Burundi : l’ultimatum de Nkurunziza expire

Aujourd’hui, l’ultimatum fixé par le président burundais Pierre Nkurunziza à ses opposants expire. Réélu en juillet,  Pierre Nkurunziza a remporté les élections présidentielles après une interprétation contestée de la Constitution burundaise

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La cérémonie d’investiture du président Pierre Nkurunziza pour un troisième mandat jugé inconstitutionnel, le 20 août 2015 à Bujumbura. © Gildas Ngingo / AP / SIPA

Depuis, le Burundi est agité par des troubles intérieurs caractérisés par des épisodes de violences sporadiques, des manifestations réprimées, des attentats comme celui qui a coûté la vie au bras droit du président, le général Nshimirimana, ou encore des assassinats comme le meurtre du militant des droits de l’homme, Pierre Claver Mbonimpa. Le climat de tension s’aggrave alors que le président Nkurunziza a lancé un ultimatum enjoignant ses opposants à déposer les armes.

Des observateurs alertent sur l’éthnicisation du conflit dans ce pays qui a connu de nombreux épisodes de guerres civiles entre la majorité hutue et la minorité tutsie. Les plus alarmistes annoncent même un risque d’un génocide.

Le dernier épisode de guerre civile dans les années 1990, presque simultanément avec le génocide rwandais, prend fin avec le long processus d’Arusha (1) et la fin de la transition marqué par l’élection de Nkurunziza.

« L’esprit d’Arusha » se fonde sur le principe du consensus et de la répartition du pouvoir. De ce fait, le gouvernement doit être composé de 60% de Hutus et de 40% de Tutsis. C’est aussi pourquoi les différents groupes rebelles ont été amalgamés au sein de l’armée nationale. Mais ce fragile équilibre repose surtout sur la confiance entre les différents acteurs politiques et le respect du principe d’alternance. Or, Nkurunziza a rompu l’équilibre en ne respectant par les accords d’Arusha qui précisent que « nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels ». Les accords d’Arusha n’étant pas contraignant juridiquement, Nkurunziza joue sur une interprétation de la constitution en estimant que son élection en 2005 par le Parlement et non par le suffrage populaire l’autorise à se représenter directement devant les électeurs.

  • Pour en savoir plus sur les origines de la crise politique et l’histoire récente du Burundi, lisez «  La paix au Burundi peut-elle survivre à la crise politique actuelle » d’Agathe Plauchut (doctorat en histoire contemporaine à Sciences Po Aix, chercheuse associée au CReA et au GRIP) publié dans Diplomatie Magazine n°76 de septembre-octobre 2015.

Nkurunziza rejoint ainsi ses nombreux homologues africains adeptes du « bidouillage constitutionnel », expression qui désigne cette manie des révisions ou interprétations constitutionnelles visant à prolonger le règne de chefs d’État parfois au pouvoir depuis plusieurs décennies. Or, certains dirigeants africains ont payé cher l’hubris: ils ont été évincés par des coups d’État (Mamadou Tandja au Niger en 2000), par la voie électorale (Abdoulaye Wade au Sénégal en 2012) ou sous la pression de la rue (Blaise Compaoré au Burkina Faso en 2014).

Aujourd’hui, c’est au Congo-Brazzaville que la tension est la plus forte avec la promulgation par le président Denis Sassou-Nguesso au pouvoir depuis plus de trois décennies, d’une révision de la Constitution qui lui permet de se présenter pour un troisième mandat.

  • Pour en savoir plus sur la situation Burundi depuis une perspective internationale, la position des États-Unis, de l’Union européenne, de la Chine, de la Russie et de l’Union africaine et les rivalités géopolitiques, lisez l’article de Cara Jones et Orion Donovan-Smith “How the West lost Burundi” disponible sur Foreign Policy.

(1) Entamé en 1998, signature d’un accord en 2000, paix séparé en 2003, fin de la transition en 2005.

Nicolas Sauvain

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