L’Italie plongée dans l’incertitude

Les Italiens étaient appelés aux urnes ce dimanche 4 mars pour les élections législatives. L’enjeu : former rien moins que le 65ème gouvernement depuis 1946, le régime italien étant assez instable par rapport à ses voisins allemands, français ou même britanniques. Les estimations de résultats ne permettent pas pour l’instant de dégager une majorité claire pour le Parlement italien. Cette situation plonge le pays dans une incertitude politique.

Le système du pouvoir exécutif en Italie fonctionne ainsi : le Président de la République, actuellement Sergio Mattarella, a un rôle essentiellement honorifique. Il est élu pour un mandat de sept ans par les deux chambres législatives – le Sénat et la Chambre des députés. Le chef du gouvernement, le Président du Conseil des ministres, est nommé par le Président – mais ce choix doit être confirmé par les deux chambres du parlement. En matière législative, l’Italie fonctionne en bicaméralisme, les deux chambres ayant un pouvoir législatif égal.

C’est donc dans l’optique d’élire leurs représentants des chambres législatives que les Italiens ont voté hier. Pour ces élections un nouveau système électoral, mêlant la proportionnelle et le scrutin majoritaire à un tour, s’applique. Il ne favorise plus les majorités absolues de partis, ce qui pousse les partis à des jeux d’alliance. Si les résultats ne sont pas encore définitifs, les grandes tendances se dégagent déjà clairement.

 

La gauche en grande difficulté

Le parti de centre-gauche, le Parti Démocrate (PD), a actuellement un de ses membre à la tête du gouvernement. Il s’agit de Paolo Gentiloni, qui a remplacé Matteo Renzi suite à son échec cuisant du référendum de réforme constitutionnelle en décembre 2016.

Le parti démocrate n’a réuni que 19% des suffrages dimanche, alors qu’en 2014, lors des élections européennes, Matteo Renzi avait obtenu 40% des suffrages. Le score de dimanche représente donc un réel effondrement du PD, à l’image du SPD allemand en septembre dernier. Si la baisse d’engouement pour la gauche a été sensible dans tout le pays, elle est plus particulièrement remarquable dans le Sud où les jeunes, parmi ses électeurs traditionnels, lui ont préféré le Mouvement Cinq Étoiles (M5S), qui a rassemblé 32% des suffrages. Ce mouvement, qui se veut disruptif et a des sentiments anti-européens, regroupe plusieurs courants d’idées en se positionnant plutôt à droite sur les questions d’immigration et sécuritaires, mais plutôt à gauche dans le domaine de l’écologie et sociétal – se prononçant en faveur d’un revenu universel, par exemple. Dans le Nord, le PD a perdu des voix au profit de la Ligue du Nord.

Lundi 5 mars, cet échec a provoqué la démission de la direction du PD de Matteo Renzi.

 

La droite dans les starting-blocks

La coalition de droite formée par Forza Italia (14%) de Silvio Berlusconi, la Ligue (16.7%) de Matteo Salvini, et le petit parti Fratelli d’Italia, a en tout obtenu près de 37%. Là où la gauche a perdu des soutiens dans le Sud, la Ligue, un parti d’extrême-droite originaire du Nord et ayant à la base des ambitions sécessionnistes, a gagné des voix dans le Sud du pays où il était auparavant impopulaire. Ce tour de force a été accompli par Salvini, qui a évacué la question sécessionniste et a modéré la position anti-zone euro du parti pour mettre en avant un certain nationalisme : “Prima gli italiani” (“Les Italiens d’abord”) était son slogan de campagne.

C’est la Ligue qui, au sein de la coalition, a obtenu le plus de suffrages, à hauteur de 16.7% selon les estimations : si Salvini et Berlusconi parviennent à former un gouvernement, c’est, selon les termes de l’accord entre les deux chefs de parti, celui qui a obtenu le plus de suffrages qui choisirait le chef de gouvernement. Salvini est donc potentiellement en position de prendre la tête d’un gouvernement.

 

Des remous à venir

Toute coalition pour obtenir une majorité semble impossible. Avant le scrutin, une coalition à la « GroKo » comme en Allemagne entre le centre gauche et Forza Italia était envisagée, mais les résultats interdisent désormais un tel espoir car même avec cette alliance, la majorité ne serait pas atteinte. De plus, une telle alliance avec un parti anti-système est refusée par le PD. La Ligue et le M5S pourraient s’allier pour former un gouvernement, mais cette configuration est très incertaine. En effet, elle forcerait le M5S à se positionner à droite ou à gauche pour la première fois de son existence, or les membres du mouvement risquent de s’y refuser.

Si aucune coalition ne se forme, la seule solution de sortie serait la convocation de nouvelles élections, le gouvernement actuel restant en place pour régler les affaires courantes. Quoi qu’il advienne, formation de coalition ou nouvelles élections, l’Italie risque de ne pas connaître son nouveau gouvernement avant au moins plusieurs mois.

Au-delà du défi que ces résultats représentent pour l’Italie, l’enjeu pour l’Europe est comme lors de toutes les dernières élections – Pays-Bas, France, Allemagne – particulièrement présent. La montée de la Ligue du Nord mais aussi de la problématique de l’immigration, omniprésente en Italie, ont de quoi inquiéter l’Union européenne. Elle aussi retient son souffle dans l’attente du dénouement de la situation.

 

Marie Mognard

 

BIBLIOGRAPHIE

“Législatives en Italie. Matteo Salvini, un tribun aux ambitions débordantes”, Le Figaro, 24 février 2018 URL

“Italie : Les différents scénarios après les législatives”, Courrier International, 05 mars 2018, URL

“Italie : un cadre électoral inédit, pour des scrutins très indécis”, RFI, 04 mars 2018, URL

“La gauche italienne subit une défaite retentissante”, RFI, 05 mars 2018, URL

“Le Mouvement 5 étoiles et l’extrême droite bouleversent la politique italienne”, 05 mars 2018, URL
Live du Monde sur les élections législatives

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