Dix ans après, retour sur l’assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan

Initialement publié le 28 décembre 2017

Classe Internationale souhaite revenir sur l’histoire particulière de l’ancienne Première ministre du Pakistan, Benazir Bhutto, assassinée le 27 décembre 2007 en banlieue d’Islamabad. Devenue Première ministre le 2 décembre 1988 à la suite de la victoire de son parti – le Parti du peuple pakistanais – qui remporte 144 sièges à l’Assemblée nationale contre 60 pour l’Alliance démocratique islamiste, elle devient la plus jeune personne et la première femme élue démocratiquement dans un pays dont la majorité de la population est de confession musulmane.

Son premier mandat jusqu’en 1990 est marqué par une relative libéralisation de la société pakistanaise, des privatisations successives d’entreprises nationales, le retour du Pakistan dans le Commonwealth en 1989, et une première visite officielle aux États-Unis (photo ci-contre) où la cheffe du gouvernement rencontre le président George H. Bush dans le contexte du retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan. Toutefois, ses désaccords avec le président Ghulam Ishaq Khan, et les conflits successifs des deux personnalités, conjugués à plusieurs accusations (à charge) de corruption et d’abus de pouvoir, entraînent sa destitution en août 1990. De nouvelles élections sont alors convoquées, mais le Parti du peuple pakistanais (PPP) échoue à reproduire le succès de 1988, et la victoire revient à l’Alliance démocratique islamiste (IDA), avec 106 sièges contre 44 pour le PPP.

En 1993, le président dissout le Parlement, ce qui entraîne la démission du remplaçant de Bhutto, Nawaz Sharif (IDA) ; une décision qui est ensuite invalidée par la Cour constitutionnelle, ce qui entraîne également la démission du président. Le 20 octobre 1993, à la suite de nouvelles élections anticipées, le PPP remporte la majorité absolue des voix avec 121 sièges, Benazir Bhutto est reconduite à son poste de Première ministre. Beaucoup plus tacticienne que lors de son premier mandat, elle multiplie les alliances politiques et les gestes en faveur des militaires. Elle est également active sur le plan international, où elle multiplie les visites officielles en occident, comme aux États-Unis, ou bien en France, à l’occasion de laquelle elle prononce une formule restée célèbre : « Nous et le Monde, qu’il soit musulman ou non musulman, nous ne devons pas permettre que les voies stridentes de quelques extrémistes déforment, pour leurs buts politiques personnels, la voie et l’esprit du message de Dieu ».

Elle est de nouveau démise de ses fonctions le 5 décembre 1996, sur fond de divergences avec le nouveau président Farooq Leghari, à la suite de l’assassinat de son frère Murtaza, qu’elle est accusée d’avoir commandité. Lors des nouvelles élections, le PPP subit sa pire défaite de son histoire, et l’ancienne Première ministre est contrainte à l’exil à Dubaï en 1998, puis en Angleterre et aux Émirats arabes unis, sur fond de condamnation pour corruption. Le 5 octobre 2007, le nouveau président Musharraf accorde l’amnistie à Benazir Bhutto, ce qui permet son retour sur la scène politique pakistanaise. Elle s’engage, dès son arrivée à Karachi le 18 octobre 2007, dans le combat des législatives. Ce retour est d’ailleurs marqué par un premier attentat-suicide qui a fait 136 victimes mais dont elle sort indemne. Après un mois de novembre aux débuts chaotiques avec l’échec des négociations en vue d’un partage du pouvoir avec le président, elle annonce son attention de boycotter les élections. Néanmoins, elle finit par se porter candidate dans la circonscription de Karachi.

Le 27 décembre 2007, Benazir Bhutto se rend à une réunion du PPP à Rawalpindi, où elle est touchée par trois coups de feu à bout portant, puis par le déclenchement de la ceinture d’explosifs du terroriste. L’attentat fait au total 24 morts. Cet assassinat engendre une véritable onde de choc à l’international. Encore aujourd’hui, la responsabilité et les causes de la mort sont controversées. En dépit de la revendication d’Al-Qaïda, les différentes enquêtes internationales sous l’égide de l’ONU se sont intéressées au rôle joué par les Talibans, ou encore les services secrets pakistanais, contrôlés par le président. Le 20 août 2013, l’ex-président en fonction pendant l’assassinat Pervez Musharraf est officiellement accusé de meurtre.

Symbole de l’émancipation des femmes dans une société profondément marquée par l’emprise du traditionalisme religieux, acclamée en occident et dans son pays comme un véritable symbole de démocratisation du pays, Benazir Bhutto reste toutefois une personnalité controversée, notamment en raison de son implication dans plusieurs affaires de corruption. Le dixième anniversaire de sa mort nous rappelle que le Pakistan reste un pays fragilisé par l’instabilité politique et les multiples tensions en son sein.

Valentin Fauvel

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