Sahara Occidental : Les clés du dossier

Le Sahara occidental est au centre de l’actualité après le démantèlement d’un camp de contestataires sahraouis et les affrontements meurtriers de Laâyoune. Les négociations continuent d’échouer malgré la présence des Nations Unies qui tentent de concilier les intérêts des trois acteurs principaux : Sahara Occidental, Maroc, et Algérie. Ce qu’il faut savoir.

Camp de Laâyoune

Quelles sont les revendications sahraouies ?

La particularité du territoire saharien ? Son extrême richesse en ressources naturelles. Le Sahara occidental dispose en particulier de larges réserves halieutiques, mais est également riche en pétrole, et en minerai. Il est pourtant peuplé durant des siècles exclusivement par des tribus nomades. Son urbanisation ne débute que durant la période espagnole à partir de la fin du 19ème siècle. Pour preuve, le chef-lieu de la province, Laâyoune, ou El-Ayoun, n’est fondé qu’en 1930.

Avant la période coloniale, pas de pouvoir centralisé ni de réelle identité saharienne. Cette dernière ne se met en place que très tardivement quand, en 1966, l’ONU ordonne à l’Espagne de quitter le territoire saharien tout en assurant son autonomie. L’année suivante est créée la Jemâa : l’Assemblée Générale du Sahara Occidental, à caractère purement consultatif mais hautement symbolique. Pour la première fois, un organe saharien, représentant le peuple, voit le jour. Un évènement, lié aux indépendances successives de ses voisins, qui va contribuer à la naissance d’une véritable identité sahraouie.

Cette identité est consacrée avec la création, en 1973, du Front Populaire pour la Libération de la Seguiet El-Hamra et du Rio de Oro, plus connu sous le nom de Front Polisario, puis, trois ans plus tard, avec la proclamation de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD). L’objectif est clair : l’indépendance du territoire saharien, en passant par le langage des armes.

Que cherche le Maroc ?

Pour la monarchie, le Sahara est marocain, et sa souveraineté pré coloniale sur ce territoire est légitime. L’intégration du Sahara occidental aux frontières marocaines est d’ailleurs l’un des principaux engagements du Roi Mohamed V au lendemain de l’indépendance marocaine.

Promesse de campagne tenue par son successeur à partir de 1975 : en engageant des centaines de milliers de marocains dans la Marche Verte, le Roi Hassan II réussit à faire définitivement plier les Espagnols. Le territoire saharien est partagé avec la Mauritanie. Ce n’est qu’en 1979, suite au retrait négocié des Mauritaniens, que l’intégralité du territoire saharien revient au Royaume du Maroc.

Depuis, face au conflit latent et aux pressions de la communauté internationale, Hassan II a accepté l’idée de procéder à un référendum, sous l’égide de l’ONU, pour l’autonomie du Sahara Occidental. Mais la solution a été rejetée à plusieurs reprises par le Polisario, partisan d’une indépendance totale. Mohamed VI, fils et successeur d’Hassan II, continue néanmoins de favoriser l’option de l’autonomie, en abandonnant toutefois l’éventualité d’un référendum. Depuis le cessez-le feu de 1991, le Maroc ne contrôle plus que 80% du territoire contre 20% au Polisario, les deux entités étant séparées par le mur de défense marocain (voir carte).

Comment se positionne l’Algérie ?

Suite à son indépendance, l’Algérie conteste les frontières occidentales qui lui ont été attribuées. Certains diront qu’elle avait pour objectif d’étendre son territoire jusqu’à l’océan Atlantique. Quoi qu’il en soit, le débat concernant les frontières algériennes est aujourd’hui caduc, l’affaire du Sahara Occidental concernant uniquement, aux yeux des instances internationales, le Maroc et la RASD.

Cependant, l’Algérie est entièrement partie prenante au conflit. En effet, depuis la fondation du Polisario, elle n’a cessé d’appuyer ce dernier militairement et territorialement. La raison est simple : l’Algérie, tel que l’a affirmé Abdelaziz Bouteflika préalablement à la guerre des sables (1963), est déçue de l’absence de soutien marocain durant la très douloureuse Guerre d’Indépendance. Pire, ce sont les Marocains du Sud, alors opposés à la royauté – et qui ont formé l’Armée de Libération du Maroc de Sud dans le but de déloger les espagnols du Sahara -, qui ont combattu les forces françaises aux côtés des Algériens.

L’Algérie peut donc prétendre à un rôle d’arbitre. Les tentatives de rapprochement entre les deux pays voisins se sont succédé, confirmant la nécessité pour le Maroc d’obtenir le soutien algérien, et de retrouver les relations amicales d’avant l’indépendance marocaine. D’autant que le conflit au Sahara contribue à bloquer la construction de l’Union du Maghreb Arabe (UMA).

Des organisations internationales plus ou moins attentives aux droits de l’Homme

Depuis l’émergence des tensions, les instances internationales ont tenté de jouer le rôle de médiateur dans ce conflit. En chef de file, l’ONU a voté de nombreuses résolutions, toutes approuvées par l’Algérie, dont la résolution 1754 appelant les deux parties à négocier. Néanmoins, toutes les rencontres suivantes se sont soldées par des échecs du fait de la non-compatibilité des revendications des deux parties. Pourtant, en 1975 déjà, un rapport de l’ONU signalait que la majorité des Sahraouis étaient favorables à l’indépendance. Mais ce n’est qu’en 1991 qu’est créée la MINURSO, ou Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental.

Cette dernière est par ailleurs la seule mission onusienne au monde dont les prérogatives ne s’étendent pas à la surveillance des Droits de l’Homme. En raison, semble-t-il, d’un blocage français au Conseil de Sécurité de l’Organisation. Une attitude qui a soulevé les protestations au sein même du paysage politique français. Le maire de Villeneuve-sur-Yonne, Cyril Boulleaux, a ainsi souligné, dans une intervention à Dakhla (Maroc) en juin dernier, que « l’attitude du gouvernement français face à cette question est opposée aux valeurs et à l’histoire de la France ».

La Cour Internationale de Justice de La Haye, dont l’avis a été sollicité par Hassan II, a quant à elle estimé, en 1975, que la souveraineté marocaine pré coloniale n’était pas légitime, mais accorde le fait que des liens juridiques d’allégeance de certaines tribus au Sultan du Maroc aient existé.

Ce sont surtout les organismes relatifs aux droits de l’Homme qui élèvent la voix contre les autorités marocaines. Le Haut Commissariat pour les Réfugiés s’est emparé du dossier en 1976 et Amnesty International porte une attention toute particulière aux disparitions suspectes de militants de la cause sahraouie. Mais c’est Human Rights Watch qui a récemment pris la responsabilité, suite à l’emprisonnement d’activistes du Polisario et au démantèlement de camps sahraouis, d’écrire une lettre au Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, lui demandant d’imposer la tenue du référendum et de condamner les violations des droits de l’homme qu’elle dénonce.

L’étau semble donc se resserrer autour du Maroc qui, malgré son souhait de faire de ce territoire une plaque tournante de l’économie marocaine, se retrouve surveillé de près par les organisations internationales, qu’elles soient politiques ou juridiques. L’Algérie, pour sa part, est occultée. Trouvera-t-elle un accord bilatéral avec le Maroc pour une redéfinition des frontières ? Rien n’est moins sûr. Peut être que la simple tenue d’un référendum suffirait à apaiser les tensions entre les deux pays. Si les Sahraouis souhaitent rester marocains, le dossier pourrait se retrouver définitivement clos. En revanche, si le Sahara Occidental décidait de prendre son indépendance, le Maroc perdrait une partie non négligeable de son territoire, et sa réaction serait alors difficile à prévoir.

Riad Tirouche

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