La culture russe contre l’ivresse du monde

« L’ivresse du monde est mortelle, et nous sommes pris vous et moi, chers amis, dans son tourbillon ». Alexandre Pouchkine, Eugène Onéguine (Евгений Онегин), 1833.

Dame Eiffel partage désormais le ciel avec les dômes dorés de la cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité. Le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe surplombe les quais de Seine depuis son inauguration, à l’automne dernier. L’édifice, appelé de ses vœux par le Président russe Vladimir Poutine, comprend, en plus de son église, un centre culturel, une maison paroissiale et son auditorium, une école bilingue franco-russe, et les bureaux du service culturel de l’ambassade de Russie. En ce sens, il s’inscrit pleinement dans le processus de revalorisation de l’héritage russe entériné par le Kremlin à l’aube du 21ème siècle, et impliquant à la fois politique, culture et religion. Depuis la disparition de l’Union Soviétique en effet, les élites dirigeantes russes s’efforcent non seulement de forger une identité culturelle propre à leur pays, mais aussi d’en user comme levier d’influence et d’attraction à l’étranger.  Cette constitution d’un soft-power russe va de pair avec une opposition à l’Ouest toujours plus affirmée sous la présidence de Vladimir Poutine (1). C’est ainsi qu’au beau milieu du tumulte de la crise ukrainienne ont été divulguées les grandes lignes d’une nouvelle politique culturelle russe fondée sur les valeurs différenciant la Russie et l’Occident (2). Vladimir Medinski (3) d’ajouter, lors d’une interview au journal Kommersant : « La Russie sera peut-être l’un des derniers gardiens de la culture européenne, des valeurs chrétiennes et de la véritable civilisation européenne » (4).  Retour sur la construction d’une croisade, celle de la culture russe contre l’ivresse du monde.                                              Continuer de lire « La culture russe contre l’ivresse du monde »

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La Russie et les Occidentaux depuis 1991

Entre le 9 novembre 1989, qui voit le mur de Berlin céder, et le 25 décembre 1991, date qui marque la fin de l’URSS, l’ordre mondial structuré en deux blocs, figé par la Guerre froide pendant près de 45 ans, disparaît. Le bloc soviétique implose: d’une part, les pays satellites d’Europe de l’Est regagnent leur indépendance et d’autre part, l’Union soviétique se délite sous l’emprise de tensions politiques, économiques et sociales. Quinze Etats naissent, dont la Fédération de Russie et se rassemblent dans une nouvelle communauté, la CEI[1]. La Russie, héritière de l’Empire russe et de l’URSS, s’étend depuis 1991 sur plus de 17 millions de km2, de l’Europe à l’Extrême-Orient, et dispose d’importantes ressources naturelles ainsi que d’une population multiethnique mais vieillissante. Après la chute de l’URSS, la Russie se retrouve face à des défis colossaux : elle doit régénérer son économie, choisir un nouveau système politique, redéfinir son identité nationale et son positionnement international. Continuer de lire « La Russie et les Occidentaux depuis 1991 »

La Tchétchénie de Ramzan Kadyrov : Pivot du puzzle russe ?

La petite république autonome du Sud de la Fédération de Russie est devenue peu à peu un territoire clé de la politique internationale de Vladimir Poutine. Le président Kadyrov, dictateur excentrique d’hier, sert désormais le projet de rapprochement entre Moscou et les Etats sunnites du Moyen-Orient. Mais l’atout tchétchène pourrait bien devenir une épine dans le pied de Vladimir Poutine.
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Les médias en Russie et la réalité alternative

Syrie, Ukraine, vol de la Malaysia Airlines, voici quelques exemples de batailles de réalité entre les médias russes et les médias dits occidentaux. Dès lors que la Fédération de Russie est impliquée dans un événement international, il semble que le corps médiatique russe vive dans un monde différent du reste du monde. Pourtant, les journalistes russes font le même métier que les autres, ont accès aux mêmes informations et sont supposés avoir la même déontologie. S’il paraît facile de voir dans leurs affirmations le relai du discours officiel de Moscou, si nous avons le droit de questionner leur intégrité, il n’est pas possible d’affirmer ou d’infirmer un tel lien sans preuves.

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Il était une fois, une lueur à l’Est…

 

Au cours de la nuit du 6 et 7 novembre 1917, le croiseur Aurore, symbole de la Révolution, tire un coup de canon sur la Neva. Presque sans résistance de la part du gouvernement, le Palais d’hiver est occupé par les bolcheviques et le régime libéral de Kerenski doit capituler. Membre du parti socialiste révolutionnaire, Kerenski occupa d’abord des postes ministériels avant de devenir le chef du gouvernement de juillet à octobre. Après trois années de guerre qui n’ont cessé d’enfoncer le pays dans un marasme des plus profonds, l’insurrection d’Octobre n’a pas seulement remis en question le modèle impérial des siècles précédents ni le modèle plus libéral issu de la révolution de Février, elle a suscité de l’espoir. Un espoir immense, au même titre que la Révolution française. C’est « cette grande lueur venue de l’Est » comme le décrivait Romain Rolland. Un événement qui, au-delà des frontières, sous couvert d’un messianisme universel, devait libérer l’ensemble des travailleurs. A l’approche de son centenaire, que reste-il en Russie de cet événement qui a su faire la grandeur du pays mais qui a également conduit à sa décadence ? Continuer de lire « Il était une fois, une lueur à l’Est… »