Les relations anglo-irlandaises : du Royaume d’Irlande à la République

Les relations anglo-irlandaises : du Royaume d’Irlande à la République

Depuis l’instauration du Royaume d’Irlande au XXIIème siècle à la proclamation de la République d’Irlande en 1948, les relations anglo-irlandaises ont été lourdes de tensions ; pendant l’occupation pluriséculaire de l’Irlande, l’Angleterre s’emploie à contrôler l’île d’émeraude à travers diverses mesures, dont la spoliation des terres en territoire rebelle et la mise au banc de l’héritage gaélique du pays. L’histoire des relations entre les deux pays montre que celles-ci ont longtemps été celles d’une colonie et d’une métropole. En effet, les velléités d’indépendance, et même d’autonomie, tendent à être de plus en plus réprimées jusqu’au XIXème siècle, où les libéraux et les députés irlandais amènent la question de l’auto-gouvernement (Home Rule) à Westminster. Celui-ci doit être mis en oeuvre après la Première guerre mondiale, mais laisse rapidement place à l’État Libre d’Irlande. Après la Deuxième guerre mondiale, l’Irlande acquiert son indépendance totale ; les derniers pouvoirs qu’avaient le Roi lui sont retirés. 

Après les négociations houleuses entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne quant à la frontière entre Ulster et Eire, les élections législatives de 2020 ont de nouveau ramené la question — et pour certains, le spectre — d’une réunification des deux Irlande sur le devant de la scène politique. Face à la poussée fulgurante du parti nationaliste Sinn Féin, le Fianna Fáil et le Fine Gael, les deux grands partis irlandais, se sont en effet entendus sur la formation d’une coalition, malgré les divergences sur lesquelles ils se sont opposés depuis leur fondation. Au vu du retour de ces thématiques sur le devant de la scène médiatique, il s’agira de faire un bref état de l’histoire des relations entre le Royaume-Uni et l’Irlande à travers le prisme des mouvements pour et contre l’indépendance de cette dernière. 

Du Royaume d’Irlande au Royaume-Uni : 1542-1801

Après la conquête de l’Irlande, qui débuta à la fin du XIIème siècle, le pape Adrien IV (d’origine anglaise) reconnait à l’Angleterre un droit féodal sur le Royaume d’Irlande dans la bulle Laudabiliter. Puisque l’Irlande demeure une possession papale, Henri VIII, excommunié en 1533, obtient du Parlement de Dublin qu’il le proclame Roi d’Irlande. Il est à noter que la domination anglaise et l’immigration de colons protestants mènent progressivement à l’exclusion des catholiques, qui, pendant longtemps, ne peuvent participer à la vie politique (loi de Poyning – 1494), tandis que leurs terres sont confisquées au profit des immigrants britanniques. De même, le droit et les coutumes britanniques s’imposent progressivement : en atteste la fondation de Trinity College, l’université dublinoise que la reine Elizabeth Ière destinait à l’intelligentsia anglicane. 

Lors de la répression des révoltes royalistes et confédérées en Irlande, les exactions de Cromwell[1], puis les mesures de déportation et de confiscation des terres qu’il adopte, contribuent à l’approfondissement des clivages entre protestants et catholiques. Dans le même temps, la brève campagne qu’il mène en Irlande permet à l’Angleterre d’avoir sur l’île un contrôle jusqu’alors inégalé. Ainsi, entre la fin du XVIIème et les premières années du XVIIIème siècle, le Parlement de Dublin, contrôlé par la minorité protestante qui se considère anglaise, écarte de plus en plus les catholiques et autres minorités religieuses du pouvoir. 

Tout au long du XVIIIème, Londres s’emploie à faire entrer l’Irlande dans le giron britannique, avec, par exemple, une loi qui rappelle son droit à légiférer sur l’île. Jusque dans les années 1760, le calme règne, malgré quelques insurrections jacobites écossaises, qui n’eurent, par ailleurs, qu’un impact restreint. Tout change avec la guerre d’indépendance qui oppose les États-Unis à l’Angleterre (1775-1783), et qui plonge l’Irlande, dépendante des exportations américaines, dans une crise économique aiguë. Les revendications politiques qui demandent plus d’autonomie émergent à nouveau : on peut ainsi mentionner les United Volunteers (une milice locale) de Henry Grattan[2], qui réclament l’égalité de droits économiques et l’indépendance législative du parlement irlandais. La couronne d’Angleterre prend des mesures visant à calmer l’agitation : les catholiques peuvent à nouveau posséder des terres, le clergé catholique n’est plus frappé d’exil, la liberté de commerce est établie et le Parlement de Dublin récupère ses compétences législatives. Tout cela divisent les catholiques et protestants d’Irlande ; ces derniers, pour beaucoup, refusent que soient accordés aux premiers des droits identiques aux leurs, et exercent leur influence une fois que ceux-ci ont obtenu le droit de vote (1783) pour que leur soit refusé l’éligibilité en sus, par exemple.

  C’est à cette époque que, pour la première fois, la notion d’Irlandais est définie sans être subsumée aux partitions religieuses par la société des Irlandais Unis (Society of United Irishmen), une organisation dont l’orientation politique est inspirée par les valeurs de la France révolutionnaire. Une insurrection éclate (mai 1798) une fois le soutien de la France assuré mais n’aboutit qu’à une vague de répression. En effet, en réaction, et pour empêcher qu’éclate une nouvelle révolution, l’Acte d’Union, préparé par William Pitt[3], s’applique dés janvier 1801 : il prévoit qu’en échange d’une représentation irlandaise (22 pairs et 95 députés) au Parlement britannique serait supprimé le Parlement de Dublin, et crée le « Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande ».  Dés le début des années 1790, Pitt estime que la question irlandaise ne serait résolue que par l’Union de l’Angleterre et de l’Irlande ; toutefois, l’Act of Union final ne contient pas les mesures qui auraient permis l’émancipation des catholiques, faute du soutien du roi et d’une part importante de l’opinion. Ainsi, il ne répond pas à la question des clivages religieux qui divisent l’Irlande, et c’est au Parlement britannique que, tout au long du XIXème, les nationalistes irlandais pourront exprimer leurs revendications. 

Vers le Home Rule

  Si les premières décennies du XIXème siècle sont marquées par une série de lois visant à améliorer la situation irlandaise (réforme du système électoral, réorganisation de la justice, loi des pauvres (Poor law)), elles sont aussi le début de l’émancipation des catholiques et Daniel O’Connell avait créé l’Association catholique en 1823, et ses revendications pour l’émancipation catholique gagnent progressivement l’opinion publique irlandaise. En 1828, il est élu député à la Chambre des Communes, mais refuse de prêter serment du fait de l’incompatibilité de celui-ci avec la religion catholique. Face à la possibilité d’une guerre civile, le duc de Wellington, alors Premier ministre, soutient la campagne d’O’Connell pour l’émancipation des catholiques irlandais et fait passer à Westminster le Catholic Relief Act (1829), un ensemble de compromis qui mettent fin aux Test Acts (1673 – ils interdisent l’accès à l’emploi public aux non-anglicans) et aux dernières Penal Laws (censées convaincre les catholiques et les dissidents de se convertir au protestantisme par l’exercice de pressions économiques et sociales). Au cours des années suivantes, O’Connell dirige un mouvement qui réclame l’abolition de l’Union et culmine en 1843 avec l’échec d’une campagne abolitionniste. 

  Le nationalisme irlandais renait dans les années qui suivent la famine de 1846 (An Gorta Mór), qui a fait 800 000 morts et presque autant d’émigrants, sans que Westminster prenne la moindre mesure significative. Entre 1845 et 1855, la population tombe de 8,3 millions à 6 millions. Le mouvement pour l’abolition de l’Union se radicalise. En 1848, Young Ireland, influencée par O’Connell, tente de lancer une insurrection, qui est étouffée dans l’oeuf. En 1850, Duffy[4] crée la Ligue des droits du Tenancier, et le programme dit des « Trois F » : fair rent, free sale, fixity of tenure, tandis que la Fraternité républicaine irlandaise, créée en 1858 (une des organisations dont les membres sont appelés les Fenians), demande une république indépendante de Londres. Très vite, les actes violents et les attaques de casernes comme de prisons se multiplient. On compte ainsi, notamment, l’épisode des « Martyrs de Manchester » (1867) : à Manchester, des policiers anglais sont tués lors d’une attaque des Fenians pour libérer des prisonniers politiques irlandais. Les coupables sont exécutés et entrent dans le folklore irlandais comme martyrs pour la cause nationale. La Fraternité organise la même année des soulèvements dans plusieurs grandes villes. Pour faire baisser les tensions, William Gladstone[5], Premier ministre libéral, promulgue plusieurs lois, tout particulièrement sur la séparation de l’Église anglicane et de l’État et la suppression de la dîme (1869) — effaçant ainsi une humiliation symbolique —, et sur l’accord d’indemnisations (1870) aux tenanciers en cas d’expulsion arbitraire.  

@Wikipedia William Gladstone

  En parallèle à ces concessions, les députés irlandais sont de plus en plus actifs au Parlement du fait du développement du mouvement pour l’auto-gouvernement (Home Rule) : fondée en 1873, l’Irish Home Rule League d’Isaac Butt[6] réclame la recréation d’organes politiques irlandais. À partir de 1874, année marquée par la victoire des conservateurs, les députés irlandais pratiquent l’obstruction parlementaire — que rend possible le droit de tenir un propos sans interruption — et empêchent qu’avance le travail parlementaire. Cette pratique est mise au banc une fois votée la loi Guillotine (1884), qui limite le temps de parole. 

Au début des années 1880 éclate une guerre agraire, qui est le fait de Michael Davitt — créateur de la Ligue agraire nationale irlandaise que préside Charles Parnell[7] — : il appelle au boycott de ceux qui prennent à bail les fermes dont d’autres ont été expulsés. Les agitations ne font que croitre dans les années qui suivent : l’hiver qui coure de 1881 à 1882 voit naître la grève des fermages ; le bétail est mutilé, les fermes incendiées, des propriétaires terriens assassinés. Le deuxième gouvernement de Gladstone n’est pas tendre avec les activistes : la loi Forster (1881) légalise l’internement sans procès des activistes. En parallèle, toutefois, le Land Act établit le droit à obtenir une indemnité en cas d’éviction et le droit de vendre un bail, et diminue de 20% les fermages. Malgré cela, l’agitation croit : Parnell, qui appelle la paysannerie irlandaise au boycottage, et plus de 800 autres membres de la Ligue sont arrêtés, et la ligue elle-même est dissoute. Parnell et Gladstone parviennent finalement à s’entendre (le premier accepte de proclamer son désaccord avec le vandalisme agraire en échange de l’abolition de la loi Forster), mais l’assassinat du nouveau Ministre de l’Irlande lors de son arrivée à Dublin précipite le pays dans un nouveau cycle de répression.

@Wikipedia Charles Parnell, « le roi d’Irlande sans couronne »

Lors des élections de 1886, 86 députés irlandais, qui pratiquent un va-et-vient entre Whigs et Tories selon les avantages politiques qu’ils peuvent en tirer, passent dans le camp de Gladstone, car celui-ci s’est converti à l’idée de Home Rule. Il prévoit que la politique extérieure, l’armée, le contrôle de la monnaie et des douanes soient entre les mains du gouvernement, et qu’en Irlande, un vice-roi gouverne aux côtés de ministres irlandais et d’un parlement national auquel sont reléguées les questions locales. Il s’agit là d’un premier pas vers l’autonomie. Le projet de Gladstone ne fait pas l’unanimité : pour les protestants irlandais, l’avènement du Home Rule signifierait l’avènement de Rome Rule (c’est-à-dire que la majorité catholique triompherait), et quant au parti libéral, les partisans de Joseph Chamberlain[8] font sécession et forment le parti libéral-unioniste. La majorité de l’opinion y est défavorable, et le projet est repoussé ; en 1893, la Chambre des Communes vote sa reprise, mais la Chambre des Lords le repousse avec une majorité écrasante. 

C’est la création d’un patrimoine culturel indépendant du colonisateur qui réoriente le nationalisme irlandais, en atteste le mouvement culturel connu sous le nom de « Irish Revival », ou Renaissance irlandaise, qui naît à travers l’essor d’associations (Gaelic League (1893), Abbey Theatre, Gaelic Athletic Association) militant pour la promotion de la culture et de la langue gaéliques (après des siècles de répression anglaise, le nombre de gaélophones est très faible au début du XXème : 0,4% de la population parle exclusivement la langue gaélique). Une littérature axée sur la culture et sur le folklore irlandais se développe, à travers la poésie de Yeats, par exemple[9]. Il fonde la National Literary Society en 1892 ; celle-ci a pour but l’exploration de la culture celtique, et participe à la construction d’une vision idéalisée de l’Irlande rurale opposée à l’Angleterre urbanisée et industrialisée. Tout cela nourrit les velléités indépendantistes ; on en vient à voir dans la culture irlandaise une originalité que les Anglo-saxons ne parviennent pas à effacer. 

@Wikipedia William Butler Yeats

À partir de ceci, la tendance qui jusque-là privilégiait l’auto-gouvernement prend le virage du séparatisme. Ainsi, de l’initiative de l’imprimeur dublinois Arthur Griffith[10], naît le parti politique Sinn Féin (« nous-mêmes ») en 1905 ; d’abord partisan d’une sécession pacifique, il estime que l’Acte d’Union est illégal et réclame la reformation d’un Parlement irlandais. Les tensions entre les différentes factions politiques irlandaises s’accentuent. Les nationalistes sont divisés entre Sinn Féin et la Fraternité républicaine irlandaise, tandis que bon nombre de loyalistes se regroupent en 1912 au sein du groupe paramilitaire des Volontaires d’Ulster

  En parallèle, Westminster s’attache à mettre fin au Home Rule en réglant les questions socio-économiques : le Premier ministre nomme cette politique « Killing Home Rule with kindness ». Le Wyndham land purchase Act de 1903 permet à l’État d’acheter des grandes propriétés ; les tenanciers sont locataires de l’État et deviennent propriétaires après avoir occupé la terre pendant 68 ans. En 1916, deux tiers des terres appartiennent ainsi à la paysannerie irlandaise ; les tensions dans les campagnes sont apaisées. En 1912, les Communes adoptent un nouveau projet de Home Rule, porté par le Premier ministre Asquith, que refuseront les Lords ; mais, puisque ceux-ci ont perdu leur droit de véto avec la réforme de 1911, le Home Rule doit être mis en place en 1914, et ceci même si son application est reportée à la fin de la Première guerre mondiale. 

L’État Libre d’Irlande, dominion du Royaume-Uni

  Pendant la guerre, alors que les efforts militaires du Royaume-Uni sont tournés vers le continent et les océans, quelques 1500 membres du flan extrême de la Fraternité républicaine irlandaise se lancent dans une insurrection armée le dimanche de Pâques en 1916 (Easter Rising) : l’échec est retentissant, la répression sanglante (15 meneurs sont exécutés, plus de 400 morts), mais la sympathie va à la cause indépendantiste, portée par Sinn Féin sur le plan politique. La fin de la guerre elle-même est supposée amener l’avènement du Home Rule, mais au nom de leur victoire écrasante aux élections, les 73 députés nationalistes refusent de siéger au Parlement britannique et recréent un Parlement irlandais (le Dáil Éireann), dirigé par un leader de Sinn Féin, Éamon de Valera, sous le titre de Président de la République. A cela succède une la guerre d’indépendance (1919-1921), qui oppose l’IRA (l’Armée républicaine irlandaise, née des cendres des Irish Volunteers), menée par Michael Collins[11], aux Unionistes d’Ulster, alliés des Britanniques. 

@Wikipedia Affiche de campagne de Sinn Féin

En décembre 1921, la paix est rétablie et l’État Libre d’Irlande (Free Irish State) est crée par le Traité de Londres : à l’exception d’Ulster, où la population est majoritairement protestante, il obtient le statut de dominion et le droit d’avoir son propre Parlement. Une sorte de Home Rule est instauré dans les six comtés qui forment l’Irlande du Nord : celle-ci reste dans le Royaume-Uni, mais a un Parlement local à Stormont. Une seconde guerre civile éclate cependant : elle est le fruit des insatisfactions d’une partie des nationalistes vis-à-vis du Traité, opposés à ceux qui estiment que le Traité est une étape vers l’indépendance[12].

La guerre ne s’achève que lorsque de Valera ramène la lutte sur le plan politique. À la suite de la victoire de son nouveau parti, le Fianna Fáil, aux élections de 1932, le gouvernement irlandais s’emploie à entériner le relâchement des liens entre les deux pays. Ce processus atteint un point d’orgue en 1936, lors de la crise de succession au trône du Royaume-Uni : la constitution adoptée par l’État Libre d’Irlande fait de celui-ci une république, sans que le terme ne soit mentionné, et lui confère le nom d’Irlande, ou Eire. L’Executive Powers (Consequential Provisions) Act, promulgué l’année suivante, supprime le poste de Gouverneur-Général de l’État libre d’Irlande (Seanascal Shaorstát Éireann), un titre porté par le représentant du roi. 

La République d’Irlande

  La sécession définitive entre Eire et le Royaume-Uni advient en 1948, lorsque par le Republic of Ireland Act, l’Eire quitte le Commonwealth et peut-être officiellement qualifiée de République d’Irlande : les fonctions exécutives qui étaient jusqu’alors l’attribut de Londres sont placées entre les mains du Président. Pour le gouvernement comme pour le Parlement, il ne s’agissait que de clarifier le statut de l’Irlande, qu’ils jugeaient, avant cela, indépendante de facto

Tifenn Le Minor

Notes

[1] Oliver Cromwell (1599-1658) : figure majeure de l’imaginaire politique anglais, c’est un protestant puritain qui a été à la tête de l’armée parlementaire dans la guerre civile qui oppose cette dernière aux Royalistes. En 1649, il est au nombre de ceux qui appellent la mort de Charles II, Roi d’Angleterre, et la même année, il est envoyé en Irlande, où il mène une politique de conquête d’une grande brutalité. En 1653, il ordonne la dissolution du Parlement et devient le Lord protecteur du Commonwealth d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande. 

[2] Henry Grattan (1746-1820) : Il fait partie de la minorité protestante au pouvoir en Irlande, et a fait campagne pour l’abrogation de la loi de Poyning (la législation produite par le Parlement irlandais devait recevoir l’aval du Parlement de Londres avant d’entrer en vigueur), obtenue en 1782. Au Parlement de Dublin, puis à Westminster, il milite contre l’Acte d’Union de Pitt et réclame l’émancipation des catholiques, en vain. 

[3] William Pitt (1759-1806) : dit « le jeune ». Premier ministre de 1783 à 1801, puis de 1804 à 1806, il bénéficie du soutien de George III et doit introduire une série de mesures visant à soutenir les finances de l’Angleterre, alourdies par la défaite de la guerre contre les États-Unis. Il réforme la structure de la présence britannique en Inde. Pendant la révolution française, Pitt engage les troupes anglaises non pas pour restorer la monarchie en France, mais pour préserver les intérêts commerciaux de la couronne. Il suspend l’Habeas Corpus en 1792 pour réprimer les velléités réformistes.

[4] Charles Gavan Duffy (1816-1903) : Député catholique au Parlement irlandais, il a fondé une revue nationaliste (The Nation) et a défendu les droits des tenanciers et la nécessité de réformes agraires. Faute d’avoir réussi à faire passer les mesures désirées, il émigre en Australie en 1856 et devient Premier of Victoria (c’est-à-dire Premier ministre d’Australie, une possession de la couronne britannique) de juin 1871 à juin 1872. 

[5] William Gladstone (1809-1898) : Écossais, il est l’une des figures politiques les plus importantes du XIXème siècle. Il entame sa carrière politique aux côtés des conservateurs (les Tories), mais son attachement au libre-échange le fait basculer dans le camp libéral, qu’il dirige après la mort de Lord Palmerston. L’austérité de son apparence et de ses convictions religieuses fait contraste avec l’extravagance du tory Benjamin Disraeli, son rival, dont il dénonce les prétentions impérialistes. En dehors de sa conversion au Home Rule irlandais, qu’il pensait être la seule solution susceptible de résoudre les tensions en Irlande, les mesures qu’il a fait adopter, comme l’introduction du vote secret et l’élargissement du droit de vote aux campagnes, ont permis l’avènement de la démocratie parlementaire britannique. 

[6] Isaac Butt (1813-1879) : Il se convertit progressivement à l’idée d’une fédéralisation du Royaume-Uni. Avocat et politicien unioniste, il défend les leaders de la Jeune Irlande accusés de trahison en 1848, puis les Fenians dans les années 1860. En 1870, il appelle à la formation d’un Parlement irlandais qui répondrait à Westminster, et fonde la Home Government Association plus tard dans l’année. Très vite, il est surpassé par Charles Parnell, plus jeune et plus dynamique. 

[7] Charles Parnell (1846-1891) : il est issu d’une famille de propriétaires terriens protestants. En 1875, il entre au Parlement dans la Home Rule League. Quatre ans plus tard, il est élu président de la Ligue agraire nationale.  Avant de parvenir à un accord avec Gladstone, il enjoint aux paysans irlandais de boycotter les Il meurt peu de temps après que son adultère avec une femme mariée, rendu public, l’a fait persona non grata tant dans les cercles politiques qu’au sein de la société.   

[8] Joseph Chamberlain (1836-1914) : D’abord connu pour son mandat à la mairie de Birmingham, où il mène des politiques réformatrices, il est élu à Westminster en 1876. Il fait partie de l’aile gauche du parti libéral. S’il est favorable aux réformes agraires en Irlande, ses convictions impérialistes ne lui permettent pas de continuer à soutenir Gladstone. 

[9] Un exemple de poème qui correspondrait à cette tendance serait « To the Rose upon the Rood of Time », qui évoque les temps reculés des mythes irlandais (« I would, before my time to go, Sing of Old Eire and the ancient ways. »

[10] Arthur Griffith (1872-1922) : Déçu par Parnell et son parti parlementaire, il participe à la fondation de Sinn Féin en 1905. Celui-ci doit surtout son influence à la personnalité de Griffith, qui est accusé à tort d’avoir participé à l’insurrection de 1916, car on croit Sinn Féin à l’origine des évènements. En 1918, il laisse la Présidence de Sinn Féin, et donc de la République, à Éamon de Valera. Il dirige les mandatés de Sinn Féin lors des négociaitons pour le Traité de Londres, auquel il est favorable. En janvier 1922, il succède à de Valera en tant que Président du Dáil

[11] Michael Collins (1890-1922) : En 1918, il fait partie des 73 députés nationalistes. En 1921, il est l’un des quelques négociateurs qui travaillent sur le Traité de Londres avec le Premier ministre britannique Lloyd George. Lorsqu’éclate la guerre civile, il est blessé mortellement dans le cadre de ses fonctions à la tête de l’armée légale.

[12] Michael Collins, débat du Dáil Éireann, décembre 1921 :  « In my opinion it gives us freedom, not the ultimate freedom that all nations desire and develop to, but the freedom to achieve it ».

Sources

Ouvrages de référence

  • Chassaigne, Philippe, Histoire de l’Angleterre des origines à nos jours, Paris : Champs-Flammarion, 2001
  • Grellet, Françoise (dir.), Crossing Boundaries, Histoire et culture des pays du monde anglophone, Presses Universitaires de Rennes, 2016
  • Hervé, Edouard, « Les origines de la crise irlandaise », Revue des Deux Mondes, t. 52, 1882 

Sitographie

ClasseInternationale

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