RIO +20 : sombres nuages sur le sommet de la Terre

Le sommet de la Terre se referme avec l’espoir du changement. 20 ans après la première conférence des Nations unies pour l’environnement au Brésil, l’heure est au bilan d’une planète en mauvais état : océans, gouvernance, économie verte…

Le calendrier n’était peut être pas le plus approprié. Coincé entre un G20 stratégique pour certains, et un Conseil européen crucial fin juin pour les autres, le Rio +20 n’a pas réussi à focaliser toute l’attention. Pour preuve, l’absence très remarquée de nombre de chefs d’Etats, comme Barack Obama, Angela Merckel, David Cameron… Une absence qui énerve Serge Orru, le directeur général de WWF France : « Que voulez-vous faire quand le premier pollueur mondial (Barrack Obama, ndlr) ne vient pas, alors qu’on est sur son continent. Ce n’est pas normal ».

Un texte décevant

La déclaration finale, adoptée dès le mardi par les négociateurs, semblait déjà faire consensus…contre elle ! Avant même que les chefs d’Etats et de gouvernements n’y posent un œil. Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France n’y va pas par quatre chemins : « nous sommes extrêmement déçus. Ce texte ne répond à aucune de nos attentes ». Il précise : « climat, océan, déforestation… Il n’y a absolument rien de contraignant, pas d’objectifs ».

« On a forcement un sentiment de déception par rapport à Rio 92 », déplore Hervé Maurey, sénateur de l’Union Centriste, qui s’est rendu sur place. « On constate que la situation ne s’est pas améliorée, qu’elle est même pire ! » s’exclame-t-il, ajoutant que « nos ressources s’épuisent encore plus vite et on n’a pas fait grand-chose pour changer cela ».

Le sénateur interrogé en plein sommet, explique qu’il ne se faisait de toute façon pas d’illusions. « Ce n’est qu’une déclaration de consensus. Comme on s’y attendait, c’est une conférence a minima ». Un constat qui semble largement partagé. Sandrine Bélier, députée européenne Europe Écologie Les Verts, également au Brésil : « Le texte reconnait, réengage, réaffirme… Bref, ça ne va nulle part. On se retrouve 20 ans en arrière, mais en 20 ans, le monde a changé ».

Excédé, le directeur général de WWF France ne voit pour sa part dans le texte final « que des déclarations d’intentions, tout en euphémisme et aucun engagement. Alors que les enjeux sont immenses, on récolte une pelleté de sable ».

Quelques avancées, beaucoup d’oubliés.

L’un des objectifs du sommet, soutenu par l’Union européenne, était l’établissement d’une Organisation Mondiale de l’Environnement, comme il en existe pour le commerce ou pour la santé. Une institutionnalisation de la gouvernance mondiale de l’écologie, « qui aurait permis un contrôle de l’application des engagements. » nous explique la députée européenne. Mais elle constate, déçue : « dans la déclaration finale, il n’y a qu’un renforcement du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, mais sans donner ni les moyens, ni la feuille de route ».

Pour Jean-françois Julliard, le directeur général de Greenpeace France, c’est une lourde désillusion. « On a l’impression que la gouvernance mondiale de l’écologie ne fonctionne pas ».

Ce sommet de la Terre devait également être celui de la prise de conscience de la fragilité et de l’importance de nos océans. Selon Sandrine Bélier, « là aussi c’est une grosse déception. Au final, il n’y a qu’une reconnaissance de l’importance des océans, et ça s’arrête là. On en n’est qu’au stade de la prise de conscience, comme à Stockholm en 1972. Ici, c’est Rio -20 », conclut-elle, atterrée.

Le sénateur Hervé Maurey constate toutefois une « maigre victoire : pour la première fois, le terme d’économie verte est utilisée ». Mais selon Sandrine Bélier, cela « n’est pas un signe très positif, dans la mesure où il n’y a qu’une définition a contrario, qui reste donc très floue. En revanche, le vrai point positif de cette déclaration, c’est la reconnaissance de la société civile organisée ». Dans le jargon onusien, cela correspond à toutes les organisations non gouvernementales, à savoir les syndicats de salariés, les entreprises, les associations ou encore les collectivités territoriales.

Entre protection de la planète et intérêts nationaux

Un progrès que reconnait Serge Orru, le directeur général de WWF France, non sans un certain scepticisme : « bien sûr c’est une avancée, mais au final on privilégiera toujours les égoïsmes nationaux. On n’en peut plus d’avancer millimètres par millimètres ».

Pour Jean-François Julliard, de Greenpeace France, la reconnaissance du rôle de la société civile « est dérisoire par rapport aux enjeux réels ». Selon lui, la faute est aux grandes puissances s’il n’y a pas d’avancée substantielle. « Il va falloir faire un choix entre protection de la planète et intérêt national. Et des pays comme les États-Unis, le Canada, la Russie ou encore le Venezuela ont une vision « court-termiste », et ils bloquent systématiquement tout ce qui pourrait être contraignant pour eux ».

Alors que les chefs d’Etats et de gouvernements commençaient à peine à prendre la température de l’immense ville brésilienne, les esprits semblaient déjà échauffés. En 1992, le premier sommet à Rio promettait de donner une priorité à l’environnement. 20 ans plus tard, la crise économique et le poids des dettes souveraines ont dissipé durablement l’illusion.

Florian Bourdier

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