Victoire historique de la gauche radicale grecque.

La victoire de la Syriza (Synaspismós Rizospastikís Aristerás, « Coalition de la gauche radicale » en grec) n’a pas de précédent, ni en Grèce, ni en Europe. Pour la première fois, un parti de la gauche radicale remporte les élections générales dans un pays de l’Union européenne. Pour la première fois, un parti portant un programme clairement opposé aux politiques austéritaires parvient aux commandes d’un pays européen.

  Austérité : Basta ! Les Grecs ont signifié par ce vote leur rejet des politiques d’austérité imposées par la Troïka (FMI, BCE et Commission européenne) depuis 2010. Les gouvernements grecs successifs ont mené des programmes drastiques de réduction des dépenses publiques se traduisant par une baisse des minimas sociaux et des retraites, par des coupes dans les budgets de la santé, de l’éducation, dans les moyens et les effectifs de la fonction publique… Les conséquences sont dramatiques, notamment sur le plan sanitaire comme en témoigne Marica Frangakis sur Libération, pour certains il s’agit d’une véritable crise humanitaire. Loin d’atteindre les objectifs, les politiques d’austérité n’ont pas enrayé l’augmentation de la part de la dette publique dans le PIB grec qui passe de 146% en 2010 à 177,2% en 2014…

Dette publique grecque
Cité par Les Echos ; source Eurostat/Commission européenne

  Recomposition. La crise a finalement mis fin à 40 ans de bipartisme en Grèce. En cinq ans, le rapport de force sur la scène politique nationale grecque a beaucoup changé. Plus qu’une recomposition brutale de l’échiquier politique, le scrutin de dimanche dernier confirme globalement la tendance des derniers votes. L’ascension fulgurante de la Syriza, qui gagne dix points à chaque échéance législative (16% en 2012, 26% en 2014, 36% en 2015), se poursuit, portant ainsi la coalition au pouvoir. La Nouvelle Démocratie (ND, droite) passe dans l’opposition, mais parvient à sauver les meubles en restant le parti traditionnel de référence. Le parti néonazi, Aube dorée, se maintient à la troisième place avec 17 députés alors que plusieurs de ses leaders sont en prison pour appartenance à une organisation criminelle. Le parti historique de la gauche, le Parti socialiste (PASOK), continue sa descente aux enfers et passe en 4 ans du statut de parti de gouvernement à celui de petit parti d’opposition marginal. Sur les ruines du PASOK, le parti La Rivière (To Potami) entend incarner l’alternative centriste et pro-européenne, il obtient 17 sièges. Les Grecs indépendants  (AN.EL), parti souverainiste de droite dissident du ND, remporte 13 sièges et le Parti communiste grec (KKE) 15 sièges.

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Composition du nouveau Parlement grec. Le Monde, source Reuters

  Tractations. Si la victoire de la Syriza est éclatante, elle n’est pas totale. En effet, la coalition est passée à deux sièges de la majorité absolue fixée à 151 sièges. Pour former un gouvernement, Alexis Tsipras a entamé des pourparlers avec le représentant des Grecs indépendants, Panos Kammenos. Les Grecs indépendants ont provoqué les élections législatives anticipées en refusant de voter en décembre dernier pour le candidat à la Présidence de la coalition sortante, ils ont donc indirectement permis la victoire de la Syriza. Pourtant, cette alliance entre une coalition de la gauche radicale et un parti de droite souverainiste a de quoi surprendre. En effet, ils s’opposent sur de nombreux sujets : fiscalité, immigration, lien avec l’Église orthodoxe… Pour comprendre cette alliance qualifiée de « contre nature », il faut prendre en compte la mutation profonde de la scène politique grecque depuis le début de la crise. Le clivage politique majeur n’est plus le traditionnel clivage gauche-droite, dorénavant, l’échiquier politique se structure autour de l’attitude à adopter vis-à-vis de la Troïka. Il faut également se rappeler que la Syriza n’est pas la première coalition à dépasser le clivage gauche-droite, le gouvernement sortant réunissait la Nouvelle-Démocratie (droite), le PASOK (socialiste) et la Gauche indépendante.

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Panos Kammenos à gauche, Alexis Tsipras à droite, le lundi 26 janvier.

Le vote de dimanche dernier a vu l’entrée de nouveaux partis au Parlement grec, une recomposition du rapport de force politique et l’arrivée au poste de Premier ministre d’Alexis Tsipras.

  Tsipras, l’atypique. Le jeune et charismatique leader de la Syriza, Alexis Tsipras a prêté serment lundi 26 janvier en tant que Premier ministre. Dérogeant à la tradition, Tsipras n’a pas juré sur la Bible et s’est présenté sans cravate. Au-delà des symboles, la cérémonie laïque dans ce pays très orthodoxe annonce un changement des relations entre la très influente Église grecque et l’État. Outre son affiliation politique, Alexis Tsipras se démarque de ses prédécesseurs par son âge: à 40 ans, il devient l’un des plus jeunes dirigeants grecs après avoir été le plus jeune chef de parti. Si Tsipras personnifie la Syriza, cela ne doit pas faire oublier le caractère pluriel de cette coalition qui regroupe plusieurs partis et plusieurs tendances (dissidence communiste, écologistes, internationalistes…). Cette diversité s’incarnait dimanche soir sur la place devant l’université d’Athènes par les drapeaux aux différentes couleurs (blanc, rouge, vert, violet), symboles des différentes tendances au sein de la coalition.

Syriza victory party in Athens
© Mehdi Chebil / France 24

  Un espoir pour l’Europe ? Aux côtés des drapeaux de la Syriza flottaient des drapeaux grecs, français, un drapeau républicain espagnol, le rainbow flag LGBT, le drapeau de la Rifondazione communista italienne… Cette foule aux drapeaux bigarrés incarne la dimension européenne de la victoire de la Syriza. L’hymne de campagne était « Bella ciao« , un chant révolutionnaire connu dans tout le continent, chanté en italien par des Grecs. Tout un symbole. Des slogans espagnols ont également été repris par les partisans de la Syriza : « Si se puede, venceremos » (« Oui on le peut, nous vaincrons ») comme autant d’appels à ce que l’expérience Syriza se reproduise en Espagne, où le jeune parti de la gauche radicale, Podemos, est de plus en plus populaire. A la fin du discours de Tsipras, c’est une chanson anglaise qui a résonné : Rock the Casbah des Clash. Pour sûr, la victoire de la Syriza va provoquer des remous dans la casbah européenne ! « Angela don’t like it… »

Nicolas SAUVAIN

-Quelques « Unes » de la presse grecque, européenne et internationale compilée par France 24.

-Voir le discours d’Alexis Tsipras, le 25 janvier, traduit en français par France 24.

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