Burundi : l’ONU craint que la situation dégénère en conflit ethnique

Un mémo confidentiel envoyé par le Chef des opérations de maintien de la paix au Conseil de Sécurité fait craindre le pire pour la situation burundaise. Le 6 janvier, Hervé Ladsous communique un bilan de la situation du pays au Conseil, via un document confidentiel qui a fuité sur Vice News.
> Pour voir l’article original de Vice News, en anglais.

Le document souligne le manque de préparation de l’ONU en cas si la situation dégénérait en un scenario de type génocidaire.burundi protestscrédit : AP © BBC News 2015

Une situation de plus en plus tendue entre gouvernement et opposition

Les tensions au Burundi sont nées de la candidature du président sortant Pierre Nkurunziza à un troisième mandat présidentiel en avril 2015.
> Pour comprendre les enjeux de ces élections, lire ce dossier de International Crisis Group sur la question.

L’annonce de la candidature de Nkurunziza avait déclenché une série de manifestations violemment réprimées, parfois à balles réelles, provoquant la fuite de plus de 100 000 personnes vers les pays voisins.

En mai, une tentative manquée de coup d’état par une partie de l’armée et de la police achève de tendre la scène politique.

La campagne s’est déroulée dans un climat d’intimidation et de violences politiques et s’est soldée par l’élection de Nkurunziza avec 69,4% des voix et un boycott de l’opposition.
> Plus de détails sur les résultats des élections et les scores de l’opposition dans cet article de Libération.

Selon le mémo de l’ONU, les membres de l’opposition font toujours l’objet d’attaques de la part les forces du gouvernement (police, services de sécurité et mouvements de jeunesse du CNDD-FDD). Par ailleurs, des groupes armés s’opposant au président Nkurunziza se sont formés, aggravant encore le risque d’explosion de la situation. La crise économique qui va inévitablement s’ensuivre aura des conséquences considérables sur les populations civiles.
> Pour en savoir plus sur le climat de très forte tension au Burundi et ses conséquences, voir ce dossier publié par DW.

Ladsous prévoit trois scenarii possibles pour le Burundi. Le plus optimiste est un maintien du statu quo, avec des violations continues des droits de l’homme sans généralisation de la violence.

Deuxième possibilité, une scission dans l’armée ou un assassinat politique déclenche une vague de violence. La force de l’Union Africaine présente sur place, la Maprobu, ne peut pas gérer la situation. La violence s’intensifie et 2 millions de personnes sont touchées par le risque humanitaire.

Troisième possibilité, et la pire : les combats se transforment en conflit ethnique et on assiste à un génocide ou, a minima, à des crimes contre l’humanité. En effet, une série d’assassinats cette année a fait craindre la résurgence des tensions entre Hutus et Tutsis. Une perspective qui pourrait affecter toute la région et notamment le Rwanda voisin.
> Pour comprendre les raisons du risque de conflit ethnique, cet article de Rfi.

Quelles réponses possibles pour l’ONU ?

Face à ces prévisions très sombres, le chef des opérations de maintien de la paix préconise plusieurs solutions. Dans le cas d’un scenario sans guerre ouverte, le soutien de l’ONU à la Maprobu devrait s’avérer suffisant. Cependant, la partie inquiétante du mémo est la suivante : en cas d’explosion de violence ou de conflit génocidaire, l’ONU n’a pas beaucoup de solutions.

Pour envoyer des casques bleus à Bujumbura, une résolution du Conseil de Sécurité est nécessaire. Cependant, la création d’une force spécialement dédiée au Burundi prendrait jusqu’à 6 mois. L’alternative est de faire venir des casques bleus de la Monusco, la force de l’ONU présente en République Démocratique du Congo. Le problème est que cela représenterait un risque pour la stabilité en RDC.

Envoi d’une mission du CS au Burundi

Suite à la transmission de la note, le Conseil de Sécurité a mandaté une mission à Bujumbura du 20 au 22 janvier, suivant ainsi la recommandation de M. Ladsous. Cependant, malgré la prise d’action du Conseil, la conclusion de la note reste sombre : si un conflit devait éclater demain, l’ONU n’a actuellement pas les moyens de protéger la population.


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