La défense européenne : à la croisée des chemins ?

La construction de la défense européenne est un processus long, qui a connu des hauts et des bas. C’est aussi un processus complexe, qui est une création née de l’harmonisation des volontés des différents États-membres qui constituent l’Union européenne, mais qui est aussi le fruit de l’influence des institutions de l’UE qui œuvrent auprès des États-membres pour sa réalisation. La défense européenne doit être distinguée de la défense de l’Europe, car elle implique la défense des États de l’Union européenne (UE) par leurs propres moyens, et non simplement la défense du continent européen. Ainsi, dans la construction d’une défense européenne, l’Union européenne est amenée à assurer, au-travers de l’action des États-membres, les moyens de sa défense contre les menaces extérieures. Il s’agit d’empêcher que celles-ci portent atteinte à la sécurité des citoyens de l’Union et l’intégrité des États-membres. La construction de la défense européenne, qui est un processus encore loin d’être achevé, vivait probablement dans la décennie 2010 des moments qui l’ont rendue plus forte mais aussi d’autres qui l’ont particulièrement chamboulée. Entre pas en avant et pas en arrière, où en est la défense européenne aujourd’hui ? Continuer de lire « La défense européenne : à la croisée des chemins ? »

L’archipel du Svalbard, vitrine des conflits géopolitiques en Arctique

Dans un entretien donné à High North News en janvier 2020, l’écrivain norvégien Per Arne Totland souligne que l’importance stratégique du Svalbard est plus grande que jamais depuis la signature du traité qui y a trait il y a exactement 100 ans. Cela met en évidence un regain d’intérêt récent pour cet archipel situé dans l’océan Arctique, entre le Groenland à l’ouest, la terre de François-Joseph à l’est et l’Europe au sud. Ce territoire est sous souveraineté norvégienne depuis 1920, date de la signature du traité du Svalbard, qui lui donne un statut juridique, mettant fin au régime de terra nullius (1) qui le définissait jusqu’alors. Malgré la reconnaissance de l’exercice du pouvoir de la Norvège sur cette région, le traité définit une originalité sans précédent : l’internationalisation partielle du Svalbard, dont l’interprétation va être au fondement de nombreuses tensions.

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L’échec d’une médiation internationale dans la résolution des Printemps arabes. Le cas de la Syrie (I/III)

Le 15 mars 2018, la Syrie est entrée dans sa huitième année de guerre civile, celle-ci ayant débuté le 15 mars 2011, prenant corps dans les mouvements de révolte qui se généralisent dans le monde arabe sous le nom de « Printemps arabes » . En sept ans, le conflit avait déjà fait plus de 353 000 victimes. Dès 2012, les conférences de la paix à Genève organisées sous l’égide des Nations Unies ont eu pour objectif de trouver une solution politique au conflit syrien. Continuer de lire « L’échec d’une médiation internationale dans la résolution des Printemps arabes. Le cas de la Syrie (I/III) »

Penser les situations (post)coloniales : le cas de l’Inde colonisée et postcoloniale dans son rapport à la métropole

 

La visite de Justin Trudeau, Premier Ministre canadien, en Inde, il y a quelques semaines, a été l’occasion de nombreuses critiques quant à sa décision d’habiller toute sa famille en tenues traditionnelles indiennes. On l’a alors taxé d’appropriation culturelle, terme issu des études postcoloniales. Cette critique nous invite à nous poser la question du néocolonialisme, c’est pourquoi nous avons décidé de revenir sur le cas de l’Inde coloniale et postcoloniale dans son rapport à la métropole.

L’exemple de l’Inde est un des cas les plus étudiés pour parler de la décolonisation, mais nous avons choisi aujourd’hui de l’analyser à travers le prisme de deux articles :  « Les études postcoloniales. Une invention politique de la tradition ? » écrit par Jean-François Bayart en 2009 et « Les sciences sociales et le moment colonial : de la problématique de la domination coloniale à celle de l’hégémonie impériale » écrit par Romain Bertrand en 2006. Ces deux articles s’inscrivent dans une perspective particulière : il s’agit de porter un nouveau regard sur les sociétés extra-européennes en ne les considérant plus uniquement dans leur rapport à la colonisation. Ces auteurs tentent de démontrer l’existence de caractéristiques et donc de trajectoires qui leur sont propres. A l’inverse des études postcoloniales qui voient dans la situation coloniale et sa potentielle reproduction l’origine et la cause des rapports sociaux contemporains, Jean-François Bayart et Bertrand Romain tendent à analyser les empires coloniaux comme des espaces hétérogènes et conflictuels, à pointer l’historicité du « fait colonial » et surtout à souligner l’importance de ne pas surestimer l’emprise des empires coloniaux. Jean-François Bayart se défend notamment contre la perception d’un continent africain « lové sur lui-même, et contraint à entrer dans une histoire exogène ». Nous avons choisi le cas de l’Inde pour étudier la pertinence des différents concepts mis en évidence.

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