LES BALKANS OCCIDENTAUX – CRIMINALITÉ ORGANISÉE, CORRUPTION ET (DÉS)INTÉGRATION EUROPÉENNE

LES BALKANS OCCIDENTAUX – CRIMINALITÉ ORGANISÉE, CORRUPTION ET (DÉS)INTÉGRATION EUROPÉENNE

Par Pierre SIVIGNON

Bienvenue dans la charmante ville de Kotor, cité balnéaire de la côte Adriatique. Passé vénitien, inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, baie idyllique, la ville monténégrine jouit de tous les atouts nécessaires pour faire affluer les touristes du monde entier. Depuis 2014 cependant, une succession de faits divers est venue ajouter une ombre au tableau : la ville est l’épicentre d’une véritable guerre de gangs opposant deux clans, le clan de Škaljari et le clan de Kavač. Auparavant unifiés sous le contrôle du baron de la drogue Darko Šarić, qui régnait sur le trafic de cocaïne dans la région avant son arrestation en 2014, les deux clans se sont déchirés et se disputent les dépouilles, très lucratives, de son empire. Depuis, le conflit s’est étendu jusqu’en Serbie et une cinquantaine de personnes seraient décédées des suites des règlements de compte entre les deux factions rivales. Ce qui pourrait n’être qu’un fait divers est révélateur d’une réalité criminelle qui dépasse les frontières du Monténégro et s’étend à travers les Balkans, a fortiori occidentaux. Si la prégnance du crime organisé dans la péninsule est parfois quelque peu fantasmée, et peut même se révéler dangereuse, prenant la forme d’une prophétie auto-réalisatrice “condamnant” les sociétés locales à une destinée marginale, la région n’en reste pas moins marquée par un enchevêtrement de poly-criminalités qui, par son influence sur les structures étatiques, menace la nature démocratique des jeunes États balkaniques.

Avant d’aller plus loin, quelques précisions s’imposent. Tout d’abord, nous nous intéresserons ici aux “Balkans occidentaux”, dénomination utilisée par plusieurs organisations internationales comme l’Union européenne et les Nations Unies, et qui inclut, selon le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie et la Slovénie[1]. Signalons d’emblée que cette dénomination diplomatique n’est pas “neutre, en dépit de la référence à un point cardinal” : en excluant la partie orientale des Balkans, “[n]e restent balkanique par le nom que les États qui ne sont pas membres de l’UE, les autres par métonymie sont des pays européens” (Boulineau, 2014). Plus encore, nous nous concentrerons principalement sur six pays, regroupés sous l’appellation Western Balkans 6, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie. Outre leur localisation, ces États partagent plusieurs points communs notables : un passé yougoslave et l’expérience partagée du communisme, des conflits extrêmement violents au cours des années 1990, une volonté (pour l’instant) contrariée d’adhésion à l’Union européenne, des défis structurels relativement similaires. Autre point commun, la présence d’organisations criminelles particulièrement vivaces et de flux illégaux d’ampleur, traversant la péninsule de part en part. Ceci étant dit, arrêtons-nous quelques instants sur la notion de “crime organisé” et, plus encore, sur celle de “criminalité organisée transnationale”.

On retiendra cinq caractéristiques pour définir le crime organisé contemporain. Tout d’abord, une tendance à la transnationalisation qui se manifeste à la fois sur le plan des activités illégales entreprises, des effets de ces mêmes activités et des entités et réseaux impliqués (Cockayne, 2007, p.2). Si des premières expériences, comme l’âge d’or de la piraterie caribéenne par exemple, constituent sans doute une première forme de transnationalisation du crime organisé (Madsen, 2016, pp.4-5), c’est durant la seconde moitié du XXème siècle qu’une véritable rupture se produit. La mondialisation économique, allant de pair avec les nouvelles technologies de communication et de transport, conduisent à une interconnexion et une interdépendance accrue, phénomène dont le crime organisé, opportuniste par nature, va se saisir pour conquérir de nouveaux marchés et étendre ses ramifications (Madsen, 2013, p.398). Il faudra cependant attendre les années 1990 pour que le concept de “criminalité organisée transnationale” fasse son apparition, à la fois dans le lexique des organisations internationales et dans celui de la littérature scientifique – une convention onusienne, la Convention de Palerme (2000) lui sera même consacrée. 

Dans la période qui suit directement la chute du rideau de fer, deux mouvements concomitants se développent et se renforcent mutuellement : d’un côté, l’apparition et/ou l’approfondissement de phénomènes criminogènes objectifs, propres au contexte d’alors, à savoir la “balkanisation du monde”, “la globalisation”, “la marchandisation et la financiarisation généralisées”, “l’effet de diversion provoquée par la guerre contre le terrorisme”, “la dérégulation des marchés” et “les conséquences des crises, financière ou pandémique” (Gayraud, 2021, pp.32-33) ; de l’autre, on assiste, a fortiori en Occident, à la construction du crime organisé comme nouvel enjeu de sécurité (inter)nationale, d’abord de manière discursive puis à grands renforts d’arsenaux légaux et répressifs – on parle de processus de “sécuritisation”, notion conceptualisée par l’École de Copenhague et Ole Waever. Les quatre autres caractéristiques du crime organisé contemporain nous sont données par Jean-François Gayraud (2021, pp.29-30) : la non spécialisation dans un type particulier de trafics (“polycriminalité”), la “territorialisation” ou l’ancrage territorial (préalable à la transnationalisation) , la résilience ou « insubmersibilité » et la génération de “flux financiers d’ampleur macro-économique”. En d’autres termes, la criminalité organisée contemporaine se caractérise à la fois par sa tendance à la transnationalisation et son ancrage territorial (initial) fort, sa propension à s’investir dans différents types de trafics, élément qui explique en partie sa grande résilience face aux changements de conjoncture et aux mutations des systèmes et dispositifs répressifs, et enfin sa capacité à générer des flux économico-financiers d’importance. Mise bout à bout, ces cinq caractéristiques permettent de cerner la morphologie de la criminalité organisée qui s’épanouit dans les Balkans occidentaux, criminalité à forte tendance transnationale tant par sa nature que par ses effets. 

Ceci étant dit, plusieurs questions se posent : quelle est la véritable ampleur de la criminalité (organisée) dans la région ? S’y épanouit-elle vraiment plus qu’ailleurs ? Quels liens ses acteurs entretiennent-ils avec les structures étatiques locales ? Quelles conséquences sur la relation de ces pays avec l’Union européenne ? Dans cet article, nous chercherons donc à répondre à la question suivante : dans quelle mesure la criminalité organisée influe-t-elle sur la trajectoire des sociétés et des États balkaniques, particulièrement au regard de l’intégration européenne ? Dans un premier temps, nous tenterons de dresser un bref état des lieux, le plus complet possible cependant, de la criminalité organisée dans les Balkans occidentaux. Ensuite, nous étudierons les liens entre les États balkaniques, le crime organisé, la corruption et l’intégration européenne. En conclusion, nous produirons un effort de conceptualisation et de prospective : nous chercherons, d’une part, à prendre du recul sur les clichés sécuritaires et, d’autre part, à mettre en perspective les actualités récentes afin de déterminer les scénarios possibles pour la région – mentionnons d’ores-et-déjà que, dans le sillage du conflit russo-ukrainien, la question de l’intégration européenne des pays balkaniques est d’actualité.

Criminalité organisée made in Balkans: tour d’horizon

Un carrefour propice à la circulation des hommes et des marchandises

Pour comprendre comment la criminalité organisée a pu s’épanouir dans les Balkans occidentaux, il faut d’abord s’intéresser à la géographie de la région. Péninsule fragmentée et montagneuse, ces caractéristiques physiques “ont offert aux populations des espaces de refuge face aux invasions étrangères, ou bien d’autonomie et de marginalité face au pouvoir politique central contribuant à pérenniser jusqu’au milieu du XXème siècle des phénomènes de brigandage et de bandes armées, liés à un mode de vie pastoral » (Chassagne & Gjeloshaj Hysaj, 2010, pp.127-128). La géographie physique a donc influé sur le développement des sociétés balkaniques, résistance, informalité et marginalité rendues possibles grâce à l’enclavement et/ou l’encaissement de régions entières. À partir du XIXème siècle, ce morcellement géographique va, de plus, se doubler d’un morcellement politique, conséquence directe du déclin de l’Empire ottoman : la région voit alors l’apparition de nouveaux États indépendants et de “contentieux territoriaux” subséquents (Chassagne & Gjeloshaj Hysaj, 2010, p.128). Une “seconde balkanisation” aura lieu par la suite, au moment du démembrement de la Yougoslavie dans les années 1990, une période de chaos qui va favoriser l’émergence de la criminalité organisée contemporaine. 

Le démembrement de l'Empire ottoman

Le démembrement de l’Empire ottoman
Source : Archives Larousse

En dépit de cette fragmentation, l’espace balkanique est également un espace fluide, une région de passage marquée par la circulation des hommes et des marchandises le long d’axes routiers, de corridors de communication usités pour des activités légales comme illégales. L’espace balkanique se caractérise donc par une dialectique, une dualité spatiale : “[d]es Balkans, les géographes retiennent la double figure du cloisonnement : carrefour de routes et d’influences culturelles riches et multiples […], cloisonnement de vallées et de bassins intramontagnards” (Boulineau, 2014). Les routes maritimes, nombreuses puisque la péninsule est encerclée par la mer, sont ainsi complétées par des routes terrestres importantes dont certaines remontent à l’Antiquité, comme la fameuse Via Egnatia, une voie romaine transbalkanique qui traversait la région d’Est en Ouest, reliant Byzance à Dyrrachium (aujourd’hui Istanbul à Durres), ou la Via di Zenta débouchant sur les littoraux monténégrins et albanais. Parler de la “Route des Balkans” est donc un abus de langage puisque les routes balkaniques sont bien évidemment multiples, chaque carrefour ou embranchement donnant lieu à autant d’itinéraires différents. Trois “routes” principales, avec plusieurs variantes, sont généralement mises en avant (Krasniqi, 2016, p.207 ; Chassagne, 2004, pp.140-142) : 

  • La route dite classique qui court du sud-est au nord-ouest de la péninsule, connectant la Turquie à l’Union européenne via la Bulgarie, la Macédoine, le Kosovo, la Serbie, la Bosnie et la Croatie. Passant par Istanbul, Sofia ou Skopje, Nis, Belgrade et Zagreb, c’est la voie principale et “traditionnelle” pour l’acheminement de l’héroïne en provenance d’Afghanistan via la Turquie. Dans le même registre, notons également l’existence d’un axe sud-nord reliant Belgrade et Thessalonique via Nis et Skopje.
  • La route dite du Nord, reliant également la Turquie aux pays de l’Union mais en passant par la Mer Noire, puis par l’Ukraine ou la Bulgarie, pour atteindre la Roumanie, la Hongrie et finalement l’Autriche ou la Slovaquie. Cette “route”, ou plutôt ces multiples ramifications, s’appuie également sur le “couloir danubien”, permettant de connecter l’Allemagne aux États bulgares et roumains, en passant par l’Autriche, la Hongrie et la Serbie.
  • Enfin, la route dite du Sud, basée sur la Via Egnatia précédemment évoquée, et qui connecte la péninsule d’est en ouest, de la Turquie à l’Albanie, puis ultimement jusqu’en Italie par voie maritime. 

Préexistants à l’explosion de la criminalité organisée contemporaine, ces itinéraires ont été en quelque sorte réactivés à la suite de l’éclatement de la fédération dans les années 1990. Notons que cette “Route des Balkans” est également au centre des préoccupations européennes suite à ladite “crise migratoire” des années 2015-2016 et au feuilleton de la “barrière frontalière hongroise”, tantôt ouverte, tantôt fermée. La péninsule balkanique est donc un lieu de passage et plus encore, “un pont entre l’Europe et l’Asie” (Krasniqi, 2016, p.205), “une zone de contact entre grandes aires culturelles […] traversée par des lignes de séparation, entre Occident latin catholique et Orient grec et orthodoxe, christianisme et islam ottoman, plus récemment entre l’Europe de l’Ouest capitaliste et l’Europe de l’Est communiste” (Chassagne & Gjeloshaj Hysaj, 2010, p.127).

Les routes majeures du trafic d’opiacés dans les Balkans
Source: Chassagne, 2004, p.141

Criminalité : acteurs, lieux et flux

Dans les années 1980-1990, la crise économique va frapper de plein fouet les anciennes républiques soviétiques et yougoslaves. Cette crise, conjuguée au chaos des conflits à venir, va donner naissance à un contexte particulièrement propice à l’expansion de la criminalité organisée et de la corruption : “[s]ous de telles circonstances, caractérisées par des institutions sérieusement affaiblies, des groupes organisés d’individus impliqués dans des activités criminelles telles que la traite d’êtres humains, le trafic de drogues, la contrefaçon de diplômes et d’autres documents officiels, la criminalité financière, etc. vont voir le jour dans la région” (Krasniqi, 2016, p.209). Nous reviendrons sur ce processus plus tard. En attendant, qu’en est-il une trentaine d’années plus tard ? Quels sont les acteurs de ces trafics ? Dans quelles activités illégales sont-ils engagés ? Quelle est l’ampleur de leurs trafics ? 

Aujourd’hui, la criminalité dans les Balkans s’organise autour de quatre “pôles d’activités” principaux : la production et le trafic de drogues, la traite d’êtres humains, le trafic de migrants et le trafic d’armes à feu (UNODC, 2020, p.6). Côté trafic de drogues, on retrouve quatre grands marchés : le cannabis, la cocaïne, l’héroïne et les drogues synthétiques type amphétamines (Kemp et al., 2021, p.21). Ces drogues transitent le long des routes balkaniques pour rencontrer la demande originaire de l’Union européenne, le premier marché européen étant, selon des estimations pour l’année 2017, le cannabis (11,6 milliards €), suivi par la cocaïne (9,1 milliards €) et l’héroïne (7,4 milliards €) (EMCDDA, 2019, pp.15-17). Les Balkans occidentaux sont donc majoritairement une région de transit, pour la cocaïne en provenance d’Amérique Latine ou les opiacés venus d’Afghanistan par exemple, la valeur annuelle totale des marchandises circulant sur les différentes routes balkaniques atteignant 28 milliards $ – les organisations criminelles locales récupéreraient environ 1,7 milliards $ de ce total (Kemp, 2017, p.6). Notons cependant que, concernant le cannabis, la région est également productrice du fait des cultures albanaises particulièrement prolifiques. Concernant les autres marchés, le trafic de migrants représenterait entre 33,5 millions et 50,6 millions € (Kemp et al., 2021, p.21) et le blanchiment d’argent entre 1,8 et 4,6 milliards € (Kemp et al., 2021, p.48). Enfin, on estime que plus d’un milliard d’armes auraient été trafiquées entre 2012 et 2017, la Croatie et la Serbie constituant les principaux exportateurs à destination du Moyen-Orient (Kemp, 2017, p.12).

Les principaux flux illicites qui traversent la région
Source : GIATOC, 2019, p.5

Tous ces trafics génèrent des points chauds, des “hotspots”, sur la carte des Balkans occidentaux ou pour le dire autrement, des lieux marqués par une effervescence criminelle, concentrant acteurs, activités et flux de marchandises. Ces hotspots se caractérisent généralement par la réunion de trois facteurs criminogènes se renforçant mutuellement : une localisation propice, une vulnérabilité économique patente, une faible gouvernance (GIATOC, 2019, pp.7-8). Le Nord Kosovo constitue à ce titre un cas d’école, par sa position centrale dans la région, une pauvreté largement répandue parmi les populations locales et la faiblesse des institutions sur place (GIATOC, 2019, pp.24-27). Sans surprise, parmi ces hotspots, on retrouve des ports (comme Bar, Budva et Kotor au Monténégro), les principaux carrefours des routes balkaniques comme Belgrade, un hub d’importance, mais aussi des “noeuds frontaliers” utilisés pour faire transiter les marchandises d’un État à l’autre – la zone frontalière entre la Serbie, le Kosovo et la Macédoine est ainsi particulièrement touchée (GIATOC, 2019, p.22). Si ce bref tour d’horizon nous permet d’y voir plus clair en termes d’activités et de flux, qu’en est-il des acteurs à l’origine des trafics? Le nombre d’organisations criminelles présentes dans le WB6 est particulièrement difficile à estimer – elles sont sans doute plusieurs centaines, leurs structures étant plus ou moins organisées ou hiérarchiques en fonction de leurs “spécialités” (UNODC, 2020, pp.6-8). L’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (UNODC) a dressé un portrait-robot du “criminel balkanique” : homme dans la quarantaine, marié et père de plusieurs enfants, peu expérimenté et sans condamnation préalable – le plus souvent, la structure à laquelle il appartient est relativement modeste, réunissant entre 6 et 20 personnes (2020, p.8). Ces données mettent en lumière un élément important : loin des fantasmes de la pieuvre mafieuse ubiquitaire, la criminalité balkanique relève souvent de petites organisations ad hoc, peu structurées, agissant spontanément et de manière opportuniste, le recrutement “s’effectuant principalement par le biais du cercle familial et social” (UNODC, 2020, p.8).

Cas d’études : “mafia albanaise” et “narco-État” monténégrin

Comme nous l’avons mentionné ci-dessus, l’existence d’une “pieuvre balkanique” toute-puissante est de l’ordre du fantasme. L’impact des discours sécuritaires et des représentations romancées de la mafia, véhiculées par certaines œuvres culturelles notamment, n’est à cet égard pas négligeable. Cela dit, on retrouve également des organisations criminelles structurées et puissantes, ainsi que des phénomènes de corruption et d’infiltration mafieuse au plus haut niveau de l’État – cette corruption prend des formes très diverses, allant de l’acceptation de pots-de-vin jusqu’à la participation directe des agents de l’État dans des organisations ou activités criminelles (UNODC, 2020, p.11). Arrêtons nous désormais sur deux cas d’études emblématiques, illustrant ces phénomènes : la “mafia albanaise” et le “narco-État monténégrin”.

Seuls deux types d’organisations présentes dans la région correspondent peu ou prou à ce que l’on entend généralement par “mafia”, la mafija serbe et la mafia albano-kosovare, cette dernière étant un cas d’école. L’expression de “mafia albanaise” désigne en fait l’ensemble des organisations criminelles, des clans, parfois associés parfois ennemis, originaires d’Albanie, opérant dans le pays et/ou en dehors de celui-ci, notamment grâce à la diaspora. Les différents membres des organisations mafieuses albanaises sont tenus pour respecter un code d’honneur, à l’image des mafiosi siciliens de la Cosa Nostra, le Kanun, un droit coutumier médiéval exaltant la loyauté et la loi du sang, avec une forme propre de vendetta, la Gjakarrja. La mafia albanaise dispose d’implantations et de ramifications internationales importantes grâce à sa diaspora, ces dernières s’étendant jusqu’en Amérique comme l’a montré le récent démantèlement du cartel Kompania Bello. La force de frappe économique des organisations criminelles impliquées est indéniable – pour donner une idée de l’ampleur de la criminalité organisée en Albanie, “on estime que 80% de l’économie albanaise a un parallèle, soit que pour 100 euros d’investissements légaux, 80 euros ne sont pas comptabilisés, euros qui proviendraient principalement du crime organisé” (Rama, 2021, p.113). Ina Rama, Procureur général de la République d’Albanie de 2007 à 2012, a dressé une liste des principales caractéristiques la mafia albanaise : 

  • spécialisée dans le trafic de drogues, l’ancienne structure centralisée a progressivement laissé place à des formes de collaborations plus horizontales entre des groupes flexibles qui, s’ils se spécialisent le plus souvent dans un type de trafic, ont une tendance à la poly-criminalité et une grande résilience ;
  • ces groupes sont généralement constitués d’un “noyau dur” de 4 ou 5 partenaires autour duquel gravitent différents partenaires, parfois occasionnels ;
  • enfin, la “mafia albanaise” utilise sa diaspora pour trouver de nouveaux débouchés à l’étranger, les ramifications de organisations étant plus ou moins autonomes, elle collabore aussi avec d’autres organisations criminelles balkaniques et elle n’exerce pas de véritable contrôle territorial sur les zones où se déploient ses activités (Rama, 2021, p.113).

À l’autre opposé du spectre, pour ainsi dire, se trouve le Monténégro, régulièrement qualifié de “narco-État” ou “d’État mafieux” en raison du système mis en place par Milo Đukanović qui symbolise à lui seul les liens entre pouvoir politique et crime organisé dans les Balkans. Aux affaires depuis 1991, premier ministre à quatre reprises et aujourd’hui Président, Đukanović a su “combiner le populisme propre au nationalisme avec le contrôle propre au communisme et les avantages du crime et de la corruption” (Kemp, 2017, p.19). De 1994 à 2002, il aurait ainsi été à la tête d’un trafic international de cigarettes, particulièrement lucratif et de grande ampleur, opéré en collaboration avec les organisations mafieuses italiennes de la Camorra et de la Sacra Corona Unita. Comme le révèle une enquête conduite par des magistrats italiens, plus d’un milliard de cigarettes auraient ainsi pris la mer chaque mois depuis les ports monténégrins pour rejoindre les côtes italiennes, un trafic qui, non seulement, était permis par les autorités monténégrines, mais géré par ces dernières (Kemp, 2017, p.19). L’accession à l’indépendance du Monténégro en 2006 offrira ensuite de nouvelles perspectives d’enrichissement pour l’ex-contrebandier Đukanović qui va désormais pouvoir exploiter toutes les ressources offertes par le nouvel État monténégrin. Comme l’écrit Kemp, “le pays était [alors] géré comme une entreprise familiale” (2017, p.20), le frère de Milo, Aco, étant même aux commandes d’une banque véreuse, la First Bank (Prva banka), accordant des prêts avantageux aux proches du leader et blanchissant d’importante squantités d’argent sale. Plus incroyable encore, lorsque la banque fit faillite en 2009, elle fut déclarée too big to fail et renflouée par l’État sans que le clan Đukanović en perde le contrôle ! 

Comme ce bref tour d’horizon l’a démontré, l’origine de la fortune de Milo Đukanović, cacique multi-millionnaire des Balkans, ne fait aucun doute et ce dernier est parvenu à instaurer un régime que l’on peut sans mal qualifier de mafieux, une kleptocratie “paradis du crime organisé” (Kemp, 2017, p.22). Arrivé ici, deux questions se posent naturellement : comment tout cela est-il possible et pourquoi les puissances occidentales et/ou voisines ont-elles laissé faire ? La réponse est finalement assez simple : le régime de Đukanović, bien que corrompu, fait en définitive l’affaire de tous. Sur la scène internationale, il est apparu comme un allié commode à la fois pour le Kremlin, permettant aux entreprises russes d’investir son pays, et pour les Occidentaux, d’abord en contrant la Serbie puis “en jouant sur son orientation pro-occidentale en cherchant à rejoindre l’UE et l’OTAN” (Kemp, 2017, p.21).

Les États balkaniques et l’intégration européenne

Les raisons historiques de liaisons dangereuses entre État et crime organisé

Comment expliquer la prégnance de la corruption et de la criminalité organisée dans la région, de même que les liens, souvent troubles, entre institutions et personnels politiques d’un côté, grand-banditisme et criminels en col blancs de l’autre ? Cette imbrication du politique et du criminel dans les Balkans occidentaux s’explique en grande partie par une série de raisons historiques, relatives au processus de formation des États balkaniques : “[S]ous l’Empire ottoman, le pouvoir central contrôlait les régions périphériques en s’appuyant à la fois sur des notables et des bandits locaux, le brigand le plus actif étant souvent coopté par l’État pour devenir le garant de l’ordre public. Les États modernes des Balkans apparus aux XIXème et XXème siècle ont conservé les pratiques favorisant la proximité entre acteurs institutionnels et acteurs criminels. Ils ont facilité ou accompagné la formation de réseaux violents dans le cadre d’enjeux politiques et territoriaux, en les coordonnant, en arbitrant entre eux, ou en se posant comme unique pouvoir légitime […] capable de contenir ces réseaux” (Chassagne &  Gjeloshaj Hysaj, 2010, p.130). Si ce phénomène d’imbrication, relativement classique dans les processus de construction et de cristallisation des entités étatiques, se retrouve ailleurs dans le monde, la particularité des Balkans occidentaux réside dans sa persistance au-delà de la phase initiale du state building. Ce phénomène, propre aux processus de (re)constitution des États balkaniques perdure aujourd’hui, favorisant un mélange des genres délétère. 

Sous le régime communiste de Tito, deux pratiques particulièrement criminogènes vont également voir le jour, pratiques qui mettent en lumière la genèse du crime organisé contemporain et fournissent une première explication à la nature endémique de la corruption qui affecte les États du WB6 : le “marché noir” et les “services de sécurité” (UNODC, 2008, p.48). D’une part, la nature limitée des marchés communistes yougoslaves va favoriser les trafics en tous genres et, d’autre part, le pouvoir attribué aux services de sécurité type UDBA (Uprava državne sigurnosti) va se révéler source de corruption, puisque les agents de ces services pouvaient facilement outrepasser la loi pour leur profit personnel (UNODC, 2008, p.48). La perméabilité entre ces deux univers a donc fini par s’accroître et, sous le régime yougoslave déjà, des circulations entre agents de la sécurité de l’État et acteurs des différentes contrebandes ont pu avoir lieu. En outre, il faut également signaler l’émergence du phénomène de “privatisation par la nomenklatura” dès la fin des années 1980, offrant à des fonctionnaires l’opportunité d’acquérir des marchés publics pour une bouchée de pain : certains s’associeront avec des figures de la criminalité locale, développant des entreprises florissantes qui, rapidement, se transformeront en puissants conglomérats ou en monopoles locaux (UNODC, 2008, p.49).

Redistribution ethnique dans l’ex-Yougoslavie
Source : Le Monde Diplomatique, 2008, Philippe Rekacewicz

Vient ensuite le second étage de la fusée, la dislocation de la Yougoslavie. “La fin du communisme et l’éclatement de la Yougoslavie ont entraîné des changements spectaculaires dans l’architecture politique et économique de la région. La guerre en Yougoslavie dans les années 1990, les sanctions, ainsi que les processus de privatisation et de transition, ont tous créé de nouvelles opportunités pour les groupes criminels. En outre, la création de sept nouveaux États à partir de ce qui était la Yougoslavie a entraîné une pléthore de nouvelles frontières et de limites, de tensions inter et intra-étatiques et de structures administratives susceptibles d’être exploitées” (GIATOC, 2019, p.8). Le chaos généralisé qui régnait dans les ex-Républiques yougoslaves, marquées par les guerres civiles et les conflits inter-ethniques, a contraint les populations locales à une forme de débrouillardise, vitale pour survivre, si bien que “la contrebande […] a joué un rôle crucial dans le processus de formation de l’État dans toute l’ex-Yougoslavie” (Kemp, 2017, p.16). Certains observateurs comme Peter Andreas estiment par exemple que “l’État bosniaque n’existerait probablement pas (ou certainement pas sous sa forme actuelle) sans l’assistance des combattants criminels, des négociants du marché noir et des briseurs de l’embargo sur les armes” (cité par : Kemp, 2017, p.16). Si, dans un premier temps, le crime organisé a pleinement participé au processus de construction des États balkaniques, certains opérateurs de ce même crime organisé ont, dans un second temps, importé leurs pratiques criminelles et leurs connexions nébuleuses dans les sphères économique et politique – certains poursuivant même leurs anciennes activités. Cet état de fait a donc donné naissance à des phénomènes de privatisation ou de captation des États balkaniques par des élites aux passés et pratiques sulfureux. Des expressions telles que “Shadow States” ou “États mafieux” permettent de décrire les développements ultérieurs que connurent ces États à la suite des conflits qui ensanglantèrent la région. Ces “États mafieux”, où “élites commerciale, politiques et criminelles se côtoient”, se caractérisent par le fait que “les élites gèrent l’État comme une entreprise privée (parfois familiale)”, utilisant les instruments de l’État “pour créer des opportunités commerciales qui enrichissent une minorité” (Kemp, 2017, p.17). Le cas du Monténégro, décrit plus haut, est à cet égard emblématique.

La criminalité et la corruption, des facteurs de désintégration européenne 

La fin des Guerres de Yougoslavie a fait entrer les États balkaniques dans le giron de l’intégration européenne, perspective qui se heurte cependant depuis à plusieurs obstacles de taille, au premier rang desquels, le non-respect de l’État de droit et la prégnance du crime organisé et de la corruption dans la région. Rappelons que pour prétendre rejoindre l’Union, un État doit remplir trois critères, posés en 1993 à l’occasion du Conseil européen de Copenhague : le respect de la démocratie, la viabilité de son économie de marché et le respect de l’acquis communautaire. Les récentes conclusions du Sommet UE-Balkans d’octobre 2021, organisé à Brdo pri Kanju en Slovénie, sont particulièrement évocatrices. En présence des 27 chefs d’État et de gouvernement européens et des représentants des 6 États des Balkans occidentaux, l’Union européenne a réaffirmé “son soutien sans équivoque à la perspective européenne des Balkans” et salué “l’engagement réaffirmé des partenaires des Balkans occidentaux en faveur de la primauté de la démocratie, des droits et valeurs fondamentaux de l’état de droit, ainsi que de la poursuite des efforts en matière de lutte contre la corruption et la criminalité organisée” ajoutant que “la crédibilité de ces engagements dépend de la mise en oeuvre effective des réformes nécessaires, et l’obtention de résultats probants” (déclaration de Brdo, 6 octobre 2021). 

Traduisons : pour pouvoir prétendre intégrer l’Union Européenne à moyen terme, le WB6 doit mettre en œuvre un certain nombre de réformes en matière de séparation des pouvoirs, de lutte contre la corruption et la criminalité organisée, ce qui sous-entend clairement que lesdits États sont encore gangrénés par ces phénomènes. Or, force est de constater que les mêmes constats étaient déjà dressés en 2001 (Dérens, 2016, pp.21-22) et en 2008 (Chassagne & Gjeloshaj Hysaj, 2010, p.131), ce qui montre, qu’alors que les candidatures ont été déposées il y a plus d’une dizaine d’année, le processus stagne : “pour chaque État, que ce soit sur l’éradication de la corruption, la transparence des marchés publics, l’indépendance de la magistrature, la lutte contre la criminalité organisé ou plus globalement la progression de l’état de droit, les progrès restent modeste, voire inexistants” (Cady, 2020, p.111). Nous verrons dans notre épilogue que le dernier Sommet UE-Balkans occidentaux du 23 juin 2022 est porteur de conclusions relativement similaires, et ce malgré l’effervescence générée par le dépôt des candidatures ukrainiennes, moldaves et géorgiennes au début de l’année. 

Carte des États membres de l’Union européenne et des candidats
Source: Toute l’Europe, 21 juillet 2022

À ce jour, quatre pays du WB6 sont officiellement candidats à l’adhésion, ce qui signifie en fait que leurs candidatures ont été reconnues comme officielles par l’Union : la Macédoine en 2005, le Monténégro en 2010, la Serbie en 2012 et l’Albanie en 2014. La candidature déposée par la Bosnie en 2016 n’a pas été reconnue, le pays ne bénéficie donc pas du statut de “candidat officiel” ou “reconnu”, et le Kosovo n’a, pour l’instant, rien déposé (on parle respectivement de “candidat déclaré” et de “candidat potentiel”). Ces candidatures, avant d’être reconnues, ont toutes été déposées par les pays dans les années 2000 (2004 pour la Macédoine, 2008 pour le Monténégro, 2009 pour l’Albanie et la Serbie), une période où, si la perspective d’une adhésion rapide s’éloignait significativement, un consensus européiste ou pro-européen s’était néanmoins développé au coeur du WB6 (Dérens, 2016, p.22). Ce “tournant pro-européen” a en grande partie été initié par les oligarques locaux, non par conviction, mais parce qu’ils souhaitaient bénéficier des débouchés et des retombées économiques du marché commun : avides de profits et en quête de respectabilité, ils ont logiquement fait pression sur les hommes politiques locaux qui, bientôt, allaient leur emboîter le pas (Dérens, 2016, p.22). En 2008 par exemple, une scission va se produire au sein du Parti radical serbe (Srpska Radikalna Stranka), nationaliste et d’extrême droite, au sujet de la question européenne et donner naissance au Parti progressiste serbe (Srpska Napredna Stranka), favorable à l’intégration mais présentant toujours les “marqueurs idéologiques habituels de l’extrême droite nationaliste serbe” (Dérens, 2016, p.23) – ce parti est aujourd’hui à la tête du pays, avec Aleksandar Vučić, Président de la République de Serbie depuis 2017, réélu en 2022 dès le premier tour avec 60% des suffrages. 

À gauche comme à droite, dans les milieux politiques ou économiques, l’européisme est donc de mise, notamment parce qu’il ouvre de nouvelles perspectives économiques et, pour ce qui est des forces de droite, n’est pas jugé incompatible avec les projets nationalistes. Aujourd’hui, Bajram Begaj en Albanie, Vjosa Osmani au Kosovo, Stevo Pandarovski en Macédoine ou Milo Đukanović au Monténégro sont tous pro-européens ou à la tête de formations pro-européennes. Malgré le consensus, l’intégration européenne représente une “quête du Graal” (Cady, 2020) pour ces États, un vœu pieu qui peine à se matérialiser, faute de réformes suffisantes. C’est en cela que la corruption et la criminalité organisée dans le WB6, dont les contours ont été présentés jusqu’ici, sont sources de (dés)intégration européenne. 

Schengen face à la « poudrière des Balkans”

Puisqu’elle représente à la fois une menace sécuritaire et un frein à l’intégration européenne, quelles mesures l’Union met-elle en place face à la criminalité balkanique ? Comme évoqué en introduction, c’est avec la fin de la Guerre Froide que le problème de la “criminalité organisée transnationale” va être construit et traité comme tel sous l’effet d’un processus de sécuritisation. Outre Atlantique, on craint alors l’essor des mafias russes, relâchées dans la nature ou plutôt dans la jungle d’une nouvelle économie de marché en pleine libéralisation (Favarel-Garrigues, 2001) : sous l’influence des conceptions sécuritaires américaines, les puissances euro-atlantiques vont donc se lancer dans une “croisade” contre le crime organisé. Pour reprendre l’expression de Naylor (1995), la post-bipolarité produit un passage “de la Guerre Froide à la Guerre contre le Crime », les réseaux criminels et mafieux étant alors perçus comme les nouveaux ennemis à abattre dans ce contexte de “perte de l’ennemi consacré” (Favarel-Garrigues, 2001, p.1). Craignant la propagation du crime organisé en provenance de l’ex-URSS, des pays de l’Est et des Balkans, l’Union va donc élaborer un certain nombre de stratégies pour contrecarrer cette nouvelle menace, la plupart axées sur la coopération régionale (Haliti, 2021, p.58). 

L’organisme principal chargé “d’assister les autorités répressives nationales dans la lutte contre les formes graves de criminalité internationale” (Piquet, 2016, p.135), ici en provenance des Balkans, est Europol (European Police Office – Agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs). Fondée en 1994 et opérationnelle en 1999 (Haliti, 2021, p.58), l’agence a pour objectif de faciliter la coopération, notamment l’échange d’informations et de renseignements, entre les polices nationales des États membres sur des sujets criminels ou terroristes graves. Le démantèlement de Kompania Bello, cartel géré depuis l’Équateur par un ressortissant albanais, a ainsi bénéficié de son appui. Le démantèlement résultait d’une enquête de cinq ans, menée par l’Italie avec l’appui des différents gouvernements européens et des agences Europol et Eurojust[2]. Un certain nombre d’autres agences européennes sont également impliquées dans des tâches de police ou relatives à la mise en œuvre, la coordination et l’application de la législation anti-criminalité européenne, comme Eurojust (2002 – Unité de coopération judiciaire de l’Union européenne), le CEPOL (2005 – Agence de l’Union européenne pour la formation des services répressifs), Frontex (2016 – Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes) ou l’EMCDDA (1993 – Observatoire européen des drogues et des toxicomanies). 

Le contrôle aux frontières extérieures de Schengen reste l’un des axes principaux de la lutte contre la criminalité en provenance des Balkans, comprenant des dispositifs tels que le Système d’Information Schengen (SIS) ou le déploiement de contrôles volants. Il est important de noter le phénomène de criminalisation des passages illégaux aux frontières extérieures de l’Union européenne qui, a fortiori depuis la période 2015-2016, a grandement attiré l’attention sur les phénomènes migratoires et contribué à une forme d’embastillement de l’Union, sans doute au détriment de la lutte contre la criminalité organisée. Bien que relativement modestes comparés aux autres formes de trafics, les États européens s’inquiètent aussi particulièrement des trafics d’armes et de munitions en provenance des Balkans car ceux-ci sont parfois à destination d’organisations terroristes. En France et en Belgique, les auteurs des actes terroristes récents les plus meurtriers étaient équipés d’armes et de munitions estampillés WB6 : les terroristes du Bataclan et de Charlie Hebdo étaient en possession d’AK-47 serbes (fabriqués par Zastava), les munitions utilisées par les frères Kouachi venaient de Bosnie-Herzégovine et “l’arsenal découvert dans l’appartement d’un terroriste présumé le 24 mars 2016 près de Paris comprenait un pistolet mitrailleur provenant de Croatie” (Kemp, 2017, p.13). Ainsi, la lutte contre la criminalité organisée en provenance des Balkans s’entremêle avec d’autres thématiques comme la lutte contre le terrorisme ou celle contre “les réseaux de passeurs” par exemple. 

Comment, dès lors, expliquer la complaisance des États européens envers certains dirigeants corrompus et régimes autoritaires des Balkans? Comme nous l’avons plus tôt, les puissances européennes ont par exemple fermé les yeux sur les agissements de Đukanović, parce qu’il permettait initialement de contrer la Serbie et ensuite en raison de “son orientation pro-occidentale” (Kemp, 2017, p.21). La raison de cette complaisance tient donc dans ce que Jean-Arnault Dérens qualifie d’“obsession de la stabilité” : “ces dirigeants sont tolérés parce qu’ils sont utiles, en garantissant un semblant de stabilité politique à la région” (Dérens, 2016, p.24). Ce tropisme de la stabilité explique pourquoi “la concentration du pouvoir entre les mains d’Aleksandar Vucic n’inquiète pas véritablement les cercles européens tant [qu’il] se montre accommodant sur le dossier du Kosovo, seul véritable sujet de préoccupation  des chancelleries occidentales” (Dérens, 2016, p.24). Une nouvelle fois, les deux camps y trouvent finalement leur compte : d’un côté, “les stratèges européennes préfèrent peut-être […] avoir affaire à des dirigeants politiques locaux corrompus – voire à des criminels de guerre – car ils ont plus de prise sur eux” et, de l’autre côté, afficher son europhilie permet aux responsables politiques locaux d’“obtenir en retour un blanc-seing qui leur vaut un surcroît de légitimité politique dans leurs propres pays” (Dérens, 2016, p.25). L’analyse est la même du côté du GIATOC (Global Initiative Against Transnational Organized Crime): “Pour contrer l’influence politique de la Russie et de la Turquie, et pour endiguer le flux de grands groupes de personnes en déplacement, les puissances occidentales ont soutenu les dirigeants qui promettent la stabilité et aspirent à une perspective euro-atlantique. […] Les États-Unis et l’Union européenne ont également eu tendance à minimiser ou à ignorer le mauvais comportement de certains acteurs politiques, tout en essayant de conserver leur influence. Cela a conduit à la création de ce que l’on appelle des stabilocraties: des démocraties faibles dirigés par des leaders à l’esprit autocratique, qui gouvernent par le biais de réseaux informels et de patronage et présentent assurer une stabilité pro-occidentale dans la région” (GIATOC, 2019, p.3).   

Épilogue. Vers l’intégration ? 

La guerre russo-ukrainienne a remis sur le devant de la scène la question de l’élargissement à l’est de l’Union et rendu impératif son réveil géopolitique – ce dernier reste ceci dit peu probable, l’Union peinant à se penser comme un acteur géopolitique et ce malgré la nouvellement récurrente invocation de “l’autonomie stratégique européenne”. Le 27 février 2022, la Présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, certes pressée par le déclenchement du conflit et l’invasion du 24 février, déclarait ainsi “Ukraine is one of use and we want them in the EU[3]”. Le jour suivant, l’Ukraine déposait une demande d’adhésion, suivie par la Moldavie et la Géorgie le 3 mars. Lors du sommet européen de Versailles du 7 mars 2022, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union avaient logiquement écarté l’hypothèse d’une adhésion rapide de l’Ukraine et, par extension, de la Géorgie et de la Moldavie. Cependant, le 23 juin 2022, le Conseil européen a décidé d’attribuer le statut de candidat à l’Ukraine et à la Moldavie[4] – la Géorgie se trouve donc aujourd’hui dans la même situation que la Bosnie-Herzégovine, avec une candidature déclarée, déposée mais non reconnue comme officielle. 

Le Sommet UE-Balkans Occidentaux du 23 juin était donc l’occasion de faire le point sur les candidatures en cours dans le contexte particulier précédemment décrit. L’invasion russe a en effet conduit plusieurs pays ou représentants politiques à plaider en faveur de l’intégration du WB6 ou plutôt de l’accélération des procédures relatives – la Grèce et l’Autriche notamment se sont récemment exprimées en ce sens[5], tout comme la Slovénie[6]. Les représentant des Balkans occidentaux ont parfaitement compris la carte qu’ils avaient à jouer :  profiter de “l’impulsion ukrainienne” pour faire valoir leur cause – une déclaration a d’ailleurs été signée en amont du sommet, le 15 juin 2022, entre l’Ukraine, l’Albanie, le Monténégro et la Macédoine afin de soutenir la candidature ukrainienne[7]. La rapide reconnaissance des candidatures ukrainiennes et moldaves, actée lors du sommet, aurait donc pu laisser penser à une avancée parallèle majeure pour les pays des Balkans occidentaux. Cependant, les conclusions de ce sommet ne sont pas révélées bien différentes de celles des précédents, mettant en exergue les freins déjà évoqués plus tôt : “L’Union européenne exprime son attachement total et sans équivoque à la perspective de l’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE et appelle à accélérer le processus d’adhésion. […] Le Conseil européen rappelle l’importance des réformes, notamment dans le domaine de l’État de droit, et en particulier de celles liées à l’indépendance et au fonctionnement du système judiciaire et à la lutte contre la corruption[8]”. 

Les conclusions évoquent également plusieurs enjeux importants, au premier rang desquels les différends entre la Bulgarie (membre de l’Union) et la Macédoine du Nord qui bloquent l’ouverture des négociations d’adhésion, différends qui impactent également l’Albanie puisque les deux candidatures ont été liées par les États membres. L’exemple macédonien illustre la complexité des processus d’adhésion puisque cette dernière ne peut se faire qu’en cas d’unanimité des pays membres. Autre point mentionné, les relations délétères entre la Serbie et le Kosovo – on notera le regain des tensions en juillet et août de cette année. Enfin, dernier point important, le Conseil s’est dit “prêt à accorder le statut de pays candidat à la Bosnie-Herzégovine” … sans pour autant accéder à cette requête. Comme le résume Toute l’Europe : “Pour les dirigeants de ces pays et des autres États des Balkans occidentaux, le sommet […] s’est avéré décevant. Alors qu’ils espéraient certaines avancées à l’issue de cette rencontre – une ouverture des négociations avec la Macédoine du Nord et l’Albanie, l’octroi du statut de candidat à la Bosnie-Herzégovine et une libéralisation des visas pour le Kosovo – ils sont repartis sans aucune promesse. Les chefs d’État et de gouvernement de Serbie, de Macédoine du Nord et d’Albanie en particulier n’ont pas manqué d’exprimer leur frustration. ‘Nous n’avons rien obtenu’ a déclaré le président Serbe Aleksandar Vučić. ‘C’est un coup dur pour la crédibilité de l’Union européenne’, a de son côté considéré le Premier ministre macédonien Dimitar Kovačevski[9]”. 

Interrogée par Euractiv sur l’issue du sommet, l’eurodéputée allemande Viola Von Cramon-Taubadel (Groupe des Verts / Alliance libre européenne) a mis en exergue le peu d’avancées concernant les Balkans et la nature presque “symbolique” de l’octroi du statut de candidat  “Permettez-moi de le dire ainsi : la décision sur la Moldavie et l’Ukraine est, disons, vraiment bon marché. Il ne leur coûte rien de donner un statut de candidat dans une situation géopolitiquement très tendue. Ils peuvent rester avec ce statut de candidat sur la liste d’attente, comme nous l’avons observé avec la Turquie et les Balkans occidentaux, pour toujours. […] Ce sommet pour les Balkans occidentaux a été un échec total. […] La Bosnie n’a pas non plus obtenu le statut de candidat, pire encore, la Macédoine du Nord et l’Albanie n’ont pas obtenu les négociations d’adhésion, et le Kosovo n’a pas obtenu la libéralisation des visas, une question qui traîne depuis quatre ans maintenant[10]”. En dépit de cette déception manifeste, les choses se sont quelque peu accélérées dans les mois qui ont suivi. À la suite de la signature le 17 juillet 2022 d’un protocole bilatéral entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord, la Bulgarie a finalement levé son véto et le Conseil de l’Union européenne a officiellement ouvert les négociations d’adhésion avec la Macédoine et l’Albanie ce 19 juillet – ce protocole porte sur la modification de la constitution macédonienne et vise notamment à la protection du droit des minorités du pays. 

À l’heure où j’écris ces lignes, les négociations d’adhésion sont donc ouvertes pour la Macédoine et l’Albanie, le Monténégro (depuis 2012) et la Serbie (depuis 2014). Dans un communiqué de presse daté du 6 février 2018, la Commission européenne avait indiqué que la Serbie et le Monténégro, les deux seuls pays des Balkans occidentaux avec lesquels les négociations étaient alors effectivement ouvertes, pourraient sans doute “achever le processus d’adhésion à l’horizon 2025”, à condition qu’existe une “volonté politique forte”, que des “réformes effectives et durables” soient mises en oeuvre et que “les différends avec leurs voisins” fassent l’objet d’un “règlement définitif[11]”. Cependant, la route semble encore bien longue. Pour le cas de la Serbie par exemple, le pays devra sans doute reconnaître le Kosovo s’il souhaite entrer dans l’Union – les récentes frictions entre les deux pays ne jouent d’ailleurs évidemment pas en faveur de l’adhésion de la Serbie, une résolution adoptée le 6 juillet 2022 par le Parlement européen déplorant “le manque de progrès et même le recul sur des questions essentielles pour adhérer à l’UE[12]”. Le Kosovo, qui n’est toujours pas reconnu par cinq pays membres de l’Union (Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie, Slovaquie) devrait quant à lui déposer sa candidature d’ici à la fin 2022, selon les déclarations de Donika Gërvalla, la ministre kosovare des Affaires Étrangères[13].

Le nouveau chancelier d’Allemagne, Olaf Scholz, semble quant à lui déterminé à initier un tournant politique au coeur de l’Union – comme mentionné par Pierre Mennerat pour Le Grand Continent, Scholz a d’ailleurs fait du “changement d’époque” (Zeitenwende) son slogan[14]. Après avoir effectué une tournée dans les Balkans occidentaux au début du mois de juin[15], le chancelier s’est fait l’avocat d’un élargissement à l’Est de l’Union lors d’un long discours prononcé le 29 août 2022 à l’Université Charles de Prague. En voici quelques extraits significatifs : “À l’heure actuelle, nous nous demandons une fois de plus où se situera la ligne de démarcation entre cette Europe libre et une autocratie néo-impérialiste à l’avenir. J’ai parlé d’un changement d’époque après l’invasion de l’Ukraine […] Lors du Conseil européen de juin, nous avons tendu la main et avons dit ‘oui’. Oui, l’Ukraine, la République de Moldavie et, à terme, la Géorgie et, bien sûr, les six pays des Balkans occidentaux appartiennent à la partie libre et démocratique de l’Europe. Leur adhésion à l’UE est dans notre intérêt […] Après tout, nous avons donné notre parole à nos candidats à l’adhésion – et, dans le cas des pays des Balkans occidentaux, c’était il y a presque 20 ans. Et ces paroles doivent enfin être suivies d’actes ! […] Tout d’abord, je suis favorable à l’élargissement de l’Union européenne. Il est nécessaire d’inclure les pays des Balkans occidentaux, l’Ukraine, la Moldavie et, à terme, la Géorgie ! Une Union européenne comptant 30 ou 36 membres sera bien différente de l’Union actuelle. Cela va sans dire. Le centre de l’Europe se déplacera vers l’Est[16]”. Des déclarations qui ne sont évidemment pas anodines lorsque l’on connaît le poids de l’Allemagne dans la conduite des affaires européennes. Si là n’est pas notre sujet, on peut légitimement se questionner sur la pertinence en termes politiques, économiques ou même géographiques d’un élargissement de l’Union jusqu’au Caucase. On relèvera également la dichotomie induite par le chancelier entre une “Europe libre” et une “Europe autocratique”, des propos quelque peu manichéens qui n’évoquent, en sous-texte, rien de moins que la tombée d’un nouveau rideau de fer sur le continent… 

La question de l’élargissement à l’Est ne manquera donc pas d’être évoquée lors du sommet européen organisé à Prague les 6 et 7 octobre 2022 à l’initiative de la Présidence tchèque du Conseil. Tout ceci étant dit, il est peu probable qu’à court terme l’un des différents pays candidats puissent rejoindre l’Union : la corruption et la prégnance de la criminalité organisée, les différents conflits ethniques et territoriaux, le non-respect de l’État de droit ou de la liberté de la presse, la fragilité économique, etc. sont autant de freins qui, en plus de miner le développement plein et entier des Balkans occidentaux, éloignent chaque jour un peu la région d’une perspective d’adhésion rapide. Les indices de perception de la corruption de Transparency International sont d’ailleurs toujours relativement mauvais pour les différents pays du WB6 : 35 pour l’Albanie et la Bosnie, 38 pour la Serbie, 39 pour la Macédoine du Nord et 46 pour le Monténégro (100 indiquant une faible corruption et 0 une forte corruption)[17]

Bienvenue dans la charmante ville de Kotor, cité balnéaire de la côte Adriatique. Passé vénitien, inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, baie idyllique, la ville monténégrine jouit de tous les atouts nécessaires pour faire affluer les touristes du monde entier. Depuis 2014 cependant, une succession de faits divers est venue ajouter une ombre au tableau...

Carte représentant l’Indice de perception de la corruption en 2021
Source : Transparency International

Comme nous l’avons vu, les Balkans sont une région où les flux illégaux et organisations criminelles prospèrent, d’une part pour des raisons géographiques et, d’autre part, pour des raisons historiques et politiques qui ont donné naissance à des imbrications entre criminalité et pouvoir politique sur les décombres du régime communiste et des conflits liés à sa chute. Transnational, le crime organisé dans les Balkans a plusieurs facettes, des regroupements opportunistes ad hoc et informels jusqu’aux véritables réseaux “mafieux” internationaux. Malgré les faits divers et les représentations sensationnalistes véhiculées dans la presse internationale, ce ne sont pas les potentats criminels locaux qui, à eux seuls, minent le développement économico-politique de la région mais surtout la corruption endémique et les liaisons dangereuses entre le crime organisé et les structures étatiques. Alors, les WB6 constituent-ils un “antimonde” pour reprendre la notion (contestée) du géographe Roger Brunet, décrivant “des territoires et lieux qui échappent ou dérogent à la loi et aux normes” (Marty, 2000, p.139) ? L’analogie peut paraître séduisante et, en un sens, fonctionne. Cependant, si les réalités criminelles des Balkans Occidentaux ne doivent pas être niées, il faut se méfier des clichés sécuritaires et des représentations simplificatrices.  On l’a vu, les États européens ont aussi une responsabilité : ils manient la carotte et le bâton, se satisfaisant des régimes autocratiques et corrompus comme celui de Đukanović, tant qu’ils apportent un peu de stabilité. L’intégration européenne est, pour les États du WB6, un horizon qui s’éloigne à mesure qu’ils le poursuivent, incapables ou indisposés à mettre en œuvre les réformes demandées par Bruxelles. Cependant, qualifier d’antimonde les Balkans risque d’enfermer la région dans une destinée fantasmée et quasi-romantique, celle d’un underworld criminel insaisissable et fascinant, sans pour autant proposer de solutions viables et concrètes aux défis qui se posent à elle. Plusieurs recommandations peuvent cependant être faites afin de contrecarrer l’emprise de la corruption et du crime, comme par exemple améliorer la réponse judiciaire en reliant plus efficacement activités et groupes criminels lors des procès, développer des réseaux d’informateurs solides et protégés, traiter à la racine le problème de corruption endémique ou encore renforcer les agences nationales ou régionales de lutte contre la criminalité (UNODC, 2020, pp.11-12). 

Pierre SIVIGNON

Nota Bene : toutes les traductions de l’anglais vers le français sont des traductions personnelles.

Notes 

[1] Stratégie française pour les Balkans occidentaux. URL : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/europe/balkans-occidentaux/strategie-francaise-pour-les-balkans-occidentaux/ 

[2]  “Joint investigation team leads to dismantling of one of Europe’s most active Albanian-speaking networks trafficking cocaine into Europe”. Europol, 17 septembre 2020.

URL:https://www.europol.europa.eu/media-press/newsroom/news/joint-investigation-team-leads-to-dismantling-of-one-of-europe%E2%80%99s-most-active-albanian-speaking-networks-trafficking-cocaine 

[3] “Ukraine is one of us and we want them in EU, Ursula von der Leyen tells Euronews”, Euronews, 28 février 2022. 

URL:https://www.euronews.com/2022/02/27/ukraine-is-one-of-us-and-we-want-them-in-eu-ursula-von-der-leyen-tells-euronews 

[4] Conclusions du Conseil européen – 23 et 24 juin 2022. URL : https://www.consilium.europa.eu/media/57452/2022-06-2324-euco-conclusions-fr.pdf 

[5] “Adhésion des Balkans occidentaux à l’UE : que souhaitent les États membres ?. Toute l’Europe, 28 juin 2022. URL: https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/adhesion-des-balkans-occidentaux-a-l-ue-que-souhaitent-les-etats-membres/#:~:text=Un%20nouveau%20sommet%20UE%2DBalkans,est%20la%20Croatie%20en%202013 

[6] “Adhésion des Balkans occidentaux : les dirigeants de l’UE risquent de ne pas trouver d’accord cette semaine”. Euractiv, 21 juin 2022. URL : https://www.euractiv.fr/section/elargissement/news/adhesion-des-balkans-occidentaux-les-dirigeants-de-lue-risquent-de-ne-pas-trouver-daccord-cette-semaine/ 

[7] “Adhésion à l’UE : les candidats des Balkans occidentaux espèrent suivre la voie de l’Ukraine”. Euractiv, 16 juin 2022. URL : https://www.euractiv.fr/section/elargissement/news/adhesion-a-lue-les-candidats-des-balkans-occidentaux-esperent-suivre-la-voie-de-lukraine/ 

[8] Conclusions du Conseil européen – 23 et 24 juin 2022. URL : https://www.consilium.europa.eu/media/57452/2022-06-2324-euco-conclusions-fr.pdf 

[9] “Adhésion des Balkans occidentaux à l’UE : que souhaitent les États membres ?. Toute l’Europe, 28 juin 2022. URL: https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/adhesion-des-balkans-occidentaux-a-l-ue-que-souhaitent-les-etats-membres/#:~:text=Un%20nouveau%20sommet%20UE%2DBalkans,est%20la%20Croatie%20en%202013 

[10] “Le sommet de l’UE a été un « échec total » pour les Balkans occidentaux, selon une eurodéputée”. Euractiv, 27 juin 2022. URL : https://www.euractiv.fr/section/elargissement/news/le-sommet-de-lue-a-ete-un-%e2%80%89echec-total%e2%80%89-pour-les-balkans-occidentaux-selon-une-eurodeputee/ 

[11] “Stratégie pour les Balkans occidentaux: l’Union expose de nouvelles initiatives phares et un soutien à la région axé sur les réformes”. Communiqué de presse de la Commission européenne, 6 février 2018. URL : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/api/files/document/print/fr/ip_18_561/IP_18_561_FR.pdf 

[12]  “Élargissement: le point sur les dernières évolutions dans les Balkans occidentaux”. Communiqué de presse du Parlement européen, 6 juillet 2022. URL : https://www.europarl.europa.eu/news/fr/press-room/20220701IPR34358/elargissement-point-sur-les-dernieres-evolutions-dans-les-balkans-occidentaux 

[13] “Le Kosovo déposera une demande d’adhésion à l’UE d’ici la fin 2022”. Euractiv, 27 juillet 2022. URL :https://www.euractiv.fr/section/elargissement/news/le-kosovo-deposera-une-demande-dadhesion-a-lue-dici-la-fin-2022/

[14] “Discours de Prague : comprendre le tournant de Scholz sur l’Union”. Le Grand Continent, 29 août 2022. URL:https://legrandcontinent.eu/fr/2022/08/29/discours-de-prague-comprendre-le-tournant-de-scholz-sur-lunion/ 

[15] “Scholz en tournée dans les Balkans”. Euronews, 11 juin 2022. 

URL : https://fr.euronews.com/2022/06/11/scholz-en-tournee-dans-les-balkans 

[16] “Discours de Prague : comprendre le tournant de Scholz sur l’Union”. Le Grand Continent, 29 août 2022. URL:https://legrandcontinent.eu/fr/2022/08/29/discours-de-prague-comprendre-le-tournant-de-scholz-sur-lunion/ 

[17] Indices de perception de la corruption 2021 – Transparency International.  URL : https://transparency-france.org/publications/indices-de-perception-de-corruption/#.Yxhd0OxBxQI 

Bibliographie 

Articles scientifiques

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URL:https://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/OC/Measuring-OC-in-WB.pdf 

Articles de presse

“Dans les Balkans, les gangs au coeur d’un système d’État” par Rémy Ourdan. Le Monde, 30 juillet 2021.

URL:https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/07/30/dans-les-balkans-les-gangs-au-c-ur-d-un-systeme-d-etat_6090027_3451060.html#:~:text=Les%20gangs%20serbes%2C%20mont%C3%A9n%C3%A9grins%20et,et%20des%20drogues%20de%20synth%C3%A8se

“Interpol Operation Busts Top Ethnic Albanian Drug Smuggling Ring” par Xhorxhina Bami. Balkan Insight, 17 septembre 2020.  

URL:https://balkaninsight.com/2020/09/17/interpol-operation-busts-top-ethnic-albanian-drug-smuggling-ring/ 

“Joint investigation team leads to dismantling of one of Europe’s most active Albanian-speaking networks trafficking cocaine into Europe”. Europol, 17 septembre 2020.

URL:https://www.europol.europa.eu/media-press/newsroom/news/joint-investigation-team-leads-to-dismantling-of-one-of-europe%E2%80%99s-most-active-albanian-speaking-networks-trafficking-cocaine 

“Monténégro. Un narco-État aux portes de l’Union européenne par Milka Tadic Mijovic & Milan Boskovic. Courrier International, 20 mai 2010. 

URL:https://www.courrierinternational.com/article/2010/05/20/un-narco-etat-aux-portes-de-l-union-europeenne 

“Trafic de drogues: le Monténégro, plaque tournante des Balkans” par Persa Aligrudić. Le Courrier des Balkans, 11 janvier 2012. 

URL:https://www.courrierdesbalkans.fr/trafic-de-drogues-le-montenegro-plaque-tournante-des-balkans 

“Turquie, Albanie, Macédoine du Nord…: où sont les pays candidats à l’élargissement?”. Toute l’Europe, 21 juillet 2022.

URL:https://www.touteleurope.eu/fonctionnement-de-l-ue/turquie-albanie-macedoine-du-nord-ou-en-sont-les-pays-candidats-a-l-elargissement/ 

Source et légende de l’image d’introduction : “La Pieuvre”, dessin de Victor Hugo pour Les Travailleurs de la Mer (1866). Wikimedia Commons

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