« Face à la guerre – dialogues européens – » : La diplomatie comme variable d’ajustement dans un monde de conflits (3/3)

Au fil du temps, les interactions entre les personnes ont inévitablement été caractérisées par des conflits. Qu’ils opposent des individus, des États ou des groupes d’intérêt, les conflits ont été résolus par la guerre ou pacifiquement. Leur résolution pacifique passe par la diplomatie. Par conséquent, dans la littérature spécialisée, la diplomatie est considérée par les spécialistes comme un ensemble de pratiques à travers lesquelles des négociations sont menées entre les représentants de différents groupes/États ayant des intérêts divergents sur des litiges.
Les relations diplomatiques reposent sur des négociations et une reconnaissance diplomatique établies entre des individus, des groupes ou des États afin d’établir un accord entre les parties concernées. Le plus souvent, le terme « diplomatie » est lié au terme « diplomatie internationale », qui se réfère à la conduite des relations entre les États et à laquelle contribuent les diplomates de carrière. Dans les ouvrages spécialisés, une distinction importante est faite entre “diplomatie” et “politique étrangère”, même si ces concepts sont complémentaires et conditionnels. D’un côté, la politique étrangère correspond aux stratégies de relations extérieures établies par les plus hautes autorités d’un État. La diplomatie en est l’application pratique à travers le travail des diplomates.
En cultivant le dialogue, le compromis et les stratégies de médiation, la diplomatie peut donc contribuer à résoudre les conflits et à éviter qu’ils ne dégénèrent en guerres ou en crises humanitaires.
Les deux problèmes majeurs convergent vers une même proposition structurelle, à savoir la crise diplomatique et les enjeux démocratiques.
La crise diplomatique : l’exemple entre l’Egypte et le Monde Arabe et la médiation américaine dans le dossier palestinien
La crise diplomatique révèle l’échec des canaux traditionnels de négociation : à titre d’exemple, les tentatives de médiation des États-Unis entre l’Égypte, le monde arabe et la question palestinienne se sont avérées insuffisantes pour instaurer une paix durable, illustrant la difficulté croissante des grandes puissances à jouer un rôle d’interface crédible. En ce printemps 2025, la relation américano-égyptienne se trouve de nouveau mise à l’épreuve autour de la question palestinienne.
D’une part, l’Égypte s’est fermement opposée aux propositions émanant de la Maison-Blanche visant à relocaliser massivement la population de Gaza : en février 2025, le président américain Donald Trump a évoqué un plan de déplacement de plus de deux millions de Palestiniens vers des pays voisins, conditionnant même la tenue d’entretiens de haut niveau à l’utilisation de ce projet par Le Caire ; en conséquence, le président Abdel Fattah al-Sissi a décliné une invitation à la Maison-Blanche tant que ce point serait à l’ordre du jour, réaffirmant le refus catégorique de l’Égypte d’accueillir de façon permanente des déplacés gazaouis sur son territoire.
D’autre part, au-delà du simple plan de relocalisation, Le Caire critique plus largement ce qu’il perçoit comme une partialité croissante de Washington en faveur d’Israël dans la gestion de l’offensive sur Gaza : cette posture américaine a été dénoncée par des représentants égyptiens lors du Forum des dirigeants politiques États-Unis–Égypte, où l’Ethiopie a insisté sur la nécessité d’une médiation juste et équilibrée.
Enfin, la question du trafic maritime dans le canal de Suez s’est ajoutée aux tensions diplomatiques : la demande de Washington visant à obtenir le passage gratuit de navires américains a été jugée inacceptable par Le Caire, qui y voit une forme de chantage visant à affaiblir sa position de médiateur régional.
Ces divergences illustrent la difficulté pour l’Égypte de concilier ses engagements stratégiques avec les États-Unis et son rôle historique de gardien des équilibres au Proche-Orient, tout en protégeant sa légitimité nationale et régionale face à l’impasse humanitaire à Gaza.
Enjeux démocratiques : la diplomatie française et le cas de la guerre en Ukraine
En France, la tradition diplomatique demeure fortement centralisée au sein de l’Elysée et du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, où une poignée de conseillers d’État, de hauts fonctionnaires et d’experts géopolitiques jouent un rôle déterminant dans la définition de la position officielle.
Cette configuration a montré ses limites lors de la crise russo-ukrainienne de 2022. Dès les premiers jours du conflit, Paris a adopté des mesures rapides (suspension des accords bilatéraux et sanctions ciblées), mais sans impliquer, en amont, ni la société civile ni les élus locaux qui, eux, étaient confrontés sur leur territoire aux enjeux des flux de réfugiés ou sensibles à l’aléa économique, notamment dans les régions frontalières. Les décisions ont donc été prises par un cercle restreint d’experts, laissant peu de place à la discussion parlementaire ou aux auditions publiques d’acteurs de la diaspora ukrainienne en France.
Ce processus a entraîné, d’une part, un manque de relais médiatique susceptible d’expliquer aux citoyens français les variations tactiques du gouvernement, et, d’autre part, une méfiance croissante entre les instances diplomatiques et les représentants élus de collectivités territoriales, qui revendiquent une meilleure prise en compte des conséquences sociales et économiques du conflit sur le terrain. Ainsi, l’élitisme inhérent à ce mode de sélection a fragilisé la cohésion interne et ralenti la capacité de la France à mobiliser pleinement ses partenaires européens dans une stratégie commune de soutien à l’Ukraine.
L’agora européenne, un dialogue repensé pour une audience diplomatique élargie
Finalement, l’analyse de ces deux exemples démontre que, face à des crises qui transcendent les compétences nationales, les canaux actuels peinent, soit par trop de rigidité, soit par un déficit de représentativité. Dans le premier cas, il s’agit d’un échec de médiation induit par l’asymétrie des attentes entre partenaires régionaux et garants internationaux ; dans le second, d’un déficit d’inclusion démocratique au sein même de la diplomatie, qui oublie d’associer des acteurs pluriels pourtant essentiels à la compréhension des réalités locales. Dès lors, lorsqu’il s’agit de construire une réponse collective, nous devons envisager un modèle où les sommets interétatiques traditionnels sont enrichis d’espaces de dialogue entre diplomates, représentants de la société civile, élus et personnalités issues de la jeunesse et du milieu universitaire. Cette “Agora européenne” que nous proposons viserait précisément à réunir, avant et pendant chaque réunion rassemblant les chefs d’État, des panels de citoyens et d’experts, en visioconférence ou sur place, afin d’anticiper les tensions, de recueillir des arguments nouveaux et d’accroître la légitimité politique des décisions finales. Ce dispositif n’aura certes pas pour vertu de résoudre mécaniquement toutes les crises, mais il permettra, à titre préventif, de renforcer la confiance mutuelle entre États et de mieux préparer l’opinion publique aux concessions nécessaires.
Rédaction :
Ioan-Serban Haila, étudiant à la Faculté de Sciences Politiques de l’Université de Bucarest
Pissan Ali Karam, étudiante à l’Université Paris 8
Louise Beauquin, étudiante en Master Journalisme à Sciences Po Rennes
Maxence Coquelet, étudiant en Master de Sciences Politiques à l’Université Paris 8



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