La lutte du Rwanda contre les déchets plastiques, révélatrice de la présidence de Paul Kagamé

Ces dernières années, de nombreux pays ont instauré des législations ayant pour but de limiter la production et l’utilisation des sacs plastiques, comme la France, l’Italie, la Chine. Parmi les pays ayant adopté une politique similaire, quinze se situent en Afrique, mais le Rwanda fait figure d’exception. Le petit pays d’Afrique des Grands Lacs (légèrement moins étendu que la Bretagne) se distingue en effet par la précocité de son engagement, les premières mesures remontant à 2004. La rigueur et la fermeté du combat mené par le Rwanda contre le plastique n’est pas non plus anodine. Non seulement sont strictement interdits les sacs plastiques, mais l’ensemble des emballages plastiques l’est tout autant – à l’exception de ceux jugés indispensables à la conservation des produits, ainsi que ceux utilisés par l’industrie pharmaceutique et les hôpitaux.

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Kigali, capitale florissante du Rwanda (Crédits : https://www.flickr.com/photos/huguesn/5840563799)

La loi n’est de plus pas une simple déclaration de bonnes intentions mais est au contraire rigoureusement appliquée, les autorités fermant régulièrement les commerces utilisant ces plastiques, et condamnant à une forte amende leurs propriétaires (l’équivalent de plusieurs centaines de dollars dans un pays où le salaire moyen se situe autour de cinquante dollars). Les contrevenants peuvent même se voir condamner à une peine de prison de six mois. Les propriétaires d’entreprise sont également sommés de rédiger des excuses publiques pour obtenir la réouverture de leur commerce.

La lutte contre le plastique s’effectue aussi via le travail communautaire, l’umunga. Tous les Rwandais âgés de 18 à 60 ans sont obligés de consacrer la matinée de leur dernier samedi de chaque mois à une forme de travaux d’intérêt généraux, dont certains consistent, depuis le début de cette politique anti-plastique, à la collecte des déchets dispersés dans les rues et dans la nature.

Le combat se mène aussi aux frontières du Rwanda, et surtout au niveau de la très poreuse frontière qui sépare le pays de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), particulièrement instable. Les douaniers cherchent ainsi à endiguer le trafic naissant de sacs plastiques, basant ses techniques sur les trafics illicites plus classiques. Les douaniers cherchent également à vérifier la conformité des produits importés avec la nouvelle législation rwandaise. Ainsi, ils sont censés ouvrir tous les produits emballés et en confisquer le plastique. Une exception est faite pour les produits dont la qualité risquerait de gravement pâtir de cette opération. Dans ce cas, l’importateur du bien est censé faire la démonstration que le plastique sera bien collecté au moment de la vente du produit et jeté.

Cette politique extrêmement sévère semble toutefois porter ses fruits, les paysages et les rues rwandais apparaissant vierges de produits plastiques, notamment en comparaison avec les villes de la RDC voisine – raison pour laquelle Kigali, la capitale, a été désignée meilleure capitale africaine en 2008 par l’ONU-Habitat.

L’attitude des autorités rwandaises envers les sacs plastiques est en fait révélatrice de la présidence et de la personnalité de Paul Kagamé. C’est lui qui dirigea, et mena à la victoire, le Front populaire rwandais (FPR) qui chasse le pouvoir génocidaire en 1994. Il devint dès lors Vice-président et Ministre de la Défense jusqu’en 2000, lorsqu’il est élu Président. Il dirige depuis le pays comme il a dirigé le FPR : avec autorité et efficacité. Sous sa présidence, le Rwanda connaît ainsi une croissance annuelle moyenne de son PIB avoisinant les 7%, la corruption recule (3e pays le moins corrompu d’Afrique pour Transparency International), et les services publics connaissent un regain d’efficacité. Toutefois ces avancées s’accompagnent d’un verrouillage du système politique, passant par la répression de l’opposition : Amnesty International parle de « deux décennies d’attaques contre les opposants politiques, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains ». Le renforcement du pouvoir du président est aussi passé par une réforme constitutionnelle en 2015 qui permet à Kagamé de ne pas avoir à quitter la présidence à l’issu de son deuxième mandat. La Constitution l’autorise désormais à rester à la tête du pays jusqu’en 2034. Tous ces aspects sont en fait révélateurs d’une préoccupation fondamentale du pouvoir rwandais depuis la fin du génocide : qu’une telle catastrophe ne se reproduise pas. Comme le souligne Colette Braeckman, cela signifie la lutte contre tout “divisionnisme”, qui passe par – et donc explique et légitime – la mise en place d’un régime assez autoritaire qui mise sur le développement à marche forcée pour effacer les fractures.

Arthur BENNET

Sources :

  • “Le développement du Rwanda est-il durable ?”, Colette Braeckman, Esprit, Novembre 2011
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