« Génération Maïdan : vivre la crise ukrainienne », Ioulia Schukan

L’ouvrage Génération Maïdan : vivre la crise ukrainienne est paru en septembre 2016 aux éditions de l’aube. Il décrit la révolution de Maïdan telle qu’elle a été vécue par les Ukrainiens. Ioulia Schukan, chercheuse et maître de conférences en sciences sociales et sciences politiques à l’Université Paris Ouest Nanterre, est l’une des spécialistes françaises du conflit ukrainien. Cette chercheuse franco-biélorusse a beaucoup voyagé en Ukraine durant l’épisode du Maïdan et a ainsi pu mener des recherches de terrain. Cet ouvrage s’inscrit dans la continuité de son travail de recherche sur les mobilisations citoyennes qui ont émergé depuis Maïdan, et plus particulièrement sur les actions bénévoles. Il adopte d’ailleurs un point de vue subjectif et pro-Maïdan, ce dont l’auteure est toutefois conscience, puisqu’elle le revendique : « quelles qu’elles soient, les valeurs font l’humanité du chercheur. Il est donc préférable de les mettre au jour » et « le chercheur est relié à son sujet par mille fils invisibles »

La révolution Maïdan (Chapitre 1)

L’organisation du Maïdan

Le mouvement de protestation a commencé le 21 novembre 2013 à Kiev, sur la place de l’Indépendance, aussi appelée “Maïdan” (place en ukrainien), après que le président Viktor Ianoukovitch a mis un terme au processus d’association avec l’Union européenne. Le mouvement a ainsi pris le nom de Maïdan faisant référence au lieu de rassemblement. Ce soulèvement s’est alors organisé par le biais d’initiatives citoyennes. Parmi elles, l’initiative “AutoMaïdan” a regroupé des militants possédant une voiture, qui ont ainsi assuré le transport de personnes et de provisions. La “brigade d’aide médicale mobile” s’occupait quant à elle de soigner les victimes du Maïdan. Il y a eu aussi l’initiative “Secteur Civique”, qui a géré la logistique du Maïdan, la collecte et la distribution de nourriture et de vêtements notamment. Aussi, le Maïdan a eu ses permanents, c’est-à-dire des manifestants chargés de s’occuper de la vie quotidienne sur la place. Enfin, à la suite de l’assaut policier du 10 au 11 décembre, l’initiative “AutoDéfense” s’est chargée d’assurer le maintien de l’ordre et la protection des militants.

Les acteurs du Maïdan

Dans cette partie l’auteure décrit le quotidien de citoyens ukrainiens qui se sont engagés dans le Maïdan et ont participé à ces différentes initiatives. Pour Ioulia Volkova et Denis Serguienko, qui faisaient partie de la classe moyenne ukrainienne, l’Europe était le seul moyen de sortir du système de corruption généralisée dans laquelle l’Ukraine était enlisée. Ils s’engagent alors aux côtés d’AutoMaïdan, étant propriétaires d’une voiture. Olesya Zhoukovska, jeune infirmière, va, elle, rejoindre les équipes de la brigade médicale mobile. Elle a décidé de participer au Maïdan après la répression du 30 novembre. Sa volonté de s’engager a été renforcée par les injustices subies à cause de la corruption. Sur le Maïdan, elle rencontre d’autres jeunes volontaires, avec qui elle va créer des liens d’amitiés et de solidarité. En définitive, cette atmosphère régnant dans le « Maïdan en fête » ainsi que les liens d’amitié qui s’y créent l’attirent davantage que les motivations politiques. Toutefois, elle est convaincue, elle aussi, que l’Europe permettrait de mettre un terme à la corruption. Enfin Evhen Hout, ouvrier dans le bâtiment, s’engage dans le Maïdan car c’est pour lui un moyen d’exercer sa citoyenneté, ce qu’il ne croit pas pouvoir faire par le vote. Son métier lui a fait voir la corruption, au travers des immenses villas construites pour et par les proches de Viktor Ianoukovitch. Il a ainsi le sentiment de subir une injustice. Il pense au contraire que l’UE est le lieu de l’égalité des droits entre les citoyens et s’identifie ainsi aux revendications pro-européennes. Il va d’abord participer à l’initiative Secteur Civique, avant d’intégrer les rangs d’AutoDéfense.

Durant le Maïdan, les citoyens se sentent utiles, reçoivent la reconnaissance des autres pour leur action et créent des relations sociales fortes. Ces relations vont permettre aux acteurs de forger un sentiment d’appartenance nationale, le sentiment d’exercer leurs droits civiques: peu impliqués dans la vie politique au début pour la plupart, ils se politisent peu à peu.

Les revendications du Maïdan

La révolution Maïdan, ou EuroMaïdan, émerge après l’arrêt du processus d’association avec l’Union européenne. Sur la place flottent des drapeaux de l’Union européenne aux côtés des drapeaux ukrainiens. Les témoignages des différents acteurs permettent de comprendre que la corruption qui gangrène la société ukrainienne est au centre des revendications. L’Europe est pour eux le moyen d’y mettre un terme. Pour cela, le président Viktor Ianoukovitch, qui incarne cette corruption, doit démissionner.  

 

L’apparition de la violence sur le Maïdan (Chapitres 2,3 et 4)

Le 16 janvier 2014, la Rada Suprême (Parlement ukrainien) vote des lois liberticides, établissant des sanctions pour les participants du Maïdan. L’opposition parlementaire cherche alors à s’imposer comme leader du Maïdan. Cependant, l’absence de cohérence avec l’opposition pousse les manifestants à se rendre au Parlement.

Des affrontements de plus en plus violents

Le premier affrontement majeur a lieu le 19 janvier, dans le rue Hrouchevski, alors que les manifestants se dirigeaient vers le Parlement. La violence urbaine éclate, les manifestants érigent des murs de pneus enflammés, jettent des pavés, et font face aux Berkout (forces de police) qui répliquent à balles réelles. Daniel Kovzhun est l’un de ces manifestants. Cet entrepreneur de 37 ans s’engage dans le Maïdan, y crée un espace culturel, puis rejoint les membres d’AutoDéfense. Il participe à ce premier affrontement avec détermination, car c’est selon lui le seul moyen de se faire entendre. Ainsi, la violence lui semble légitime. Cette journée du 19 janvier fait ses premiers morts, ce qui suscite une vive émotion. Cette vague de violence se prolonge du côté d’AutoMaïdan : après que des voitures ont été incendiées, ses membres sont pris au piège par les forces de police. Ils sont arrêtés et certains subissent un passage à tabac. Ces moments de violences galvanisent les militants, qui se préparent alors à y résister par la violence. Les membres d’AutoDéfense se professionnalisent, s’entraînent, s’équipent de gilets pare-balle et de masques à gaz. Cette période de  violence culmine le 20 février, lorsque la matinée d’affrontement fait 48 morts. Les manifestants qui avancent font face à la répression sanglante des forces de l’ordre. Andrii Dygdalovitch, qui s’était rendu à Maïdan avec son neveu Andrii Malkiv, est l’une des victimes. Il est arrivé à Maïdan après les violences du 30 novembre et est devenu l’un des permanents, puis s’est engagé pour l’AutoDéfense. Son neveu l’a rejoint le 8 décembre, et a rapidement intégré à son tour les rangs d’AutoDéfense. Andrii Dygdalovitch, déjà blessé lors des affrontements de janvier, meurt d’une balle tirée par les Berkout lors de cette journée. Ces violences renforcent les tensions, les forces de l’ordre reprochant au gouvernement de n’avoir aucune marge de manœuvre pour la réponse aux provocations des manifestants. Ces affrontements marquent ainsi un point de non-retour et laissent entendre qu’un accord pour la résolution du conflit est impossible.

Des initiatives citoyennes liées à la violence du Maïdan

Les échauffourées font de nombreux blessés, alors conduits à l’hôpital. Sur place, ils sont accueillis par la police qui souvent les torture. Certains manifestants blessés disparaissent subitement. C’est la raison pour laquelle les blessés du Maïdan désertent peu à peu les hôpitaux. Ana Sarapion va alors mettre en place la Garde Citoyenne de l’hôpital. Elle a ainsi le sentiment d’être utile. Son action consiste à veiller sur les blessés, à s’assurer qu’ils soient soignés et à l’abri des policiers. Aux côtés d’autres bénévoles, elle va tenir des registres de blessés, dresser des listes de besoins, et tenter de s’assurer que le personnel hospitalier est coopératif. La députée Lesya Orobets, qui fait partie de l’opposition, va se joindre à elle. Elle s’engage dans le Maïdan dès le début. Elle utilise son statut et l’immunité parlementaire dont elle bénéficie pour appuyer son action : elle se rend dans les commissariats s’assurer du bon traitement des détenus, s’engage pour la recherche des disparus. Lors des affrontements du 19 janvier, elle filme l’assaut du côté des Berkout. En dépit de son immunité, elle subit elle aussi les violences policières.

 

La chute du régime (Chapitre 5)

Les épisodes sanglants de février déclenchent une restructuration du régime. Le 22 février, Viktor Ianoukovitch fuit et démissionne. La veille au soir, lors d’un hommage aux victimes des affrontements, Volodymyr Parasiouk fait un discours dans lequel il menace le président, lui disant que s’il ne démissionne pas, les manifestants viendront le déloger.

Ce militant membre d’un groupe nationaliste devient alors une légende. Le jour de la fuite du président, les manifestants se rendent à Mezhyiya, luxueuse demeure de Viktor Ianoukovitch, symbole de la corruption. Chacun s’y rend, en quête de vérité, pour l’Inspection Citoyenne. Yana Dovhan et son mari, Sacha, font partie des Ukrainiens qui se rendent sur place. Tous les deux issus du milieu juridique, ils observent et subissent la corruption au quotidien. Lorsqu’ils ont appris que Viktor Ianoukovitch avait fui, ils se sont empressés de se rendre à Mezhyia, pour participer à cette Inspection Citoyenne. Sur place, Autodéfense assure le maintien de l’ordre et surtout empêche toute dégradation, afin de « garder des preuves ».

 

La société de l’après-Maïdan (Chapitres 6, 7,8 et 9)

Après la fuite de Viktor Ianoukovitch, un gouvernement de transition est mis en place dès le 26 février, avant que le Petro Porochenko ne soit élu président en juin 2014.

Une société brisée

Après la Révolution du Maïdan et la chute du président, le pays va traverser de nouvelles crises. La guerre éclate dans la région du Donbass, après que les régions de Donetsk et de Louhansk s’autoproclament Républiques autonomes (respectivement DNR et LNR). Les groupes séparatistes pro-russes de ces régions sont alors poursuivis par le gouvernement ukrainien, dans le cadre d’une lutte antiterroriste. L’annexion de la Crimée par la Russie en mars 2014, après un référendum, participe de la déstabilisation de la société, qui va alors être partagée entre pro-russes et nationalistes ukrainiens. Cette vision caricaturale reflète néanmoins la division de cette société et la dégradation sociale. Des familles sont brisées par cette crise : c’est le cas de la famille d’Artiom et Denis, deux frères séparés par un mur d’incompréhension mutuelle. Artiom, pro-russe, développe une aversion pour l’Ukraine, rejoint un club patriotique russe et méprise l’Europe. Denis quant à lui, descend dans la rue en soutien au Maïdan, participe aux épisodes de violence face à la police. La révolution de Maïdan a rompu tous les liens qui les unissaient et a détruit cette famille. Mais c’est tout une société qui est brisée.

Des déplacements internes massifs

Les conflits des régions du Donbass et l’annexion de la Crimée ont provoqué des déplacements massifs de population vers des régions qui ne sont pas touchées par les combats. Le Haut-Commissariat des Réfugiés des Nations Unies estimait qu’il y avait 1,5 million de déplacés en 2016. Alena et Igor Tymchenko font partie de ces familles qui fuient leur ville d’origine. Originaires de la région de Donetsk, ce couple de fonctionnaires est obligé de fuir, après que leur ville a été détruite et que l’Etat a arrêté de verser des salaires aux citoyens de la région du Donbass. Ils partent vers l’île de Khortytsia, mais peinent à se loger, car ils subissent des discriminations en raison de leur origine géographique. La guerre a détruit leur vie et leurs projets. La ville de Kharkiv, proche du Donbass, accueille également un nombre important de déplacés. La famille Borzenko, composée de six enfants et des deux parents, fuit leur ville d’origine, près de Louhansk, vers Kharkiv, où ils vivent dans un préfabriqué, que l’Allemagne a donné à l’Ukraine. Dans leur ville d’origine, leur maison a été détruite. Toutefois, ils tentent de vivre ce déracinement avec optimisme, comme un nouveau départ, même s’ils manquent de tout au quotidien, n’ayant plus de travail ni de ressources.

Enfin, Lviv, ville de l’Ouest de l’Ukraine, est la nouvelle terre d’accueil des Tatars de Crimée, qui ont dû partir suite à l’annexion de celle-ci. Les Tatars, qui ont été obligés de fuir la Crimée en 1944, et ont pu y retourner lors de la perestroïka, sont à nouveau contraints de partir. Yachar Fazylov est né à Tachkent en Ouzbékistan et est arrivé en Crimée dans les années 90. En 2014, cet ancien professeur de français et guide touristique, travaille avec la télévision française pour couvrir les événements du Maïdan et de Crimée. Lors du référendum, il est contraint de fuir avec sa famille à Lviv et vit grâce à son nouvel emploi de cuisine de rue.

L’importance du bénévolat

A cause des combats et du déplacement de population, le bénévolat, majoritairement composé de femmes, se généralise peu à peu pour prendre en charge ces citoyens dans le besoin. Ces structures de solidarités remplacent un Etat qui est défaillant. Alla Feschenko est bénévole à la gare de Kharkiv, où elle s’occupe d’accueillir les civils qui fuient le Donbass. Elle se mobilise pour trouver des solutions, tel qu’un logement, et leur apporter un soutien moral. De plus, les bénévoles sont très présents dans les milieux hospitaliers. L’initiative Sœur de la Miséricorde a pour but de prendre en charge les soldats blessés, les accueillir et les aider. Yaryna Chahovets est la fondatrice de mouvement de bénévoles. Elle lance des appels aux dons et apporte un soutien moral aux blessés. C’est pour elle une façon de canaliser son inquiétude. Les Sœurs de la Miséricorde sont également présentes pour l’évacuation des zones de conflit, l’assistance aux blessés, l’aide au personnel médical et la collecte de dons.

Un État dépassé

Le bénévolat vient remplacer l’action d’un Etat qui n’est plus en mesure de gérer cette crise. Les populations déplacées se sentent abandonnées par ce dernier. Par ailleurs, l’armée n’obéit pas aux ordres. En effet, cette dernière, très mal équipée, a aussi le sentiment d’être laissée pour compte. L’incompréhension règne dans ses rangs, tous sont dépassés par le mouvement des séparatistes. Les caisses de l’Etat sont vides, ainsi l’armée ne peut plus être entretenue.  

David Arakhamia et Nelly Stelmakh vont alors se mobiliser pour l’entretien de l’armée, et vont entreprendre une action d’infiltration au sein du ministère de la Défense, dans le Bureau des Réformes. Au printemps 2014, David achète pour 10000$ de matériel pour l’armée ukrainienne en Crimée, grâce à une plateforme de collecte de dons. L’Etat, pris au dépourvu par la guerre, a coupé tous les investissements pour l’armée. L’engagement de David va s’intensifier, lorsqu’il s’aperçoit que son action n’agit que sur le court terme. Il souhaite alors infiltrer le Ministère de la Défense et doit pour cela recruter des personnes de confiance, capables de résister à la tentation de la corruption. Nelly, qui réussit brillamment le test de résistance à la corruption, intègre alors le Bureau de Réformes, dans lequel elle gère les approvisionnements des effets militaires. Ce nouveau souffle dans le Ministère a pour but de dynamiser l’administration, de lutter contre la fraude et promouvoir la transparence.

Cet ouvrage nous permet également de bien comprendre les enjeux liés à la crise en Ukraine. En effet, ce pays dont le cœur balance éternellement entre Europe et Russie s’est vu ici obligé de choisir. Lors de sa présidence, Viktor Ianoukovicth, issu du Parti des Régions (centre-droit et plutôt pro-russe), avait opéré un rapprochement avec l’Union européenne dans le cadre du Partenariat Oriental, en vue d’une adhésion future. Face à cette initiative européenne, la Russie mettait en place une politique de puissance et de rapprochement avec l’Ukraine. Les pressions subies par l’Ukraine de part et d’autre l’ont conduite dans une position délicate, mais Ianoukovitch a finalement cédé aux pressions russes. C’est suite à un choix de politique étrangère que la protestation a émergé. Derrière le rapprochement avec l’Europe résident des espoirs de changement du système, de la fin de la corruption généralisée. Cette Union européenne est largement idéalisée, et représente dans l’imaginaire collectif de Maïdan, un espace d’égalité des droits, de transparence, dans lequel la corruption n’aurait pas sa place. Cette Europe idéalisée par certains est dénigrée par d’autres, comme un lieu de déprave et de dénigrement de valeurs. L’Ukraine est un pays divisé, partagé entre Europe et Russie, et cette crise n’a fait qu’amplifier ces désaccords.

La faiblesse de l’Etat

Après la chute de Viktor Ianoukovitch, le président élu Petro Porochenko incarne le nouveau pouvoir. Mais celui-ci est très affaibli, car discrédité de toutes parts. Tout d’abord l’armée n’obéit et n’écoute pas le pouvoir. Cette armée qui, aujourd’hui reconstruite, était délitée au printemps 2014. Un pouvoir n’ayant pas d’emprise sur son armée, ne lui octroyant pas les ressources nécessaires pour être une armée de qualité, perd toute crédibilité.

Aussi, l’Etat et aujourd’hui défaillant dans la gestion des flux de déplacés. Le manque cruel de moyens empêche toute intervention étatique. Les citoyens qui subissent un déplacement se sentent chassés par les séparatistes, et abandonnées par l’Etat central. Cette absence aboutit à une perte de repère de la société. Iulia Schukan décrit la situation d’Igor et Alena, qui vivent cette perte de repère et ce double abandon : « Personne ne pense à nous. Ni l’Ukraine ni nos nouvelles autorités. Chacun se renvoie la balle. […] Personne n’a besoin de nous. Nous sommes abandonnés. De part et d’autre, ils ne font que nous bombarder ». (p.123) L’Etat est dépassé, et perd ainsi toute crédibilité.

Les accords de Minsk

Les accords de Minsk II du 12 février 2015 sont organisés en plusieurs points : le respect d’un cessez-le-feu entre les deux parties, le retrait des armes lourdes de part et d’autre de la ligne de front, la libération des otages, le début d’un dialogue politique entre les deux parties, la levée des sanctions économiques de l’Ukraine sur les oblasts (1) de Donetsk et Louhansk, l’amnistie des combattants et la mise en place d’une nouvelle constitution qui ferait figurer une décentralisation de l’Ukraine, pour que les Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk puissent bénéficier d’une autonomie à l’égard du pouvoir de Kiev. Ces points ambitieux permettraient, s’ils étaient respectés, d’avancer dans la résolution du conflit. On constate aujourd’hui qu’aucun d’entre eux n’a été respecté. Le cessez-le-feu ne peut que difficilement être respecté, les troupes ukrainiennes n’obéissant pas au pouvoir central. Ce point pourtant central de l’accord met ainsi en péril les autres points. Le retrait des armes lourdes semble avoir eu lieu, puis, avec la rupture du cessez-le-feu, celles-ci sont revenues. Enfin, la décentralisation de l’Ukraine est un point sensible de l’accord. Il aurait pour conséquence la reconnaissance de l’indépendance des oblasts séparatistes. Ce qui reviendrait, d’un autre point de vue, à admettre une certaine défaillance de l’Etat ukrainien.

De plus, cette tentative politique d’apporter une résolution au conflit semble aujourd’hui peu crédible, le pouvoir central étant lui-même décrédibilisé auprès des populations. Les Ukrainiens sont très sceptiques par rapport à cet accord et n’acceptent pas l’amnistie aux combattants. Il y a un rejet de l’accord de Minsk II, qui vient renforcer le sentiment d’abandon de la souveraineté de l’Ukraine. La radicalisation des deux parties complique les possibilités de réconciliations.

L’importance des bénévoles

Ioulia Schukan présente dans son ouvrage le rôle des bénévoles, qui comblent les défaillances de l’Etat. Cette forme de solidarité qui est continue depuis plus de deux ans connaît aujourd’hui une forme de spécialisation, mais traverse aussi une période d’épuisement physique et moral. Le bénévolat se structure majoritairement autour de l’assistance hospitalière, l’accueil de déplacés, et de l’assistance civile. L’assistance hospitalière regroupe le plus de bénévoles, et se traduit par des initiatives individuelles ou collectives. Elle peut aller d’un niveau très local à une plateforme de collecte de dons. Les bénévoles apportent un soutien aux blessés, principalement des militaires. Ensuite vient l’accueil des déplacés internes, qui vient pallier l’insuffisance de l’Etat, en apportant un soutien moral, matériel et financier aux déplacés. Enfin, l’assistance civile constitue le dernier secteur de bénévolat, pour lequel les initiatives sont les moins nombreuses. Dans l’ensemble, le financement de ce bénévolat provient majoritairement des dons, car l’aide humanitaire internationale ne va pas vers ce type d’action (notamment le soutien aux militaires). Le bénévolat bénéficie d’une certaine légitimité d’action auprès des populations, et peut ainsi agir de façon plus efficace. On peut aujourd’hui presque parler d’Etat dans l’Etat. Toutefois, il semble que les bénévoles n’aient pas conscience de l’ampleur de ce qu’ils représentent, et considèrent plus leur action comme le libre exercice de leur citoyenneté que comme une acte éminemment politique. Aussi, aucune structure globale de bénévolat n’émerge, et ce ne sont qu’une association d’initiatives, qui ne coopèrent pas.

Il s’agit d’un ouvrage émouvant grâce aux récits et témoignages de tous ces individus activement engagés dans le Maïdan. Aussi, les événements étant d’une actualité brûlante, on perçoit mieux la réalité de la situation. De plus, on comprend bien les enjeux liés à cette crise, entre Europe et Russie, mais surtout les maux de la société liés à la corruption et aux injustices subies.

L’Ukraine est un pays d’Europe et de Russie. Faire un choix c’est renoncer à une partie de l’identité ukrainienne, qui est plurielle. On peut interpréter la crise ukrainienne comme un affrontement entre la Russie et l’Occident, mais c’est omettre le caractère fondamentalement ukrainien de la crise. C’est aujourd’hui à l’Ukraine de trouver une solution, un équilibre, qui semble difficile à atteindre.

Lucie Delzant

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