SAVE THE JCPOA !

Le 12 mai prochain, le président Donald Trump devra décider de maintenir ou de retirer les États-Unis de l’accord du 20 juillet 2015 – résolution 2 231 du Conseil de Sécurité des Nations Unies[1]officiellement appelé le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA).
Si cet accord a été signé et ratifié par l’Iran d’une part et le groupe 5+1 (États-Unis, Chine, Allemagne, Royaume-Uni, France, Russie) d’autre part, il est qualifié par Donald Trump depuis son élection de “ pire accord jamais signé ”.

Le JCPOA, dont les négociations ont débuté en 2003[2]et ont été parachevées avec l’élection du président actuel Hassan Rohani en 2012, aura donc mis près de dix ans avant d’obtenir consensus. Il impose à l’Iran, à travers une restriction de ses capacités techniques à enrichir l’uranium, un usage civil et non militaire de son programme nucléaire[3], et ce jusqu’en 2025. S’il est décrié par certains comme étant imparfait, les rapports successifs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont à chaque fois indiqué que l’Iran le respectait.          

Soucieux de le préserver et le 12 mai approchant, les Européens tentent de maintenir l’imprévisible président des États-Unis au sein de l’accord. C’est en ce sens que les deux visites successives du président Emmanuel Macron et de la chancelière allemande Angela Merkel ont été organisées. Si l’une fut clinquante et médiatisée et l’autre moins visible, aucune avancée ou certitude n’ont pu être retirées de ces rencontres.

Capture d’écran 2018-05-03 à 09.20.36.pngDonald Trump et Emmanuel Macron à la Maison Blanche, à Washington, le 24 avril 2018. © Official White House Photo by Shealah Craighead

Macron et Merkel, deux méthodes pour un même résultat ?     

Précédant sa visite d’État à Washington, le président français avait rappelé lors de son interview pour la chaîne étatsunienne ultra-conservatrice Fox News qu’il “ n’y avait pas de plan B ” à l’accord en vigueur. Ambassadeur officieux de l’Union Européenne, la ligne qu’Emmanuel Macron a défendu devant Donald Trump est celle unanimement partagée par l’ensemble des signataires de l’accord, dont Bruxelles. Les négociations précédant l’accord furent en effet menées tambours battants par Federica Mogherini, la Haute Représentante aux Affaires étrangères.        

Or, dès sa deuxième journée à Washington le mardi 24 avril, lors de la conférence de presse conjointe, Emmanuel Macron a ménagé la chèvre et le chou, faisant mine d’accorder crédit à la volonté de Trump de se passer de l’accord pour en substituer un autre puis réaffirmant sa volonté de ne pas en sortir. S’il a néanmoins clairement affirmé sa volonté de maintenir l’accord en vigueur devant le Congrès le mercredi 25 avril, le flou de sa déclaration de la veille a eu différents échos dans la presse internationale.

D’aucuns lui reprochent un double discours, affirmant dans un premier temps qu’il n’y a pas de plan B pour ensuite abonder en direction de son homologue étatsunien. Emmanuel Macron a de fait laissé ouverte à Donald Trump la possibilité de négocier un nouvel accord qui serait selon ce dernier : “ une super occasion de faire un bien plus gros accord, peut-être.”

On peut en effet légitimement penser que l’autorité accordée par Emmanuel Macron à la possibilité d’un nouvel accord entérinerait la décision de Washington de ne pas le reconduire le 12 mai prochain. Par ailleurs, en abondant en faveur d’un nouvel accord, même complémentaire de celui en vigueur, Emmanuel Macron a pris le risque de cristalliser les tensions entre l’Iran et les États-Unis. C’est ainsi, ironiquement, que le président de la République islamique d’Iran Hassan Rohani, a rejeté toutes nouvelles négociations, critiquant les dirigeants – Trump et Macron – qui “ veulent prendre une décision sur un accord conclu à sept “.

Capture d_écran 2018-05-03 à 09.21.35Conférence de presse du président élu Hassan Rohani à Marble Hall,16 juin 2013.
© Meghdad Madadi

Le ministre des Affaires étrangères de la République islamique Mohammad Javad Zarif, alors au siège des Nations Unies à New York, a également surenchéri aux menaces de Donald Trump en précisant que l’Iran ne cherche pas à se doter de la bombe nucléaire mais la réponse probable de Téhéran à un retrait américain de l’accord serait une reprise vigoureuse de la production d’uranium enrichi “. Ce à quoi le président des États-Unis a répondu que l’Iran aura des problèmes comme jamais il n’en a eu “.

D’un autre côté la stratégie du président français est de maintenir la Maison Blanche dans le jeu en lui permettant de prendre des initiatives[4]. En faisant un pas vers son homologue américain, Emmanuel Macron a cherché à rendre Donald Trump acteur de la question du nucléaire iranien en s’accordant sur le fait d’en négocier un nouveau. S’ils se sont tous les deux entendus sur les quatre volets de discussion – la problématique du programme balistique iranien, la prolongation de l’actuel accord après 2025, contenir l’influence de la République islamique et la question syrienne[5] – le président français est lui en faveur d’un accord supplémentaire quand son homologue d’outre-Atlantique souhaite le substituer à celui existant.

On peut donc critiquer le résultat final, alors que les déclarations en amont de la visite du président de la République française et la « bromance » entre les deux hommes laissaient planer beaucoup d’espoir sur sa capacité à convaincre son homologue. Mais, comme on l’a vu par la suite avec la visite de la chancelière allemande Angela Merkel, la décision de Donald Trump semble bel et bien prise. Les Européens, avant la rencontre entre Emmanuel Macron et Donald Trump, étaient cependant allés à la rencontre des préoccupations étatsuniennes en s’inquiétant du rôle de l’Iran en Syrie et au Yémen. Ils estimaient ainsi avoir abattu leurs cartes en proposant des solutions.        

Reste que certains signes laissent présager d’un possible revirement. Chacun connaît le tempérament du président Trump et sait qu’il alterne entre flatteries et provocations[6]. Nul n’est au fait de ce que se sont dit les deux hommes en coulisse.
Le lendemain du départ du président français, le secrétaire à la Défense James Mattis assurait que les États-Unis n’avaient pris aucune décision quant au maintien du pays dans l’accord de juillet 2015.   

La visite du Secrétaire d’État Mike Pompeo ou l’escalade récente des tensions

Cependant, la récente visite en Arabie Saoudite puis en Israël du secrétaire d’État Mike Pompeo, alors fraîchement confirmé par le Sénat, a de nouveau exacerbé les tensions. Bien décidés, semble-t-il, à sortir de l’accord, les partisans anti-JCPOA, à savoir Donald Trump, ses « faucons » – John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis et Mike Pompeo – et le Premier ministre Israélien Benjamin Netanyahu tentent désormais de faire douter de la détermination des européens sur la question.

Capture d_écran 2018-05-03 à 09.23.54Mike Pompeo, alors membre du Congrès, s’exprimant lors du Values Voter Summit à Washington. © Gage Skidmore

C’est en ce sens que Benjamin Netanyahu a affirmé devant la presse le lundi 30 avril détenir les preuves que la République islamique d’Iran ment et mentait depuis le début sur ses agissements[7]. Si la présentation des supposées preuves devant la presse peut sembler originale, il n’en reste pas moins que les partisans d’une sortie de l’accord agitent une nouvelle cartouche – leur dernière ? – à destination des européens.           

D’aucuns[8] estiment au contraire que les récentes déclarations du Premier ministre Israélien ont pour but, alors que le secrétaire d’État vient de terminer sa visite dans la région, de confirmer la décision du gouvernement de Donald Trump, après les visites successives du président Macron et de la chancelière Merkel.

Comment les Européens réagiront-t-ils en cas de sortie des États-Unis de l’accord ? Soutiendront-ils la politique de Donald Trump, lequel rétablira probablement toutes les sanctions ? En 2010-2012, les Européens avaient suivi les États-Unis et limité les importations de pétrole iranien. Selon François Nicoullaud, rien ne laisse actuellement penser que les Européens feront de la sorte. L’Union Européenne parvient en effet à resserrer les rangs dès lors que ses intérêts commerciaux sont menacés.        

Au-delà d’intérêts purement commerciaux, c’est toute la stabilité de la région qui est en jeu.

 

Guilhem Ducournau

 

[1]Conseil de sécurité des Nations Unies, Résolution 2231, http://www.un.org/fr/sc/2231/
[2]François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran, entretien pour le quotidien La Croix, propos recueilli par Agnès Rotivel, jeudi 26 avril 2018
[3]René Backmann, Nucléaire iranien: la reculade de Macron face à Trump, 28 avril 2018, Médiapart,
[4], 6Marie-Cécile Naves, Faut-il renégocier l’accord sur le nucléaire iranien ?, 28 avril 2018, La Croix
[5]Marc Semo, Gilles Paris, Macron et Trump évoquent « un nouvel accord avec l’Iran », 25 avril 2018, Le Monde
[7]Déclaration en direct du Premier Ministre Israélien, Benjamin Netanyahu, 30 avril 2018, Times of Israël
[8]Dont Robert Malley, Président du Crisis Group, ancien conseiller spécial du Président Obama et ancien Coordinateur de la Maison Blanche pour les régions ANMO / Golfe

 

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