Michel Blanchard, Vietnam-Cambodge : une frontière contestée

Michel BLANCHARD, Vietnam-Cambodge : une frontière contestée, Collection Points sur l’Asie, Paris Montréal Québec : l’Harmattan, 1999, 171 p, ISBN : 2-7384-8070-5

La conception de la frontière au Vietnam ou au Cambodge n’est pas la même. Les Vietnamiens ont une vision mouvante de la frontière, une délimitation entre deux pouvoirs certes mais qui a presque vocation à ne pas rester en l’état, eu égard aux termes utilisés pour la désigner qui impliquent le mouvement. C’est une limite qui varie au gré de l’expansion vietnamienne, tendance marquée dans l’histoire de ce pays. Le Cambodge quant à lui a une conception de la frontière plus proche de ce que l’on peut trouver traditionnellement en Europe. Elle marque la séparation entre ce qui est sous le contrôle du roi (tribut au roi et administration par les chefs locaux qui lui font allégeance) et ce qui ne l’est pas. La frontière prend une dimension plus politique au niveau du pouvoir central, tandis que le pouvoir local relais du souverain en ont une perception plus géographique. La notion de frontière se construit ainsi autour d’un pouvoir mais n’est pas expressément démarquée, bien par les autorités locales qui connaissent parfaitement le territoire dont elles ont la charge soient capables de donner un tracé précis de la frontière. D’autre part, les tensions khmèro-vietnamiennes dans le delta du Mékong qui apparaissent dès le Xème siècle s’expliquent par la convergence de deux mouvements (appelé Nam Tien côté vietnamien pour Mouvement vers le sud) de populations qui ont investi la zone à peu près à la même période. En revanche, les Vietnamiens adoptent dans cette région une logique expansionniste encouragée et pensée par le pouvoir, sous le nom de stratégie de « peau de léopard » , ce qui revient à s’intercaler dans les zones laissées vacantes par les Khmers.

La souveraineté cambodgienne se trouve ainsi grevée par des enclaves viets, ce qui crée une zone d’enchevêtrement de populations, sous l’influence totale ni de l’un ni de l’autre. Le roi du Cambodge Ang Duong envoie une lettre à Napoléon III en 1856 dans laquelle il se plaint des attaques incessantes du Vietnam. Sous la colonisation française, la situation se clarifie au niveau du tracé des frontières, mais nourrit les contentieux actuels en entérinant une situation défavorable pour le Cambodge. En août 1863, le roi Norodom signe avec la France un accord plaçant son royaume sous protectorat, alors que le Vietnam voisin (alors Cochinchine) est lui une colonie. Ces différents statuts nourrissent l’accusation selon laquelle la fixation des frontières par les Français se serait faite au profit du Vietnam. Au gré de différents traités et accords, perlés de réclamations cambodgiennes en raison du grignotage territorial constant, la frontière est quasi-définitivement fixée en 1939. Si on peut accuser la France d’être juge et partie dans ce contentieux et d’octroyer au Vietnam une position qui entérine ses prétentions, on peut au moins reconnaître à ce tracé de garantir la continuité d’un territoire proprement Cambodgien, bien que diminué.

La décolonisation provoque une résurgence des tensions, le Cambodge cherchant à revenir sur les pertes territoriales successives depuis l’établissement du protectorat français en 1862. C’est le moment où le Cambodge formule ses revendications identifiées en 6 points qui servent de base de négociation. A l’heure de l’indépendance en 1953 le pays ne récupère aucun des territoires perdus; ni les provinces cochinchinoises disputées depuis des siècles ni les bandes retranchées lors des tracés frontaliers élaborés par les Français de 1870 à 1914.

A la fin des années 1960, le conflit opposant le nord et sud vietnam s’intensifie, la frontière cambodgienne devient alors le passage privilégié des Vietcongs à travers la fameuse « piste Ho Chi Minh » ainsi que le lieu d’incursions des armées du sud. Dès lors s’installe un climat de tensions. Le Cambodge qui voulait ériger la neutralité de son territoire en pierre angulaire de sa politique étrangère depuis l’indépendance voit ses plans totalement contrecarrés. L’avènement de Pol Pot à la tête du régime des Khmers Rouges (KR) en 1975 constitue un moment clef dans le contentieux puisque la première initiative de Pol Pot est d’envoyer une délégation à Hanoï pour fixer définitivement cette frontière. Parallèlement les unités KR y sont déployées, voulant faire aboutir les revendications territoriales de fait par une occupation armée. Cet évènement reflète une constante dans l’histoire cambodgienne, à savoir l’instrumentalisation du nationalisme contre le sempiternel ennemi vietnamien, cette fois-ci sur la question des frontières. En effet les KR prétextent l’inefficacité des initiatives pacifiques menées jusque là pour légitimer l’emploi de la force. Cette guerre larvée surprend les observateurs internationaux qui voient transgressée la logique idéologique imposée par la guerre froide (deux pays communistes se faisant la guerre). Ce climax dans les tensions retombe suite à l’assaut final vietnamien mené en décembre 1978 et à la suite duquel est renversé le régime des Khmers Rouges et mis en place un régime pro-Vietnam signant les traités qui ont cours aujourd’hui. Seulement ces traités font polémique et sont jugés illégitimes par le pouvoir actuel de Phnom Penh, puisque les autorités cambodgiennes de l’époque étaient sous tutelle vietnamienne.

A Hô-Chi-Minh-Ville en 1996, a lieu la première et unique réunion de la commission (1) d’experts chargés d’étudier le tracé de la frontière pour remédier aux incidents récurrents qui ont lieu dans la province du Svay Rieng, dite le « bec de canard ». Faute de nouvelles négociations efficaces, le dernier traité statuant sur cette frontière est celui de 1983 signé par Nguyên Co Thach et Hun Sen, respectivement ministres des Affaires étrangères du Vietnam et de la RPK (2). Sauf que ce traité est régulièrement contesté par les Cambodgiens de tous les bords, qui y voient une émanation des manipulations vietnamiennes.

La situation actuelle paraît inextricable tant elle résulte d’un temps long. Au-delà de la difficulté surtout technique de délimiter la frontière sur les hauts plateaux accidentés, c’est la forte imbrication des populations dans le delta du Mékong qui semble rendre vaine toute fixation définitive de la frontière. Des populations vivent ensemble et se côtoient de facto sur un même territoire en dépit des frontières étatiques, en subissant ponctuellement des tensions qui viennent réactiver la question frontalière. Chacun des incidents qui survient s’ajoute au palimpseste du différend khmèro-vietnamien maintenant pluriséculaire, avec le risque de venir réactiver d’un seul coup et involontairement tout le passif de ce conflit larvé. L’ancienneté de cette confrontation et l’absence de statu quo dûment reconnu en fait donc une question sensible qui peut se réactiver à tout instant à la faveur d’un accrochage entre paysans qui serait monté en épingle par la sphère politique.

D’autre part et de manière plus formelle, le différend est à la fois illustré et alimenté par les constitutions des deux États. D’une part, le Vietnam affirme avec force l’intégrité d’un territoire dont il ne se donne pas la peine de préciser le tracé, illustrant l’intention de maintenir un certain flou pour pouvoir s’appuyer sur les traités qui lui sont le plus favorable. le Cambodge quant à lui, pose des revendications plus arrêtées mais en s’appuyant sur des cartes laissant une marge de vingt ans (1933-1953), ce qui comprend plusieurs tracés et décrédibilise ainsi la position cambodgienne. Cette frontière litigieuse constitue un véritable enjeu de politique intérieure au Cambodge puisqu’elle sert à focaliser l’attention sur « l’éternel ennemi » en instrumentalisant la crainte d’une agression extérieure. De plus, le flou juridique qui entoure la frontière khmèro-vietnamienne laisse le champ libre au développement de trafics illicites. Ces activités illégales de contrebande et de produits stupéfiants gangrènent un peu plus un différend déjà très délicat à régler.

Dans un contexte de mondialisation qui tend au dépassement des frontières étatiques, ce contentieux est un vestige des logiques nationalistes et agit comme un frein au processus de régionalisation, pourtant moteur d’activité économique.

Analyse:

Malgré la densité d’un propos très historique, l’ouvrage de Michel Blanchard reste très agréable à lire. Nous pourrions mettre volontiers cela sur le compte de sa profession de journaliste. Cette synthèse opérée par Blanchard dans ce livre est appréciable en cela qu’elle combine un phrasé plus léger que les thèses universitaires parfois arides quand elles versent dans des considérations trop techniques, mais il conserve en même temps une rigueur qui atteste du sérieux du rendu.

Ensuite, il convient d’aborder la démarche adoptée par l’auteur. En effet celui-ci se donne la peine d’établir comme préalable à son étude une partie détaillée sur les sources employées. Conscient de se lancer dans un objet d’étude encore peu exploré, surtout sous l’angle précis de la frontière terrestre, il fait un état des lieux salutaire pour celui qui se mettrait en tête de poursuivre cette piste de recherche, notamment lorsqu’il fait le détail des dossiers d’archives en France qui datent de l’époque coloniale. La France durant cette période s’était déjà penchée sur la question des frontières à travers des missions d’experts géographes, ce qui a une importance aujourd’hui vu que les tracés et conclusion de ses missions sont au coeur des négocations. De même, l’auteur déplore la disparition du rapport que l’inspecteur français Pilastre avait rédigé après l’instauration du protectorat, ce dernier ayant reçu pour mission de délimiter la frontière litigieuse. Autant de documents dont on imagine bien que la disparition dans les dessous des ministères concernés ne durera pas ad vitam æternam, et qui peuvent constituer autant de pistes ou éclairages nouveaux quand ils seront de nouveau accessibles.

D’autre part, sur les sources il est intéressant et à saluer la transversalité tant des acteurs consultés que des supports utilisés, ce qui témoigne d’une démarche à la fois sérieuse et d’un travail de terrain fourni, qui permet un éclairage global sur la question. En effet, de nombreuses interviews ont été menées aussi bien au Cambodge qu’en France et sur les lieux même du litige, avec des points de vue divergents de part et d’autre de la frontière. Cette approche permet de dresser un tableau contrasté qui rend compte à la fois de la complexité de la situation et des différentes représentations qui ont trait à ce lieu de conflit, mais aussi de ne pas se cantonner à une vue trop « par le haut ». C’est-à-dire que les interviews sur le terrain auprès des paysans vietnamiens comme cambodgiens permettent d’avoir un retour d’expérience direct sur le vécu autour de cette frontière. Ces données de première main sont très précieuses en cela qu’elles permettent de cerner cette zone comme espace vécu, au delà du contentieux dont elle se fait le théâtre.

L’évocation de ces interviews permet néanmoins de pointer ce qui constitue selon moi un manque dans cet ouvrage. Ces fameuses interviews ne semblent pas assez exploitées, au regard de tout le sens dont elles sont pourtant porteuses. En effet l’auteur ne s’en saisit que pour illustrer l’ambivalence dans l’attitude des paysans cambodgiens qui sont prêts à vendre ou louer des terres aux Vietnamiens et de fait faire du profit ou tout du moins des affaires avec eux, alors que la rhétorique nationaliste les présente les pourtant comme les éternels ennemis. Or il y aurait une utilisation plus complète à en faire. D’une part cela aurait été l’occasion de prendre plus de distance avec les discours officiels. D’autre part, dans l’économie d’une approche faite de concepts géographiques comme semble vouloir le faire Michel Blanchard, il y aurait eu plus à en dire concernant le vécu autour de cette frontière. Il semble, vraisemblablement, qu’au-delà des troubles propres à cette région frontalière, s’y établissent par la force des choses des échanges entre les populations locales, avec un vécu qui parvient ponctuellement à dépasser les logiques et clivages observés à l’échelle nationale. Ce qui pouvait être l’occasion de nuancer une situation déjà ostensiblement tendue n’a été utilisé que pour appuyer les tensions. A titre de comparaison, il est intéressant tout de même de relativiser les tensions relatives à cette frontière puisque dans le livre L’obsession des frontières de Michel Foucher (3) paru en 2007 (soit bien avant la délimitation (4) de la frontière dont la borne 314 fut dévoilée lors de la cérémonie du 12 juin 2012, en présence des premiers ministres vietnamiens et cambodgiens), la frontière est considérée comme ayant fait l’objet d’un accord.

Toujours dans une approche portée sur les concepts géographiques, prismes de compréhension indispensable lorsque l’on traite la question des frontières, cette expérience de terrain aurait été l’occasion de mettre en lumière le paradoxe à ce que des individus particuliers et ponctuels se saisissent d’une question qui est normalement l’apanage d’un état souverain. Il y est précisé que des transactions mettent en jeu des terres du Cambodge et des acquéreurs du Vietnam, ce qui peut être problématique quand on sait que toute action peut être sujette à conflit dans cette région. De plus il y a une dimension symbolique puisque la frontière est faite de facto par les gens qui y vivent et à qui appartiennent les terres dans les zones contestées, en l’absence d’un statut reconnu internationalement et a fortiori par les deux états parties.

La question des représentations, que ce soit dans le cas présent des frontières ou de manière plus générale, est fondamentale. C’est certainement un des points forts de cet ouvrage, qui permet à la faveur d’une étude historique profonde de saisir toute l’ampleur des enjeux contenus dans cette frontière. En effet évoquer le contentieux selon une approche historique semble être le seul moyen de faire saisir à une personne étrangère à la situation toute l’importance revêtue par cette frontière. En l’occurrence, l’idée directrice qui conditionne le caractère irrédent que vont prendre par la suite les terres disputés, tient au fait que le delta du Mékong est véritablement un lieu de rencontre des civilisations. Seulement ces populations arrivent avec chacune une conception différente du territoire, la manière de se l’approprier et d’y marquer sa souveraineté. C’est une approche assez universitaire et très efficace qu’utilise Michel Blanchard dans la première partie de son ouvrage, en cela qu’il commence chacune de ses parties historiques par un concept, une idée forte qui irrigue ensuite tous les faits qui sont énoncés. Dans le cas présent il commence par faire la distinction entre les conceptions cambodgiennes et vietnamiennes de la frontière, qui est à mon sens la base de compréhension de tout l’ouvrage et qui permet jusqu’à nos jours de saisir le différentiel qui subsiste encore dans les conceptions contemporaines des deux états partie.

Néanmoins on peut apporter une nuance sur les références que Blanchard prend comme appui dans son travail sur la frontière puisqu’il fait expressément référence à Michel Foucher sans prendre la peine d’évoquer le concept d’Horogénèse (5), pourtant point phare des travaux de ce géographe.

Si l’auteur détaille les situations historiques et prétentions de chaque pays, il semble tout de même dépeindre un portrait à charge du Cambodge dans cette enquête.

  • Alors que le propos de l’auteur tout le long du livre est perlé de références quant aux manques de rigueur dans les positions défendues par le Cambodge, l’impérialisme vietnamien semble lui comme passé sous silence ou au moins atténué, ce qui tend à donner une vision biaisée de la situation pour dresser un portrait à charge du Cambodge dans ce contentieux. En effet il ne faut pas tomber dans le piège d’une lecture de l’histoire où le Cambodge aurait été la victime d’un concours de circonstances dont il n’arriverait à s’extirper que du fait des incohérences de ses revendications. L’impérialisme vietnamien est une réalité qu’illustre parfaitement la stratégie dite de « la peau de léopard ». Il y a une réelle volonté vietnamienne de se rendre maître du delta du Mékong, un agenda politique dont les colons sont l’émanation. Il y a une logique d’appropriation du territoire, qui n’est naturellement pas à prendre à sens unique et par conséquent uniquement à charge, il s’agirait de ne pas tomber dans une analyse moraliste qui cherche à distribuer les bons et les mauvais points. Le Vietnam a certes voulu s’approprier les régions qui font historiquement litige et ce aux dépens du Cambodge voisin; mais le travail énorme d’aménagement pour rendre ces terres vivable et fertile est aussi dû en grande partie aux Vietnamiens. Il s’agit  simplement de ne pas induire l’idée selon laquelle le Cambodge serait plus ou moins responsable des pertes territoriales dont il a fait l’objet. D’autant plus que celui-ci au lendemain de l’indépendance abordait les négociations avec un handicap certain, celui de devoir bousculer un ordre établi pour recouvrer ce qu’il considère comme son intégrité territoriale pleine et entière. En effet, la France colonisatrice a entériné une position favorable au Vietnam, ce qui fait que celui-ci n’a qu’à feindre la bonne foi et laisser traîner les négociations tandis que la question fait l’objet de toutes les passions au Cambodge. Peut-être l’ouvrage ne restitue-t-il pas pleinement le caractère inégal de la situation.
  • Dans cette dynamique, on peut pointer le manque de rigueur dans la description du schéma de pouvoir au Cambodge, ce qui pourrait pourtant éclairer quant à la question de la frontière avec le Vietnam. En effet si l’ouvrage explore de nombreuses composantes du problème pour essayer d’en offrir une vue la plus complète possible, il est à noter un manque quant au fonctionnement interne des pays impliqués. Or la structure du régime en vigueur au Cambodge est alors tout à fait particulière et mérite d’être un peu développée. En effet suite au renversement des Khmers Rouges (6), est mis en place un régime politique dans lequel il est prévu que tous les ministères soient tenus en duos avec un représentant des deux partis majoritaires dans le pays. Ce qui fait que par essence on se trouve face à un pouvoir bicéphale qui repose sur la capacité des deux parties en place à trouver un compromis pour pouvoir gouverner. Or la question épineuse des frontières ne laisse que peu de place aux compromis et est déjà clivante au sein d’une même famille politique, le problème s’en trouve donc démultiplié. Ce simple éclairage peut aider à mieux comprendre pourquoi le Cambodge a pu avoir du mal à formuler avec force et cohésion ses revendications et mener des négociations prolifiques.

Pour rester dans le domaine des contradictions cambodgiennes, étant donné la place symbolique importante de Norodom Sihanouk, roi mais qui a aussi exercé des fonctions politiques, il eut été de bon ton de lui consacrer une partie sur la question de la frontière. Il est en effet représentatif des hésitations qui animent son pays quant à la posture à adopter, les revendications à avoir autour de la sempiternelle question frontalière avec le Vietnam. En tant que figure politique emblématique de la seconde moitié du XXème siècle il assure à la fois une continuité dans le paysage politique agité du Cambodge de cette période mais incarne aussi les différentes revendications tenues par son pays.

La façon dont est structuré l’ouvrage sur les parties II et III est aussi moins claire que dans le I. Naturellement la partie suivant la chronologie le plan était tout tracé, mais la variété des thèmes abordés dans les parties suivantes tend à desservir la cohérence de propos au détriment d’une logique démonstrative claire. Une structuration qui peut faire manquer le prisme de compréhension essentiel de l’enjeu de cette frontière, celui-ci étant l’imbrication de populations khmères et vietnamiennes en un même endroit suivant une dynamique de développement. Aussi assiste-t-on aujourd’hui à ce que les états européens ont connu bien auparavant, l’affirmation des fiertés nationales qui tendent vite vers des conflits nationalistes. Peut-être est-ce pour cette raison (trop grande identification au cheminement suivi par les états européens) que Michel Blanchard ne s’appesantit pas sur les propositions alternatives de souveraineté proposées par le Cambodge dans le cadre de ses 6 résolutions. L’une d’elle prévoit la possibilité d’un territoire (le delta du Mékong) qui ne serait sous la souveraineté d’aucun des deux états mais sous contrôle international tandis que le port de Saïgon serait déclaré port franc. On peut y voir une tentative d’alternative au principe de souveraineté affirmé avec force par les occidentaux (dans l’acception d’un territoire dûment et précisément délimité) qui ont réussi à imposer ce modèle en norme globale.

Thomas Simon 

(1) créée en 1993 à l’issue d’une visite des co-premiers ministres cambodgiens à Hanoï

(2) République populaire du Kampuchéa, régime mis en place à la suite du renversement des Khmers Rouges, c’est le nom officiel du Cambodge de 1979 à 1989.

(3) Michel Foucher est cité au début de l’ouvrage pour parvenir à une définition de la frontière.

(4) Délimitation et bornage qui font suite à des négociations menées en 2011.

(5) Horogenèse est un néologisme créé par le géographegéopoliticien Michel Foucher, décrivant la « genèse des frontières », à partir de son ouvrage Front et Frontières, un Tour du monde géopolitique (1988, 1991, Paris, Fayard)

(6) Conséquence de l’invasion du Cambodge par le Vietnam en décembre 1978.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s