 27 millions d’habitants, ce pays est en passe de devenir une puissance africaine incontournable grâce aux innombrables ressources ─ notamment énergétiques ─ dont il dispose. Depuis quelques années, le Mozambique a su miser sur son potentiel d’envergure pour se relever d’un passé difficile, marqué à la fois par les abus de la colonisation portugaise ainsi que par les affres d’une guerre civile dévastatrice. En outre, par sa position stratégique, le territoire mozambicain s’est imposé comme un lieu de passage privilégié par lequel transite une part non négligeable des flux commerciaux mondiaux. Dès lors, les ressources du Mozambique sont l’objet de la convoitise de nombreuses puissances, à l’image de la Russie, du Brésil ou de la France, qui cherchent à s’implanter durablement dans le pays et à faire de celui-ci un partenaire économique de choix.

 

Si à première vue le Mozambique a tout d’un nouvel eldorado, il doit faire face à des fractures de taille qui menacent de plus en plus sa stabilité. En effet, entre exacerbation des tensions religieuses, accentuation des inégalités socio-économiques et opposition toujours plus accrue entre factions politiques, la situation semble loin d’être pacifiée. La population mozambicaine est toujours une des plus pauvres de la planète. En outre, depuis 2017, le danger islamiste s’est greffé aux problèmes endémiques que connaît le pays, intensifiant les risques de déstabilisation interne. 

Dès lors, il s’agira d’analyser les diverses recompositions et les mutations profondes qui connaît le Mozambique, dont les dynamiques mêlent à la fois des facteurs politiques, sociaux, économiques mais également religieux. Ainsi, les inégalités et tensions qui parcourent la société mozambicaine apparaissent comme un défi majeur auquel doit répondre le pays s’il veut véritablement s’imposer comme puissance au sein de l’espace africain.  

Le Mozambique, pays en plein essor

L’ensemble du territoire mozambicain regorge de ressources considérables qui font du pays un havre rêvé pour les investisseurs internationaux. Dans le Nord-Ouest du pays, la province de Tete renferme une des plus grandes réserves de charbon d’Afrique, dont une grande partie reste encore inexploitée. La découverte de telles réserves a considérablement changé les dynamiques locales de la région, dans laquelle se bousculent les investisseurs étrangers. La petite ville de Moatize constitue le parangon de cette évolution brutale. Depuis la découverte en 2008 d’un des plus grands bassins charbonniers de la planète sous la ville, Moatize s’est transformée en hub où transitent des millions de tonnes de marchandises et où ont été construits des dizaines d’hôtels flambants neufs.

Cela a très vite conduit à la construction d’une immense mine de charbon à ciel ouvert, gérée par le géant brésilien Vale. Afin d’acheminer les matières premières vers les ports du littoral mozambicain, les connexions ferroviaires ont été récemment modernisées. À titre d’exemple, la ligne de chemin de fer qui relie Moatize au port de Nacala, dans le nord du pays, a été achevée en 2016. Par ailleurs, le Mozambique se distingue par sa production d’électricité, rendue possible par les immenses réserves d’eau dont dispose le pays, traversé par le fleuve Zambèze. Le barrage de Cahora Bassa, construit au début des années 1970 et fierté technique de l’Empire colonial portugais (1), constitue la principale source de production électrique. Pour profiter pleinement du potentiel hydroélectrique du fleuve Zambèze, qui serait de plus de 6 000 mégawatts, d’autres projets de barrages sont prévus, à l’image de celui de Mphanda Nkuwa, dont la construction a débuté l’année dernière. 

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Le barrage de Cahora Bassa, situé sur le fleuve Zambèze, dans la province de Tete. 
Construit entre 1969 à 1975, il est largement inspiré du barrage Hoover, aux États-Unis.
(©️ Flickr)

Néanmoins, si le potentiel minier et hydroélectrique du pays tend à le transformer en une puissance énergétique majeure, les regards se tournent avant tout vers l’extrême Nord du Mozambique. En effet, la province de Cabo Delgado s’est retrouvée sous le feu des projecteurs au moment de la découverte de vastes réserves gazières à partir de 2010. Il s’agit majoritairement de gisements offshore. Le Mozambique serait ainsi en passe de devenir un des plus grand exportateurs de gaz naturel liquéfié (2) du monde en se hissant en troisième position derrière le Qatar et l’Australie. Le potentiel gazier du pays a attiré des investisseurs du monde entier, qui ont mis sur pied d’immenses projets d’extraction, à l’image de Mozambique LNG, piloté par Total. Ce projet, initialement présenté par l’entreprise américaine Anadarko ─ dont une partie des actifs a été acheté par Total ─, prévoit notamment la mise en place d’une usine de liquéfaction dans la ville de Palma à l’horizon 2024. Ainsi seront construits des aménagements de taille, tels que des convois de trains, des terminaux ou des embarcadères pour permettre l’exportation du gaz. Ces infrastructures seront directement reliées aux gisements offshore grâce à l’installation de gazoducs.

Le projet Mozambique LNG rappelle la place de choix de Total sur le marché mondial du gaz naturel liquéfié. En effet, l’entreprise française détient 10% des réserves mondiales exploitées, juste derrière la compagnie pétrolière anglo-néerlandaise Shell. Les investissements de Total sur le territoire mozambicain devraient ainsi renforcer les positions françaises dans le secteur de l’énergie. D’autres projets majeurs ont également vu le jour dans le nord du pays, tel que Rovuma LNG, dirigé par l’américain ExxonMobil et l’italien ENI. À eux seuls, les deux projets devraient générer plus de 50 milliards de dollars de recettes. Cela met en exergue la position stratégique du Mozambique dans le commerce mondial.

En effet, le pays bénéficie d’une façade maritime de plus de 2 000 kilomètres, où trois ports majeurs ─ Matola au Sud dans la banlieue de la capitale Maputo, Beira au centre et Nacala au Nord ─ permettent d’exporter les ressources énergétiques mozambicaines vers le monde entier et pallier ainsi les besoins croissants en énergie de la planète, notamment du Moyen Orient et du sous-continent indien. La convoitise autour de l’accaparement des ressources dans le canal du Mozambique s’en voit dès lors renforcée, d’autant plus que ce passage constitue un point stratégique majeur de l’océan Indien, au travers duquel transite près de 30% du trafic mondial de pétroliers. Aux enjeux liés à l’exploitation des sous-sols gaziers s’ajoutent des conflits de souveraineté entre le Mozambique, Madagascar et la France (3). 

En outre, le Mozambique enregistre des taux de croissance du PIB importants, de l’ordre de 7% par an durant les années 2000 et le début des années 2010. Malgré une baisse sensible ces dernières années, le Fond Monétaire International (FMI) prévoit un taux de croissance de plus de 20% par an pour le début des années 2020. Ces chiffres s’expliquent en partie par les investissements étrangers toujours plus importants. Le décollage économique du pays a ainsi contribué à systématiser la présence de l’étranger, qui s’impose comme une constante depuis dix ans. L’omniprésence du Brésil au Mozambique en constitue un exemple frappant. Au-delà de la pénétration économique ─ Petrobras et sa filiale Biocombustível dans le secteur de l’éthanol ou encore Vale dans le secteur minier ─, l’influence du Brésil se remarque dans de nombreuses sphères de la société.

Si les chaînes de télévision mozambicaines sont envahies par les telenovelas, l’attraction brésilienne se fait également sentir dans le domaine religieux, à travers l’importance grandissante de branches chrétiennes évangélistes, à l’instar de l’Église universelle du royaume de Dieu. Le boom économique du Mozambique a aussi conduit de nombreux Portugais à émigrer dans le but d’échapper à la crise du début des années 2010 et de trouver un emploi stable. Les banques et chambres de commerce, qui se multiplient dans le pays, se sont lancées dans de véritables campagnes de promotion, espérant attirer de plus en plus de travailleurs étrangers. 

De plus, si d’autres pays comme la Chine, le Japon ou encore l’Inde ont obtenu des parts de marché considérables dans le pays, un pays fait figure d’outsider : la Russie. Historiquement proche du gouvernement mozambicain et de son parti au pouvoir, le Frelimo (4), la Russie ne cache pas ses ambitions de faire du Mozambique un partenaire privilégié et un engrenage majeur de sa politique africaine. En août dernier, lorsque le président mozambicain Filipe Nyusi a rencontré son homologue Vladimir Poutine, une série d’accords visant à renforcer la coopération entre Moscou et Maputo ont été conclus, notamment dans le domaine de la sécurité et des hydrocarbures. Le groupe pétrolier russe Rosneft est déjà présent dans la province gazière de Cabo Delgado, fort de sa coopération étroite avec l’entreprise mozambicaine INP. De plus, le président Nyusi était un des invités vedette du sommet Russie-Afrique qui s’est tenu en octobre 2019 à Sotchi. De tels rapprochements s’inscrivent dans la stratégie poutinienne de construire ce que beaucoup appellent une « Russafrique », c’est-à-dire la volonté d’ouvrir une nouvelle ère de coopération russo-africaine basée sur des investissements massifs. 

Finalement, un des secteurs qui a le vent en poupe est celui du tourisme. Même s’il se fait timide aujourd’hui, le Mozambique compte sur ses multiples atouts pour attirer des voyageurs du monde entier. De façon stratégique, les groupes hôteliers des quatre coins du globe se bousculent aux portes du pays. Par exemple, le français AccorHotels ouvrira son premier hôtel en 2021 dans la capitale et l’américain Marriott prévoit de prendre part au marché dès 2023. Des plans de réaménagement de Maputo, la capitale, située à l’extrême Sud du pays, ont été mis en place afin d’adapter le centre-ville aux exigences nouvelles du tourisme international. Le Mozambique peut en outre se vanter de disposer d’un cadre hors du commun : plages gigantesques, îles désertes ou encore parcs naturels comme celui du Gorongosa, dans le centre du pays. La facilité pour obtenir un visa touristique pour le Mozambique fait également partie de cette stratégie globale qui vise à attirer les vacanciers.  

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La plage de Tofo, située dans la province d’Inhambane sur la péninsule de Ponto do Barra.
La zone s’est récemment transformée en pôle de l’écotourisme 
et attire de plus en plus de touristes.
(©️ Wikipédia)

Un dynamisme qui cache de profondes fractures

Malgré la forte croissance que connaît le pays, une part importante de sa population vit dans des conditions misérables. En effet, plus de la moitié des habitants vit en-dessous du seuil de pauvreté, ce qui fait du Mozambique un des pays les plus pauvres au monde. En 2017, il se plaçait toujours au 180ème rang mondial selon l’IDH, l’Indice de Développement Humain (5). À cela s’ajoutent d’importants problèmes sanitaires qui sont surtout liés au manque d’accès à l’eau potable d’une grande part de la population. Des épidémies de dysenterie et de choléra sont alors très fréquentes. Le VIH est également un fléau majeur pour nombre de Mozambicains, dont la prévalence parmi les adultes s’élève à plus de 13%. Ce chiffre atteindrait même les 15% dans les zones urbaines. Ainsi, malgré les bonnes performances économiques du Mozambique, une grande partie de la population ne profite pas des effets de la croissance.

Cela se vérifie d’autant plus aujourd’hui, à l’heure de changements climatiques d’envergure. En effet, le réchauffement de la planète a un impact majeur sur le mode de vie des populations présentes sur le littoral. Les catastrophes naturelles sont de plus en plus fréquentes, puissantes et dévastatrices. En avril 2019, le cyclone Idai a touché le centre du pays, faisant plus de 600 morts et laissant des millions de personnes dans une détresse humanitaire sans précédent et dans une situation d’insécurité alimentaire. Une partie conséquente de la ville de Beira, située dans la province de Sofala et comptant presque 500 000 habitants, a été détruite. Deux mois plus tard, c’est le cyclone Kenneth qui ravageait la province de Cabo Delgado, au Nord. À l’apparent essor du Mozambique porté par les investisseurs internationaux se substitue donc l’image d’un pays appauvri et en première ligne face aux changements climatiques. 

L’apparent dynamisme des investissements étrangers et les chiffres de la croissance ne doivent pas faire oublier que le Mozambique connaît de réelles difficultés économiques. Si la politique néolibérale ─ dévalorisation de la monnaie nationale, le metical, désindexation des prix des biens de consommation, privatisations, … ─ menée durant les années 1990 a semblé porter ses fruits au début du XXIème siècle, l’économie mozambicaine s’est largement détériorée depuis cinq ans. En effet, après la chute du cours des matières premières en 2015, c’est le scandale dit des « dettes cachées » qui a secoué le pays en 2016. Le gouvernement mozambicain a reconnu avoir dissimulé plus de 2 milliards de dollars d’emprunts dans le but d’acheter des navires militaires. Cette révélation a plongé le Mozambique dans une crise financière majeure tout en minant la confiance des investisseurs et des bailleurs de fonds.

De telles difficultés économiques cristallisent en outre les tensions sociales, alimentées par le fossé qui existe entre Maputo et le reste du pays. Les populations de la province de Cabo Delgado sont délaissées à la fois à cause de l’éloignement géographique de la capitale mais également à cause du mépris du gouvernement pour la majorité musulmane qui y vit. Les locaux ont l’impression d’être laissés de côté au profit des Mozambicains venus de la capitale pour travailler dans les exploitations gazières, qui, eux, sont privilégiés. La présence des grands groupes étrangers est en ce sens un catalyseur des tensions sociales car les populations locales sont souvent expropriées et relogées ailleurs sans leur consentement. Dans la région minière de Tete, le brésilien Vale n’a toujours pas tenu ses promesses de construction de nouvelles infrastructures pour les locaux. Tout ceci pousse les habitants à agir et contester la toute-puissance des entreprises étrangères. En 2012, des convois de charbon qui devaient relier la mine de Moatize au port de Beira ont été bloqués par les locaux dans le but de dénoncer leurs conditions de vie difficiles.

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Maputo, capitale, centre décisionnel et port majeur, 
située à l’extrême sud du Mozambique. 
(©️ Wikimedia Commons)

Les difficultés du pays se mesurent également en termes politiques. L’histoire du pays s’est construite depuis l’indépendance par l’opposition de deux partis : le Frelimo et la Renamo. Entre 1976 et 1992, ils s’engagent dans une guerre civile destructrice ─ causant 1 million de morts ─ marquée par la guérilla de la Renamo, antimarxiste et appuyée par les États-Unis et l’Afrique du Sud. Les accords de paix de 1992 consacrent l’existence de la Renamo comme parti d’opposition ainsi que le maintien du Frelimo au pouvoir. Ce désir de paix est régulièrement réaffirmé, comme en août 2019, lorsque le président Nyusi et le chef de la Renamo, Ossufo Momade, signent un accord prévoyant la réintégration de plus de 5 000 membres de l’ex-guérilla dans la police et l’armée.

Néanmoins, la monopolisation du pouvoir par Nyusi et l’émergence d’un mouvement de fronde au sein de la Renamo mené par le général Mariano Nhongo, fragilisent la paix. La mainmise du Frelimo sur les institutions nationales facilite en ce sens sa réélection. Si Nyusi a été reconduit à la tête du pays en octobre 2019 avec plus de 70% des voix, c’est pour beaucoup de ses opposants dû à des pratiques de corruption. Des missions d’observation menées par l’Union européenne ont noté de récurrents bourrages d’urnes ainsi que l’absence de contrôles dans de nombreux bureaux de vote. Ces tensions politiques se doublent de tensions communautaires : si les chrétiens du groupe ethnique Makonde occupent des postes à responsabilité, cela se fait au détriment de minorités musulmanes ─ notamment les Makua et les Mwani ─, qui sont majoritairement présentes à Cabo Delgado et qui investissent de plus en plus les rangs de la Renamo.

Une présence islamiste récente qui menace la stabilité de la région 

Le Nord du pays doit depuis peu faire face à une nouvelle menace : celle de l’islamisme. En effet, la province de Cabo Delgado, à majorité musulmane, voit se multiplier les affrontements d’un noyau djihadiste. La première attaque est survenue en 2017, lorsque des postes de police de Mocimboa da Praia ont été pris pour cible par un groupe de jeunes musulmans appelé Al-Chabab. Depuis cette attaque, plus de 200 opérations ont eu lieu, causant la mort d’au moins 500 personnes. Les tensions se sont renforcées avec l’arrivée de Daech dans la région en juin 2019, qui aurait perpétré plusieurs attaques depuis. De tels événements soulignent la marginalisation constante à laquelle sont soumis les musulmans du Mozambique. Déjà, durant la période coloniale, le Portugal avantageait largement les chrétiens catholiques au détriment des populations musulmanes.

L’arrivée du Frelimo au pouvoir en 1975 n’a rien arrangé avec le développement d’une politique clairement antireligieuse menée par le président de l’époque, Samora Machel. Et lorsque le parti assouplit cette politique à partir de 1981, c’est pour promouvoir le wahhabisme (6) dans le but d’affaiblir les structures traditionnelles soufies, majoritairement gagnées aux positions de la Renamo. Néanmoins, le développement du Conseil islamique du Mozambique ─ ou CISLAMO ─ de tendance wahhabite n’a pas su répondre aux revendications de nombreux jeunes, dont la contestation s’est structurée par la formation d’écoles coraniques dissidentes. De ces écoles ont émergé certains des groupes qui perpétuent actuellement les attaques dans la province de Cabo Delgado, à l’instar d’Ansar al-Sunna. 

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Statue de Samora Machel, père de l’indépendance du Mozambique et président 
de 1975 à 1986, sur la place de l’Indépendance à Maputo.
(©️ Wikipédia)

C’est dans cette province qu’une insurrection islamiste armée a débuté en 2017. De telles tensions sociales représentent à la fois un risque considérable pour la population mais aussi pour la sécurité des investisseurs étrangers qui y sont présents. La décapitation d’un sous-traitant de l’entreprise américaine Anadarko en février 2019 a amené le groupe gazier à procéder au rapatriement de son personnel. Ainsi, un aéroport est en cours de construction dans la ville de Palma, près de la frontière tanzanienne, où se trouvent non loin de là les gisements de gaz, afin d’éviter aux entrepreneurs les embuscades sur les axes routiers de la région. De plus, l’armée a été dépêchée sur place par le gouvernement afin de les protéger et ainsi d’optimiser les rendements gaziers. 

Ainsi, si le Mozambique peut se targuer d’être un pays riche en ressources diverses, il doit également faire face à de nombreuses difficultés. La réalité est celle d’un pays encore pauvre dont les habitants ne bénéficient que rarement des fruits de la croissance. Aux difficultés économiques s’ajoutent des tensions politiques et communautaires qui fragilisent considérablement la stabilité et la sécurité, d’autant plus que le pays doit prendre en compte la récente montée de l’islamisme radical, qui témoigne du malaise croissant d’une population mise au ban des décisions du pouvoir central. 

Hugo Texier

(1) L’Empire colonial portugais désigne les territoires d’outre-mer possédés et administrés par le Portugal entre le XVème et le XXème siècle. L’arrivée au pouvoir de Salazar en 1932 coïncide avec la volonté de redonner une place centrale à l’Empire colonial. Dans ce cadre, des investissements considérables (à l’image du barrage de Cahora Bassa) sont développés pour développer les colonies portugaises, en tête desquelles l’Angola et le Mozambique. L’indépendance de ces colonies survient en 1975, à la suite de la révolution des Œuillets, qui renverse la dictature salazariste. 

 

(2) Le gaz naturel liquéfié, en forme courte GNL, est un gaz naturel transformé sous forme liquide. Un tel état est obtenu en soumettant le gaz à des températures très basses, de près de -160°C, ce pourquoi il est dit liquide « cryogénique ». 

(3) La zone économique exclusive française dans le canal du Mozambique couvre plus de 600 000 kilomètres carrés grâce à la position géographique de Mayotte et de trois îles Éparses (île Europa, Bassas da India et île Juan de Nova). Cela représente la moitié du canal. La présence française crée des tensions dans la région, notamment depuis 1973, date à partir de laquelle Antananarivo revendique sa souveraineté sur les îles Éparses.

(4) Le Frelimo (Frente de Libertação de Moçambique) est à l’origine un mouvement de résistance marxiste-léniniste créé en 1962 afin de lutter contre la domination coloniale des Portugais et notamment appuyé par la Russie et la Chine. Après l’indépendance en 1975, le Frelimo se lance dans une guerre civile dévastatrice contre la Renamo (Resistência Nacional de Moçambique), antimarxiste, jusqu’en 1992. Depuis, le Frelimo a abandonné l’idéologie communiste mais reste à la tête du pouvoir, à travers la figure du président Filipe Nyusi.

(5) L’IDH est un indicateur qui mesure le taux de développement humain des pays et qui se fonde majoritairement sur les trois critères suivants : le PIB par habitant, l’espérance de vie à la naissance et le niveau de scolarisation des enfants de plus de 17 ans. 

(6) Le wahhabisme est un mouvement islamique sunnite promouvant le retour aux pratiques rigoristes en vigueur au VIème et VIIème siècles, durant la vie du prophète Mahomet. 

Sources 

Mozambique LNG Site

http://www.mzlng.com/

« À Moatize, la malédiction du charbon », Courrier International, Rowan Moore Gerety, 5 août 2013

https://www.courrierinternational.com/article/2013/08/05/a-moatize-la-malediction-du-charbon

« Au Mozambique, la réélection de Filipe Nyusi traduit la volonté d’hégémonie du Frelimo », Le Monde, Cyril Bensimon, 28 octobre 2019

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/10/28/au-mozambique-la-reelection-de-filipe-nyusi-traduit-la-volonte-d-hegemonie-du-frelimo_6017198_3212.html

« Pleins feux sur le gaz naturel liquéfié au Mozambique », Le Monde, Adrien Barbier, 18 juin 2019 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/06/18/pleins-feux-sur-le-gaz-naturel-liquefie-au-mozambique_5477835_3234.html

« Signature d’un accord de paix fragile au Mozambique », Le Monde, Jean-Philippe Rémy, 8 août 2019 

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/08/08/signature-d-un-accord-de-paix-fragile-au-mozambique_5497696_3212.html 

« Élections au Mozambique « Si tu dis quelque chose, on te ferme aussitôt la bouche » », Le Monde, Cyril Bensimon, 15 octobre 2019

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/10/15/elections-au-mozambique-si-tu-dis-quelque-chose-on-te-ferme-aussitot-la-bouche_6015621_3212.html

« Le Mozambique, entre gaz et djihad », Le Monde, Cyril Bensimon, 15 novembre 2019

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/11/15/le-mozambique-entre-gaz-et-djihad_6019330_3212.html

« Au Mozambique, la lente reconstruction après le cyclone Idai », Le Monde, Cyril Bensimon, 14 octobre 2019

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/10/14/au-mozambique-la-lente-reconstruction-apres-le-cyclone-idai_6015493_3212.html

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