Israël-Iran : Un Moyen-Orient sans armes nucléaires, c’est possible ?

Au début du mois de décembre, le chef du programme nucléaire iranien Ali Akbar Salehi, a annoncé avoir produit du Yellowcake, sorte de concentré d’uranium, permettant la fabrication d’uranium enrichi. Ainsi, l’Iran serait en mesure de maîtriser l’ensemble du cycle d’enrichissement, et de développer rapidement ses activités nucléaires. Une démonstration de puissance qui inquiète la communauté internationale, alors que des négociations reprennent à Genève et que l’idée d’une Zone Exempte d’Armes Nucléaires continue d’occuper les esprits.

La situation de plus en plus tendue concernant la question du nucléaire iranien n’en finit pas d’inquiéter l’Occident. Pourtant, les Nations Unies ne renoncent pas à un certain optimisme et à l’idée d’une dénucléarisation de l’ensemble du Moyen-Orient. La huitième conférence quinquennale de réflexion sur le Traité de Non-Prolifération (TNP), qui s’est tenue en mai dernier au siège de l’ONU, s’est ainsi beaucoup intéressée à la problématique d’un déploiement d’une Zone Exempte d’Armes Nucléaires au Moyen-Orient (ZEAN-MO).

Car la région ne semble pas aller vers un apaisement des humeurs. Israël, qui posséderait un arsenal nucléaire, sans jamais l’avoir reconnu officiellement, apparaît plus que jamais isolé. De nombreuses voix s’élèvent d’ailleurs afin de dénoncer le fait que l’état hébreu représenterait une menace pour la sécurité régionale. Égypte, Syrie, Arabie Saoudite, Iran… autant de pays qui ont joué le jeu de la non-prolifération en adhérant au TNP, et qui voient d’un œil craintif la capacité dissuasive de leur voisin.

Israël a bénéficié pendant plusieurs décennies de la dissuasion nucléaire, sans que jamais l’Occident ne le lui reproche. Une singularité qui pouvait se justifier par la nécessité du gouvernement de Tel-Aviv d’assurer sa protection régionale, quand le monde se déchirait en deux blocs. Mais à l’heure de la transition systémique, la question de la pertinence de ce dispositif se pose. Irving Lewis, chercheur pour le Programme Paix et sécurité internationales et doctorant en science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), estime ainsi « qu’ [Israël] pourrait bien avoir de plus en plus de mal à tenir son monopole nucléaire dans la région ».

L’exacerbation des tensions au Moyen-Orient, en particulier entre Israël et le régime des mollahs, appelle une réaction urgente de la part de la communauté internationale. L’idée retenue depuis une dizaine d’années serait le déploiement d’une zone exempte d’armes nucléaire au Moyen-Orient. Pourtant, si l’idée fait consensus, la tâche reste ardue. Pour être sensé, ce projet doit évidemment inclure l’ensemble des pays du Moyen-Orient. Et la difficulté se pose sur les deux principales puissances militaires de la région.

Un traité de non-prolifération inadapté

Israël ne pourrait faire partie de la ZEAN qu’à la condition de signer le TNP. Or celui-ci n’accepte, de part ses statuts, que cinq États Dotés de l’Arme Nucléaire (EDAN), à savoir les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et l’Angleterre. Accepter un membre de plus reviendrait par effet domino à encourager la prolifération, mais surtout ne réglerait pas le sentiment d’injustice vécu par les pays voisins. Israël serait donc invité à démanteler son arsenal, abandonnant ainsi son bouclier dissuasif. Une résolution que d’aucuns trouvent excessivement optimiste.

A quelques milliers de kilomètres de là, en Iran, la République islamique s’appuie sur cette situation. En plus d’accuser l’ennemi désigné d’être responsable de l’échec du développement d’une ZEAN MO, l’Iran en profite pour légitimer son propre programme nucléaire, qui parait trop ambitieux pour être seulement civil.

Car en dépit des déclarations apaisantes de la part de Téhéran, assurant de sa coopération et de son intention de ne pas étendre son programme nucléaire à des activités militaires, la communauté internationale reste très méfiante. La démonstration faite par l’Iran à propos de sa capacité à produire seul le fameux YellowCake renforce cet état de défiance. Les pressions ne parvenant décidément pas à endiguer les avancées technologiques iraniennes, les puissances occidentales cherchent un autre moyen de contraindre le pays à abandonner ses visées sur l’atome.

Dénucléariser pour pacifier ou pacifier pour dénucléariser ?

Selon Irving Lewis, si l’Iran parvenait à se doter de la capacité d’enrichir hautement de l’uranium, matière première des bombes nucléaires, la République islamique « ouvrirait la voie à une course à l’atome dans la région ». Le déploiement d’une ZEANMO répond donc aux préoccupations urgentes de voir se calmer cette spirale. Tout d’abord il s’agit d’éviter que l’Iran ne se dote d’une arme nucléaire. Pour ce faire, il faut qu’Israël abandonne son propre arsenal. Mais cette éventualité n’est envisageable qu’à la condition que les tensions dans la région s’apaisent significativement. La question étant : une ZEAN au Moyen Orient permettrait-elle d’apaiser la région, où cette dernière doit-elle d’abord être pacifiée pour espérer en faire une zone exempte d’armes nucléaire ?

Côté américain, le problème serait réductible à la problématique israélo-palestinienne. A en croire Georges Perkovitch, conseiller auprès de Joe Biden, vice-président d’Obama à la Maison-Blanche, la situation peut et doit trouver une issue dans la « reconnaissance par les pays arabes, par l’Iran et par les divers groupes locaux de l’existence de l’état d’Israël, en contrepartie de quoi l’état hébreu accepterait un certain nombre de conditions afin de trouver une issue rapide et juste à la question palestinienne »

Cependant, une telle éventualité implique une sincère volonté diplomatique, partagée par toutes les parties. Or le gouvernement de Tel-Aviv, issu de l’aile la plus conservatrice de la droite israélienne, a démontré, en refusant la prorogation du moratoire sur le gel de l’extension des colonies, sa détermination à ne rien céder. L’insistance des États-Unis à vouloir être le seul interlocuteur entre l’Autorité palestinienne et Israël sonne de plus en plus comme un échec, et l’impuissance manifeste de l’auto-proclamé « gendarme du monde » remet en cause la légitimité américaine, et sa capacité à ordonner le Moyen-Orient. En dépit de l’appel de Barack Obama, en février dernier, à marcher vers « un monde dénucléarisé », il paraît désormais inévitable que de nouveaux interlocuteurs doivent s’inviter dans la discussion.

Florian BOURDIER

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