L’empire de la famille Agnelli : un visage du capitalisme italien

L’empire de la famille Agnelli : un visage du capitalisme italien

Rarement une famille aura été aussi influente dans le devenir d’une ville comme dans celui d’une nation. Véritable institution depuis plus de 120 ans en Italie, la famille Agnelli est certainement à la péninsule ce que sont les Rockefeller aux États-Unis1. Par sa réussite commerciale, elle incarne le mythe de l’industriel triomphant à l’italienne. Fondatrice de la FIAT (acronyme de Fabbrica Italiana Automobili Torino), et propriétaire du Juventus Football Club depuis 1923, la famille Agnelli est indissociable du capitalisme italien. Si le nom Agnelli n’est pas associé en France aux voitures FIAT comme peuvent l’être les Ferrero, Berlusconi ou Armani à leurs marques, l’ensemble du patrimoine des quelque 200 descendants de la famille est estimé par Forbes à près de 13 milliards de dollars américains en 2020. Pionniers de l’automobile, les Agnelli ont originellement fait fortune avec la FIAT. La très bonne santé de leur groupe leur a ensuite permis de faire main basse sur des marques aussi prestigieuses que Maserati, Alfa Romeo, Lancia et Ferrari, cette dernière étant même très proche de faire faillite lorsque la FIAT en devient propriétaire à la mort d’Enzo Ferrari en 1988 !

Acteur de la globalisation de l’économie depuis les années 1970, le groupe s’est progressivement mué en une véritable multinationale qui dépasse largement l’industrie automobile. Il est ainsi l’actionnaire majoritaire de l’hebdomadaire libéral The Economist, souvent présenté comme le journal le plus influent du monde. En Italie, les Agnelli détiennent trois des principaux titres de la presse transalpine avec les quotidiens La Repubblica (Rome), La Stampa (Turin) et l’hebdomadaire L’Espresso (Rome). À la tête du 37ème groupe mondial en 2021, la famille Agnelli est entrée dans une nouvelle dimension en rachetant le constructeur américain Chrysler en 2014. Ce rachat obéit à une volonté ancienne de pénétrer à la fois les marchés européens et américains. Sous la houlette de John Elkann, petit-fils de Gianni Agnelli (1921-2003) initiateur de l’internationalisation de la FIAT, le groupe poursuit sa diversification économique en s’intéressant au marché du luxe. 

Présenté officiellement comme une « progression naturelle » de la galaxie du Made in Agnelli, le déménagement du siège social d’Exor de Turin à Amsterdam en 2016, société d’investissement néerlandaise qui regroupe toutes les activités industrielles des Agnelli, illustre l’américanisation toujours plus grande d’une famille qui ne résiste pas aux sirènes de l’optimisation fiscale. Bien des Agnelli ne vivent plus depuis longtemps en Italie. Certains ont connu la réussite aux États-Unis quand d’autres cultivent des liens avec la France, le Royaume-Uni ou encore le Brésil où John Elkann a passé une partie de son enfance. Quadrilingue anglais, français, italien, portugais, Elkann a conservé une résidence à Turin et revendique ses racines italiennes. Il est pourtant chaque jour davantage le PDG d’un empire sans frontières qui fut d’abord piémontais avant de s’étendre au reste de l’Italie du Nord. Un empire dont nous retraçons ici les origines, l’expansion et les dernières orientations. 

Façade du Lingotto à Turin, site historique de production de la FIAT et aujourd’hui siège social du constructeur automobile italien.  (© Wikipédia)

Une dynastie turinoise 

Comme de nombreux hommes d’affaires, les Agnelli n’ont pas bâti leur fortune à partir de rien. Sous la Restauration, l’aïeul Giuseppe Francesco Agnelli (1789-1866) exerce ses talents de banquier dans le royaume de Piémont-Sardaigne. Il est issu d’une famille de médecins et de juristes et inaugure une fibre entrepreneuriale au destin exceptionnel. Originaires de Racconigi dans le Piémont, un des lieux de villégiature de la famille royale de Savoie, les Agnelli dirigent une exploitation de mûrier blanc qui leur sert à nourrir leurs vers à soie. Petit-fils de Giuseppe Francesco, Giovanni Agnelli (1866-1945) fonde la FIAT avec neuf autres entrepreneurs turinois en 1899. Militaire de formation, ce passionné d’automobile conduit très vite son entreprise sur l’autoroute du succès. Épaulé par Vincenzo Lancia (1881-1937), fondateur de la marque éponyme, son carnet de commandes se remplit sous l’effet de la campagne italienne en Libye (1911) et de l’engagement de la péninsule dans la Première Guerre mondiale. Soutenu par l’État, la FIAT est d’ores et déjà le premier constructeur italien avec 40 000 salariés en 1918. C’est à cette époque que l’entreprise inaugure son usine emblématique du Lingotto (1922), célèbre pour son autodrome construit sur le toit même d’un immeuble qui est encore son siège social aujourd’hui. Inspiré des principes de production en série du fordisme, le Lingotto fait la fierté de tout un pays. Il est considéré comme l’une des usines automobiles les plus performantes d’Europe de l’entre-deux guerres.  

L’avènement du fascisme en 1922 fait entrer la FIAT d’un Giovanni Agnelli désormais prospère – il a racheté ses parts à ses associés et l’entreprise est à présent cotée à la bourse de Milan – dans une autre dimension. Couvert d’honneurs, le patron le plus en vue du pays est sénateur du royaume d’Italie de 1923 à 1944 au sein d’un parti fasciste dont il a financé l’ascension au pouvoir. Alors qu’il vient de racheter le journal La Stampa et la Juventus, il crée la holding Istituto Finanziario Industriale en 1927, l’ancêtre d’Exor. Si l’autarcie du régime mussolinien ne permet pas à la FIAT de s’étendre hors de ses frontières, la production de locomotives, d’avions et d’autocars lui octroie de substantiels profits. Admirateur inconditionnel de son concurrent milanais Alfa Romeo, le Duce s’appuie néanmoins sur Agnelli pour financer l’effort de guerre italien dans le second conflit mondial. Privé temporairement de ses biens en 1945 pour sa collaboration avec le fascisme, Giovanni Agnelli s’éteint paisiblement la même année. Sa succession est assumée par Vittorio Valletta, dirigeant historique de la FIAT de 1928 à 1966. 

Jusqu’ici très piémontaise, la FIAT connaît une expansion sans précédent au tournant des années 1950-1960. Figure de proue du « miracle économique » italien avec sa Fiat 600 vendue à plus de 2,5 millions d’exemplaires, elle est de toutes les évolutions politiques et sociétales du pays. La FIAT est par exemple une fervente partisane de la démocratie chrétienne, le parti centriste italien jusqu’en 1994, dont la création a été stimulée par le plan Marshall. Elle est aussi très regardante sur l’orientation politique de ses ouvriers à une époque où le Parti communiste italien est le plus puissant d’Europe occidentale. Sur le plan international, l’entreprise s’implique dans la création du groupe de Bilderberg (1954), cénacle informel où se réunissent les élites politico-économiques américaines et européennes. 

Les premières années de la présidence de Gianni Agnelli (1966-1996) marquent l’apogée d’un groupe qui rationalise son organisation interne et acquiert de nombreuses sociétés concurrentes dans la péninsule. Lancia et Ferrari sont intégrées au groupe FIAT en 1969. Un temps convoitée par l’américain Ford, Alfa Romeo passe sous pavillon turinois en 1986. Forts de leur connivence avec les milieux d’affaires et politiques transalpins – Gianni Agnelli assume la présidence de la Confindustria, le MEDEF italien entre 1974 et 1976 -, les Agnelli se distinguent par leur capacité à absorber la concurrence et à peser dans le débat public. En détenant près de 4,5 % du PIB italien et 16,5 % des investissements industriels en recherche et développement du pays en 1980, Gianni Agnelli est au sommet de son art. Homme le plus puissant d’Italie, il est rapidement surnommé le « Roi non couronné d’Italie ». 

Après avoir affronté de gigantesques grèves ouvrières qui ont parfois paralysé sa production dans les années 1970, l’entreprise connaît des difficultés de financement et ouvre son capital à des investisseurs étrangers. Propriété de la famille Kadhafi, la Lybian Arab Foreign Investment Company détiendra jusqu’à 10 % de la FIAT. Exposée à la concurrence étrangère instaurée par le Traité de Rome (1957), moins rayonnante qu’auparavant dans une péninsule où sa part de marché reste pourtant considérable – elle est passée de 75 % à 51 % entre 1968 à 1979 ! -, la FIAT et Agnelli regardent vers les États-Unis pour conquérir de nouveaux marchés. 

Cette période de prospérité économique a permis à l’Italie de se doter d’authentiques champions industriels européens. Malgré les difficultés politiques symbolisées par les années de plomb2 et le creusement des inégalités marqué par un exode massif des populations du Mezzogiorno vers le Nord3, Turin et la FIAT s’affirment comme l’un des trois piliers du triangle industriel italien avec les chantiers navals Ansaldo de Gênes et le géant de l’industrie chimique Montedison de Milan. En 1987, l’Italie est la sixième puissance économique mondiale.   

Giovanni « Gianni » Agnelli, dit l’Avvocato en raison de ses études de droit, est l’artisan de l’internationalisation de la FIAT au cours de sa longue présidence (1966-1996). Son élégance toute italienne a souvent été comparée à celle de John Fitzgerald Kennedy ou de James Bond.  (© Wikipédia)

Les Agnelli à la conquête du monde

Voulant « stimuler la compétitivité mondiale de l’industrie européenne », la co-fondation par Umberto Agnelli (1934-2004), frère de Gianni, en compagnie des 50 plus grands patrons européens de la European Round Table of Industrialists (ERT) en 1983, précède de trois ans la signature de l’Acte unique qui ouvre la voie au marché  commun européen en 19864. À une époque où les États-Unis et le Japon engrangent les succès commerciaux, les industriels du Vieux Continent n’entendent pas être marginalisés dans la compétition économique mondiale. Groupe de pression, l’ERT use de tout son pouvoir d’influence dans l’adoption du traité de Maastricht en 1992 qui approfondit la libéralisation économique d’une Union européenne désormais institutionnalisée. Même si FIAT n’en est plus membre aujourd’hui, le groupe a grandement profité de ce nouveau cadre économique pour développer ses affaires à l’étranger.  

Auparavant, Gianni Agnelli projetait d’absorber le constructeur français Citroën dont il détient 15 % des parts depuis 1968. Devant le veto du général de Gaulle, qui ne voit pas d’un bon œil cette immixtion italienne dans les affaires françaises, Citroën fusionne finalement avec Peugeot en 1976. Sans le savoir, le général venait d’inaugurer une longue histoire contrariée de fusions entre constructeurs automobiles italiens et français. Ce refus français n’empêche pas les Agnelli de prendre leurs marques en Yougoslavie et en Turquie pour y produire leurs voitures. La FIAT poursuit son expansion en ouvrant bientôt des usines aux quatre coins du monde, du Brésil à l’Afrique du Sud en passant par l’Égypte, l’Espagne ou encore la Pologne. Outre la réduction des coûts de production, des modèles comme la Fiat Uno ou la Fiat Panda font la célébrité de la marque de São Paulo à Varsovie.  

Ces succès commerciaux sont suivis d’un net déclin de la marque dans les années 1990. À l’aube du XXIe siècle, elle ne représente plus que 35 % des ventes en Italie et moins de 10 % en Europe. Gianni Agnelli prend conscience que le salut de l’entreprise passe par les États-Unis. General Motors entre au capital de la FIAT en 2000 à hauteur de 20 % avant de finalement céder ses parts cinq ans plus tard en dédommageant le constructeur italien à hauteur de 1,5 milliard d’euros !

À sa mort en 2003, Agnelli a diversifié ses activités en investissant dans les assurances, la presse, le monde de l’édition et bien sûr le sport avec sa chère Juventus, devenue sous sa présidence le club le plus titré d’Italie. Sa plus grande réussite est sans doute d’avoir su mettre sur pied IVECO en 1975. Fruit d’une fusion d’entreprises italiennes, allemandes et françaises, fort de son implantation dans plus de 160 pays, IVECO est le deuxième constructeur européen de camions et d’autocars. Francophile, Gianni Agnelli ne connaîtra pas  la même fortune sur le marché français, d’ordinaire particulièrement rétif aux investissements transalpins. Si l’OPA agressive lancée en 2001 par EDF et FIAT sur le géant milanais de l’électricité Montedison est un succès, une fusion Renault-FIAT, maintes fois évoquée, ne s’est jamais concrétisée. Le constructeur français préférant s’allier au japonais Nissan quand la FIAT prend progressivement possession de l’américain Chrysler à partir de 2009. Agnelli échoue également à prendre le contrôle de Perrier qui revient au suisse Nestlé. Plus par cœur que par rationalité économique, il investit enfin dans le Club Med et dans Danone. Ces investissements ne lui survivent cependant pas, ses successeurs vendant dès 2004 leurs parts. Avec 10 000 emplois, la FIAT reste néanmoins le premier employeur italien en France en 2017. L’entreprise employait même 18 000 salariés en 2001. Le tropisme français d’Agnelli reste aujourd’hui dans les mémoires pour son implication dans le Tour de France. Voitures officielles de la Grande Boucle, les FIAT s’affichent fièrement sur les routes de la plus grande course cycliste du monde de 1988 à 2003.

De cette première phase de l’internationalisation de la FIAT, il faut sans doute retenir l’exceptionnel expansion d’un groupe qui, nonobstant ses difficultés, est devenu sous son emblématique patron une multinationale qui emploie 300 000 personnes dans le monde. En somme, la FIAT fait à présent partie de la cour des grands. Il lui restait à se restructurer pour devenir encore plus influente. C’est la mission que s’est assignée John Elkann. Il n’a alors que 28 ans lorsqu’il prend la succession de son illustre grand-père en 2004.

Andrea Agnelli, actuel président de la Juventus de Turin, en compagnie de son oncle Gianni lors de la victoire du club turinois sur l’Ajax d’Amsterdam lors de la finale de la Ligue des Champions 1996. Premier club de l’histoire du football européen à avoir remporté toutes les compétitions officielles internationales, la Juventus est désignée « deuxième meilleur club européen du XXe siècle » par l’ International Federation of Football History & Statistics en 2009. Seul le Real Madrid a fait mieux. (© Wikipédia)

Un géant parmi les géants sous John Elkann

John Elkann à l’international chevillé au corps. Il a étudié entre l’Italie, la France et le Royaume-Uni5. Fils d’une Agnelli et d’un Américano-Italo-Français, il connaît très bien les milieux d’affaires américains. Tel est également le cas de l’Italo-Canadien Sergio Marchionne, nouveau directeur général de la FIAT en 2004. Ce dernier, qui préside également la Scuderia Ferrari entre 2014 et 2018, sans parvenir toutefois à lui ramener un titre du monde de Formule 1 qui la fuit depuis 2007, est à l’origine de la fusion audacieuse entre FIAT et Chrysler. Échaudé par son échec avec General Motors, le groupe FIAT est néanmoins conscient que seule l’absorption d’autres marques concurrentes est de nature à assurer sa prospérité. Ambitieux, Marchionne déclare que la FIAT peut devenir le deuxième constructeur mondial après Toyota. Actée en 2014, la fusion avec Chrysler, qui lui assure aussi le contrôle de Jeep, la hisse au huitième rang mondial des constructeurs automobiles. Dénommée FIAT-Chrysler Automobiles (FCA), leur société, qui regroupe les marques Alfa Romeo, Lancia, Maserati, Abarth, Jeep, Dodge, Ram Trucks en plus de FIAT et de Chrysler, leur permet d’étendre leur empire. En rayonnant sur le marché européen et américain de l’automobile, les Agnelli accomplissent un vieux rêve. Dans le même temps, John Elkann crée Exor, une société d’investissement dont sa famille détient plus de 50 % du capital. Exor permet aux Agnelli de gagner en visibilité et en rentabilité. Pendant qu’une branche regroupe leurs activités automobiles autour de FCA, une autre rassemble les activités industrielles comprenant les véhicules militaires, les autobus et les poids lourds (CNH Industrial). 

La création d’Exor est aussi l’occasion pour Elkann de réorienter les investissements du groupe, quitte à s’affranchir du poids de l’Histoire. FIAT se désengage par exemple du secteur de l’électronique en vendant Magneti Marelli au japonais Calsonic Kansei en 2018. Elle a vendu dès 2001 FIAT Ferroviaria à son concurrent français Alstom. Alors que le carnet de commandes de Ferrari est chaque année plus fourni, elle a réintroduit la mythique marque au cheval cabré à la bourse de Milan en 2016. Dans le domaine des assurances, Exor dispose désormais intégralement de Partner Re, un des dix plus grands réassureurs du monde domicilié aux Bermudes6

En 2019, l’ascension mondiale de la FIAT a pris un nouveau tournant. Malgré des pertes records de 10 milliards d’euros liées à la pandémie de coronavirus en 20207, Exor s’est enrichie de Stellantis, nouvelle multinationale de l’automobile, qu’elle détient en copropriété avec des fonds d’investissements français, américains et chinois. Fondé en janvier 2021, ce nouveau groupe est issu de la plus importante fusion de toute l’histoire automobile entre l’italo-américain FIAT-Chrysler et le français Peugeot-Citroën8. Avec plus de 300 000 employés répartis dans 130 pays, Stellantis est aujourd’hui le quatrième groupe automobile mondial. Grand artisan de cette fusion, John Elkann, qui est aussi le président de Stellantis, s’affirme comme l’un des magnats incontournables de l’automobile. Il est aussi le président de Ferrari depuis le décès de Marchionne en 2018. Mais cette fusion n’est pas qu’une affaire de prestige. Elle vise d’abord à favoriser les économies d’échelle et à partager des frais de recherche et développement toujours plus onéreux. Stellantis ambitionne à moyen terme de devenir un leader mondial sur le marché de la voiture électrique, aussi bien aux États-Unis qu’en Europe. Pour ce faire, il vient de lancer une version 100 % électrique de la Fiat 500 à l’automne 2020, un modèle qui était leader du marché européen de la mini-citadine en 2018.

Lancée dans une diversification apparemment sans limites, les Agnelli souhaitent enfin s’implanter plus solidement en Asie. Présents en Chine et en Inde pour leurs activités automobiles, ils lorgnent sur un marché du luxe chinois actuellement en pleine croissance.  Par l’entremise d’Exor, ils sont à présent les actionnaires majoritaires de la maison Shang Xia aux côtés du français Hermès9. Ils sont enfin entrés au capital de Christian Louboutin, le créateur de la célèbre chaussure à la semelle rouge. Si le luxe à l’italienne se conjugue depuis de nombreuses années avec les Armani, Gucci, Versace ou encore Valentino, il faudra très bientôt y ajouter le nom des Agnelli10.

Très discrète, la famille Agnelli dispose cependant d’une force de frappe peu commune dans le milieu des affaires. Au fil des années, elle a su s’imposer comme un nom incontournable du capitalisme mondial. Amoureux de la Juventus, qu’il plaçait au-dessus de tout, Gianni Agnelli avait noué une profonde amitié avec Michel Platini. Dans le football comme dans les affaires, l’excellence, l’éthique et l’élégance étaient au cœur de son action. S’il a pu avoir de nombreux détracteurs, en disposant de quelques unes des marques les plus mythiques de la planète, il a grandement participé à la célébrité du Made in Italy. Fait de luxe et de raffinement, ce mythe commercial continue d’émerveiller. Un mythe que seul le génie créatif italien pouvait offrir au monde.

Alexis Coquin

1 Nous comparons ici les familles Rockefeller et Agnelli pour illustrer le poids qu’elles ont pu avoir dans la vie économique de leurs pays respectifs au point d’être vues comme les plus influentes de toute l’Histoire des États-Unis et de l’Italie . Ce poids historique a depuis évolué, les Agnelli ayant certainement mieux résister à la concurrence et à l’usure du temps que leurs illustres homologues nord-américains.

2 Exode rural d’une ampleur inédite, on estime que plus de 9 millions de méridionaux sont partis vivre en Italie du Nord entre 1955 et 1971.

3 Les années de plomb désignent en Italie les actions terroristes entreprises par des organisations d’extrême droite comme d’extrême gauche entre les années 1960 et 1980. Organisation terroriste communiste, les Brigades rouges se rendent tristement célèbres pour l’assassinat du président du Conseil Aldo Moro en 1978. De son côté, le néo-fascisme perpétue l’attentat à la bombe de la gare de Bologne faisant 85 morts et plus de 200 blessés en 1980.

4 Umberto Agnelli est également le fondateur de la LUISS (acronyme de Libera Università degli Studi Sociali Guido Carli), célèbre université privée de Rome qui forme les futures élites du patronat italien depuis 1974.

5 Lire sa biographie sur le site de Stellantis. https://www.stellantis.com/content/dam/stellantis-corporate/group/governance/leadership/bio/fr/John%20Elkann.pdf (consulté le 30 septembre 2021).

6 Exor souhaitait vendre cette société au français Covéa en 2020 pour 9 milliards de dollars. Une vente avortée en raison de la pandémie de coronavirus.

7 En 2021, Exor enregistre un recul de son chiffre d’affaires de plus de 16 % et ses profits ont été divisés de moitié. Dix-neuvième holding mondiale en 2015, Exor est passée de la vingt-huitième à la trente-septième place mondiale entre 2020 et 2021. Cf. le classement Fortune Global 500 (2021).  https://fortune.com/company/exor-group/global500/ 

8 Lire la présentation du groupe Stellantis. https://www.stellantis.com/fr/groupe/a-propos-de-nous (consulté le 30 septembre 2021).

9 Lire MOPIN Odile, « Agnelli prend les commandes de Shang Xia, la maison chinoise d’Hermès », FashionUnited, 11 décembre 2020. https://fashionunited.fr/actualite/business/agnelli-prend-les-commandes-de-shang-xia-la-maison-chinoise-d-hermes/2020121125440 

10 John Elkann veut faire de Shang Xia un leader mondial du luxe et affiche déjà ses ambitions en envisageant d’investir les marchés taïwanais et singapourien dès cette année.

Bibliographie

BISEAU Grégoire, « Le tropisme français du Clan Agnelli », Libération, 03 juillet 2001.

https://www.liberation.fr/futurs/2001/07/03/le-tropisme-francais-du-clan-agnelli_370290/

FEITZ Anne, « Stellantis : PSA et Fiat Chrysler se marient avec une rentabilité enviable », 03 mars 2021.

https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/stellantis-psa-et-fiat-chrysler-se-marient-avec-des-comptes-robustes-1294896

GIAGNOLI Gianluca, « Fiat dalla nascita fino ai nostri giorni »

https://sites.google.com/site/tesinagianlucagiagnolini/A-levoluzione-industriale-e-la-storia-di-Fiat

HOUBEN Henri,  « Les Agnelli, la dynastie turinoise », European Network of Corporate Observatories, 13 février 2020

https://corpwatchers.eu/fr/enquetes/connaissez-vos-milliardaires/les-agnelli-la-dynastie-turinoise

SANDERSON Rachel, « Agnelli family company Exor leaves Italy », Financial Times, 4 septembre 2016.

https://www.ft.com/content/d8f4a538-729a-11e6-bf48-b372cdb1043a

THÉRIN Frédéric, « Le poids des familles dans l’automobile », L’Écho, 13 mars 2017.

https://www.lecho.be/dossier/choixredac/le-poids-des-familles-dans-l-automobile/9871660.html

TOSSERI Olivier, « Après The Economist, John Elkann vise La Repubblica et La Stampa », 02 décembre 2019.

https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/apres-the-economist-john-elkann-vise-la-repubblica-et-la-stampa-1153023

VANBRUSSEL Emmannuel, « De Fiat et Maserati à Peugeot et Opel : le clan Agnelli donne le top départ au nouveau groupe automobile Stellantis », Business AM, 16 janvier 2021

https://fr.businessam.be/de-fiat-et-maserati-a-peugeot-et-opel-le-clan-agnelli-donne-le-top-depart-au-nouveau-groupe-automobile-stellantis/

« La famille Agnelli s’empare de 24% du capital de Louboutin », BFM Business, 08 mars 2021. 

https://www.bfmtv.com/economie/la-famille-agnelli-s-empare-de-24-du-capital-de-louboutin_AD-202103080191.html

« La Fiat 500 de record en record », BFM Business, 28 janvier 2019.

https://www.bfmtv.com/economie/international/la-fiat-500-de-record-en-record_AN-201901280231.html

« Agnelli heir makes bet on family fortune », Financial Times, 2017.

https://www.ft.com/content/ba2b8b4a-12cb-11e7-80f4-13e067d5072c

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