Trois mois en Mauritanie

Etudiante en relations internationales, j’ai décroché un stage de trois mois en Mauritanie. Je pars donc pour Nouakchott en ce début juin avec mon sac à dos plein de rêves, d’appréhension et d’anti-moustique, sans aucune idée de ce qui m’attend. J’ai pourtant écumé le net avant de partir, à la recherche d’informations sur la vie dans ce pays dont on parle très peu. Je n’ai trouvé que des choses d’ordre général, à savoir : la Mauritanie est un grand pays de l’Afrique de l’Ouest, à la population assez faible, 3,7 million d’habitants seulement avec en moyenne 4 habitants par kilomètre carré. Au nord on trouve le Maroc, à l’est le Mali, au sud le Sénégal, à l’ouest plus de 800 km de côtes sur l’océan Atlantique. Quant à la vie quotidienne, je ne sais pas à quoi m’attendre.

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La Mauritanie, entre monde arabe et Afrique subsaharienne. Intercarto © 2004.

Bismillah

En ce samedi 7 juin, je descends de l’avion directement sur la piste dans une chaleur étouffante. L’air est lourd et blanc de poussière. Le sable est partout, égayé par une maigre végétation de buissons desséchés. Dans le bâtiment d’accueil, le toit est en tôle et l’armée de ventilateurs qui y est suspendue ne réussit pas à rafraîchir l’air.
J’ai la chance d’être accueillie lors de mon séjour dans une famille mauritanienne d’amis de ma famille, qui m’ont généreusement offert l’hospitalité. C’est le fils, Ahmed*, qui vient me chercher à l’aéroport. Il me repère à mon air perdu sous le nuage de porteurs qui veulent prendre mes valises et intervient tel un sauveur souriant.
Nous partons sur la route goudronnée mais envahie par endroit par le sable des bas-côtés. Les bâtiments sont bas et décrépis, sauf quelques villas étrangement pimpantes. Les voiles bariolés des femmes font des tâches de couleur sur le fond beige du ciel et du sable. Les passants sont rares et les bâtiments espacés, les rues où l’on roule très larges. Des hommes demeurent aux carrefours, debout, immobiles, tendant aux chauffeurs de menus articles à vendre. Ils ont la tête entourée de foulards blanc ou de gris pour se protéger de la poussière.
La maison est très grande, au sol de marbre, avec une enfilade de salons orientaux. Dans ces pièces, le sol est recouvert d’un tapis moelleux à souhait et des banquettes sont adossées aux murs sur trois côtés de la pièce, couvertes de coussins. Les gens s’y assoient ou s’y allongent pour discuter ou manger à même le sol. C’est décidé, une fois rentrée à Paris, j’investis dans un tapis oriental.
Je jette un œil sur la terrasse et suis saisie par une vue d’un contraste violent. Le marbre blanc sur lequel je glisse est éclairé par un gros massif fleuri d’un fushia éclatant. Sur le fond blanc du ciel se détachent des bâtiments dans tous les tons de l’ocre, tandis que retentit l’appel à la prière.

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Une rue de Tevragh Zeina, littéralement le « Beau Quartier ». Flore M © 2014

Bienvenue à Babel

Mes premiers jours à Nouakchott ont été un choc culturel, avec, heureusement, l’aide d’Ahmed qui m’explique les us et coutumes locaux. Ma famille d’accueil parle français et hassanya, un dialecte arabe fortement teinté de berbère, par ailleurs la langue co-officielle du pays avec le français. J’apprendrai plus tard que le hassanya est en réalité parlé surtout par l’élite du pays. En l’occurence, on les appelle les Maures, et ils occupent la plupart des postes au pouvoir. Il y a quatre ethnies principales : d’une part les Pulaar, les Wolof et les Soninkés, qui forment la majorité de la population et sont regroupés sous le terme « négro-africains », d’autre part les Maures. Ceux-ci sont divisés entre Maures blancs et Maures noirs, appelés aussi haratînes, les descendants des esclaves. Tous sont musulmans.
Brigitte, Burundaise avec qui j’ai sympathisé, m’a parlé des tensions ethniques entre les Maures et les Négro-africains. Elle m’a expliqué que si l’hassaya est une des deux langues officielles de Mauritanie, la majorité du peuple ne le parle pas, et ne comprend donc pas les documents officiels, les procès ou même les élections. Cette incompréhension nourrit la colère qui couve chez ces gens inégalement traités par le pouvoir. Elle m’a fait voir de nombreuses choses que je ne savais pas voir de mes yeux de toubab[1], de blanche.
Le problème des langues explique en partie la difficulté à établir un sentiment d’identification nationale. La Mauritanie est le trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne, tiraillée entre deux cultures et deux mondes musulmans très différents. L’histoire du pays est récente et marquée par des tensions entre les groupes ethniques ou politiques, qui ont parfois dégénéré en conflits. Le manque de consensus autour d’une langue officielle n’est que la partie émergée de l’iceberg. Au bureau, Aïcha est Soninké, elle parle soninké avec Mahmoud, le chauffeur. Moussa, un autre chauffeur, parle pulaar avec Mouadi, qui lui-même parle aussi hassanya avec Mohammed, qui est Maure. Bref, une vraie tour de Babel. J’aime le moment du déjeuner, quand je suis entourée de Mauritaniens. Je me fais toute petite, ils m’oublient et passent du français au hassanya, au soninké, au peulh ou au wolof, selon leurs interlocuteurs. J’essaie de percer le mystère de ces langues très différentes. La plupart d’entre eux maîtrisent deux ou trois langues. Ils passent de l’une à l’autre avec beaucoup d’aisance, ils les mélangent même, quelques mots de français viennent émailler les conversations. Et puis il y a les mots hassanya intraduisibles, comme le fameux bismillah, qui est simple à comprendre mais difficile à traduire. Il signifie « bienvenue », ou « joins-toi à nous », ou « entre chez moi », ou « fais comme chez toi »…

Je découvre peu à peu les gestes du quotidien et la prégnance de la religion : après tout, nous sommes en République islamique de Mauritanie, et l’islam est religion d’État. L’islam s’exprime dans chaque geste et chaque parole du quotidien, dans l’aumône que tout le monde pratique, dans les expressions – Machaallah, Hamdoulilah, « c’est la volonté de Dieu, Dieu est grand ». Les femmes portent le voile de manière assez détendue, on voit souvent leurs cheveux sous le melhfa[2]. Seules quelques « vraies voilées », pour reprendre une expression locale, portent des manches longues et des bandeaux pour cheveux sous leur voile.
Qui dit islam dit aussi prohibition de l’alcool, c’est d’ailleurs inscrit dans la constitution. Cependant, d’après ce que j’ai entendu autour de moi, la situation s’est considérablement durcie ces dix dernières années. On pouvait il y a quelques temps se faire servir discrètement du vin au restaurant, voire en trouver en magasin. Aujourd’hui c’est hors de question, l’alcool se vend uniquement au marché noir, à un prix exorbitant – environ 30 000 ouguiyas (80 euros) la bouteille de vodka, d’après les rumeurs. Cela correspond au salaire mensuel d’une cuisinière.

Mon taxi sent la chèvre, mais je le vis bien

Sur les conseils de ma famille d’accueil, j’ai loué les services d’un chauffeur de taxi pour me déplacer. Les transports en commun sont inexistants. Il y a bien quelques bus, en vérité des camionnettes dans lesquelles s’entassent 15 à 20 personnes pour la modique somme de 10 ouguiyas chacun (0,02€), mais ils sont seulement utilisés par les plus pauvres. Au demeurant, bien qu’il existe des compagnies professionnelles, il n’y a pas de licence de taxi. N’importe qui avec une place libre peut se faire payer pour une course. C’est le moyen de transport principal. La course coûte environ 200 ouguyias (0,5€) et le taxi prend toujours plusieurs passagers en même temps, parfois jusqu’à six ou sept, voire quelque chèvre achetée au marché.
Seuls les pauvres marchent. Moi qui aime me promener dans les rues d’une ville pour goûter son ambiance, je me vois quasiment interdit de marcher seule, parce que je suis blanche, donc potentiellement à risque et constamment sollicitée pour de l’argent, et surtout parce que cela ne se fait pas. Aussi obstinée que Saint Thomas qui ne croyait que ce qu’il voyait, j’ai quand même risqué une courte balade le long du « goudron » en compagnie d’une amie. Promenade qui fut en effet ponctuée de multiples regards étranges, voire de quelques remarques peu amènes, mais d’aucun geste agressif. Cela dit, si les gens ne marchent pas, c’est peut-être tout simplement une question de température : 45C° environ, de quoi décourager Saint Thomas et tous les autres sceptiques du monde. Le vent qui souffle depuis le désert est chaud, très chaud, plein de poussière qui colle à la peau. J’ai l’impression d’être devant un sèche-main de toilettes géant – la chaleur n’aide pas à la poésie.

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Les rues de Nouakchott sont colorées en rose ou en orange par les fleurs sur les arbres. Flore M© 2014

Réfugiés

C’est donc mon chauffeur qui m’amène chaque jour au bureau du HCR, le Haut Commissariat pour les réfugiés. Je suis chargée, au sein du service Protection, de la « détermination du statut de réfugié », surnommée DSR. Cela consiste à faire passer des entretiens aux demandeurs d’asile pour déterminer s’ils ont droit au statut de réfugié tel qu’il est établi par la convention de Genève de 1951. Le HCR, en partenariat avec une association humanitaire[3], monte un dossier pour chaque réfugié. Les demandeurs d’asile viennent essentiellement de Côte d’Ivoire, du Mali, du Nigéria et de Centrafrique, avec occasionnellement quelques Camerounais et Sierra Léonais. Chaque personne qui en fait la demande est enregistrée auprès du HCR et reçue en entretien afin de raconter son histoire et les raisons de son exil.
Le travail d’un protection officer dans ces cas là, c’est de déterminer s’il y a un risque réel de persécution pour des raisons raciales, politiques, religieuses, ethniques ou pour l’appartenance à un groupe social particulier. Si c’est le cas, le demandeur d’asile a droit au statut de réfugié et est donc placé sous la protection internationale.
J’entends lors de ces entretiens les choses les plus dures que j’ai jamais entendues. On me parle des miliciens pro-Ouattara qui coupaient les tendons des pro-Gbagbo à la machette et inversement, de massacres en Centrafrique au nom de la religion, de la fuite au Nigéria devant Boko Haram, de fuite, de peur, de honte. J’aimerais pouvoir raconter en détail la vie de ces hommes et femmes, mais je ne parlerai que d’impressions : des mains qui tremblent sur la table, un tic nerveux qui agite la joue par moments. On me raconte et je dois insister, interrompre, revenir sur les détails, demander les noms, les dates. Parfois les récits sont si violents que je suis prise de court. En entendant une jeune fille de mon âge raconter son viol, je ne savais pas quelles questions lui poser, je ne voulais même pas lui poser de questions parce que ce serait l’obliger à décrire des choses que je ne veux pas entendre. Mais il le faut pourtant, alors je le fais, j’écoute les détails de son récit, je conserve un masque professionnel. Et quand je sors dans la rue le soleil est indécent, les couleurs trop vives, le jour devrait s’effacer en entendant un récit pareil.
Pourtant mon travail n’est pas fini. Il me faut à présent reprendre son récit et corriger les coquilles, démêler les incohérences chronologiques, essayer de séparer le vrai et le faux, et enfin remplir le fameux formulaire de « Décision ». Je dois demander à ce qu’il obtienne le statut de réfugié ou qu’il lui soit refusé. Suite à ma demande, une deuxième évaluation est menée par la chef de section et c’est elle qui prend la décision finale. C’est le travail que j’ai effectué pendant trois mois, un travail éprouvant et gratifiant à la fois.

« Mon frère l’Océan» [4]

Nouakchott est une ville de bord de mer. Le port de pêche accueille des centaines de pirogues colorées qui partent chaque matin à l’aube. On trouve à quelques kilomètres de la ville des plages interminables, bordées de sable blanc, sans personne à l’horizon. Ce littoral magnifique a un potentiel touristique qui reste inexploité, les étrangers qui viennent à Nouakchott sont surtout là en voyage d’affaire ou pour faire de l’humanitaire. J’ai aperçu cependant des panneaux annonçant la construction d’une marina près de la ville, et j’ai bien peur que les immeubles ne poussent rapidement et ne viennent gâcher avec leurs gros sabots de béton cette plage belle parce que vide.

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La plage à quelques kilomètres de Nouakchott. Flore M© 2014

Malheureusement, quand on se rapproche de la ville, le sable se couvre de déchets divers : bouteilles en plastiques, vieux pneus, cadavres variés. D’après mes amis, l’écologie n’est pas au centre des préoccupations des mauritaniens. Les ordures sont jetées dans la rue à ciel ouvert et on voit des chèvres perchées sur des montagnes de sacs poubelles en train de grignoter gaiement les déchets. Sachant que les chèvres en question finissent en méchoui, je pense que j’ai dû ingurgiter une bonne dose de viande au plastique. Cela dit, il faut préciser que la situation n’est pas si terrible que ça en temps normal. En ce moment, la société de ramassage des poubelles est en grève car l’État a arrêté de la payer, d’après ce que j’ai compris. Alors les gens font des tas d’ordures sur le bord des rues et lorsque la puanteur devient insupportable, y mettent le feu. Je vous laisse imaginer l’odeur de plastique brûlé qui s’insinue partout.

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Décharge à ciel ouvert en plein milieu de la ville : il n’y a plus de ramassage des ordures depuis 2 mois. Flore M© 2014

Splendeurs et misères des courtisanes

Aïcha a décidé de m’emmener au hammam. Le rituel immuable se déroule : savon noir gluant traditionnel puis passage à l’étuve avant d’être récurée des pieds à la tête par une solide Philippine, suivi d’une épilation au caramel. Évidemment, le tout s’effectue entre femmes, et mes amies en profitent pour échanger le dernier chta’ri, « comment ça va» ou « quoi de neuf » en hassanya. Je suis donc ravie d’apprendre que la femme de Sidi Mohammed l’a quitté et a ruiné le pauvre homme lors du divorce, et que la petite sœur de la troisième épouse du cousin du président vient de tomber enceinte et qu’on espère un garçon, inch’Allah. Mine de rien, c’est dans ce cercle intime et public à la fois que les nouvelles s’échangent, les liens se tissent, les réputations se font et se défont. Le hammam est un lieu de sociabilité incontournable.

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Séance de hammam avec les femmes de la famille. Dessin – Flore M 2014

Des chars, des urnes et des domestiques

Le 21 juin, jour des élections présidentielles, les rues sont vides et les gendarmes des postes de contrôle tendus. Pourtant tout se passe dans le calme, ou presque. Ahmed et ses amis ont tous les deux boycotté l’élection. Comme la plupart des membres de l’opposition, ils n’ont aucune illusion sur le résultat[5] et ne veulent pas participer à la réélection du président sortant, Mohammed Abdul-Aziz, ancien général arrivé au pouvoir en 2008 suite à un coup d’Etat militaire puis élu en 2009[6]. On parle beaucoup de politique mais jamais des politiques, pas de ceux qui ont le pouvoir en tout cas. Après quelques tentatives infructueuses de discuter corruption et réformes, je me suis rabattue sur des sujets sociaux sur lesquels les gens sont prêts à débattre : droits des femmes, homosexualité, conditions de la domesticité.
Les domestiques sont en effet présents dans la vie quotidienne. Toutes les familles aisées emploient des gens, cuisiniers, boys, gardiens, bonnes. Ils vivent en général chez leur patron et font partie de la maisonnée. La mère d’Ahmed, Fatma, s’adresse assez sèchement à ses employés, ce qui m’a un peu choquée au début. Un ami expatrié les décrivait comme des esclaves modernes. Ils sont payés une misère, logés, nourris et blanchis au strict minimum, et se retrouvent dans la rue s’ils sont renvoyés[7]. Les intérêts de la maison sont leurs intérêts, les secrets des maîtres sont leurs secrets. Je me sens un peu mal à l’aise au milieu d’eux et pourtant ils font, littéralement, partie des meubles.
Le travail servile et l’exploitation sont des sujets extrêmement sensibles en Mauritanie. L’esclavage est officiellement aboli en depuis 1981 et sa pratique pénalisée depuis 2007. Cependant, d’après mes lectures[8], ces pratiques persistent chez certaines tribus nomades de l’intérieur du pays. Je tiens à souligner qu’aucune de mes connaissances en Mauritanie n’a confirmé cela, et que lors d’une longue conversation assez tendue on m’a expliqué que la pratique de l’esclavage a bel et bien disparu. En revanche, les liens de fidélité et de domination persistent entre familles Maures et familles haratînes, c’est à dire les affranchis. Il est difficile d’avoir un point de vue objectif sur la question et de démêler l’écheveau des liens tribaux, nationaux et ethniques qui composent l’identité de chaque Mauritanien.

Le ramadan

Mon séjour a coïncidé avec le mois de ramadan, j’ai donc eu la chance de vivre dans une famille musulmane ce mois de partage et de sainteté un peu mystérieux à mes yeux. Première observation : on mange, et je dirais même on mange beaucoup. La « coupure », c’est à dire la rupture du jeûne, se fait au coucher du soleil avec une sorte de goûter copieux. Au menu : beignets, dates, crêpes, pain, pâtisseries…Le faste du premier jour n’est pas exceptionnel mais se répète quotidiennement. Ce repas de coupure est suivi deux heures plus tard d’un dîner à base de poulet, poisson, riz ou couscous. C’est un rythme absolument intenable mais délicieux.

Entre la coupure et le dîner, il y a une prière. Les hommes vont à la mosquée ou dehors pour prier tandis que les femmes restent à l’intérieur de la maison. Elles effleurent une grosse pierre qui est dans le salon puis touchent leurs fronts et leurs mains. Fatma m’explique que la pierre remplace symboliquement l’eau des ablutions, et que cela vient d’une vieille tradition des musulmans du désert qui manquaient d’eau. J’apprends beaucoup de choses durant la conversation, notamment le moyen apparemment infaillible de guérir les hépatites et toutes les maladies du foie. A toutes fins utiles, il faut boire pendant 40 jours du lait de chamelle qui allaite son premier petit en y ajoutant une goutte de l’urine de la bête. Radicalement efficace.
Comme le ramadan avance, la vie ralentit jusqu’à ne plus bouger du tout. Le temps s’étire lentement, très lentement. Tout est figé dans la chaleur moite des journées poussiéreuses. Les gens sont mous, tout le monde dort debout. Nous autres non-musulmans formons dans le bureau un petit îlot caféiné et convenablement abreuvé qui continue de travailler normalement, au milieu des pieux pénitents qui nous entourent.

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Comment mettre un melhfa pour les nuls. Dessin Flore M© 2014

L’Aïd el Fitr, fête de la fin du jeune, arrive enfin. Ce jour là est très spécial, et l’occasion de deux jours fériés nationaux. Pour la fin du jeûne, les mots d’ordres sont nourriture et famille. Fatma et ses employés ont préparé d’énormes marmites de bouillie de mil à distribuer aux gens du quartier, accompagné de la sauce traditionnelle à la cacahuète et aux épices mélangée à du pain de singe, c’est à dire le fruit du baobab.
La suite de la journée est dédiée à des visites dans la famille. Il faut impérativement aller voir tout le monde, y compris les cousins, sachant que les familles sont en général assez étendues et que Fatma a 19 frères et sœurs.

Refermer la parenthèse

Je ne peux pas raconter toutes les rencontres, tous les foyers qui m’ont accueillie et offert le thé, toutes les choses que j’ai découvertes et toutes les conversations à bâtons rompus autour de tel ou tel sujet polémique. Que dire pour terminer ce récit incomplet de mon expérience ? La société mauritanienne est complexe, divisée sur des lignes ethniques, linguistiques, sociales. Elle est pourtant composée de gens incroyablement accueillants et chaleureux, pétris d’une culture de générosité. Elle est à la frontière de l’Afrique noire et de l’Afrique arabe, tiraillée parfois entre ces deux pôles mais surtout enrichie par ces deux influences. La Mauritanie est un beau pays, dont je n’ai fait qu’effleurer la richesse. Ce n’est pas grave, je reviendrai.

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Des dromadaires, que tout le monde appelle pour une raison mystérieuse des chameaux, traversent tranquillement la route à la sortie de la ville. Flore M© 2014.

Flore M.

* Les prénoms ont été modifiés

[1] Le mot toubab, aujourd’hui couramment utilisé pour dire « blanc », vient à l’origine de « toubib », qui désignait le médecin à l’époque coloniale. Il peut avoir une signification péjorative ou neutre selon le contexte.

[2] Le melhfa est le voile traditionnel mauritanien. Il se compose d’une seule grande pièce de tissu qui est enroulée autour du corps et sur la tête. Il se décline en voiles de tous les jours et voiles de cérémonie, beaucoup plus travaillés.

[3]L’ALPD , Association de Lutte contre la Pauvreté et le sous Développement, est une association humanitaire mauritanienne qui s’occupe entre autre d’accueillir les réfugiés et de les orienter vers le HCR. Leur site internet : www.alpd.mr

[4]Selon l’expression chère à Romain Gary

[5]Pour en savoir plus sur le boycott de l’opposition, voir Integrated Regional Information Networks (IRIN), Pledges and boycotts in Mauritania polls, 12 June 2014.

[6]Pour en savoir plus sur les circonstances du coup d’État de 2008, voir le dossier La Mauritanie, la démocratie au coup par coup publié par Politique Africaine.

[7]Pour en savoir plus sur la servitude moderne en Mauritanie, voir le rapport de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), Rapport de mission en République Islamique de Mauritanie, Mars 2014.

[8]Sur la persistance de pratiques esclavagistes, voir le rapport d’Amnesty International, Mauritania: A future free from slavery?, 7 November 2002.

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