Penser les situations (post)coloniales : le cas de l’Inde colonisée et postcoloniale dans son rapport à la métropole

 

La visite de Justin Trudeau, Premier Ministre canadien, en Inde, il y a quelques semaines, a été l’occasion de nombreuses critiques quant à sa décision d’habiller toute sa famille en tenues traditionnelles indiennes. On l’a alors taxé d’appropriation culturelle, terme issu des études postcoloniales. Cette critique nous invite à nous poser la question du néocolonialisme, c’est pourquoi nous avons décidé de revenir sur le cas de l’Inde coloniale et postcoloniale dans son rapport à la métropole.

L’exemple de l’Inde est un des cas les plus étudiés pour parler de la décolonisation, mais nous avons choisi aujourd’hui de l’analyser à travers le prisme de deux articles :  « Les études postcoloniales. Une invention politique de la tradition ? » écrit par Jean-François Bayart en 2009 et « Les sciences sociales et le moment colonial : de la problématique de la domination coloniale à celle de l’hégémonie impériale » écrit par Romain Bertrand en 2006. Ces deux articles s’inscrivent dans une perspective particulière : il s’agit de porter un nouveau regard sur les sociétés extra-européennes en ne les considérant plus uniquement dans leur rapport à la colonisation. Ces auteurs tentent de démontrer l’existence de caractéristiques et donc de trajectoires qui leur sont propres. A l’inverse des études postcoloniales qui voient dans la situation coloniale et sa potentielle reproduction l’origine et la cause des rapports sociaux contemporains, Jean-François Bayart et Bertrand Romain tendent à analyser les empires coloniaux comme des espaces hétérogènes et conflictuels, à pointer l’historicité du « fait colonial » et surtout à souligner l’importance de ne pas surestimer l’emprise des empires coloniaux. Jean-François Bayart se défend notamment contre la perception d’un continent africain « lové sur lui-même, et contraint à entrer dans une histoire exogène ». Nous avons choisi le cas de l’Inde pour étudier la pertinence des différents concepts mis en évidence.

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La crise politique en République Démocratique du Congo, dernier épisode d’une instabilité chronique

La crise politique en République Démocratique du Congo (RDC) a débuté en septembre 2016 avec des manifestations à Kinshasa faisant plusieurs morts. Il paraissait alors évident pour les milliers de manifestants hostiles à Joseph Kabila, président au pouvoir, que ce dernier allait enfreindre la Constitution en briguant un troisième mandat. Le 20 décembre, date de la fin officielle du mandat présidentiel, Kabila a effectivement annoncé le report sine die de l’élection présidentielle. Ce n’est que le 31 décembre, que les négociations entreprises pour régler cette crise politique ont abouti à un accord avec Kabila. Élaboré avec la médiation de l’Église catholique, des membres du gouvernement et de l’opposition, cet accord prévoit le retrait du Président et la tenue d’élections avant fin 2017.

Si ces élections ont lieu, elles permettront potentiellement la première transition politique par les urnes depuis l’indépendance du pays en 1960.  Moise Katumbi s’est déjà déclaré candidat pour les élections présidentielles prévues en 2017. Cet homme politique populaire de l’opposition, fréquemment emprisonné pour son activisme, est à l’origine de la fondation de « Front citoyen 2016 ». Cette coalition formée en décembre 2016, qui rassemble l’opposition et la société civile congolaise, s’est engagée pour le respect du calendrier électoral. Continuer de lire « La crise politique en République Démocratique du Congo, dernier épisode d’une instabilité chronique »