Analyse des résultats de l’élection présidentielle américaine par Franz-Olivier Giesbert

Quelques heures seulement après l’annonce de la victoire de Donald Trump, Franz-Olivier Giesbert, journaliste et écrivain franco-américain, éditorialiste pour Le Point, confiait ses premières analyses sur le résultat mais aussi sur le déroulement de la campagne électorale américaine. Il s’agissait de la dix-huitième conférence-débat organisée par la Plume de Céryx, groupe de réflexion créé en 2015 et désormais partenaire de Classe Internationale.

Donald Trump, 45ème président élu des Etats-Unis
       Donald Trump, 45ème président élu des Etats-Unis

Franz-Olivier Giesberg n’a pas vu venir le phénomène Trump, mais après tout il faut admettre qu’il n’avait pas d’opposition sérieuse au sein des Républicains, ce qui lui a au moins permis de remporter la primaire. Ted Cruz est un « extrémiste, légèrement abruti ». Marco Rubio, un arriviste. Jeb Bush semblait tétanisé, avec une attitude de perdant, et n’a été capable que de lever des fonds et de s’appuyer sur le soutien de sa famille. Ben Carson aurait pu faire un bon candidat, charismatique, mais il n’avait aucune expérience politique. Certes, Trump semblait dire n’importe quoi, mais il a trouvé le bon angle d’attaque : s’en prendre au système et à ceux qui auraient ruiné la classe moyenne blanche : la mondialisation, Wall Street, … Il a su mélanger des idées de gauche et de droite. Son discours est une « escroquerie intellectuelle », il n’est pas pragmatique mais opportuniste, avançant des idées puis se rétractant en fonction de ce qui pourra le faire élire. Il a ainsi annoncé être contre l’avortement, déclarant même qu’il allait punir les femmes qui avorteraient, pour finalement abandonner cette idée. La peur des classes moyennes était effectivement un bon fonds de commerce pour Donald Trump : la moitié des Américains ont vu leur niveau de vie baisser fortement suite à la crise économique de 2007 et beaucoup n’ont jamais retrouvé la situation qu’ils avaient à l’époque. De même, la croissance économique est repartie mais n’a pas bénéficié aux classes populaires qui voient toujours leur pouvoir d’achat s’effondrer. Outre les populations blanches se sentant déclassées, Trump a aussi su convaincre une partie de l’électorat latino-américain, les anciens immigrés depuis longtemps installés ne tenant pas forcément à voir arriver de nouveaux expatriés. Au-delà de ses discours, il reste une ultime preuve de l’opportunisme de Donald Trump : il était jusqu’à récemment démocrate, et même ami des Clinton, invités à son mariage.

Le contexte était aussi favorable à Trump en raison des errances du Parti démocrate. Hillary Clinton n’est pas connue pour son humilité et n’inspire pas confiance. Outre l’affaire des e-mails remontant à son mandat de secrétaire d’Etat (2009-2013), sa fondation est alimentée par le Qatar qui aurait d’ailleurs en partie financé le mariage de sa fille. Surnommée « Hillary la crapule » par son adversaire, elle n’était pas très aimée des Américains avant le début de la campagne. Cependant, Bernie Sanders n’aurait pas été un adversaire sérieux, notamment en raison de son manque total de charisme. De son côté, Barack Obama est toujours très populaire, avec  54% d’opinions favorables. Cependant, en tant que président, il n’a rien fait depuis 4 ans. Certes, il était régulièrement bloqué par un Congrès majoritairement républicain, mais même sa politique étrangère est catastrophique. La réouverture de relations diplomatiques avec Cuba reste critiquée tout comme l’accord sur le nucléaire iranien. Obama a également perdu l’allié traditionnel qu’était l’Egypte à la suite des Printemps arabes, et s’est fait manipuler par la Turquie sur le dossier syrien, Erdogan ayant surtout utilisé l’aide américaine pour lutter contre les kurdes. En conséquence, même des bastions démocrates tels que la Pennsylvanie ont majoritairement voté pour le candidat républicain.

D’une certaine façon, Donald Trump a aussi été avantagé par le système électoral américain. Tout d’abord,  le suffrage indirect lui a permis d’être élu en obtenant plus de grands électeurs que Hillary Clinton qui est en tête des suffrages au nombre de voix. Rappelant le scénario des élections de 2000 opposant G.W. Bush à Al Gore, la candidate démocrate l’aurait emporté au suffrage direct, avec plus de 200 000 voix d’avance. Sur ce point, il est cependant important de ne pas analyser ce résultat à travers un prisme français et d’accepter qu’aux Etats-Unis ce sont les Etats qui choisissent le président et non les Américains. Ces derniers ne remettent d’ailleurs pas en cause le découpage électoral d’une fédération constituée d’Etats tenant fortement à leurs spécificités.  Mais la réalité des campagnes électorales américaines a également aidé Trump avant même le début des primaires républicaines, en éliminant de nombreux adversaires potentiels. En effet, devant la violence des campagnes, se transformant en véritables parties de « tir aux pigeons » et au cours desquelles de nombreuses révélations peuvent émerger, nombreux sont les candidats potentiels qui décident de renoncer, biaisant ainsi en partie le jeu démocratique.

Les médias sont également en partie responsables de l’issue de ces élections. Ces derniers présentaient Hillary Clinton comme une sainte, tout en sombrant dans l’hystérie autour du candidat atypique. Les Américains se rendaient bien compte que tout n’était pas aussi simple. Les médias ont ainsi aidé Trump dans sa stratégie de victimisation, lui permettant de démontrer qu’il faisait l’objet d’une hostilité permanente de la part de l’establishment.  Leur erreur a surtout été de ne jamais lui donner la parole, ce qui aurait permis de mettre en lumière les carences de son programme.

Sur la forme, Donald Trump peut faire penser à Hugo Chavez, président vénézuélien de 1999 à 2013, ou à Fidel Castro. Comme eux, le président élu peut faire de très grands discours et parler pendant des heures de protectionnisme, de mondialisation, pointer du doigt les ennemis du pays… sans jamais préparer un meeting. Au final, il se contente de raconter toujours les mêmes choses, enchaînant les banalités au cours de discours interminables. « On dirait un huissier à un mariage ».

L’une des principales craintes concernant la personnalité de Trump reste donc son manque de préparation. Il ne planifie rien, donc il y a fort à parier qu’il n’ait pas de plan pour la mise en place de sa politique.  Il croit toujours qu’il va s’en sortir, et fait confiance à son instinct. Il improvise. Or, en général, si un président peut changer la donne, il le fait au cours des cents premiers jours de son mandat. Par conséquent, si Trump n’a rien prévu pour les appliquer, se contentant de défendre les grandes lignes de son programme, il risque d’avoir beaucoup de mal à respecter ses engagements de campagne. S’il devait parier sur l’avenir de la présidence Trump, Franz-Olivier Giesbert dirait que ce dernier se limitera à quelques grandes mesures symboliques avant de se contenter de faire des apparitions et de grands discours « à la Chavez ».  Les rares engagements qu’il tentera de respecter sont très probablement la suppression de l’Obamacare, la restriction des relations commerciales avec la Chine (ce qui pourrait bénéficier à la France) voire la construction d’un mur de séparation avec le Mexique tant il est attendu au tournant sur cette question.

Certains pourraient le comparer à Ronald Reagan, un acteur qui n’avait pas d’expérience politique et qui a été président des Etats-Unis entre 1980 et 1988. Mais à la différence de Donald Trump, Reagan était un homme modeste, réfléchi, structuré et rationnel. Franz-Olivier Giesbert cite alors un épisode de la fin de la Guerre froide, une réunion entre Reagan et Gorbatchev, alors premier secrétaire du parti communiste soviétique. Au cours de cette rencontre, Reagan, bien que sachant que l’URSS était sur le point de s’effondrer après avoir tenté de concurrencer le programme américain surnommé « Guerre des étoiles », a préféré tendre la main à son homologue et lui proposer de conclure le traité sur le désarmement. Une telle réaction mesurée ne se retrouvera peut-être pas chez Trump.

Paul Ryan, président républicain de la Chambre des représentants et nouvel homme fort du pays ?
  Paul Ryan, président républicain de la Chambre des représentants et nouvel homme fort du pays ?

Néanmoins, s’il continue de prendre des décisions de façon impulsive, il est probable qu’il se fasse rapidement rattraper par le système institutionnel, constitué de garde-fous pouvant bloquer ses initiatives. Il devra en effet obtenir l’aval du Sénat et de la Chambre des représentants pour faire valider ses décisions. Or, bien que majoritairement républicains, nombreux sont les membres du Congrès ayant affiché leur hostilité vis-à-vis de Donald Trump. Ainsi, Paul Ryan, Président de la Chambre des représentants et deuxième personnage d’Etat après le président, est un républicain modéré qui n’a pas hésité à le critiquer fortement au cours de sa campagne. A l’inverse de Trump, Paul Ryan est plus rationnel et structuré dans ses idées et aurait eu des chances d’être élu s’il s’était présenté aux élections. Il pourrait donc au final avoir un rôle plus important que Donald Trump si les républicains décident de s’unir face à ses réformes.

En conclusion, la victoire de Donald Trump ne peut être résumée au seul mécontentement de la classe moyenne blanche. A priori, il risque de faire face à de nombreuses difficultés pour rester fidèle à ses engagements, mais sa présidence reste source de nombreuses inquiétudes tant il est imprévisible, impulsif et irrationnel dans ses propos.

Camille Savelli

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