Splendeur et décadence de la Bulgarie, j’ai visité Pomorie ville au bord de la mer Noire

Difficile de rester insensible à la côte de la mer Noire, j’ai pu en apprécier toute la beauté lors d’un voyage en Bulgarie l’été dernier. Cette beauté est néanmoins menacée par la frénésie immobilière que j’ai pu constater à de nombreux endroits. Pomorie, station balnéaire de 13 000 habitants est un exemple parmi tant d’autres de ce que le pays, sa population et ses politiques sont en train de réaliser: sacrifier la côte sur « l’hôtel » de la rentabilité.

La question n’est pas ici de déconseiller un séjour dans ce Palavas bulgare et ses alentours (car Pomorie demeure plus intéressant que Palavas-les-Flots) mais bien de décrire un phénomène, de l’illustrer par le biais de photographies personnelles afin de soulever les questions politiques, environnementales et culturelles du développement récent de la ville.

Historiquement, Pomorie est une ville où la pêche a eu son mot à dire durant des siècles. Cette dernière en conserve évidemment des traces mais force est de constater cette activité se voit marginalisée au profit du tourisme aujourd’hui.

Ainsi les nouveaux bâtiments construits pour soutenir le développement du tourisme ont détruit la cohérence passée du lieu. Ces derniers, construits dans un but de rentabilité maximum obéissent à une logique du plus “d’étages = plus d’argent”. Un coup d’œil aux appellations révèlent la logique du tourisme de « Pomorie ». « Paradiso », « Sunny Bay », « Blue Bay Palace » ou encore « Hotel Viva Beach » sont des noms qui trahissent l’objectif idéologique du lieu à savoir « vendre du bon temps et du rêve à la classe moyenne russe et d’Europe de l’Est »

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Hall d’entrée d’un des nouveaux Hôtels de la ville

La logique de rentabilité est ainsi au coeur de chaque chambre qui par le biais de son balcon permettra aux touristes de profiter du soleil, de l’alcool local mastiqua, du Kebapci sauf si… l’ombre est hélas aussi au rendez vous. La logique du balcon pour tous (chacun a le droit à son bout de soleil et de rêve après tout) a ses limites et j’ai pu testé le balcon à l’ombre 24h sur 24. Certes un balcon à l’ombre ne constitue par un obstacle substantiel à l’apéro… mais cette erreur est pour moi révélatrice d’un fait architectural devenu la norme. Chaque chambre de chaque hôtel possède son balcon et ce au mépris du sens commun élémentaire ce qui illustre développement incohérent de la ville.

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Vue de mon balcon (à l’ombre)

En quelques années, tout un nouveau de quartier d’habitations a été érigé et les autorités, prises de vitesse, n’ont pas eu le temps d’y construire des routes goudronnées. À cette lenteur s’ajoute en outre une certaine inertie car de nombreux bâtiments restent à l’abandon.

 Un hôtel dont la construction a été abandonnée, un cinéma en plein air survivance d‘une époque communiste révolue ou d’autres routes sans asphalte trahissent les problèmes de gouvernance politique de la ville. La municipalité, trop pauvre, s’appuie sur les investissements privés pour soutenir la croissance de la ville et a mis sur la touche des parties entières de la ville. De l’autre côté, beaucoup d’appartements demeurent vides ce qui vient poser la question d’une bulle immobilière actuelle dans la ville.

Il serait cependant de mauvaise foi de dire que Pomorie n’est que modernité sans saveur car à côté d’un quartier communiste (qui fait partie malgré lui du patrimoine local) se dresse de nombreuses maisons qui témoigne du passé pêcheur de la ville. Difficile de voir un mouvement unique dans ces dernières car nombreuses ont été modifiées pour s’adapter aux touristes quand d’autres sont restées intactes. Il m’a été de nombreuses fois possibles d’observer des locaux dans leur jardin potager profitant de la vie et ce à l’abri de l’agitation saisonnière. Le Pomorie “authentique” survit mais jusqu’à quand ?

Arpenter la ville et ses différents quartiers témoigne de la présence de bicyclettes dans une ville devenue congestionnée par la voiture. Force est de constater que la petite reine se maintient sur un territoire qui lui est devenu hostile. Ce sont surtout les personnes âgées et les personnes transportant des marchandises qui l’utilisaient ce qui me fait croire que la voiture et la bicyclette sont devenues les étendards de la réussite individuelle. Quand « on en a les moyens », on utilisera sa voiture afin de faire des courses quand l’habitant modeste n’utilisera “que” sa bicyclette dotée d’une cage à fruit à l’arrière. Toujours se méfier des apparences cependant car le beauf ne se trouve pas forcément chez celui qu’on le croit. Le vieux pêcheur de Pomorie connaît mieux sa ville que le touriste russe ou bulgare et celui-ci sait très bien que la voiture demeure plus un poids qu’autre chose.

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« Mode Européenne » écrit sur la fenêtre du magasin

L’Europe, modèle actuel ?

 La Bulgarie a intégré l’Union Européenne en 2007 et en est fière. Les drapeaux bulgares comme européens sont exhibés avec fierté dans la rue comme dans les magasins. Il n’est donc pas forcément contradictoire de cumuler fierté nationale et appartenance à l’Union Européenne. Je fus témoin de discussions intéressantes, “non les Balkans c’était avant, aujourd’hui nous sommes européens” qui montrent l’efficacité du soft power européen. L’Union Européenne, symbole de prospérité par rapport aux époques ottomanes ou communistes ? d’un retour « mérité » au sein des nations occidentales ? Le pays faisant partie des Balkans, tout porte à croire que celui-ci cherche à s’éloigner de l’image négative véhiculée par sa région (« barbare ») pour endosser le costume de nation “civilisée”.

Là encore, Pomorie m’a permis d’en faire l’expérience. Que fut ma surprise en tant que fan de la région quand j’ai constaté que les gens ne buvaient pas de café turque mais du café espresso. L’espresso, symbole de l’occidentalise en réponse aux temps barbares de l’appartenance aux Balkans ? Plus sérieusement, la présence de machines espresso dans les rues m’a permis de pratiquer mon bulgare comme mon italien. En effet, la langue utilisée sur la machine était le bulgare quand la langue d’affichage des écrans était restée l’italien. Adopter les codes et l’apparence d’autrui n’a jamais signifié acquisition de pratiques culturelles à parts entières. Pauvreté et débrouillardise, telles sont les deux mots que j’utiliserai pour qualifier cette anecdote Nespresso. What else? Sinon que cet exemple me confirma que l’on était bien dans les Balkans, n’est pas occidental qui veut ; désir d’appartenance et réalité factuelle sont bien deux concepts extrêmement différents

Pomorie est une ville ou le beau, le laid comme le négligé se côtoient. Surtout, elle révèle les problèmes posés par la capitalisme sauvage, son acceptation primaire comme l’absence de société civile. Une photo résume bien l’impression dégagée par cette ville, celle d’un gâchis où incohérence, mauvais goût mais surtout cadre législatif inexistant contribuent au passage brutal d’une ville port de pêche à ville de tourisme de masse.

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Fabien Segnarbieux

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