François : pape et diplomate

En 2014, Barack Obama et Raul Castro officialisent le rapprochement historique entre leur deux pays et en profitent pour remercier le pape François pour sa médiation cruciale. L’année suivante, en pleine campagne présidentielle, le désormais président des Philippines Rodrigo Duterte, a qualifié le souverain pontife de « fils de pute » pour avoir créé des bouchons lors d’une visite. Enfin, en 2017, le pape François, déjà lauréat du prix Charlemagne qui récompense « la contribution la plus précieuse pour l’entente en Europe » [1], réunit dans la chapelle Sixtine les chefs d’État de toute l’Union Européenne à l’occasion du soixantième anniversaire du traité de Rome. Trois années, trois problématiques et trois espaces différents mais pourtant un point commun : le pape François apparaît ici davantage comme un chef d’État rompu à la pratique diplomatique que comme un guide spirituel. Continuer de lire « François : pape et diplomate »

Hypocrisie européenne : la détresse des demandeurs d’asile sur les îles grecques

Lorsqu’elles s’engagent dans le périple qui les conduira, dans le meilleur des cas à obtenir l’asile politique en Europe via la Turquie, l’enfer traversé par les personnes fuyant la guerre en Syrie ne fait que commencer. Selon le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), les conditions de vie des demandeurs d’asile[1] se sont considérablement détériorées ces quatre dernières années sur les îles grecques du fait de la surpopulation dans les infrastructures d’accueil. Quelques 30 000 demandeurs d’asile vivent actuellement dans cinq centres d’accueil, situés sur les îles de la mer Égée, dont la capacité est seulement de 5 400 personnes.  En d’autres termes, la population accueillie est plus de cinq fois supérieure au nombre de places disponibles. Comment a-t-on pu laisser s’envenimer la situation à ce point alors que les pays de l’Union européenne sont au fait de cette urgence depuis 2015 ? L’objet de cet article est de donner un éclairage sur les dysfonctionnements de la coopération européenne qui ont conduit à des situations humanitaires déplorables notamment sur l’île grecque de Lesbos.

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La loi des ghettos au Danemark : reflet du durcissement de la politique anti-migratoire nationale

Le Danemark, petit pays de l’Europe du Nord, est connu pour être l’un des pays les plus “heureux” au monde, pour être le pays du « hygge »[1], avec un système d’État providence unique, ou encore pour être un pays progressiste où les questions environnementales et écologiques ont une importance clé. Cependant, malgré ce bonheur apparent, le pays est remué par des tensions internes qui divisent une société déjà très fragmentée. La question migratoire par exemple, fait débat. Si le Danemark est aujourd’hui considéré comme un modèle dans plusieurs domaines, il l’est aussi dans celui des politiques anti-immigration restrictives, notamment pour les partis d’extrême droite à travers l’Europe. Il s’agit en effet d’un des pays ayant la politique migratoire la plus stricte d’Europe.  Continuer de lire « La loi des ghettos au Danemark : reflet du durcissement de la politique anti-migratoire nationale »

Comment le Monde cartographie le monde

« Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours.” Napoléon Le mercredi 1er février 2017 se tenait une conférence visant à explorer les coulisses de la cartographie pratiquée par l’un des quotidiens les plus lus en France, Le Monde. Co-organisée par la revue géopolitique en ligne Diploweb et par Grenoble Ecole de Management, elle s’est tenue dans les locaux de l’antenne parisienne de cette dernière … Continuer de lire Comment le Monde cartographie le monde

“The infiltrators are a cancer in our society.”

“The infiltrators are a cancer in our society”. C’est à la lecture de ces mots, prononcés en mai 2012 par Miri Regeve, ministre israélienne de la culture, que j’ai décidé d’effectuer un travail de recherche sur la situation des demandeurs d’asile africains en Israël, au sein du Centre de Recherche Français à Jérusalem (CRFJ) durant l’été 2015. En raison de ma formation académique très centrée sur les droits de l’homme, cette expression m’a choquée au premier abord puis elle m’a donné envie de réfléchir. En effet, Israël fait face depuis une décennie à une arrivée massive de migrants venus du Soudan et des pays de la Corne de l’Afrique, principalement l’Erythrée. Il ne s’agit pas d’une immigration appuyée par le pays d’accueil pour des raisons religieuses comme cela avait pu être le cas dans les années 1980 avec les juifs Ethiopiens. En effet, les “opérations Moïse(1)” et “Salomon(2) menées par Israël et les Etats-Unis pour les sauver de la grande famine touchant à cette époque le pays, ont été grandement motivées par des raisons religieuses et démographiques. Il s’agissait d’augmenter le nombre de juifs présents sur le territoire israélien. Ces deux « sauvetage en masse » conduiront ensuite 6 000 Ethiopiens à accomplir leur alya(3), mettant fin à l’existence de la communauté juive d’Ethiopie, vieille de 3 000 ans. Continuer de lire « “The infiltrators are a cancer in our society.” »