La Russie d’aujourd’hui : les défis de sa puissance.

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Le conflit ukrainien a révélé au grand jour la capacité de Vladimir Poutine à s’imposer sur la scène internationale et à mener le jeu au détriment des puissances occidentales. Pour autant, il ne s’agirait pas de considérer que la Russie possède toutes les cartes en mains. Au contraire, cet Etat pourrait être qualifié de géant aux pieds d’argile : Vladimir Poutine doit aujourd’hui faire face à de sérieuses difficultés économiques et démographiques qui risquent de remettre en cause sa puissance.


Une économie non-diversifiée

 

L’escalade des sanctions occidentales envers la Russie depuis l’annexion de la Crimée le 21 mars 2014 ainsi que la chute brutale du prix des hydrocarbures cet automne ont engendré un effondrement du rouble depuis novembre dernier. En quelques mois, le prix du baril a baissé de moitié et, d’après l’agence internationale de l’énergie, il n’est pas prêt de revenir à son prix d’antan. Alors que pour l’Europe il s’agit d’une aubaine pour son économie, c’est une tragédie pour la Russie, deuxième producteur mondial. Cette chute du prix du baril ne pouvait pas être anticipée car elle n’a rien d’économique : elle est politique. En effet, si la première baisse de prix de 15-20$ était économique, la volonté de l’Arabie saoudite de casser les prix constitue une stratégie politique interne. Selon certains spécialistes, il pourrait s’agir d’une tactique de Riyad consistant à accompagner les sanctions occidentales  pour mettre en difficulté son ennemi habituel ; la Russie. Cette dernière reproche fermement à Riyad de financer le terrorisme dans le Caucase du Nord.

Vladimir Poutine n’a pas su diversifier son économie et, aujourd’hui, cette dernière doit faire face à un problème structurel : les recettes de l’Etat russe dépendent à 50% des taxes sur le secteur des hydrocarbures. Ainsi, le budget de l’Etat est dangereusement soumis aux variations du prix du pétrole. Etant donné que la Russie vend son pétrole en dollars, on aurait pu penser que la chute du rouble compenserait la dégringolade du prix du baril. Cependant, il en a été autrement et, sur l’année 2014, le prix du baril Oural (unité de référence en Russie) exprimé en roubles a perdu 14%. Si l’endettement propre de l’Etat russe demeure faible (environ 10% du PIB), celui des grandes entreprises publiques s’avère très lourd et cet endettement extérieur risque d’avoir des conséquences irréversibles sur ces entreprises qui, dans le contexte actuel, ne peuvent pas compter sur un renouvellement de leurs emprunts. Par ailleurs, la Russie doit désormais faire face au problème de la volatilité du rouble vis-à-vis de l’euro et, de façon encore plus marquée, du dollar.

Depuis le lancement des sanctions occidentales, le Kremlin semble s’être rapproché de Pékin : en mai 2014 a été signé un accord dont le but serait de permettre la construction d’un gazoduc qui relierait directement les gisements russes au territoire chinois. Si les gains de ce projet ne sont pas attendus avant 2018, Xi Jinping est prêt à subvenir aux besoins en devises des grandes compagnies russes. Mais, pour des raisons de dynamiques économiques et migratoires, les relations entre les deux voisins restent empreintes de méfiance. Vladimir Poutine sait que l’intensification de ces relations commerciales bilatérales risque de mener à la désindustrialisation de la Russie au détriment d’une stratégie économique de tentative de diversification industrielle. De plus, le gouvernement russe craint une émigration chinoise massive dans la région frontalière, très peu peuplée du côté russe.

Un « creux-démographique » cause et conséquence de la situation économique

A l’éclatement de l’Union soviétique, la jeune fédération de Russie compte 148,3 millions d’habitants et accuse, dès 1996, une sévère diminution de sa population. Les résultats de recensement de 2010 ont permis d’évaluer la population à 142,9 millions d’individus, soit, une perte de 5,4 millions d’habitants depuis 1991. Ceci représente un décroissement annuel de 270 000 individus. Alors que le gouvernement a mis en place certaines mesures natalistes qui donnent déjà de bons résultats, la pyramide des âges russe révèle qu’un nouveau « creux démographique » est inévitable dans les années 2020-2030 du fait de la baisse, dans les années à venir, du nombre de femmes en âge de procréer et laisse présager une population moyenne de 121 millions d’habitants pour 2050. Aussi, les mesures natalistes sont pour l’instant financées par des fonds dégagés par l’exploitation des hydrocarbures, or, dans le contexte actuel, ce fond tend à diminuer.  Le « creux démographique » réduirait le potentiel de ressources humaines de la Russie et pèserait donc sur sa puissance géopolitique. En effet, la valorisation des ressources suppose une population nombreuse et jeune qui puisse la mettre en valeur et permettre l’innovation.

 

Ainsi, l’immigration apparaît comme une des solutions à la démographie russe. Certains spécialistes expliquent qu’il faudrait environ 600 000 immigrants par an pendant vingt ans pour pallier le manque de main d’œuvre. Ceci étant, la Russie entretient une relation complexe avec la question de l’immigration. En effet, la Russie est un Etat fédéral composé de plus d’une centaine d’ethnies. Et, si aujourd’hui les « Russes » ethniques dominent la population à 80%, ils sont inquiets de voir leur part se réduire progressivement au profit des autres minorités présentes sur le territoire de la fédération. De plus, l’immigration en Russie provient essentiellement de l’Asie centrale et du Caucase, mais, paradoxalement, ces populations,indispensables au bon fonctionnement de l’économie russe, souvent jugées “trop bronzées”, sont aussi victimes d’un fort racisme sur le territoire russe. Dans ce contexte, Moscou encourage la diaspora russe à revenir dans le pays d’origine. A la fin des années 1980, cette diaspora était estimée à environ 40 millions dont 50% de pieds-rouges, c’est à dire des Russes établis en ex-URSS mais hors de la Russie actuelle.  Pendant les années 1990, beaucoup de ces pieds-rouges, poussés par le besoin, sont revenus en Russie. Depuis, de nouvelles mesures d’aide au retour ont été votées et mises en application mais, seulement 40 000 personnes sont revenues pour un objectif de 300 000. Quoiqu’il en soit, l’immigration d’Asie centrale ainsi que l’appel au retour de la diaspora russe ne suffiront pas à pallier le « creux démographique ».

Désormais, la Russie semble donc enfermée dans un cercle vicieux. D’un côté, sa puissance est assise sur ses ressources énergétiques or, les rendements s’effondrent du fait de la chute du prix du baril. De l’autre côté, l’insuffisance de sa croissance démographique ne permettra pas, à long terme, la bonne exploitation des ressources et l’innovation.

Justine Delorme-Farchy

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