La dégradation de la situation sécuritaire dans l’ère postrévolutionnaire. L’émergence de nouvelles menaces pour la stabilité régionale, voire la sécurité internationale (3/3)

 

Membre de l’organisation « État islamique » en Syrie, VOA News, 2015.
Membre de l’organisation « État islamique » en Syrie, VOA News, 2015.

 

 

Comme on l’a remarqué dans le deuxième volet de cette étude tripartite, les contestations issues des « Printemps arabes » ont débouché sur le renversement des régimes en place, en Tunisie et en Égypte, ou sur la persistance d’une guerre civile, en Syrie. Cependant, dans tous ces cas de figure, le contrôle étatique du territoire et l’organisation des services de sécurité ont souffert des périodes d’instabilité. Cette conjonction fatale a facilité la formation et le développement d’organisations terroristes issues de mouvements islamistes fondamentalistes. Depuis, l’on voit ré-émerger des menaces sécuritaires d’ampleur nationale, voire internationale, après une accalmie imposée par des régimes autoritaires qui avaient durement réprimé les mouvements islamistes.

 

Le terrorisme islamiste transnational : menace sécuritaire, réponses étatiques

        Les factions salafistes et islamistes ne sont pas parvenues à appliquer leurs programmes, et répondre aux revendications qu’ils portaient. En Tunisie, en Égypte, en Syrie, ils furent vite qualifiés de radicaux, voire de dangereux extrémistes. La déception politique des éléments les plus radicaux, leur répression par l’État, ainsi que la persistance de problèmes hérités des précédents régimes autoritaires, ont alimenté l’émergence d’une nouvelle menace sécuritaire, celle de groupes terroristes transnationaux.

L’émergence du terrorisme comme menace sécuritaire

        Dans la région du Grand Maghreb, on observe l’émergence de groupes islamistes violents, ainsi qu’une transformation de leurs modes opératoires. Traditionnellement centrés sur des stratégies nationales, ces groupes étaient peu actifs, à l’exception du Groupe islamique armé et du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (G.S.P.C.), qui défièrent l’État algérien pendant la guerre civile (1991-2002). Mais dès 2001, on constate un changement de stratégie, principalement chez le G.S.P.C., et la tendance passe à l’action régionale et trans-nationale. Pour pallier les effets de la répression algérienne, le G.S.P.C. développe des bases arrière dans les pays voisins, et y recrute des combattants. Le groupe devient alors le représentant régional de la franchise d’Oussama ben Laden, al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). On perçoit des indices de cette mutation dans le mode opératoire de la prise d’otages d’In Amenas en janvier 2013, menée par les Algériens d’Aqmi, mais impliquant des combattants tunisiens et libyens.

        Déçus par leurs résultats aux urnes en Tunisie, certains salafistes se sont radicalisés, notamment dans leurs rapports à l’État et aux pays occidentaux. En septembre 2012, une foule de manifestants pille et met le feu à l’ambassade américaine à Tunis. Les autorités font porter la responsabilité de l’attaque sur un groupe salafiste, Ansar al-Charia. Depuis, les incidents se multiplient, notamment aux frontières algériennes et libyennes où l’autorité de l’État s’est grandement affaiblie depuis la chute de M. Ben Ali. En outre, certaines tribus, présentes de part et d’autre de la frontière et traditionnellement impliquées dans la contrebande, permettent d’approvisionner ou de financer les groupuscules radicaux. Des membres de ces tribus, vivant dans des zones périphériques peu développées, intègrent parfois ces groupes et s’engagent dans des actes terroristes. Enfin, l’insécurité des zones frontalières et le développement d’attentats dans des centres urbains détachés de ces zones (tel que l’attentat du Bardo le 18 mars 2015 et sur la plage de Sousse le 26 juin) sont alimentés par l’augmentation radicale du nombre d’armes en circulation en Afrique du Nord, notamment à la suite du pillage des stocks d’armes de Kadhafi lors de la première guerre civile libyenne (février-octobre 2011).

        En Égypte, les groupes terroristes démontrent une trajectoire relativement similaire aux groupes maghrébins. Dans les années 1980 et 1990, le Jihad islamique égyptien, auteur de l’assassinat de Sadate en 1981, puis le Jama’a al-Islamiya, responsable du massacre de Louxor en 1997, sont les principaux groupes salafistes violents. Ayant rompu avec Sadate en 1979 du fait des négociations entreprises avec Israël et du renoncement à l’application de la charia, ils entrent dans la clandestinité et lancent des campagnes d’attentats contre la population, les touristes étrangers et les symboles de l’État. Néanmoins, perdant leurs soutiens populaires et subissant la féroce répression du régime de M. Moubarak, ces groupes reculent à partir de 1996, et le nombre d’attentats devient presque nul entre 2000 et 2004. Mais les attentats reprennent lentement, principalement dans l’extrême sud du pays et dans la région pauvre et peu développée du Sinaï. Enfin,traditionnellement écartée des modes d’action violents, la confrérie des Frères musulmans, arrivée au pouvoir en 2012, va voire certains de ses éléments se radicaliser après le putsch de 2013. Officiellement désignée comme organisation terroriste à la suite d’un attentat sur un poste de police en décembre 2013, finalement revendiqué par Ansar Bayt al-Maqdis (un groupe du Sinaï qui prêtera allégeance à Daech en novembre 2014), la confrérie passe dans la clandestinité, et les projets d’islamisation de la société sont abandonnés par le nouveau pouvoir militaire. Bien que 67 % des attaques terroristes advenues en 2013 l’aient été dans la péninsule du Sinaï, on voit se développer de façon croissante des attaques dans la région du Grand Caire (20 % en 2014) et de Gizeh (15 %). Bien qu’Ansar Bayt al-Maqdis soit le principal groupe actif dans le Sinaï, il est peu présent dans le reste du pays, et ce sont plutôt d’autres groupes salafistes tels qu’Ajnad Mis, qui sont actifs dans le Grand Caire. Néanmoins, les groupes du Sinaï se distinguent par la sophistication de leurs attaques et l’utilisation d’armements lourds, alors que les attaques survenant près du Caire sont plus rudimentaires. De plus, ces dernières coïncident largement avec des anniversaires d’événements politiques récents, alors que les groupes du Sinaï suivent un agenda indépendant et plus aléatoire. Enfin, avec l’allégeance d’Ansar Bayt al-Maqdis à Daech en 2014, le groupe égyptien s’est renforcé de soutiens logistiques et de conseils tactiques, en même temps qu’il s’est aligné sur la stratégie du groupe syro-irakien — comme le montre l’attentat sur le vol MetroJet d’octobre 2015, causé par une bombe placée à bord et revendiquée par l’Organisation « État islamique ».

Soldat fouillant les débris de l’avion russe MetroJet au dessus de la péninsule égyptienne du Sinaï, VOA News, 2015.
Soldat fouillant les débris de l’avion russe Metrojet au dessus de la péninsule égyptienne du Sinaï, VOA News, 2015.

 

        En Syrie, les mouvements islamistes radicaux étaient affaiblis et largement soumis à l’État depuis la dure répression menée par Hafez al-Assad entre 1976 et 1982, culminant avec le massacre d’Hama. Mené par les Frères musulmans, ce soulèvement a vu de nombreux chefs islamistes et salafistes emprisonnés. Mais certains furent libérés à la fin de la décennie 1990, et Bachar al-Assad, va notamment soutenir des salafistes radicaux souhaitant combattre en Irak contre les troupes britanno-américaines. Cet apaisement des relations avec l’État et le double jeu joué par Damas va mener au renforcement de certains groupes salafistes, et à l’implantation de prédicateurs radicaux dans les mosquées, principalement dans l’Est sunnite. Avec l’éclatement de la contestation en 2011, et l’escalade de la violence menant à la guerre civile, le régime se retire progressivement de l’Est pour se concentrer sur le contrôle des régions densément peuplées et la côte alaouite. Alors que, vite essoufflée, l’opposition laïque et démocratique perd rapidement la direction de l’A.S.L., la coalition des forces rebelles passe sous la domination des salafistes. Ces derniers ont principalement pris le contrôle des régions orientales, rurales et peu développées. Ceux-ci refusent tout dialogue avec le régime, mais aussi avec les autres rebelles. Représentants d’al-Qaïda en Syrie, le Jabhat al-Nosra se développe dans divers centres urbains pour lutter contre le régime. Issue de l’« État islamique en Irak », l’organisation qui deviendra l’« État islamique » va elle prendre le contrôle de régions au nord-est du territoire, avant de se lancer dans une conquête du Nord de l’Irak, qui lui donnera des moyens financiers d’ampleur. Les revenus issus des impôts levés sur les populations, de la contrebande d’essence et de produits divers, permettent au groupe d’acquérir d’importants moyens opérationnels, encore renforcés par le matériel capturé en Irak et en Syrie. Le groupe a fait la démonstration de ses capacités, notamment en occupant les régions de Racca et Deir-Ez-Zor, en attaquant la zone contrôlée par les Kurdes à Kobané, et enfin en arrachant Palmyre au régime. Lors de ces attaques d’ampleur, le groupe a su allier les tactiques insurrectionnelles développées par les vétérans d’Afghanistan et d’Irak, à l’utilisation de blindés et d’artillerie lourde saisis principalement sur les bases militaires de Syrie et d’Irak.

 

Le Maréchal Al-Sissi rendant visite à des troupes déployées dans le Sinaï, VOA News, 2015.
Le Maréchal Al-Sissi rendant visite à des troupes déployées dans le Sinaï, VOA News, 2015.

Les réponses étatiques à un risque d’ampleur

        Alors que les forces de sécurité tentent encore de retrouver leur niveau d’efficacité de l’époque de M. Ben Ali, elles souffrent encore de la désorganisation qui a suivi la révolution. La corruption demeure un legs du précédent régime, et la Tunisie aura certainement des difficultés à endiguer le problème. Le personnel auparavant impliqué dans la corruption se trouve bien souvent encore en poste, principalement dans les échelons subalternes. Dépourvu d’organe de coordination nationale ou régionale dans la lutte contre la criminalité transfrontalière et le terrorisme, Tunis peine à articuler ses forces de sécurité dans la lutte contre les menaces sécuritaires auxquelles il fait face. Les groupes terroristes sont principalement actifs aux frontières, notamment dans les cols de Kasserine. Ces espaces frontaliers sont essentiellement sous l’autorité du Ministère de l’Intérieur, qui utilise les douanes, la police les Unités spéciales de la Garde nationale, lourdement armées. Recrutées localement, ces forces de police ont l’avantage de pouvoir aisément recueillir des renseignements auprès de la population dans le cadre d’une stratégie de contre-insurrection. La seule zone se trouvant placée sous un statut spécifique est l’extrême sud du pays, sous la responsabilité du Ministère de la Défense. Toutefois, le défi sécuritaire demeure de taille, et la Tunisie doit encore assurer le renforcement de ses forces de sécurité pour parvenir à assurer la neutralisation des groupes islamistes radicaux engagés dans des activités terroristes.

 

Police tunisienne en position lors de contrôles près de Ben Guerdane, VOA News, 2016.
Police tunisienne en position lors de contrôles près de Ben Guerdane, VOA News, 2016.

        Contrairement à la Tunisie, l’Égypte n’a pas eu à souffrir d’un affaiblissement de l’armée ou de la police, principalement du fait de l’arrivée rapide au pouvoir des militaires dirigés par M. Sissi en 2013. Ce dernier s’engage alors dans une lutte contre les Frères musulmans qu’il vient de destituer et d’interdire, et renforce en conséquence ses moyens sécuritaires. Néanmoins, on constate que depuis les années 1990, l’appareil étatique égyptien n’est pas parvenu à juguler définitivement le terrorisme islamiste et ses causes profondes. Bien que la plupart des groupes salafistes aient vu le jour dans les universités du Caire, leur recrutement profite d’une population pauvre, jeune et largement touchée par le chômage et la précarisation. Toute contestation étant durement encadrée (et réprimée quand elle est apparentée aux Frères musulmans ou autres islamistes), divers éléments contestataires se sont radicalisés. Bien que les forces de sécurité bénéficient d’un soutien total de la part du gouvernement dans sa lutte contre le terrorisme, l’Égypte ne semble pas remporter de véritables succès. Beaucoup trop répressif et avec un champ d’action trop large, l’appareil sécuritaire peine à juguler le recrutement de militants. Trop peu de programmes sont envisagés pour réduire la marginalisation socio-économique des populations urbaines ou de régions pauvres comme le Sinaï. La contestation politique est rapidement assimilée à du terrorisme, brouillant l’analyse de la menace sécuritaire. Le nombre d’attentats est donc en augmentation, autant que les efforts déployés.

 

Troupes blindées du régime syrien manœuvrant près de zones tenues par Daech, dans la province d’Homs, VOA News, 2016.
Troupes blindées du régime syrien manœuvrant près de zones tenues par Daech, dans la province d’Homs, VOA News, 2016.

        Vis-à-vis de la communauté internationale, Damas se trouve dans une situation particulière face à la menace sécuritaire posée par le terrorisme islamiste. Alors que la Tunisie est louée pour les résultats de sa révolution et son orientation politique, M. Sissi est quant à lui critiqué pour son pouvoir autoritaire. Mais le régime de M. Assad se trouve dans une position nettement différente. Dès 2011, il est largement condamné par la communauté internationale pour ses crimes et son obstination à rester au pouvoir. L’utilisation d’armes chimiques, comme lors de l’attaque au gaz sarin de la Ghouta à Damas en 2013, l’a fortement isolé sur l’échiquier international, où il ne peut guère plus compter que sur le soutien de Moscou et Téhéran. Sous le coup de sanctions internationales, le régime, qui a perdu le contrôle de larges pans de son territoire, doit financer une guerre dans laquelle tous ses efforts sont requis s’il souhaite engager un dialogue politique un tant soit peu en sa faveur, que ce soit avec l’opposition nationale ou la communauté internationale. Jusqu’en 2013, le régime a vu son contrôle du territoire se réduire à la bande côtière peuplée largement d’Alaouites, à l’axe Alep-Damas, et à quelques poches réduites à Deir-Ez-Zor, Qamishli, Hassaké et Palmyre. À Alep, centre démographique et économique majeur, ses troupes se trouvent même encerclées par les rebelles dans le centre-ville. De plus les pertes infligées sont coûteuses, l’armée loyaliste devant faire face à un nombre important de désertions et peinant à recruter de nouveaux soldats. Mais le soutien de Téhéran et du Hezbollah libanais pallie en partie ce déficit, tout en offrant une assistance tactique et stratégique (notamment avec l’implication massive de la Force al-Qods des Gardiens de la Révolution iraniens). Ainsi, le soutien logistique de la Russie et de l’Iran permet au régime d’assurer un redressement de sa situation sécuritaire. Le centre d’Alep est désenclavé, et Homs repris alors que des progrès importants sont à noter dans l’agglomération de Damas. Avec l’émergence de groupes tels qu’al-Nosra ou Daech, la menace sécuritaire change peu sur le plan tactique, mais essentiellement sur le plan stratégique. En laissant croître Daech à l’est, le régime s’est concentré sur les groupes rebelles d’Alep et de Damas, dans une stratégie d’usure des autres groupes rebelles par les djihadistes pour faciliter dans un second temps la reconquête du pays. Mais dès lors que Daech s’est attaqué à Racca puis à Palmyre, le régime a montré son incapacité à limiter l’avancée djihadiste. Alors qu’il est possible d’engager un dialogue entre rebelles dits « modérés » et le régime, les groupes radicaux que sont Daech et al-Nosra refusent tout dialogue au nom de conceptions religieuses fanatiques. Il aura fallu attendre l’intervention russe dans la campagne de bombardement de la Syrie, et le renforcement conséquent de la base de Lattaquié (de deux mille hommes en 2014 à plus de quatre mille à la fin 2015), pour permettre la sanctuarisation de la bande côtière, menacée par l’avancée de rebelles soutenus par la Turquie au nord, le redressement du front d’Alep, et l’arrêt de l’avancée de Daech au centre. La situation sécuritaire syrienne demeure très dégradée, et aucun progrès n’est à attendre avant la fin de la guerre civile. La menace posée par Daech ou al-Nosra à Damas est bien plus importante que celle posée par les autres groupes rebelles, du fait de l’impossibilité totale d’un quelconque compromis. Il s’agit donc plus d’une menace existentielle par essence que d’un simple risque sécuritaire.

 

        Si la Tunisie, l’Égypte et la Syrie ont connu des vagues de violences politiques par le passé, la période suivant les « Printemps arabes » a vu émerger de nouvelles menaces. Alimentés par des lectures rigoristes, voir fanatiques, des textes islamiques, ces mouvements dirigés par des vétérans du djihad en Afghanistan et en Irak se sont organisés, et recrutent parmi une population tiraillée par les difficultés socio-économiques. Dès lors, la lutte engagée par Tunis, Le Caire ou Damas contre ces groupes transnationaux est pour l’heure essentiellement armée. Or, il est essentiel qu’elle soit couplée de réformes sociales et politiques, et d’une distinction claire entre formations politiques salafistes acceptant le dialogue, et groupuscules extrémistes voués à la violence et refusant tout compromis.

 

En guise de conclusion

        Parties des mêmes causes, et suivant à l’origine un schéma similaire, les révolutions tunisienne, égyptienne et syrienne sont toutes succédées par une dégradation lourde de la situation sécuritaire, à divers degrés néanmoins, à laquelle seule les armes ont répondu. Gardons néanmoins à l’esprit que les révolutions, tant occidentales qu’orientales, ne se font pas sans violence ni sans contrecoups.

 

                                                                                      Charles de Jessé Levas, Nicolas Kandel,

Xavier Toolo & Vincent Pierre Chemarie.

 

Pour aller plus loin :

  • Kate Ng, « Egypt plane crash: Russian investigators say bomb “planted under seats of teenage girl or pensioner” », The Independant, 24 novembre 2015
  • Tahrir Institute for Middle East Policy, Egypt’s security: threat and response, Washington, 2015
  • James Thorne, « Fighting Terror in Tunisia: Domestic and Foreign Response to Bardo », The Jamestown Foundation, 1er mai 2015
  • United States Institute of Peace, Border Security Challenges in the Grand Maghreb, Washington, 2015
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