La semaine européenne (5)

Pour son cinquième rendez-vous, la revue de presse européenne de Classe Internationale se devait de mettre en avant le Parlement européen qui s’est illustré cette semaine par sa prise de position à l’encontre du budget européen, ainsi que par sa proposition d’une nouvelle réforme de la PAC. La Hongrie n’a pu échapper également à une large couverture médiatique suite à sa réforme constitutionnelle pour le moins controversée, tandis que les dirigeants européens argumentaient sur le fait de lever ou non l’embargo sur les armes à destination de la Syrie.

Chaque vendredi jusqu'au mois d'avril, Le Zap'Int' revêt les couleurs de l'Europe. Photo/© CGinspiration
Chaque vendredi jusqu’au mois d’avril, Le Zap’Int’ revêt les couleurs de l’Europe.
Photo/© CGinspiration

Actualité politique et institutionnelle A la Une cette semaine, l’ascension fulgurante du rôle du Parlement européen. La nouvelle semble faire des émules dans la presse. Alors qu’on annonçait une victoire attendue de Cameron contre Hollande, la situation se renverse au profit de l’institution. En effet, le Parlement a longtemps essuyé les critiques de l’opinion publique qui fustigeait son manque de légitimité démocratique. La baisse de 3% du budget européen, rappelons-le, est le fruit de longues manœuvres politiques des lobbies, autant que des Etats membres. La somme allouée de 960 milliards d’euros s’inscrit pleinement dans la cure d’austérité. Les parlementaires ont rejeté le budget à 506 voix contre 161 et 23 abstentions. La presse semble se féliciter de la réaction des parlementaires européens comme l’illustre l’article du Financial Times ce 13 mars. Martin Schulz a le vent en poupe et semble redorer le blason d’une institution mise au banc des accusés. De son côté, Le Figaro évoque également la prise de position marquée du Parlement, en titrant « Les budgets nationaux placés sous la tutelle de Bruxelles ».  A la suite du vote, le 12 mars, d’une directive contraignante baptisée « Two packs », la Commission aura un droit de regard sur l’élaboration du budget des Etats membres. Mais l’ascension annoncée de l’institution n’emporte pas l’adhésion partout : relayé par Presseurop, El Pais parle d’une « grave crise de légitimité » et considère les élections européennes de 2014 comme l’échéance ultime pour retrouver la confiance des citoyens. Lors des négociations du budget, Barroso s’est attelé à défendre la position des Etats et a lancé cette phrase : « Les sacrifices qui sont demandés à certains pays sont en passe d’atteindre la limite du supportable », reprise par le quotidien portugais Dinheiro Vivo. L’Union Européenne étouffe. N’est-il pas justement opportun pour le Parlement européen de se glisser dans ces interstices pour renforcer son rôle ? La presse européenne vacille entre l’euphorie et la complainte. Lundi 11 mars, une réforme de la Constitution hongroise a été votée par le gouvernement de Victor Orban. Celui-ci franchit un pas supplémentaire dans l’affaiblissement de la démocratie de son pays. Il s’agit de la quatrième modification de la Constitution, rédigée en 2011. L’amendement retire à la Cour constitutionnelle une partie de ses pouvoirs en l’empêchant de statuer sur le fond et de se référer à la jurisprudence antérieure à l’entrée en vigueur de la Constitution (janvier 2012). L’Union européenne et le Conseil de l’Europe ont protesté contre cette réforme et ont exposé leurs  « préoccupations en ce qui concerne le principe de la primauté du droit, le droit de l’UE et les normes du Conseil de l’Europe ». Réactions d’impuissance dans les autres pays membres de l’UE : le journal allemand Süddeutsche Zeitung dénonce un « coup porté au cœur de l’Etat de droit » tandis que Le Monde estime que l’Union Européenne est embarrassée car  il est difficile pour elle de sanctionner un gouvernement issu d’élections démocratiques. Seule option qui lui reste : suspendre les droits de vote de la Hongrie. Le précédent de l’Autriche a néanmoins montré l’inefficacité de cette mesure. Autre possibilité, non-envisagée pour le moment, celle de sanctions financières. Pour El Pais,  l’Union Européenne doit répondre fermement au vote hongrois qui constitue pour elle un nouveau défi. Le quotidien espagnol y voit un écueil dans les politiques européennes de consolidation de la démocratie dans les pays d’Europe centrale et orientale, auparavant sous la domination soviétique. Mercredi, le Parlement Européen a approuvé un projet de réforme de la Politique Agricole Commune qui doit rendre le système des subventions agricoles communautaires plus écologique et plus équitable. Il s’agit d’un rééquilibrage en faveur des agriculteurs selon Le Monde. La réforme doit maintenant être négociée avec le Conseil. Côté portugais avec Dinheiro Vivo, on évoque une décision forte attendue. Les tribulations de l’Union Européenne s’illustrent encore une fois. Les cartes semblent avoir changé de mains au profit du Parlement européen, cette Arlésienne qu’on fustigeait. Notons enfin que les quotidiens européens ont surtout couvert l’élection du nouveau Pape, François, reléguant l’actualité institutionnelle de l’Union Européenne au second rang. Politiques publiques et économiques Le 7 mars, la Commission Européenne sanctionnait Microsoft pour abus de position dominante et non-respect des engagements. En guise de sanction, une amende de 561 millions d’euros. Le Monde insiste sur le fait que cette sanction est un message pour Google, afin de dissuader l’autre géant américain d’abuser de sa position pour rediriger les internautes vers ses propres services. Microsoft ne va pas faire appel et s’excuse de ses « erreurs techniques » qui lient notamment son système d’exploitation à son logiciel de navigation sur le web, réduisant le choix pour les utilisateurs. Apres les élections italiennes, les marchés financiers se sont rapidement apaisés. Le Monde rappelle qu’il existe une situation de blocage politique en Italie et donc un risque que les reformes économiques, comme la réduction de la dette, ne soit pas misent en place. Mario Draghi rassure en affirmant que la BCE va maintenir ses taux à 0,75% et que le MSE est présent pour racheter de manière illimitée les obligations souveraines. Malgré ces annonces, les prévisions de croissance pour 2014 sont plus sombres, avec une variation possible entre -0,9% et -0,1% du PIB. Les changements institutionnels en Hongrie sont vus par le quotidien russe Kommersant sous un angle économique. M. Orban réalise ces réformes pour avoir la liberté d’influencer la politique économique du pays. Il veut une économie nationale « souveraine », indépendante des créanciers étrangers.  Dans cette optique, il est indispensable, pour le Premier ministre, de convertir les dettes des entreprises hongroises en forints, de créer un réseau de banques nationales d’épargne, et de mener une politique monétaire agressive. Ce dernier élément remet en cause l’indépendance de la Banque centrale avec la nomination à sa tête d’un proche du parti, favorable à une baisse des taux d’intérêt. Le forint s’est déprécié suite à ces déclarations, passant de 277 à 303 forints pour 1 euro. Les bonus et autres rémunérations des dirigeants d’entreprise et du secteur de la finance ont de nouveau été discutés cette semaine dans le cadre européen. D’après l’Irish Times, la chancelière allemande a qualifié d’« excès » les rémunérations dont certains businessmen se pourvoient. Des déclarations à analyser à l’aune des prochaines élections en Allemagne, Angela Merkel souhaitant pouvoir former une grande coalition avec les sociaux-démocrates du SPD. Même si elle a pu s’opposer par le passé au salaire minimum et aux quotas de femmes dans les entreprises, Merkel témoigne aujourd’hui d’une certaine empathie pour les classes populaires : « Je comprends que les gens disent non de la tête en voyant certains packages de rémunération qui sont complètement disproportionnés ». Dr. Merkel ajoute : « Malheureusement ceci nous montre bien que ce n’est pas assez que de laisser les entreprises s’autoréguler ». Rappelons que ces remarques ont été faites la semaine dernière, alors qu’un référendum suisse accordait le droit aux conseils d’administration des entreprises de décider des rémunérations de leurs dirigeants. Dans le contexte des accords Bâle III, Euronews nous rappelle la position affirmée des Britanniques sur la question, à travers leur ministre des Finances (Chancellor of the Exchequer), George Osborne. En effet, ce dernier est favorable à une mise à plat des discussions sur les rémunérations dans le secteur de la finance. Sa position est très singulièrement marquée contre toute régulation au niveau européen, alors que les Anglais n’ont pas d’alliés dans cette bataille. Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur et aux Services, exprime son mécontentement : « Les bonus récompensent des prises de risque inconsidérées ». Parce que représentant près de 40% du budget de l’UE, la Politique Agricole Commune (PAC) fait régulièrement l’objet de discussions au Parlement européen. Euronews revient sur les dernières en date. Une réforme fondamentale de la PAC a été proposée au Parlement européen, qui limiterait à 300.000€ par an et par ferme (sauf si c’est une exploitation coopérative) les subventions aux exploitants. L’objectif est d’éviter les abus des grandes fermes industrielles qui n’ont pas autant besoin de ces subventions. Le commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos, affirme que ce changement serait bénéfique pour les petits et nouveaux fermiers et que, même s’il rend certaines personnes mécontentes, l’intérêt général devrait primer. Les exploitants européens ont manifestés cette semaine pour un approfondissement de cette réforme. Selon eux et avec le soutien de certains membres du groupe d’Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), cette limite de 300.000€ est bien trop élevée. En effet un membre vert du Parlement européen, Nikos Chrysogelos, affirmait que «La majorité des fermiers reçoivent entre 2.000€ et 15.000€ de subvention ». Un exploitant interviewé ajoute que 80% des subventions vont aux grands conglomérats fermiers. Dans ce contexte, José Bové, lui aussi membre d’EELV au Parlement européen, nous fait part de l’intérêt écologique et économique d’une réforme structurelle de la PAC pour tous les petit exploitants. En effet, BBC News nous rappelle que cette proposition, rejetée par le Parlement européen, contenait aussi un fond contingent de mise en valeur et de préservation de la faune dans les exploitations agricoles. Celui-ci aurait permis que la terre non-utilisée soit mise à disposition de la faune locale, avec un objectif graduel de sécuriser ainsi toutes les exploitations agricoles à hauteur de 7% de l’espace disponible pour l’exploitant. Relations extérieures et élargissement Le sujet numéro 1 pour l’UE cette semaine reste la Syrie, avec la question centrale de l’aide à apporter aux rebelles et de la levée ou non de l’embargo sur les armes. Déjà mentionné dans la revue de presse UE de Classe Internationale il y a deux semaines, la décision avait été prise d’assouplir cet embargo en permettant aux États qui le souhaitaient de fournir des équipements non létaux aux rebelles. Le débat est relancé aujourd’hui par les prises de position de la France et de la Grande-Bretagne en faveur d’une aide plus poussée, après que les 27 ont reçu lundi Lakhdar Brahimi, l’émissaire des Nations Unies et de la Ligue arabe en Syrie –comme nous l’explique un communiqué de presse de l’UE relayé par le site Europa. Le Premier ministre anglais David Cameron a déclaré qu’il envisageait une livraison unilatérale d’armes par le Royaume-Uni en cas de maintien de l’embargo actuel par l’UE. Reuters et le Nouvel Observateur citent les propos de Cameron : « J’espère que nous réussirons à convaincre nos partenaires européens […] mais si nous n’y arrivons pas, il n’est pas totalement exclu que nous soyons obligés d’agir à notre façon ». Comme le souligne Le Monde, cette question divise toujours plus les 27 : si la France est également favorable à un réexamen de l’embargo, le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle s’y oppose en évoquant le risque d’une « prolifération » dans la région. On note que la question divise aussi en Grande-Bretagne même, comme le prouve la tribune du travailliste Douglas Alexander dans le Guardian qui appelle à ne pas intensifier le conflit et à agir en accord avec la Russie. Comme nous l’apprenait RIA Novosti (l’Agence russe d’information internationale) mercredi 14 mars, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a d’ailleurs considéré que la livraison d’armes à l’opposition syrienne constituerait « une violation de la loi internationale ». Toujours à propos de la Syrie, Le Figaro a relayé la nouvelle de la mort d’un conseiller syrien de la délégation européenne, Ahmed Shihaded, à qui la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a rendu hommage dans un communiqué. Enfin, on note que le quotidien Le Monde questionnait hier de manière plus générale les faiblesses de l’action extérieure de l’UE dans les pays arabes en pointant du doigt les « atermoiements de la diplomatie européenne ». Le 10 mars, Frankfurter Allgemeine Zeitung, relayé ensuite par Courrier International, publiait un article au sujet de la menace terroriste en Europe. En effet, depuis l’intervention au Mali, les risques d’une attaque terroriste en Europe se seraient démultipliés. Le journal tire ses sources d’un rapport confidentiel présenté par Gilles de Kerchove, coordinateur de l’Union européenne pour la lutte contre le terrorisme. Il y évoque les dangers liés aux réseaux sociaux qui permettraient de recruter  des terroristes en Europe. Le rapport démontre également que le principal danger vient d’individus isolés, des citoyens de l’UE qui voyageraient au Moyen-Orient pour être formés. Le Figaro confirme indirectement ce phénomène en annonçant, le 8 mars, que des djihadistes français ont été fait prisonniers au Mali. Enfin, le rapport qualifie la zone sécuritaire dans la zone du Sahel et au Maghreb de mauvaise. Le Monde du 14 mars évoque, quant à lui, la question de la mission de formation de l’armée malienne menée par l’Union Européenne. Laurent Fabius a dû réitérer sa demande aux membres de l’UE, et notamment auprès de Madrid et Bruxelles, de fournir chacun une trentaine de militaires. Alors que cette mission avait été approuvée par les 27, beaucoup d’entre eux n’ont apporté aucune contribution à l’opération menée par la France. Ce constat est repris dans l’édito du quotidien qui accuse l’Europe de « fuir l’Histoire », reprochant à l’Union européenne d’être pingre et égoïste. Sur ce, bon week-end. Une revue de presse proposée par Laurène Aubry, Peter Barrett, Dinu Codreanu, Hélène Gracy, Alice Laurent, et Marie Leyendecker.

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