La Sarre : le plus français des Länder ?

La Sarre : le plus français des Länder ?

Par Tom Wendling

Le 14 juillet est pour les Français l’occasion de célébrer leur pays. Où que ce soit sur le territoire, ville ou village, on sort danser lors de fêtes populaires jusqu’au soir où l’on s’installe pour admirer les lumières colorées des feux d’artifices lancés pour l’occasion. Si ce jour semble au premier abord national et réservé aux Français, on retrouve avec surprise cette même ambiance festive dans le Land1 allemand de la Sarre, à environ 350 km de Paris.

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La situation de la Sarre en Europe :  un Land allemand tourné vers la France
Source : Deutsche Welle

En effet, le 13 juillet 2022, les Sarrois n’ont pas dérogé à leur traditionnel « bal populaire »2 dans le château de Sarrebruck, capitale du Land, où sous des airs de jazz manouche interprété par des musiciens français, les Allemands et Français dansent et partagent un repas dans une ambiance décontractée. Cette fraternité franco-allemande s’est même illustrée avec force dans l’après-midi par la valse aérienne de trois parachutistes devant le château, dont deux ont fait flotter dans leur chute le drapeau allemand et français. Enfin, dans la tradition française, les Sarrois ont fait tirer des feux d’artifice à partir de 23 heures joignant leurs pensées à celles des Français de l’autre côté de la frontière.

 

Les parachutistes portant les drapeaux des deux pays
Source : Saarlandische Runkfunkt

Cet évènement festif et chaleureux qui célèbre l’amitié entre les peuples tranche complètement avec la situation internationale tendue que traverse l’Europe avec la guerre en Ukraine. C’est ce que nous rappelle avec justesse la ministre-présidente de la Sarre Anke Rehlinger au lendemain de l’événement: « au vu de la situation actuelle où les frontières sont à nouveau déplacées par la force militaire et portées par un nationalisme d’un autre âge, l’amitié franco-allemande est exemplaire. Il est de notre devoir de la cultiver et de l’exprimer partout où c’est possible. Nous continuons à le faire aujourd’hui »4. C’est sur ces paroles porteuses de paix et d’histoire que je souhaiterais revenir : elles montrent l’importance que les Sarrois confèrent à l’amitié transfrontalière, importance bien plus prononcée que dans le reste de l’Allemagne. Ce constat m’amène alors à la question suivante  : Quelle est la raison historique et culturelle qui a poussé ce Land par rapport aux autres Länder à célébrer l’amitié franco-allemande ? 

Dans cet article, je vais donc m’appliquer à raconter l’histoire de la présence française en Sarre, et plus spécifiquement, comment celle-ci s’est manifestée au XXe siècle par les différents systèmes politiques imposés par les Alliés en Sarre, jusqu’à la réintégration de la région à l’Allemagne de l’Ouest en 1957.

I. La Sarre : de Louis XIV à Guillaume II

Cette ouverture d’esprit de la Sarre sur la France s’explique essentiellement par son alternance entre régime français et régime allemand, à tel point que l’on peut facilement comparer son histoire à celle de l’Alsace du côté français. Ainsi, la Sarre fut pendant longtemps un territoire du Saint Empire Romain germanique, et ce sont les campagnes militaires de Louis XIV vers l’est au XVIIe qui marquent la première alternance, en mettant en place la première administration française sur le territoire. La province de la Sarre est alors créée en 1680 et exista pendant 17 ans, jusqu’à ce qu’elle soit rendue au duché de Lorraine, vassal du Saint Empire. 

L’année 1793 marqua le retour de la France dans la région. Les troupes révolutionnaires françaises occupèrent le pays et le territoire devint un département français, dont Trêves (aujourd’hui dans le Land de Rhénanie-Palatinat) en était la préfecture. La Sarre resta française jusqu’à la fin du Premier Empire en 1815, où le territoire repassa sous giron allemand en étant intégrée à Prusse, puis en 1871 à l’Empire allemand. De cette période française, les Sarrois en retirèrent un sentiment mitigé. Si certains ont accueilli avec ardeur les idéaux républicains français, d’autres ont au contraire rejeté cette occupation étrangère, alimentant par la même occasion les premiers discours de la France comme « l’ennemi héréditaire » de l’Allemagne. De plus, par l’appartenance instable de cette région d’un pays à un autre durant ces années, les Sarrois développèrent une crainte pour leur identité, avec la peur d’être entièrement francisés, ou prussianisés. Cette appréhension resurgit après la défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale.

II. De la SDN au Troisième Reich : récit d’une tragédie 

En 1920, le traité de Versailles est appliqué et le territoire de la Sarre est détaché de l’Allemagne. Renommé « territoire du bassin de la Sarre » (Sarregebiet) et sous administration de la Société des Nations (SDN) pour une durée de 15 ans,  elle est le résultat d’un compromis entre la volonté française d’annexer le territoire en dédommagement5 et la volonté américaine et britannique de ménager l’Allemagne. De fait, ses frontières sont tracées suivant une lecture strictement économique : le territoire englobait les principales mines de charbon et leurs usines, qui passèrent sous administration française au titre de réparation de guerre. Ainsi, ce sont ces considérations économiques qui sont à l’origine de l’identité politique de la Sarre, et des frontières qui la délimitent aujourd’hui en tant que Land.

En conséquence, cette administration était essentiellement économique, et sous cet angle, l’action de la Commission du Gouvernement (CG) de la SDN est assez nuancée. D’un côté, le niveau de vie des Sarrois s’est amélioré, et la production minière a augmenté par des actions de modernisation de l’exploitation des mines des investisseurs français, ce qui a dans le même temps renforcé la sécurité dans les mines. Enfin au niveau monétaire, le rattachement économique au marché douanier avec le paiement en franc des ouvriers dès 1920 a permis aux Sarrois d’éviter l’inflation allemande. La Sarre s’est aussi bien intégrée dans la géographie économique française et cela surtout au niveau sidérurgique : le coke sarrois est échangé contre le minerai lorrain. De l’autre, au niveau de sa conséquence politique et sociale, cette administration économique, dont les profits revenaient aux industriels français, renvoyait une image désastreuse à la population. De même, l’introduction de la monnaie de l’envahisseur sur le territoire, le franc, accentuait cette perception négative de la CG par les Sarrois. En conséquence, plusieurs grèves ponctuèrent les années 1920 en Sarre, les mineurs faisant de ces dernières une manifestation politique, montrant leur rejet tout autant de leur nouvel employeur que du gouvernement qui les dirigeait.

1 franc Mines Domaniales de la Sarre Type 1920 | France - Trésor (après  1918) - Le catalogue Numizon

Le symbole de la présence française en Sarre lors du mandat de la SDN :
Le Billet de 1 franc de l’administration des mines de charbon de la Sarre.
Source : http://www.saar-nostalgie.de/

Au niveau politique, le bilan de cette période est amer pour la France qui partait dès le début avec une marge de manœuvre réduite pour imposer sa volonté. En effet, au contraire de l’image qu’elle dégageait auprès des Sarrois (les Sarrois nomment cette période de mandat de la SDN « franzosenzeit », c’est-à-dire « la période française »), la France n’avait un pouvoir exclusif que sur les mines. A cela s’ajoutait la nature même du CG, qui est composé de 5 représentants au service de la SDN et dont un seul était français (et qui était au service de la SDN et non de la France en vertu de son statut de fonctionnaire international), ce qui réduisait la marge d’influence de la France dans les décisions pour le territoire. 

La seule politique culturelle d’envergure autorisée par le traité de Versailles était celle de la création d’écoles élémentaires en langue française cantonnées au territoire des mines (écoles domaniales), et destinées aux enfants du personnel des mines. Cette exception en matière d’éducation était, dans la stratégie française, un moyen de promouvoir la culture française en Sarre dans le but de pousser les nouveaux Sarrois devenus citoyens en 1935 à voter un rattachement à la France. Cette stratégie fut cependant un terrible échec, créant le résultat inverse de celui escompté : les Sarrois furent pratiquement unanimes dans leur rejet de ces écoles, en manifestant à plusieurs reprises contre celles-ci qu’ils voyaient comme une ingérence française inadmissible dans leur éducation. De plus, le nombre d’enfants inscrits dans les écoles françaises est infime (4 400 sur 124 400)6, ce qui fait qu’elles ont eu une influence très faible sur l’éducation générale des enfants sarrois. Ainsi, cette politique culturelle fut totalement inefficace et les Sarrois continuaient à vivre dans une atmosphère exclusivement germanique et très antifrançaise.

A cela s’ajoutait un rejet de ce gouvernement et une impopularité de la SDN pour plusieurs raisons. Tout d’abord au niveau strictement politique, l’administration de la SDN n’était pas démocratique et privait les Sarrois de leur souveraineté. En effet, les Sarrois n’avaient pratiquement aucune emprise sur la vie politique de leur territoire : les membres du conseil étaient choisis par la SDN, et le Landesrat (le parlement du territoire composé de Sarrois) n’avait qu’un rôle de consultation. Ensuite au niveau sécuritaire, les Sarrois percevaient les troupes françaises stationnées comme une menace étrangère permanente, ce qui pesait sur leur moral. De plus, la présence d’hommes noirs dans les rangs des soldats français n’arrangeait pas cette occupation. En effet, ces Noirs se voyaient conférer par leur appartenance à l’armée une certaine autorité sur les civils, et les Sarrois dans la mentalité coloniale de l’époque se sentaient humiliés et leur donnait l’impression de vivre dans un « kolonialsystem »7

Enfin, au niveau de la relation entre les Sarrois et les fonctionnaires français, celle-ci était exécrable notamment en raison du pouvoir que ces derniers détenaient. En effet, les fonctionnaires français occupaient des postes clés dans l’administration et la justice de la région, ce qui renforçait le sentiment de dépossession de leur souveraineté par les habitants. De plus, les fonctionnaires français affichaient pour la plupart une certaine méprise pour les Sarrois et une « Herr im Haus Mentalität » (Une « mentalité de maître chez soi »). Le premier président du territoire Victor Rault incarnait parfaitement cette idée : il ne connaissait aucun mot d’allemand et affichait publiquement soutenir les intérêts français, montrant son total désintérêt et mépris pour la population sous son autorité. Ainsi, pour toutes ces raisons, ce gouvernement était très impopulaire et massivement rejeté par la population.

Ces considérations faites, les résultats du référendum de 1935 concernant le statut du territoire ne sont guère étonnants : plus de 90% des participants ont voté pour rejoindre le Troisième Reich. Les Sarrois ont montré que l’attachement national à l’Allemagne restait très fort, et ce même si l’idée d’intégrer une dictature fasciste a été vivement combattue par les partis de gauche et une partie de l’Église catholique sarroise. Cette campagne fut malheureusement vaine : Hitler et son idéologie avaient déjà séduit les Sarrois. Il a ainsi été démontré que les habitants avaient voté tout autant pour rejoindre le régime nazi que l’Allemagne, et qu’ils n’ont pas fait ce choix à contre-cœur, en vertu d’un attachement à la liberté et à la démocratie8.

Un bulletin de vote du référendum de 1935.
Source : http://saarland.digicult-museen.net/

Si les Sarrois eurent la joie de réintégrer leur patrie d’origine, ces derniers ont très vite fait face aux conséquences néfastes de ce choix, à savoir la privation de la liberté d’expression avec l’interdiction de tous les partis, l’exclusion des Sarrois jugés trop francophiles et la persécution des juifs dans le Land. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Sarre subit sévèrement les bombardements des Alliés et ressortit en 1945 dans un état similaire en presque tous les points à celui de 1918 : vaincue et au bon vouloir des Français. À cette situation s’ajoutait l’état de destruction du Land (90% des bâtiments de Sarrebruck sont détruits) qui rendait la situation pire qu’en 1918, où la Sarre avait réussi à conserver son patrimoine. Les Français mirent en place le 30 août 1945  la « délégation supérieure de la Sarre », un gouvernement militaire dirigé par le colonel Gilbert Grandval au sein de la zone d’occupation française. Une dénazification du territoire fut rapidement mise en oeuvre et 18209 membres et sympathisants du NSDAP et Waffen-SS furent expulsés du territoire.

III. La Sarre sous période française : le retour d’une politique comparable à celle sous le mandat de la SDN ?

Pour la France, le but premier restait le même: utiliser les ressources minières de la Sarre à titre de dédommagement servant à reconstruire la France et à punir l’Allemagne. « L’affaiblissement de l’Allemagne permet le renforcement de la France »10 telle était la mentalité des Français en 1944, qui souhaitaient vivement une annexion de la Sarre en la détachant à jamais de l’Allemagne. Une nouvelle fois comme en 1918, une telle politique n’était pas soutenue par Londres et Washington et encore moins par Moscou. Ainsi peu à peu s’installait l’idée de faire de la Sarre un État « indépendant […] dans le cadre du système économique français et d’une union douanière française »11 : en résumé, faire de la Sarre un protectorat français. Cette solution semblait la plus adaptée pour répondre à tous les enjeux : elle serait mieux acceptée à l’international et permettrait de préserver les intérêts économiques et sécuritaires de la France.

Ainsi, contrastant totalement avec l’attitude lors du mandat de la SDN, les représentants français adoptèrent un comportement plus pragmatique et plus rassurant auprès des Sarrois. Le discours devant les journaux en 1947 du Président de la République provisoire, Georges Bidault, montrait bien cette ligne politique plus clémente envers les Sarrois : « Nous ne demandons pas une annexion territoriale. Nous réalisons que les 800 000 Sarrois sont Allemands ». De même, le gouverneur Grandval tirant les leçons du passé de la SDN initia une politique de réconciliation efficace. On peut citer notamment la reconstruction des grandes villes sarroises (Sarrebruck, Sarrelouis) sous la direction des meilleurs architectes français, et un soutien alimentaire conséquent à la région alors que l’Europe était frappée par la famine.

Au niveau éducatif et culturel, la politique de Grandval était audacieuse. L’objectif de ce dernier était de faire naître dans le cœur des Sarrois une sympathie pour la culture et l’éducation française. Ainsi, parmi les nombreux projets culturels, on peut citer la création d’un conservatoire supérieur de la musique où la musique française est mise à l’honneur, et la réouverture de l’école supérieure des beaux-arts fermée par les Nazis. Enfin, le projet le plus marquant de Grandval est celui de la création de l’université de la Sarre, conçue dans un esprit d’ouverture sur l’Europe et avec l’objectif de créer une élite franco-allemande. Aujourd’hui symbole de la coopération universitaire franco-allemande, elle est considérée comme la première « université européenne », proposant des cursus franco-allemand et des études tournées sur l’Europe et vers l’international. 

Enfin, au niveau politique, il créa un cadre propice à la démocratie qui aboutit en 1947 aux premières élections législatives et à la proclamation de la première Constitution sarroise, actant sa séparation avec l’Allemagne. Le nouvel État sarrois se dota de ses propres institutions démocratiques, de son drapeau reprenant l’aspect tricolore du drapeau français (montrant implicitement son statut de protectorat), de son timbre, de sa propre monnaie le franc sarrois (même idée de rappel du protectorat) et de sa propre équipe de football. Cependant, la France limitait et surveillait cette nouvelle souveraineté. Ainsi, les affaires étrangères, la défense et les affaires économiques, monétaires et douanières de la jeune république restaient régies par la France, représentée par Grandval, auprès de qui le ministre-président Johannes Hoffman devait rendre des comptes. 

Une image contenant carte

Description générée automatiquement

Carte des zones d’occupation de l’Allemagne en 1947 : le protectorat français de la Sarre y est représenté en blanc-crème avec son drapeau inspiré de celui de la France.
Source : Wikicommons

A cela s’ajoutait la censure et la surveillance des partis politiques pro-allemands, ce  qui limitait la liberté d’expression sur le territoire et ternissait la perception des Sarrois de la présence française. Si au niveau économique la Sarre bénéficiait dans un premier temps de la croissance et de la stabilité de la  France pour se reconstruire, ainsi que de politiques sociales réussies mises en œuvre par Hoffman, ce boom économique prit fin en 1952. La fin de cette période de faste économique renforça le questionnement des Sarrois sur le bien fondé de ce régime politique. En effet, celui-ci ne permettait qu’une souveraineté limitée et produisait une richesse insuffisante, alors qu’à la frontière, l’Allemagne de l’Ouest s’était relevée de ses cendres et connaissait une croissance économique remarquable sous un régime démocratique et souverain.

IV. La Sarre au sein des tensions entre la France et l’Allemagne

Dans ce contexte, Hoffman voyait d’un bon œil les projets concernant la construction européenne. Il percevait dans la tension franco-allemande concernant le statut de la Sarre un moyen de sortir de l’ingérence française du Land et de trouver une solution pérenne (et donc acceptée par les deux Etats) pour ce territoire. En effet, la Sarre dans les années 1950 est considérée comme une véritable pomme de discorde dans le rapprochement franco-allemand : la France voulait maintenir sa présence dans la région, tandis que l’Allemagne de l’Ouest souhaitait l’intégration de la Sarre dans la République fédérale. Les tensions étaient notamment très fortes lors du traité de Londres instituant le Conseil de l’Europe en 1949. Les Français souhaitaient que la Sarre soit un État membre à part entière du Conseil alors que la République fédérale d’Allemagne (RFA) y était totalement opposée, dès lors que cela équivaudrait à reconnaître l’indépendance de la Sarre vis-à-vis de l’Allemagne. Le compromis fut donc de faire de la Sarre un membre associé et non un membre à part entière au Conseil de l’Europe.

Cependant, après la fondation de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1951, Hoffman proposa que Sarrebruck, la capitale de l’État, soit aussi la capitale de la Communauté. Si cette proposition resta lettre morte en raison du statut contentieux de la Sarre, l’idée d’engager la Sarre dans la construction européenne fut reprise par Adenauer et Pierre Mendès France lors du traité de Paris de 1954. Concrètement, au niveau politique la Sarre deviendrait un État pleinement souverain pour sa politique intérieure, mais sa politique extérieure et de défense serait sous l’égide de l’Union européenne occidentale (UEO). Au niveau économique, la Sarre se serait ouverte aux échanges avec l’Allemagne, mais resterait dans une union économique et douanière avec la France. En résumé, l’idée était de faire de la Sarre le creuset de la construction européenne, qui deviendrait « une sorte de structure supranationale hébergeant les institutions européennes »13

Johannes Hoffman lors de la signature du traité de Paris en 1954
Source: http://www.saar-nostalgie.de/

Cette solution avait l’avantage, après l’échec de la Communauté européenne de défense (CED) et de la Communauté politique européenne (CPE), de relancer la construction européenne en supprimant définitivement l’obstacle sarrois qui pourrissait la relation franco-allemande. La condition de mise en place de ce statut européen était l’approbation par référendum de ce statut par la population sarroise. Celui-ci devait se dérouler un an plus tard en octobre 1955. Il est à noter que si le « non » l’emportait, cela signifiait le rattachement de la Sarre à la RFA.

V. La difficile adhésion à l’idée européenne

La France ayant supprimé la censure et autorisant une liberté d’expression totale en Sarre suite à la signature du traité, les débats furent véhéments et riches concernant le référendum. Comme en 1935, l’irrédentisme fit son retour et de nombreux Sarrois souhaitaient le rattachement à l’Allemagne. Les partisans de cette idée étaient représentés par une coalition de plusieurs partis : le Heitmatbund ( « L’alliance pour la patrie »). Cette coalition mettait en avant une Allemagne qui attire, prospère, libre de l’occupation des Alliés où règne désormais la liberté. Tout comme en 1935, les partisans du « non » jouaient sur la culture et l’identité germanique du Land, et présentait le « non » comme un « acte de normalisation culturelle et nationale »14. A contrario, le Heimatbund s’engageait dans une rhétorique virulente envers la France et l’OEA, parfois même teintée de mensonges, comme par exemple le fait que le « oui » amènerait à terme à un rattachement à la France ou encore que l’UEO exploiterait sans vergogne le charbon en faisant du territoire une « Saarabie ». Le traité, par l’absence de ces dispositions, prouvait que ces arguments démagogiques étaient fallacieux. Cependant, sa campagne énonçait aussi des vérités, en rappelant le rôle envahisseur de la France par les multiples occupations du territoire par le pays, ainsi que les restrictions de liberté et de démocratie mises en place sous les régimes de la SDN et du protectorat. 

Enfin, le Heimatbund fit de Hoffman le bouc-émissaire responsable de tous les problèmes de la Sarre. Jouant sur son impopularité, la coalition l’accusait de mal représenter les intérêts sarrois, d’être la marionnette des Français15, et d’être incapable de contrer efficacement la récession économique que connaissait le territoire. Cette stratégie du bouc émissaire fut très efficace, la campagne durant les derniers mois prenait plus une allure de « non » à Hoffman que de « non » au statut européen et le slogan « Der Dicke muss weg ! » (« Le gros doit partir », en raison de son embonpoint)  résonnait dans les oreilles de tous les Sarrois.

Volksbefragung 1955 - Aufkleber

« Der Dicke muss weg ! Darum NEIN »
(« Le gros doit partir ! C’est pour cela qu’il faut le NON. »)
Affiche lors de la campagne de 1955 pour le référendum promouvant le « non » .
Source : http://www.saar-nostalgie.de/

A l’inverse, “Joho” Hoffman peinait à défendre son bilan et à convaincre les Sarrois de l’intérêt pour le territoire de devenir un centre de la construction européenne et du rôle qu’elle aurait à l’avenir de « pont entre l’Allemagne et la France ». Il est vrai que Hoffman, déjà impopulaire, entamait cette campagne dans un contexte défavorable dans la mesure où la réputation de la France n’était plus au beau fixe. En effet, le pays, militairement vaincu en Asie, instable politiquement avec la « valse des gouvernements » de la IVe République et traversant des difficultés économiques, n’attirait pas les Sarrois, et on peut le comprendre. Ainsi, voter pour le statut européen de la Sarre, c’était au fond faire un acte de foi, c’était espérer que la construction européenne (qui était au point mort) reprenne, que la France retrouve sa stabilité politique et économique, et que Sarrebruck dans cette effervescence, devienne capitale européenne, attirant capitaux et institutions politiques sur son territoire.  

En conséquence, même si le statut européen était audacieux et avait ses partisans, ses arguments n’étaient pas suffisants pour convaincre l’ensemble de la population. En effet, voter « oui » nécessitait une confiance sans faille au projet de construction européenne (qui n’était à cet époque qu’à un état embryonnaire avec la CECA et l’OEA) ainsi qu’à la France, ce qui semblait en définitive assez hasardeux aux yeux des Sarrois. Conséquemment, le 23 octobre 1955, le résultat était sans appel : les Sarrois rejetèrent à 67,7 % le « statut européen ». 

Ces messieurs eurent de vives discussions le 20 octobre 1955 à Beckingen devant un panneau d'affichage où toutes les parties autorisées se réunissaient pacifiquement pour propager le pour et le contre du statut européen de la Sarre conclu entre Paris et Bonn.  Lors du référendum du 23 octobre 1955, les Sarrois se sont prononcés contre le statut de la Sarre et donc pour le retour de la région frontalière à la République fédérale.

Panneau d’affichage le 20 octobre 1955 à Beckingen, devant lequel des Sarrois débattent sur le statut européen de la Sarre.
Source : (©photo alliance/dpa)

VI. La fin de la période française en Sarre

Des négociations difficiles entre Paris et Bonn débutèrent en février 1956. La France vivait mal ce nouvel échec au niveau international, qui s’ajoutait à la situation brûlante en Algérie. Bonn était consciente de cette situation, elle souhaitait de son côté intensifier les relations avec Paris et cherchait à en finir au plus vite avec la Sarre, tout comme la France. Bonn accepta alors les conditions de Paris qui souhaitait retarder la réunification économique du territoire à l’Allemagne, voulant compenser la perte de la Sarre par le maintien de l’exploitation du charbon de la région par des industriels francais. Le traité du Luxembourg, signé le 27 octobre 1956, mettait pour cela en place une chronologie particulière. Le traité énonçait que la Sarre réintégrerait la RFA le 1er janvier 1957, mais que son union douanière et monétaire avec la France perdurerait jusqu’au 6 juillet 1959. Cet agenda correspondait aussi aux attentes d’Adenauer qui souhaitait retarder cette « kleine Wiedervereinigung » ( « petite réunification ») à 1957 afin d’avoir un argument de poids pour soutenir son mandat pour une possible réélection la même année. De même, de façon plus pragmatique, il soutenait également l’idée de laisser plus de temps à la Sarre – qui héritait d’un système dirigiste à la française, pour s’adapter à l’économie allemande. Ainsi, selon cet agenda, la Sarre devint officiellement le 1er janvier 1957 le dixième Land allemand de la République fédérale. Le 6 janvier 1957 (Tag X), avec l’arrivée du Deutsche Mark sur le territoire, la présence française prit matériellement fin, ne devenant plus qu’un souvenir pour les Sarrois.

Conclusion  

Comme nous l’avons vu en introduction, les Sarrois aujourd’hui sont loin d’avoir honte de ce passé, et de rejeter ce souvenir de la période française d’un coup de main malgré le résultat de ce référendum. Ces derniers ont décidé, au contraire, malgré le souvenir difficile que comportaient ces occupations françaises, de mettre en avant cette histoire qui fait leur richesse et leur singularité au sein de l’Allemagne. Au niveau culturel, le « bal populaire » en est l’un des exemples le plus marquant, héritage du gouvernement de Grandval où les Français organisaient chaque année leur 14 juillet en Sarre, et ce jusqu’à la réintégration du territoire à l’Allemagne. Les Sarrois ont repris cet événement à leur compte, et en ont fait une fête grand public, célébrant concrètement l’amitié franco-allemande. Elle donne un côté plus humain à cette amitié qui contrebalance l’aspect parfois bien sérieux des traités bilatéraux conclus entre la France et l’Allemagne. 

Au niveau politique, la Sarre n’a pas attendu le niveau fédéral pour se poser comme acteur de la construction européenne. Une nouvelle fois, les Sarrois font une synthèse de leur histoire, montrant que le référendum de 1955 ne rendait pas caduc le projet de soutenir la coopération européenne. Au contraire, elle s’est même distinguée en étant le premier Land d’Allemagne à avoir inscrit dans sa Constitution le devoir de participer à la coopération transfrontalière et à l’unification européenne16. Fidèle à sa Constitution, la Sarre est aujourd’hui membre de plusieurs organisations transfrontalières telles que l’Eurodistrict SaarMoselle avec le département français de la Moselle, ou encore à la Grande Région (qui regroupe le Luxembourg et des régions de la Belgique, de la France et de l’Allemagne), organisation ayant pour but d’accentuer la coopération politique et économique entre ses membres. 

Dans le prolongement de cette idée, une attention particulière a été donnée à la France et à sa langue. L’exemple le plus frappant en est la stratégie « France », lancée en 2013 en grande pompe par Annegret Kramp-Karrenbauer, Ministre-présidente du Land à cette époque. Elle met en place un agenda composé de 19 lignes directrices à suivre jusqu’en 2043, année-jalon où la population de la Sarre devra être bilingue, maîtrisant l’allemand comme langue maternelle, mais aussi le français comme seconde langue vernaculaire. Cette stratégie ambitieuse s’inscrit dans la volonté des gouvernements successifs de la Sarre d’être « un pont entre la France et l’Allemagne » reprenant alors les mots de Johannes Hoffmann. De plus, comme si l’objectif n’était déjà pas assez hardi, cette politique s’inscrit aussi dans une perspective internationale, dans la mesure où la Sarre en 2021 a communiqué de manière officielle son souhait de devenir membre observateur à l’Organisation internationale de la Francophonie.

Ainsi, à travers tous ces projets ambitieux hérités d’une histoire tumultueuse, la Sarre prouve que les rivalités nationales ne sont qu’une étape à surpasser, et que l’on peut croire à une ligne  politique soutenant l’harmonie entre les peuples, nous donnant alors de l’espoir en cette période de guerre pour les peuples russes et ukrainiens. La Sarre est donc un exemple de coopération entre les territoires dont devrait s’inspirer je pense en tant qu’alsacien, ma région, qui a vécu une histoire similaire à la Sarre en alternant entre rattachement à l’Allemagne et à la France. 

Pour conclure, on ne peut que confirmer à ce dernier stade de l’analyse une expression en vigueur chez les Sarrois concernant leur situation actuelle, et qui résume le plus simplement possible cet article : « la Sarre a été allemande, puis française, puis indépendante, puis aujourd’hui, elle est tout cela à la fois ».

Tom Wendling

Notes:

1 Land : État fédéré

2 Depuis le début de la crise du Covid-19, ce bal avait été constamment annulé

 3 Prononcé et écrit en français par les Sarrois

 4 « Ministerpräsidentin Anke Rehlinger zum französischen Nationalfeiertag » . Saarland, 14 juillet 2022, URL: www.saarland.de/stk/DE/aktuelles/medieninfos/medieninfo/2022/Q3_2022/pm_2022-07-14-statement-mp-frz-nationalfeiertag.html.

5 Lors des discussions avec les Alliés, Clémenceau a affiché son souhait de rétablir les frontières du Premier Empire à la Sarre et rappelait la présence ancienne de la France sur le territoire par la ville de Sarrelouis.

6 Hudemann, Rainer Gerhild Krebs. Memotransfront – Stätten grenzüberschreitender Erinnerung – Domanialschulen im Saargebiet. URL: www.memotransfront.uni-saarland.de/domanialschulen.shtml.

7 Littéralement « Système colonial ». L’idée derrière ce terme est que les Sarrois avaient l’impression d’être administrés comme une colonie française.

8 Comme souvent après la Seconde Guerre mondiale dans les territoires où la collaboration avec l’Allemagne nazie a été effective, certains historiens allemands ont tenté de justifier le comportement des Sarrois lors du référendum de 1935 qui ont rejoint de leurs plein gré l’Allemagne nazie, (tout comme certains historiens du côté français ont cherché à défendre  le maréchal Pétain avec la théorie du glaive et du bouclier). Ainsi, il a longtemps été adopté que les Sarrois avaient voté à contrecœur pour un retour à l’Allemagne malgré Hitler. Cette théorie du « für Deutschland, trotz Hitler » (pour l’Allemagne malgré Hitler) a depuis été écarté, il a été prouvé (je m’appuie ici sur les travaux de Wolfgang Behringer) que beaucoup de Sarrois ont voté en connaissance de cause et en Sarre comme dans le reste de l’Allemagne, la plupart des élites avaient déjà été empoisonnés par l’idéologie hitlérienne et travaillaient avant 1935 à la formation d’un gouvernement national-socialiste.

9 Das Saarland. Geschichte einer Region. Röhrig Universitätsverlag, 2012.

10 CAHN Jean-Paul, « Il y a soixante ans… la Sarre (re)devenait allemande », Allemagne d’aujourd’hui, 2017/1 (N° 219), p. 38-50. 

11 Ibid

12 Ibid

13 Selon le journaliste Peter Scholl-Latour, qui était à l’époque porte-parole du gouvernement sarrois. URL: https://allemagneenfrance.diplo.de/fr-fr/actualites-nouvelles-d-allemagne/actualites-des-relations-franco-allemandes-seite/-/2506038

14 Paul Burgart, « Nein oder nicht Nein ? Die Geburt eines Landes im Konflikt », in Ludwig Linsmayer (éd.), Die Geburt des Saarlandes, op. cit., cf. note 8.

15 Certains historiens (comme Jean-Paul Cahn) ont au contraire montré qu’il faisait tout son possible pour rendre son territoire moins dépendant des Français.

16Art. 60 par. 2 de la Constitution de la Sarre : « Le Land de Sarre soutient l’unification européenne et préconise la participation de régions ayant une identité propre à la formation de la volonté des Communautés européennes et de l’Europe unie. Il collabore avec d’autres régions européennes et soutient les relations transfrontalières entre collectivités territoriales et institutions voisines. »

Sources : 

Ouvrages généraux :

Behringer Wolfgang, Clemens Gabriele, Geschichte des Saarlandes, München, 2009

Herrmann, Hans-Christian et Johannes Schmitt. Das Saarland : Geschichte einer Region. Röhrig, 2012.

Institutions politiques:

Missions allemandes en France :  https://allemagneenfrance.diplo.de/fr-fr/actualites-nouvelles-d-allemagne/actualites-des-relations-franco-allemandes-seite/-/2506038

Le gouvernement de la Sarre :

Bundeszentrale Für Politische Bildung,  « 1945 : Das Saarland wird französisch », 17 novembre 2021. URL: www.bpb.de/kurz-knapp/hintergrund-aktuell/211320/1945-das-saarland-wird-franzoesisch.

Articles spécialisés :

Miard-Delacroix Hélène, « Chapitre 3. La question de la Sarre » .  Presses universitaires du Septentrion, 2004.  URL: https://books.openedition.org/septentrion/53600?lang=en

Baudouï Rémi, « La reconstruction française en Sarre (1945-1950) », Vingtième Siècle, revue d’histoire, n°29, janvier-mars 1991. pp. 57-66. URL : www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1991_num_29_1_2338

Cahn Jean-Paul, « Il y a soixante ans… la Sarre (re)devenait allemande », Allemagne d’aujourd’hui, 2017/1 (N° 219), p. 38-50. URL : https://www.cairn.info/revue-allemagne-d-aujourd-hui-2017-1-page-38.htm

Remlinger Michel, « L’évolution économique de la Sarre jusqu’à son rattachement à la République fédérale », Etudes et conjoncture – Institut national de la statistique et des études économiques, n°12, 1960 (15ᵉ année). pp. 1060-1101. URL : www.persee.fr/doc/estat_0423-5681_1960_num_15_12_8688

Gallois Lucien, « La Sarre sous la Révolution et l’Empire », Annales de Géographie, t. 38, n°216, 1929. pp. 609-614. URL : www.persee.fr/doc/geo_0003-4010_1929_num_38_216_9947

Jalabert Laurent, « La politique territoriale française sur la rive gauche du Rhin (1679-1697) : des « réunions » à la Province de la Sarre », Revue historique, 2011/1 (n° 657), p. 61-91. URL : https://www-cairn-info.ezpaarse.univ-paris1.fr/revue-historique-2011-1-page-61.htm

Krebs Gilbert (ed.) ; Schneilin Gérard (ed.). État et société sous le IIIe Reich. New edition [online]. Paris: Presses Sorbonne Nouvelle, 1997. URL : http://books.openedition.org/psn/5801

Terrollion Karl, Klos Christine,  « La « Stratégie France » de la Sarre : un Land sur la voie d’un plurilinguisme européen en action » . IFRI – Institut français des relations internationales. URL: www.ifri.org/fr/publications/notes-de-lifri/notes-cerfa/strategie-france-de-sarre-un-land-dun-plurilinguisme.

Presse:

« Bal populaire et jazz manouche le 13 juillet au château » . Le Républicain Lorrain, 10 juillet 2022. URL :  www.republicain-lorrain.fr/culture-loisirs/2022/07/10/bal-populaire-et-jazz-manouche-le-13-juillet-au-chateau.

Maillasson Hélène. « Bal Populaire in Saarbrücken » . Saarbrücker Zeitung, 12 juillet 2018. URL: www.saarbruecker-zeitung.de/saarland/blickzumnachbarn/bal-populaire-in-saarbruecken_aid-23917325.

Schmid Thomas, « Volksabstimmung : Der brutale Kampf um die Zukunft des Saarlands » . DIE WELT, 30 octobre 2015. URL: www.welt.de/geschichte/article148228776/Der-brutale-Kampf-um-die-Zukunft-des-Saarlands.html.

Sites Internets:

« La question de la Sarre – évènements historiques de la construction européenne (1945-2014) », CVCE. URL: www.cvce.eu/recherche/unit-content/-/unit/02bb76df-d066-4c08-a58a-d4686a3e68ff/556cb8ea-3962-4e8c-9b1d-397f4f769404.Consulté le 18 octobre 2022.Consulté le 18 octobre 2022.

Freyer Rainer, « Erinnerungen an das Saarland von 1945 bis 1959 », Saar-Nostalgie. URL: www.saar-nostalgie.de. Consulté le 18 octobre 2022.

« Die Saar zwischen Deutschland und Frankreich », Deutsch-Französische Materialien. URL: http://www.deuframat.de/de/regionen/grenzueberschreitende-probleme-und-kooperation/die-saarfrage-in-historischer-perspektive/die-saar-zwischen-deutschland-und-frankreich.html .Consulté le 18 octobre 2022.

Vidéos:

« Complètement à l’Est : histoire de la Sarre française », France 3 Grand Est, YouTube, 24 septembre 2018. URL:  www.youtube.com/watch?v=ETVahvb3Geg. Consulté le 18 octobre 2022.

« Aktueller bericht (14.07.2022) » . ARD Mediathek. URL : www.ardmediathek.de/video/aktueller-bericht/aktueller-bericht-14-07-2022/sr/Y3JpZDovL3NyLW9ubGluZS5kZS9BQl8xMTc2NDI. Consulté le 18 octobre 2022.

Source de l’image de couverture:

Page Facebook de la Sarre: https://www.facebook.com/saarland.de/posts/10152182349467185/. Consulté le 26 octobre 2022

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