Made in Italy : le modèle exportateur italien

Made in Italy : le modèle exportateur italien

Universellement connues et reconnues, des marques comme Giorgio Armani, Benetton, Campari, Ferrero, Gucci, Luxottica ou Lavazza sont à l’origine de la fortune du Made in Italy au point d’en faire la troisième marque la plus connue au monde après Coca-Cola et Visa1. Ambassadeur de la péninsule à l’international, fierté de tout un pays, le constructeur Ferrari est en 2020 la marque la plus influente au monde devant les géants américains Google ou Amazon2. Preuves de la créativité inépuisable de la péninsule, ces entreprises reflètent un certain rapport au monde fait d’élégance et de raffinement, qui séduit désormais les marchés émergents. Des pays comme l’Inde ou le Brésil s’enquièrent par exemple toujours plus de savoir ce qu’est le Made in Italy. Apparue dans les années 1980, cette expression, au demeurant fort peu italienne, regroupe originellement les secteurs de la mode et de l’habillement, de l’agroalimentaire, de l’automobile et de l’ameublement. Créé par les artisans et industriels italiens à une époque où leurs produits gagnent en reconnaissance à l’international, le Made in Italy cherche à valoriser un savoir-faire pour en faire un avantage commercial. L’expression englobe depuis le tourisme, l’électronique et la mécanique de précision, autres secteurs clés de l’économie italienne. 

D’un dynamisme incontestable, championne européenne de l’exportation pour le textile, les chaussures en cuir, l’habillement et les meubles en 2016, les PME italiennes sont à la racine de ce point fort national. Dans une économie globalisée, on peut néanmoins s’interroger sur la validité du concept de Made in Italy. Si la qualité des produits n’est plus à démontrer, à partir de quel stade ces derniers peuvent-ils être considérés comme authentiquement italiens ? Cette question est pour l’heure insoluble, les grandes marques se refusant systématiquement à tout commentaire sur la confection de leurs articles, de peur d’écorner leur prestige. Nous admettrons donc qu’un produit est italien dès lors qu’il est majoritairement fabriqué ou transformé dans la péninsule, la conception étant quant à elle quasi systématiquement transalpine. Parce que le commerce d’aujourd’hui est autant une affaire d’économie, d’innovation que de réputation, il est primordial pour l’Italie, comme pour bien d’autres pays européens, de conserver une image de marque axée sur la qualité et la créativité, deux caractéristiques qui sont sans nul doute ses meilleurs atouts dans la compétition commerciale mondiale.

Pour dresser ce panorama du commerce italien, nous reviendrons d’abord sur l’histoire d’un concept, ses secteurs de prédilection, le public et les marchés visés pour en maximiser les résultats. Remarquable, la performance commerciale de l’Italie – pays qui représente seulement 0,83  % de la population mondiale -, n’en est pas moins menacée par de nombreuses faiblesses structurelles, liées à l’incurie de son administration, à son instabilité politique et à son économie morose. Plus largement, quelle place peut-on raisonnablement accorder à l’Italie dans un commerce international actuellement déstabilisé par la pandémie de coronavirus en ce début des années 2020 ?

Marque iconique du Made in Italy, Ferrari est aussi la marque la plus influente du monde en 2020. (© Wikipédia)

L’image de marque d’une économie

Générateur d’un excédent commercial de plus de 63,5 milliards d’euros en 2020 – à comparer avec le déficit commercial français de plus de 65 milliards d’euros enregistré la même année ! -, le Made in Italy permet à la péninsule d’avoir l’une des balances commerciales les plus excédentaires de toute l’Union européenne et du monde avec l’Allemagne et les Pays-Bas. En 2021, l’Italie est assurément l’une des grandes puissances commerciales mondiales pour ce qui est des produits manufacturés, de l’économie circulaire – elle est le leader européen du recyclage -, de l’agriculture biologique où elle est là aussi le leader européen incontesté, de l’industrie du design où elle devance tous ses principaux concurrents, à commencer par la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Elle a également su s’imposer dans l’industrie du luxe. 

Avant d’obtenir de tels résultats, les origines du Made in Italy se voulaient plus modestes. Il n’est encore dans les années 1960 qu’une simple étiquette pour indiquer aux consommateurs allemands ou français que cette paire de chaussure n’a pas été fabriquée dans leur pays. Pays dévasté par la Seconde Guerre mondiale – sa capitale économique Milan est durement touchée par les bombardements alliés -, l’Italie connaît au tournant des années 1950 – 1960 une expansion économique sans précédent, dont la FIAT – acronyme de Fabbrica Italiana Automobili Torino -, est un support fondamental. Ainsi entrée dans la société de consommation, l’Italie ne cessera plus de développer son modèle économique et industriel au point de faire émerger le Made in Italy à la fin des années 1980. Il s’agit traditionnellement de produits manufacturés issus de petites et de moyennes entreprises, bénéficiant d’un solide ancrage régional, à la diffusion et à la réputation bien établies à l’international. Porté par les groupes que nous venons de mentionner, le Made in Italy repose sur une production dite de « district » qui entre quelque peu en contradiction avec la célébrité de ces entreprises. Dans le cas de l’industrie automobile de luxe, l’exceptionnelle concentration de Ferrari et de ses concurrents Maserati, Lamborghini, ou de la plus méconnue Pagani dans la région de Modène, en Émilie-Romagne, est à relever. Cette spécialisation sectorielle a favorisé une émulation permanente, à même de constituer pour Modène un puissant pôle industriel, qui est tout autant un facteur d’innovation, d’emploi et de prestige pour toute une région. La valeur du Made in Italy s’enracine donc dans une incomparable connaissance des territoires qui achève de forger son authenticité. Très concentrée, la chaîne de valeur ne souffre d’aucune distorsion puisqu’elle est le fruit d’une culture de l’entreprise commune dans une économie qui est encore très nationale sinon régionale. Modène venait ainsi de se doter d’un avantage concurrentiel dont la robustesse comme la réputation ne se sont jamais démenties depuis lors. 

Le Made in Italy tient à ses origines locales, qui sont autant un gage de qualité que d’identification à l’international. Ce sont ainsi pas moins de 200 districts productifs qui se sont formés dans toute l’Italie septentrionale et qui ont permis à des PME de s’affirmer comme de fringantes championnes régionales de l’exportation en élevant sensiblement la qualité de leurs produits. Ces districts sont en outre un important instrument de diversification de l’économie. Connues pour leur Fashion Week, des villes comme Milan et Rome développent parallèlement des activités pharmaceutiques d’envergure. Aucune industrie transalpine n’a connu une croissance plus forte que le secteur pharmaceutique en 2019, année où l’Italie s’est imposée comme le premier producteur européen de médicaments, devant l’Allemagne3.

Le Made in Italy a donc grandement contribué à l’élévation du niveau de vie des Italiens après la phase de reconstruction initiale de l’après-guerre. Par sa créativité apparemment sans limites et sa recherche de l’excellence, il a su susciter l’attention et bientôt l’admiration du monde des affaires au-delà des frontières de la péninsule. Il rappelle, mutatis mutandis, la lointaine effervescence des villes de la Renaissance italienne, de Sienne à Florence, de Ferrare à Urbino, de Vicence à Rome. D’une simple appellation indiquant l’origine géographique, le Made in Italy est devenu un concept culturel, synonyme de leadership, de qualité et de fiabilité, au point d’être vécu et pensé comme tel par de nombreux Italiens, bien au-delà des seuls bureaux d’études. Il existe désormais des centaines de filiales d’entreprises italiennes prospères à l’étranger. Souvent aux prises avec des marchés particulièrement concurrentiels, leur génie et leur intelligence marketing, mis au service d’une demande des consommateurs pour acheter italien, leur assurent cependant de beaux succès commerciaux4. Encore confidentiel dans nombre de nos supermarchés il y a à peine cinq ans, le prosecco vénitien, connaît une popularité croissante en France. En passe de restructurer un marché national pourtant très étoffé en vins mousseux, le prosecco est également un produit phare au Royaume-Uni, en Allemagne et aux États-Unis. Rivale éternelle de la France pour la place de premier producteur mondial de vin, l’Italie détient par ailleurs le premier excédent commercial mondial pour les carreaux de carrelage non émaillés, les sacs à main et valises en cuir, les lunettes de soleil ou les navires de croisière.

Si la France justifie cette concurrence italienne par son cahier des charges plus contraignant, ce cheminement vers le succès ne s’est cependant pas fait en un jour et obéit à un cadre législatif précis. Pour mieux se prémunir de la contrefaçon, le Made in Italy obéit à un processus de certification strict. Même s’il ne nous appartient pas ici d’en retracer toutes les étapes, retenons simplement que l’Italie cherche de plus en plus à valoriser les produits entièrement conçus et réalisés sur son sol pour protéger son label et conserver son prestige. Dynamique, le Made in Italy doit toutefois composer avec le pessimisme de ses compatriotes. Peu conscients des atouts de leur pays, les Italiens mineraient-ils d’eux-mêmes leurs propres succès commerciaux ?

Inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco en 2010, la diète méditerranéenne est l’une des composantes d’une gastronomie italienne chaque jour plus rayonnante à l’international. (© Wikipédia)

Des difficultés structurelles lancinantes

Depuis son entrée dans la zone euro le 1er janvier 2002, l’économie transalpine reste au mieux stagnante. Nonobstant ses performances commerciales, l’Italie souffre d’une productivité ralentie par un relatif manque d’investissement en recherche et développement, d’un différentiel de développement entre le Nord et le Sud qu’elle ne parvient pas à combler, d’un secteur bancaire fragilisé par son exposition au risque souverain, d’un vieillissement démographique inédit. Si sa dette s’est envolée à 158 % du PIB en 2020 sous l’effet de la crise sanitaire, l’Italie s’appuiera une fois de plus sur son industrie exportatrice pour relancer son économie qui a perdu près de neuf points de PIB. Première bénéficiaire du plan de relance européen à hauteur de 209 milliards d’euros, il lui faudra également compter sur la résilience des Italiens et se réformer structurellement pour relever ce colossal défi sociétal.

Ce panorama économique moribond devrait accompagner la péninsule jusqu’à la fin de la décennie au moins. La contraction des salaires et de la demande intérieure, fruit de la pandémie de coronavirus, mais aussi de l’effritement démographique – l’Italie a perdu plus de 500 000 habitants depuis 2014 avec une population estimée à 60,3 millions d’habitants en 2020 -, va engendrer une hausse significative du chômage et de la pauvreté. Avec un âge moyen de 45,7 ans, seulement dépassé par le Japon, une émigration des jeunes diplômés toujours patente et une natalité au plus bas – le taux de fécondité est inférieur à 1,3 enfant par femme en 2019 -, l’Italie est d’ores et déjà placée dans une situation de grande adversité qui entravera pour longtemps sa compétitivité et ses finances publiques. Promu par Matteo Renzi en 2016, le Jobs Act, dérégulation massive d’un marché du travail particulièrement tendu, n’a pas permis de relancer l’accès à l’emploi dans la péninsule. L’Italie ne peut pas non plus compter sur une administration raillée pour son incompétence et sa complexité inextricable. Sa justice est également « célébrée » pour sa lenteur légendaire.

Le plan de relance national surmontera-t-il ces obstacles ? Dans un pays où l’activité mafieuse représente 11 % du PIB selon les estimations, il est urgent que l’Italie puisse a minima freiner les activités criminelles de la Camorra (Naples), de Cosa Nostra (Sicile), de la Sacra Corona Unita (Pouilles) et de la plus puissantes des mafias italiennes, la N’Drangheta (Calabre), véritable « multinationale » du crime organisé5. Historiquement enraciné dans le Mezzogiorno, une région qui ne représente que 10 % des exportations italiennes, le phénomène mafieux irradie dans toute la péninsule et prolifère dans toute l’Europe occidentale, mais aussi orientale. Le double effet de la pandémie et de la crise économique risque encore d’accentuer le déséquilibre régional Nord / Sud au point que certains n’hésitent pas à intégrer Rome, régulièrement frappée par des affaires de corruption, dans le « Sud » économique de la botte. 

Le Mezzogiorno n’est pourtant pas sans ressources. Fort de son potentiel agricole et vinicole, il fait de plus en plus parler de lui pour sa burrata, sa scamorza et son huile d’olive, trois produits emblématiques des Pouilles. La valorisation potentielle de l’Italie méridionale permettrait à Rome d’engranger un surplus d’exportations évalué à 17 milliards d’euros. Si les marchés américains et européens retiennent toujours son attention, à commencer par les États-Unis, l’Allemagne et la France, l’Italie voit dans les marchés chinois et latino-américains deux aires géographiques à fort potentiel économique où elle pourrait non seulement écouler ses productions agroalimentaires, mais aussi automobiles, électroniques et chimiques.

En sus de ces contrastes régionaux, l’incertitude générée par l’épidémie de Covid-19 a naturellement fait chuter les exportations comme les importations italiennes en 2020. Sur ce point, il faut néanmoins se garder d’une lecture trop déterministe et définitive. Derrière l’hystérie médiatique du printemps 2020, moment où l’Italie dut faire face à une épidémie très virulente dans son cœur économique lombard, le commerce extérieur italien a finalement enregistré un excédent commercial record. L’Italie a continué d’exporter vers la Chine quand elle réduisait simultanément ses ventes vers la France et le Royaume-Uni. Toutefois, les exportations italiennes ne devraient pas retrouver leur niveau de 2019 avant 2022 au plus tôt.

Relativement préservé par la pandémie, le Made in Italy est, en revanche, perpétuellement menacé par la contrefaçon. Pratique mondiale inhérente aux mafias, la contrefaçon est au moins aussi importante en volume que les produits légaux. Exempte d’imposition, elle porte aussi bien atteinte à l’État qu’aux entreprises qui sont victimes de sa concurrence déloyale. En Italie, il a été démontré que la contrefaçon s’organise dans des ateliers clandestins, tenus par les mafias transalpines ou chinoises, quand ce n’est pas avec la complicité bienveillante de grandes marques elles-mêmes infiltrées par les mafiosi6 ! Le phénomène semble inarrêtable, à tel point qu’un produit sur dix estampillé Made in Italy ne serait que 100 % italien ! Par extension, le passage sous pavillon français de Gucci ou du joaillier Bulgari interroge sur l’italianité même de ces entreprises7.

L’Italie est donc très certainement autant la victime que l’actrice de ce sabordage invisible et indicible du Made in Italy qui ne se limite pas à la seule économie souterraine. Par méconnaissance, les Italiens sont porteurs d’un pessimisme culturel notable sur leur pays, du reste très audible pour le voyageur étranger de passage dans la péninsule. S’enracinant assurément dans les difficultés économiques du temps comme dans les discours médiatiques et politiques ambiants, ce pessimisme mine la confiance en l’avenir. Certains Italiens n’hésitant pas à développer un spectaculaire complexe d’infériorité par rapport aux pays voisins jusqu’à dévaloriser leur propre nationalité ! Ce manque de confiance en soi et dans les capacités du pays est absolument délétère pour le commerce transalpin. À l’avenir, ce dernier ne pourra prospérer sans une narration positive, narration qui reste à (re)construire.  

De plus en plus présent sur les marchés asiatiques, le Made in Italy s’expose fièrement dans une galerie commerciale de Macao. (© Wikipédia)

Le Made in Italy dans le commerce international 

L’Italie est en 2019 le huitième exportateur et le dixième importateur mondial8. Elle est en outre la dixième puissance commerciale mondiale dans un classement dominé par les États-Unis, la Chine et l’Allemagne9. Toutes les prévisions indiquent d’ailleurs que la  reprise du commerce mondial viendra de l’Asie, en particulier de la Corée du Sud, du Japon et de la Chine qui a même vu son PIB croître de 2,3 % en 2020. De son côté, l’Union européenne, en sa qualité de premier exportateur de biens manufacturés et de services comme de premier pôle touristique mondial, continuera de peser dans les échanges internationaux.

À l’image de ses partenaires européens, il est essentiel pour l’Italie de maintenir un haut niveau d’échanges non seulement intra-européen, notamment avec Berlin et Paris, mais aussi avec la Chine. À un degré moindre, l’Italie ne peut ignorer les débouchés offerts par la Russie et la Turquie, voire par l’Arabie saoudite, l’Inde et le Brésil. Derrière le capital sympathie qu’elle a pu engendrer lors de l’épisode très commenté de la « diplomatie du masque »10, il lui faudra combler son retard dans le e-commerce et l’économie digitale, domaine d’excellence chinois, mais aussi parier toujours plus sur l’innovation, la qualité, la santé alimentaire et l’impact environnemental de ses pratiques commerciales pour s’adapter aux nouveaux modes de consommation11. Disposant de moins de startups que ses concurrents allemand, français et britannique, l’Italie a tout intérêt à développer davantage ce secteur stratégique. À l’heure des mesures de distanciation sociale et des restrictions considérables à la libre circulation des biens et des personnes imposées par la pandémie, la digitalisation de l’économie prend de plus en plus d’ampleur dans le commerce international. Pour les entreprises, il s’agit donc de mener une étude de marché online, qui tienne compte de la structure du marché du e-commerce local et des habitudes des consommateurs. Un pays très protectionniste comme la Chine préférera, par exemple, recourir à un opérateur local plutôt que de traiter directement avec le fabricant.  

Détenteur de 22 des 100 plus grandes entreprises du luxe mondial – un record ! – le Made in Italy ne représente que 13,2 % des ventes, loin derrière les 28,3 % du leader français12. Sur le plan macroéconomique, il doit aussi composer avec la concurrence accrue de la Chine et de la Russie. Très friands du luxe italien – un acheteur sur trois dans la péninsule est chinois ! -, ces deux pays développent leurs gigantesques marchés intérieurs et sont traditionnellement deux grands foyers de la contrefaçon mondiale. Sevrés de voyages à l’étranger, les touristes chinois d’hier se sont mués en consommateurs frénétiques, dopant ainsi leur marché intérieur13. Mais la Chine est d’abord la championne d’un Made in Italy falsifié évalué à une cinquantaine de milliards de dollars de chiffre d’affaires par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) au milieu des années 2010. Parallèlement à cette menace, la Chine est également riche d’opportunités pour les entreprises italiennes. Ne représentant que 1,1 % des importations chinoises de biens en 2018, l’Italie compte sur ses industries mécaniques, électroniques et pharmaceutiques pour accroître sa part de marché dans « l’empire du Milieu ».

S’agissant de la Russie, l’instauration de l’embargo alimentaire russe de 2014 en réaction aux sanctions économiques de l’Union européenne décrétées à la suite de l’annexion de la Crimée par Moscou au printemps de la même année, a supposé pour les producteurs italiens une baisse notable des exportations vers ce pays. L’Italie, qui entretient des liens énergétiques forts avec la Russie, a souvent plaidé pour un allègement de sanctions qui sont contre productives pour son commerce extérieur. Plus de sept ans après l’éclatement du conflit russo-ukrainien, aucune sortie de crise n’est pour l’instant en vue tant que le respect des accords de Minsk II (2015) ne sera pas effectif par l’ensemble des parties.

Enfin, loin d’être toujours envié, le Made in Italy déclenche parfois l’ire des populations locales devant sa globalisation exacerbée. Si l’implantation de Benetton en Argentine questionne une fois de plus l’authenticité du label, le litige qui oppose le groupe trévisan aux indiens Mapuches pour la restitution de leurs terres ancestrales depuis la fin du XXe siècle, nous rappelle que la mondialisation n’en a pas fini avec l’impérialisme14. Nous sommes désormais bien loin du « doux commerce » idéalisé en son temps par Montesquieu15! 

Alexis Coquin

  1. Lire cette déclaration rapportée par le ministère des Affaires étrangères italien : https://www.esteri.it/mae/it/sala_stampa/interventi/20120322_terzi_asean.html 
  1. Lire le communiqué officiel du constructeur automobile : https://corporate.ferrari.com/sites/ferrari15ipo/files/cs_brand_finance_it_0.pdf 
  1. Lire SECCHI Edoardo, « L’Italie devient le premier producteur de médicaments en Europe, devant l’Allemagne », Le Figaro, 20 avril 2021. https://www.lefigaro.fr/vox/monde/l-italie-devient-le-premier-producteur-de-medicaments-en-europe-devant-l-allemagne-20210420 
  1. En 2019, l’ouverture d’un magasin de la chaîne de produits alimentaires Eataly dans le quartier du Marais à Paris, a été très révélatrice de l’appétence des Français pour la gastronomie italienne.
  1. Lire IERARDI Giovanni, « Mafia, les raisons d’un enracinement », Le Monde diplomatique, avril 2021. https://www.monde-diplomatique.fr/2021/04/IERARDI/63012 
  1. Lire SAVIANO Roberto, « Que fabbriche di invisibili che fanno ricca la nostra moda », La Repubblica, 17 novembre 2019. https://www.repubblica.it/cronaca/2019/11/18/news/quelle_fabbriche_di_invisibili_che_fanno_ricca_la_nostra_moda-241292783/ 
  1. Ces deux entreprises sont respectivement détenues par les groupes Kering et LVMH de François Pinault et de Bernard Arnault.
  1. Chiffres avancés par The Observatory of Economic Complexity. https://oec.world/en/profile/country/ita 
  1. Lire le rapport de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), « Chapitre II. Principales données sur le commerce mondial en 2019 » : https://www.wto.org/french/res_f/statis_f/wts2020_f/wts2020chapter02_f.pdf 
  1. Touchée précocement par la première vague de coronavirus au printemps 2020, l’Italie a reçu comme nombre de pays européens du matériel médical chinois pour endiguer la pandémie. À grand renfort de communication, le gouvernement italien a surévalué une aide chinoise à l’efficacité sanitaire discutable et qui cachait des buts de propagande inavouables pour faire oublier l’origine chinoise de la Covid-19. 
  1. Notons également que cette course à l’innovation implique de profonds bouleversements dans l’industrie mondiale avec l’automatisation des usines. Si le marché européen de la robotique est dominé par l’Allemagne, l’Italie dispose de la deuxième industrie robotique européenne. Lire SECCHI Edoardo, « L’industrie robotique italienne en plein essor », Forbes, 26 février 2020. https://www.forbes.fr/technologie/lindustrie-robotique-italienne-en-plein-essor/ 
  1. Lire le rapport Deloitte : Global Powers of Luxury Goods 2020. The new age of fashion and luxury, Londres, 2020.

https://www2.deloitte.com/content/dam/Deloitte/global/Documents/Consumer-Business/gx-consumer-business-gplg-2020-report.pdf

  1. Lire MOPIN Odile : « Le marché du luxe en Chine a doublé en 2020 », FashionUnited, 14 janvier 2021.

https://fashionunited.fr/actualite/business/le-marche-du-luxe-en-chine-a-double-en-2020/2021011425632

  1. Lire PANNELL Jack : « Benetton in Patagonia : The Oppression of the Mapuche in the Argentine South », Council on Hemispheric Affairs, 9 août 2017.

https://secureservercdn.net/104.238.69.231/dbn.f1b.myftpupload.com/wp-content/uploads/2017/08/Benetton-and-Mapuche-1.pdf

  1. Montesquieu voyait dans le commerce un ferment de paix. En ce sens, la multiplication des voyages serait bénéfique à l’humanité toute entière, favorisant la tolérance et la compréhension entre les peuples. Au-delà du seul lien marchand, le commerce du XVIIIe siècle désignait aussi un échange intellectuel ou affectif. Ce concept a été repris par les libéraux d’aujourd’hui, le commerce et le capitalisme qui en découle étant gages de prospérité économique et de démocratisation des sociétés. Désormais mondialisée, l’économie néolibérale nous montre que la liberté de commercer peut prendre le pas sur les droits humains les plus élémentaires, comme celui d’accéder à la terre pour les Mapuches, un droit qui leur est pourtant garanti par la Constitution argentine. 

Bibliographie

  • Rapports sur l’Italie dans l’économie internationale

Italian Trade Agency, Rapporto ICE. L’Italia nell’economia internazionale, Rome, Ministero degli Affari Esteri e della Cooperazione Internazionale (la Farnesina), 2020. 

https://www.ice.it/it/sites/default/files/inline-files/BOOKLET_2807_1955_low.pdf et appendice statistique : https://www.ice.it/it/sites/default/files/inline-files/APPENDICE_ALTA%20PER%20STAMPA%202807.pdf 

Italian Trade Agency, Il commercio internazionale ai tempi di Covid-19, Rome, Ministero degli Affari Esteri e della Cooperazione Internazionale (la Farnesina), 2020.

https://www.ice.it/it/sites/default/files/inline-files/03_Rapporto%20ICE%20PROMETEIA_2407_web_0.pdf

Italian Trade Agency, Le esportazioni del Mezzogiorno : struttura e potenzialità, Rome, Ministero degli Affari Esteri e della Cooperazione Internazionale (la Farnesina), 2020. 

https://www.ice.it/it/sites/default/files/inline-files/03_Rapporto%20ICE%20MEZZOGIORNO_2707_web.pdf

Italian Trade Agency, E-commerce e nuove tecnologie : un traino per l’export italiano, Rome, Ministero degli Affari Esteri e della Cooperazione Internazionale (la Farnesina), 2020.

https://www.ice.it/it/sites/default/files/inline-files/01_Rapporto%20ICE%20EXPORT_2407_web.pdf

Fondazione Edison, Fondazione Symbola, Unioncamere, I.T.A.L.I.A 2019. Geografie del nuovo made in Italy, Rome, I Quaderni di Symbola, 2019.

https://www.aiccon.it/wp-content/uploads/2019/07/ITALIA-2019_Rapporto-Symbola.pdf

  • Mémoires universitaires 

MARIANO Marta, Il “Made in Italy”. L’arte del fare italiano, Scuola Superiore per Mediatori Linguistici Gregorio VII (SSML), Rome, 2012.

https://ilmadeinitaly.files.wordpress.com/2013/03/tesi-di-laurea-il-made-in-italy.pdf

MASETTI Benedetta, Il fascino del Made in Italy : Storia della moda italiana, Université de Pise, département d’économie et de management, 2016.

https://core.ac.uk/download/pdf/79622827.pdf

  • Le Made in Italy dans l’actualité

AQUARO Dario, Cosa è « Made in Italy » (e cosa no), Il Sole 24 Ore, 13 novembre 2013.

https://st.ilsole24ore.com/art/impresa-e-territori/2013-11-20/cosa-e-made-italy-e-cosa-no-140026.shtml?uuid=ABS7YSe

GIRARDI Annalisa, « « Made In Italy »: What Is Behind The Worldwide Famous Label? », Forbes, 3 avril 2019.

https://www.forbes.com/sites/annalisagirardi/2019/04/03/made-in-italy-what-is-behind-the-worldwide-famous-label/?sh=7dfc5b706556

POUILLE Jordan et YANG Lei, « Un village chinois en Italie », Le Monde diplomatique, juillet 2020.

https://www.monde-diplomatique.fr/2020/07/POUILLE/61963

« Italie : excédent commercial en hausse en 2020 malgré un recul des exportations », Le Figaro, 16 février 2021.

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/italie-l-excedent-commercial-en-hausse-en-2020-malgre-un-recul-des-exportations-20210216

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