Les Vatileaks : l’affaire qui éclabousse le Saint-Siège

Le plus petit Etat du monde s’engouffre depuis 2011 dans les méandres de la corruption et des délits financiers. Bien sûr, le phénomène n’est pas nouveau. Le Saint-Siège frissonne encore des déboires et excès de ses grands papes débauchés, de Jean XII à Alexandre VI pour ne citer qu’eux…

Cependant, cette affaire a pris une ampleur considérable autant dans la sphère des catholiques que celle des laïcs. Pourquoi ? Avec plus d’un milliard de catholiques dans le monde – plus ou moins pratiquants – on peut imaginer qu’un septième de la population mondiale se sente – de près ou de loin – touchée par les scandales qui entachent son représentant et son intendance. Au -delà de la dimension religieuse, le pape possède une portée diplomatique non négligeable – accueilli et écouté partout dans le monde.

Pour en savoir plus sur la diplomatie du Vatican : cliquer ici

Basilique Saint Pierre de Rome

Vatileaks : round 1

Tout commence en 2011. Depuis 2005, Benoît XVI (Joseph Aloisius Ratzinger) est pape des Catholiques. Le 7 février 2011, il approuve le transfert de nouvelles responsabilités au numéro deux du Saint-Siège, le Cardinal Bertone, alors Secrétaire d’Etat du Vatican. Désormais, il est le détenteur d’un pouvoir de coordination de tous les dicastères, c’est-à-dire qu’en dehors des normes canoniques, toutes les décisions prises devront être approuvées par lui. Jamais auparavant un Secrétaire d’Etat n’a eu autant de pouvoir entre ses mains. Il es devenu le véritable gestionnaire de l’Etat catholique.

En septembre 2011, le Cardinal Bertone reçoit une lettre de menace de mort anonyme. Quelques mois plus tard, la télévision italienne diffuse un reportage sur l’exécutif de l’Eglise. Une lettre de l’ancien Secrétaire d’Etat est dévoilée, elle s’adresse au pape et l’invite à mettre de l’ordre dans l’exécutif du Saint-Siège, elle accuse notamment le cardinal Bertone d’être impliqué dans des affaires de détournement d’argent.

C’est le début des fuites dans la presse italienne :
-en janvier, celle-ci révèle que quatre prêtres italiens auraient blanchi des sommes d’argent importantes via l’Institut pour les Oeuvres de Religion (IOR).
-en février, le quotidien Il Fatto Quotidiano annonce qu’un document secret écrit en allemand a été trouvé. Dans ce dernier, il est expliqué que le Pape Benoît XVI serait assassiné dans les prochains mois.

Une commission d’enquête est alors créée pour trouver l’origine des fuites. Parallèlement, le Pape veut mettre en place des mesures de transparences financières pour redorer l’image de l’IOR.
Le 25 mai 2012, le majordome du Pape, Paolo Gabriele, est arrêté, accusé d’être l’un des fournisseurs des documents confidentiels remis à la presse. Il se justifie en disant : « J’étais convaincu qu’un choc, même médiatique, aurait pu être salutaire pour remettre l’Eglise sur les bons rails. » Au même moment, des documents ultra-confidentiels et des correspondances sont dévoilées dans un livre : Dossiers secrets de Sa Sainteté Benoît XVI, du journaliste Gianluigi Nuzzi.

Chronologie complète du Vatileaks I : cliquer ici

Eprouvé par ces scandales à répétition et « une vigueur qu’il dit s’être amoindrie ces derniers mois », le pontife renonce en février 2013 à ses fonctions.

Vatileaks : round 2

A l’issue du conclave, c’est le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio qui est élu évêque de Rome et pape de l’Eglise catholique sous le nom de François. Réformer le Saint Siège lui apparaît comme une priorité, notamment par l’éclaircissement des comptes financiers du Vatican.

Toutefois la tourmente continue. En novembre 2015, un prélat espagnol et une experte en marketing et communication sont arrêtés pour avoir divulgué des documents confidentiels. Parallèlement à ces arrestations, deux livres sont publiés, ils dénoncent « le détournement de fonds destinés aux pauvres ainsi que le train de vie luxueux des cardinaux ». Selon Emiliano Fittipaldi, auteur d’Avarice paru le 5 novembre, 400 millions d’euros auraient été détournés pour financer les besoins de la Curie (comme pour rénover l’appartement de 700m2 du cardinal Bertone).

Quelle est l’intention de ces informateurs et journalistes ?
Le Vatican dans un communiqué explique que « comme déjà dans le passé, il s’agit d’une grave trahison de la confiance accordée par le pape », et que « des publications de ce genre ne concourent en aucune façon à établir la clarté, mais plutôt à générer la confusion et des interprétations partielles et tendancieuses ».

Comme le rapporte l’Express, « pour certains, c’est la volonté d’aider le pape qui prédomine, en révélant ainsi les frasques de cardinaux italiens, volontiers associés à l’ancien Vatican que Jorge Bergoglio – le pape François – veut voir disparaître. Mais pour d’autres, c’est aussi l’esprit de vengeance, particulièrement en ce qui concerne Mgr Vallejo – le prélat espagnol accusé – , un moment pressenti pour un poste de responsabilité dans les institutions financières. »

Un second round, qui n’en serait finalement pas un ? C’est l’idée que suggère un article du Guardian, publié le 6 novembre 2015. L’article dénonce l’effet contreproductif de ce genre de publications. Les deux ouvrages parus alimentent l’incompréhension autour de l’affaire des Vatileaks alors qu’ils semblent mus par une volonté de transparence. En paraissant trois ans après la première affaire, ils ternissent l’image de renouveau souhaité par le nouveau pontife, en remuant des scandales qui ont déjà été dénoncés et condamnés par le Pape lors de son intronisation… Ils disent vouloir aider le Pape, mais le desservent.

Alors, véritable philanthropie et déontologie journalistique ou bien logique commerciale pour accroître leurs profits car les scandales, c’est bien connu, font vendre ?

Classe Internationale

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