Vers une « ubérisation » de l’économie mondiale ?

Au cours de l’été 2015, l’explosion du phénomène Uber, service de voiture avec chauffeur en ligne proposé par des particuliers, et le conflit qui les a opposé aux compagnies de taxis, en particulier en France, ont fait apparaître ce nouveau terme d’ « ubérisation ».  Mais on ne sait pas toujours ce qu’il définit ni ce qu’il implique.

Source : http://www.mbamci.com/uberisation-se-faire-uberiser/
Source : http://www.mbamci.com/uberisation-se-faire-uberiser/

Parler d’ « ubérisation » de l’économie, qu’est-ce que ça veut dire ?

L’ « ubérisation » désigne le phénomène d’offre croissante de service par des non-professionnels à des particuliers, via une surface d’échange en ligne. Le premier à avoir sauté le pas, c’est la plate-forme Uber, avec des chauffeurs qui proposent leurs services contre une rémunération. On compte parmi les autres services “ubérisés”, AirBNB, qui propose la location d’un appartement pour une courte durée.

Pourquoi ce phénomène a-t-il autant de succès ?

D’un point de vue économique, ce genre de plate-forme permet de réduire les coûts fixes pesant sur le prix des services proposés de façon drastique. En effet, le support exclusivement numérique permet de limiter les dépenses d’infrastructure. De plus, le caractère contractuel et non-salarié de l’activité des personnes proposant leurs services implique un coût du travail entièrement supporté par celui qui commande le service, en l’absence de coûts liés à la protection sociale ou à l’établissement d’un contrat de travail.

Consommateurs et plates-formes y gagnent grâce à un prix bien inférieur à celui des entreprises conventionnelles

Quant à ceux qui proposent les services, on observe deux profils. Tout d’abord, il y a ceux qui utilisent ces plates-formes comme source de revenus secondaires. Cette absence d’engagement permet au prestataire de générer un revenu net palpable, sur lequel l’État n’a aucun droit, et sans aucune obligation envers les plates-formes. Cela fait écho à des valeurs de liberté et d’opportunité particulièrement appréciées par ces particuliers. Ensuite, il y a ceux qui utilisent ces plates-formes pour générer un revenu primaire, dont le nombre est de plus en plus important. En effet, ce qui semble attirer, c’est la possibilité d’échapper au contrôle de l’État pour pouvoir travailler autant que l’on veut, tout en ignorant les lois sur la durée légale du travail par exemple.

Un phénomène qui s’inscrit dans la mondialisation actuelle

En effet, cette « ubérisation » s’inscrit dans la tendance globale de l’économie mondiale vers la dérégulation et la numérisation.

Aujourd’hui, 46,4 % de la population mondiale a accès à internet, soit plus de huit fois plus qu’en 2000. Les entreprises « ubérisées » ont souvent une activité au rayonnement international, comme Amazon avec l’édition de livres numériques par les internautes, AirBNB ou encore Uber. Et ces sites sont de plus en plus présents sur les marchés des pays émergents.

De plus, le faible contrôle exercé sur les activités internet par le droit entre dans la logique de dérégulation qui guide l’économie mondiale depuis les années 1980.

Une « ubérisation » viable et durable ?

La mobilité et l’autonomie du travail induites par l’ « ubérisation » ramènent l’économie au plus proche des hypothèses du libéralisme proposé par Adam Smith au XVIIème siècle. En théorie, cela permettrait un équilibre économique viable.

Néanmoins ce phénomène pose un grand nombre de problèmes d’ordre social. En effet, les particuliers proposant leurs services ne sont pas couverts par les droits du travail, ils ne cotisent pas pour une couverture sociale, ni pour le système de retraite. Ils ne sont pas considérés comme des professionnels, même s’ils peuvent vivre de cette activité. Il peuvent dépasser le nombre d’heures légales de travail par semaine, sans bénéficier d’une quelconque sécurité ni de garanties dans leur emploi. Ils se mettent hors de portée de l’État providence, entraînant un grand risque de paupérisation de ces travailleurs vulnérables aux aléas économiques.

De plus, cela pose des problèmes juridiques. En effet, n’étant ni soumis à la TVA, ni à la taxe professionnelle, ni aux normes en terme d’hygiène ou de qualification auxquels les entreprises conventionnelles doivent se conformer, les activités « ubérisées » constituent une forme de concurrence déloyale, mettant en danger les activités conventionnelles, pourtant indispensables. En effet, ce phénomène tend à accentuer les effets de la fracture numérique mondiale, privant ceux qui ne bénéficient pas d’un réseau internet, notamment plus de 70% de la population africaine, d’un certain nombre de services. L’accélération de la progression de ces modes de consommation relègue les oubliés de la mondialisation à une position encore plus marginale.

En l’état, l’ « ubérisation » ne semble pas viable. Néanmoins, il est évident que la force de la demande pour ce genre de services va pousser les gouvernements et les entreprises à trouver des solutions. Les partisans du phénomène mettent en avant ses effets positifs : cela oblige toutes les entreprises à proposer des biens et services de meilleure qualité et/ou à un meilleur prix. De plus, comme le montre le site de l’Observatoire de l’Ubérisation en France, des initiatives pour rendre l’ubérisation viable sur le long terme existent déjà. Elles visent à répondre, en collaboration avec les pouvoirs publics, aux problèmes qui se posent en matière sociale, fiscale et juridique.

L’ « ubérisation » de l’économie mondiale semble donc être un phénomène bien réel, qui s’inscrit dans des logiques économiques mondiales et qui sera incontournable dans un futur de plus en plus numérisé. Mais devant les risques qu’elle présente, la controverse de ces derniers mois semble justifiée, et les gouvernements de tous les pays du monde vont devoir trouver une façon de rendre ce mode de consommation durable et juste.

Sources :

http://www.lemonde.fr/economie/video/2015/12/17/l-uberisation-est-elle-une-chance-pour-l-economie_4834014_3234.html

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/06/26/de-quoi-l-uberisation-est-elle-le-nom_4662261_4355770.html

http://www.monde-diplomatique.fr/2015/09/MOROZOV/53676

http://www.uberisation.org

http://www.internetworldstats.com/stats.htm

Rémy Gendraud

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