Retour sur les évènements de Charlotte

Le mardi 20 septembre, à Charlotte, capitale de la Caroline du Nord sur la côte ouest des Etats-Unis, un homme de 43 ans est abattu par la police, il est afro-américain, son nom est Keith Lamont Scott. La scène, filmée par la femme de la victime, demeure encore aujourd’hui assez floue et les interprétations sont extrêmement divergentes. Mais, quatre jours après qu’un autre homme afro-américain a été abattu par des policiers, à Tulsa, Oklahoma, les tensions sont exacerbées.

Crédit : Sean Rayford - Getty Image
Crédit : Sean Rayford – Getty Image

Très rapidement, des collectifs se mettent en place pour organiser une manifestation, il a une semaine, le 23 septembre. Encore aujourd’hui, les manifestants sont toujours mobilisés, pour faire peser la vie des afro-américains dans le débats, avec au coeur de cette action le mouvement très médiatisé à la suite d’un événement similaire à Ferguson, Missouri, en août 2014, Black Lives Matter.

L’indignation venait principalement de l’impunité des policiers qui avaient abattu un jeune homme non-armé sans être inquiétés à la suite de l’incident. Entre juillet 2014 et juillet 2016, on dénombre neuf cas similaires de personnes afro-américaines abattues par la police alors qu’elles n’étaient pas armées.

Mais à Charlotte, les événements ont pris une proportion que personne n’avait prévu : les manifestations, les occupations de lieux publics, les émeutes et les affrontements avec la police, la déclaration d’un couvre-feu et de l’état d’urgence ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. C’est surtout la première fois depuis Ferguson que la question prend autant de place dans l’espace médiatique, et tout simplement, que l’enjeu est réellement traité par les médias et la classe politiques, qui ne cherchent plus à déterminer si il y a un problème mais comment apaiser des tensions inter-raciales, inter-communautaires, en pleine campagne présidentielle où les minorités sont un enjeu électoral majeur.

La mobilisation de personnes privées comme d’associations et de collectifs sur les réseaux sociaux a été sans précédent, avec le témoignage notamment d’une petite fille, Zianna Oliphant, qui est devenu viral. La voix sanglotante d’une fillette qui évoque sa peine et sa peur a fait écho dans la chambre du conseil municipal occupée par les manifestants, mais  aussi dans toute la sphère internet : près de 300 000 partages sur Facebook depuis mardi.

Pourquoi ces événements ont-ils une telle répercussion ? Une des réponses les plus évidentes c’est l’accumulation : trois hommes afro-américains non-armés ont été abattus par la police, à Tulsa, Chicago et Charlotte, en l’espace d’une semaine. Mais le fait que les événements ont eu lieu à Charlotte compte beaucoup. Ville prospère d’environ 800 000 habitants, la capitale de la Caroline du Nord a été désignée par U.S. News et World Reports comme l’une des villes les plus agréables à vivre aux Etats-Unis. S’il y existe de la ségrégation et des inégalités comme dans toute ville américaine, son taux de criminalité demeure bas, la ville ne connaît pas de problème de gang et représente dans l’imaginaire collectif une ville moyenne tranquille et sûre. Le choc a donc été d’autant plus grand. Dans cette ville du sud avec une forte communauté afro-américaine, la mobilisation a été immédiate car le sentiment d’injustice était d’autant plus fort que le crime n’est pas quelque chose d’ordinaire.

Mais ces évènements ont aussi remis la lumière sur un mouvement, Black Lives Matter, avec son lot de soutiens mais aussi de critiques. En effet, un certain nombre d’acteurs politiques ont déploré l’intérêt considéré comme communautariste du mouvement, l’idée que seules les Black Lives mériteraient qu’on se batte pour elles.  Le mouvement a été qualifié de raciste et d’agitateur. En effet, encore aujourd’hui personne ne sait si Keith Lamont Scott était armé. Ceux qui le pensent accusent donc le mouvement d’utiliser de faux prétextes et de ne pas vraiment s’intéresser au fait pour créer de la tension, de l’agitation et de la violence.

La réponse du mouvement à la première accusation est assez simple : dans un pays où les afro-américains sont 12,5% mais représentent plus de 30% des victimes par balle de la police, et où plus de la moitié des hommes afro-américain sont, ont été et seront soumis à une peine de prison, leur revendication est que les vies de ces personnes aient la même valeur que les autres, et donc que leur traitement soit égal, contrairement à ce que suggèrent ces chiffres.

La guerre de communication qui a lieu entre manifestants et leurs opposants devra attendre les conclusions de l’enquête en cours pour connaître un arbitrage, bien que les faits ne soient pas forcément au coeur des préoccupations de belligérants qui ont d’ores et déjà condamné leurs adversaires.

Sources :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/09/24/etats-unis-la-ville-de-charlotte-toujours-a-vif-apres-la-mort-d-un-noir-tue-par-la-police_5002805_3222.html

http://www.lefigaro.fr/international/2016/07/08/01003-20160708ARTFIG00130-la-liste-macabre-des-noirs-abattus-par-la-police-americaine-ne-cesse-de-s-allonger.php

http://abcnews.go.com/US/young-girls-emotional-council-speech-laments-shame-fatal/story?id=42389939

http://www.nbcnews.com/news/nbcblk/oped-charlotte-burning-waking-american-dream-finally-n651926

Rémy Gendraud

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