Omsk e(s)t une autre Russie

Cette semaine, Classe Internationale vous emmène en Russie, et plus particulièrement en Sibérie occidentale, à la découverte de la ville d’Omsk, chef-lieu de l’oblast [1] de même nom. Oubliez la chapka et le manteau : ce Carnet de Route se déroule, une fois n’est pas coutume, dans la chaleur de l’été sibérien.

Omsk e(s)t une autre Russie
Omsk e(s)t une autre Russie

Les aéroports sont des endroits fascinants, décidément. Divers noms de villes, plus ou moins connues, défilent sur des écrans. Ce qui est excitant, c’est de savoir que l’on peut réellement atteindre ces villes. En quelques heures, nous voilà transportés à l’autre bout du monde.

En ce mois de juillet 2010, mon autre bout du monde, c’était Omsk – ville de Sibérie occidentale, 1 200 000 habitants, si loin de Moscou (2200 km au sud-est) qu’il en devient ridicule de prendre la capitale pour repère (un constat qui décrit bien l’étendue du territoire russe). La frontière avec le Kazakhstan n’est qu’à une centaine de kilomètres. Le Transsibérien s’y arrête brièvement avant de repartir pour Novossibirsk.

Trou perdu, ville-étape, me direz-vous ? C’est ce qu’on peut penser à première vue. Et pourtant… On y découvre des trésors. Un peu comme Dostoïevski, condamné à passer cinq ans au bagne à Omsk entre 1850 et 1855 et qui écrivit dans ses lettres : « Je n’ai pas perdu mon temps : j’ai appris à bien connaître le peuple russe, comme peut-être peu le connaissent ».

Partie pour faire un stage intensif de russe, je ne tarde pas à découvrir l’« autre » Russie. Les Russes sont les premiers à dire que Moscou et Saint-Pétersbourg, si connues, ne sont pas la Russie, la « vraie ». Pour avoir déjà séjourné dans la capitale, j’ai pu apprécier la valeur de ce jugement ; et force est de constater qu’il existe bien plusieurs Russies. Il n’y a en effet rien de comparable entre Moscou et Omsk. Ce ne sont pas les mêmes paysages, les mêmes rues, ni les mêmes gens. Les façades des bâtiments, à Omsk, sont souvent un peu délabrées, vieillies, fatiguées. Les trottoirs et les routes sont défoncés par endroit, à cause du gel de l’hiver (la température descend facilement à -20°C). Les avenues sont souvent longues, et vides. L’eau chaude est coupée pendant presque toute la durée de mon séjour : il faut réparer les tuyaux, eux aussi endommagés par le froid de l’hiver. Parallèlement à mon arrivée cependant, une fête locale se prépare, et en deux semaines je vois des ouvriers s’activant frénétiquement fleurir tout le centre-ville. Le résultat est magnifique.

Le plus important à Omsk, malgré tout, n’est pas l’apparence. Ce sont les gens. Les habitants sont accueillants, ouverts. Peu habitués à recevoir des étrangers, ils ne se montrent pas hostiles, mais curieux, comme cette vieille dame dans le bus qui, spontanément, nous entendant parler une autre langue, vient nous questionner – d’où venons-nous ? aimons-nous la Russie ? comment trouvons-nous la ville ?… Les étudiants que j’ai rencontrés, maîtrisant beaucoup mieux l’anglais que leurs aînés (un décalage générationnel frappant, aussi bien à Omsk qu’à Moscou), s’intéressent aussi beaucoup à nous. Je suis frappée par leur gentillesse, leur facilité à communiquer avec les autres et à les faire se sentir intégrés dans un groupe.

L’origine de ces rapports humains chaleureux vient sans doute de l’environnement. Il n’y a pratiquement rien d’autre à faire que de s’intéresser à son voisin. La ville ne compte que peu de musées ; les espaces verts sont nombreux mais lassent vite ; les usines encerclant la ville achèvent de déprimer le promeneur en quête d’images paradisiaques. Alors, on discute avec les autres. Et ces conversations et bons moments valent mille prouesses architecturales.

Les moustiques foisonnent aux bords du fleuve Irtych et pourtant, on ne se lasse pas d’y passer ses après-midi, à discuter, profiter du soleil, pique-niquer. Les hommes les plus téméraires, souvent pour impressionner la galerie, n’hésitent pas à piquer une tête dans les eaux boueuses du fleuve – en faisant bien attention, toutefois, aux mini tourbillons qui se créent ça et là dans le courant et qui emporteraient aisément le nageur imprudent. Pour les sportifs, beach-volley ou jet-ski sont au rendez-vous. Éreintés par une journée riche en activités de plein air, on prend ensuite possession des bars, et les discussions continuent autour d’un verre ou deux de vodka. Pas d’extravagance, « il en faut peu pour être heureux… ».

Trois semaines au bout du monde, et il faut déjà rentrer. Dostoïevski a gardé de cette ville des « souvenirs de la maison des morts » [2]. Je m’y suis sentie plus vivante que nulle part ailleurs.

Fanny Frafer

[1] Dénomination administrative des régions russes.
[2] Fiodor DOSTOÏEVSKI, Souvenirs de la maison des morts, 1862. Disponible chez Gallimard, collection Folio.

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