Quelle place pour la France en Arctique ? Tour d’horizon des intérêts stratégiques français dans cette région polaire

L’actualité récente en Arctique ne se résume pas à la proposition déconcertante de Donald Trump d’un éventuel achat du Groenland au Danemark en août dernier, ni aux suspicions de détournement des fonds alloués à l’ancienne ambassadrice des pôles, Ségolène Royal. Si ces informations font la une des gros titres, il en est d’autres, non moins intéressantes, qui pourraient susciter notre attention. Ainsi, du 9 au 13 décembre dernier, le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères accueillait l’Arctic Week 2019, une conférence internationale dédiée aux enjeux contemporains en Arctique organisée par le CEARC (1). Ce fut l’occasion d’étudier tant les questions environnementales et climatiques que sociales, politiques ou internationales, en impliquant, au-delà des scientifiques, chercheurs et responsables politiques, des étudiants et surtout les peuples autochtones, souvent délaissés des questionnements récents à propos de l’Arctique. 

Cet évènement est symptomatique du regain d’intérêt que connaît la région ces dernières années. L’Arctique polarise à lui seul de nombreux questionnements sur l’avenir du monde et des relations internationales : réchauffement climatique, commerce international, multilatéralisme, préservation de la biodiversité, recherche scientifique, etc.

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La politique internationale de la Chine, entre intégration et volonté de puissance

Jean-Pierre Cabestan est un sinologue français renommé, directeur de recherche au CNRS, chercheur associé à l’Asia Centre de Paris et professeur à l’Université baptiste de Hong Kong où il dirige le département de science politique et d’études internationales. Les recherches de J-P Cabestan portent sur les réformes juridique et politique en Chine, les relations entre la Chine et Taïwan, mais aussi sur la politique étrangère et de sécurité chinoise. Continuer de lire « La politique internationale de la Chine, entre intégration et volonté de puissance »

La culture russe contre l’ivresse du monde

« L’ivresse du monde est mortelle, et nous sommes pris vous et moi, chers amis, dans son tourbillon ». Alexandre Pouchkine, Eugène Onéguine (Евгений Онегин), 1833.

Dame Eiffel partage désormais le ciel avec les dômes dorés de la cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité. Le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe surplombe les quais de Seine depuis son inauguration, à l’automne dernier. L’édifice, appelé de ses vœux par le Président russe Vladimir Poutine, comprend, en plus de son église, un centre culturel, une maison paroissiale et son auditorium, une école bilingue franco-russe, et les bureaux du service culturel de l’ambassade de Russie. En ce sens, il s’inscrit pleinement dans le processus de revalorisation de l’héritage russe entériné par le Kremlin à l’aube du 21ème siècle, et impliquant à la fois politique, culture et religion. Depuis la disparition de l’Union Soviétique en effet, les élites dirigeantes russes s’efforcent non seulement de forger une identité culturelle propre à leur pays, mais aussi d’en user comme levier d’influence et d’attraction à l’étranger.  Cette constitution d’un soft-power russe va de pair avec une opposition à l’Ouest toujours plus affirmée sous la présidence de Vladimir Poutine (1). C’est ainsi qu’au beau milieu du tumulte de la crise ukrainienne ont été divulguées les grandes lignes d’une nouvelle politique culturelle russe fondée sur les valeurs différenciant la Russie et l’Occident (2). Vladimir Medinski (3) d’ajouter, lors d’une interview au journal Kommersant : « La Russie sera peut-être l’un des derniers gardiens de la culture européenne, des valeurs chrétiennes et de la véritable civilisation européenne » (4).  Retour sur la construction d’une croisade, celle de la culture russe contre l’ivresse du monde.                                              Continuer de lire « La culture russe contre l’ivresse du monde »

Google, Amazon, Facebook, Apple : la diplomatie est morte, vive la “techplomatie” !

« Bougez vite, cassez les choses. Si vous ne brisez rien sur votre passage c’est que vous ne bougez pas assez vite ». Cette affirmation de Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, est-elle en train de toucher la diplomatie ? Ce secteur régalien par excellence semble aujourd’hui menacé par l’arrivée de nouveaux acteurs non étatiques : les firmes multinationales. Le ministère des Affaires Étrangères danois vient en effet d’innover en annonçant avec fierté la création d’un « ambassadeur digital » auprès des géants de l’économie numérique : les GAFA. Cet acronyme désormais répandu renvoie à Google, Amazon, Facebook et Apple, champions de la bourse américaine et pionniers dans leurs domaines respectifs[1].gafa Continuer de lire « Google, Amazon, Facebook, Apple : la diplomatie est morte, vive la “techplomatie” ! »