Coûts et héritages de la deuxième guerre des Boers (1899-1902)

La deuxième guerre des Boers de 1899 à 1902 oppose les Boers (les Néerlandais, aussi appelés Afrikaners) et les colons britanniques, dans leur volonté de contrôler le territoire sud-africain. Bien que les Néerlandais soient des étrangers sur le sol sud-africain, ils sont considérés dans cette guerre comme les colonisés car ils se sont implantés bien avant les Britanniques. C’est donc une guerre entre deux camps « blancs », mais les populations noires ont aussi participé à ce conflit, à la fois du côté des Boers, mais surtout du côté des Britanniques. Ces derniers leur faisaient espérer plus de libertés et de droits, alors que les Boers se sentaient déjà supérieurs aux populations noires.

L’histoire de la colonisation de l’Afrique du Sud par des puissances étrangères remonte au XVIIème siècle quand les Néerlandais s’installent au Cap de Bonne Espérance en 1652. Ce n’est que plus d’un siècle plus tard que les Anglais effectuent leurs premières expéditions au Cap en 1795. A partir de 1843 et jusqu’à la fin du XIXème siècle, l’empire britannique continue sa pénétration des terres Boers en annexant le Natal, le Transvaal, le Zululand et le territoire d’Orange River. Des conflits s’amorcent dès lors entre colons britanniques et néerlandais : le meurtre d’un britannique en décembre 1898 par un des membres de la police du Transvaal entraîne des pétitions pour que la Grande-Bretagne intervienne afin de protéger les Britanniques présents au Transvaal. La conférence de Bloemfontein du 31 mai au 5 juin 1899 échoue à maintenir la paix entre les deux peuples. La guerre, qui éclate éclate le 11 octobre 1899, ne s’achèvera qu’en mai 1902 avec la Conférence de paix et le Traité de Vereeniging. Cette guerre qui a duré trois ans a profondément marqué les populations d’Afrique du Sud et a influencé la construction étatique par la suite.

L’ouvrage The Boer War (1899-1902), de Gregory FREMONT-BARNES, Osprey Publishing, première publication en 2003, retrace les événements de la guerre des Boers et s’achève par un long chapitre sur les conséquences morales et physiques à court terme de ce conflit pour la société sud-africaine. En cela, il permet de mieux comprendre comment cette guerre a permis à la fois de créer un sentiment d’unité étatique entre les Afrikaners des différentes colonies – les permettant de s’unir en une Union sud-africaine ; mais également d’ancrer dans la construction politique une profonde division de la société, entre Afrikaners et populations noires, métisses et indiennes.

Il faut donc étudier les conséquences économiques directes de la guerre sur les populations sud-africaines, mais aussi son impact sur l’identité et la solidarité politique en Afrique du Sud, mise à mal par des tensions exacerbées par le conflit.

 

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Carte du sud de l’Afrique présentant les colonies britanniques et les républiques boers. Source : site internet du Musée canadien de la Guerre.

 

La reconstruction économique de la région après la guerre

Le coût économique et financier de la guerre est très lourd, tant pour l’armée britannique que pour les autorités locales, représentant plus de 200 millions de livres. Ces dépenses massives laisse la région sud-africaine en ruine à la fin de la guerre. La reconstruction économique est primordiale pour relever les populations et réhabiliter les territoires. Mais les moyens employés pour opérer cette reconstruction sont largement controversés.

La reconstruction économique s’est opérée rapidement avec l’afflux de prêts britanniques. La Conférence de Vereeniging de 1902 marque la fin de la guerre des Boers et aboutit sur un traité de paix entre les Boers et l’empire britannique. Le traité de paix convient de dépenser 3 millions de livres pour le replacement des Boers sur leurs terres et pour procurer de la nourriture, des médicaments et des abris dans les zones durement touchées par la guerre. La priorité a été donnée à la reconstruction des fermes. Le coût total du rapatriement et de la réinstallation des Boers et des populations noires s’est à peu près élevé à 16,5 millions de livres au total. La reconstruction a permis de régénérer l’économie, particulièrement dans l’industrie minière, et le gouverneur britannique du Cap, Alfred Milner, a commencé ce travail de reconstruction avant même que la guerre ne soit finie. Des progrès significatifs ont été faits en termes de croissance, notamment en revenant aux taux de production d’or d’avant-guerre, et même en les dépassant. En effet, la production est multipliée par cinq entre 1889 et 1892 pour atteindre 1,12 million d’onces, mais la guerre provoque une chute brutale de l’exploitation aurifère. En 1900, l’Afrique du Sud ne produit plus que 349 000 onces d’or. Cependant, très rapidement après la fin de la guerre, en 1905, l’Afrique du Sud se hisse au premier rang mondial en termes d’exploitation devant l’Australie, et en 1913 l’or représentera 45% du revenu de l’Union sud-africaine, 80% de ses exportations et 40% de la production mondiale [1]. La possession des mines d’or représente d’ailleurs l’une des causes de la guerre, notamment au Transvaal. Cela a surtout été rendu possible grâce au choix très controversé d’Alfred  Milner de faire appel à des travailleurs chinois sous contrat. Cette politique a été très critiquée d’une part par le nouveau gouvernement libéral de Londres, quand l’opinion publique a découvert que ces travailleurs étaient fouettés et flagellés ; et d’autre part par les Afrikaners qui se sont mobilisés en opposition face à ces étrangers.  

Les territoires ayant été complètement dévastés par les trois années de guerre, la pauvreté des populations apparaît comme une conséquence directe et première du conflit. Pour les civils Boers, la difficulté causée par la destruction de leurs maisons et fermes a été exacerbée par une série de sécheresses en 1902 et 1903. Cette destruction généralisée des maisons et fermes est le résultat d’une politique britannique de la terre brûlée, ayant pour objectif de détruire ou endommager gravement ressources, moyens de production, infrastructures, bâtiments ou nature environnante, de manière à les rendre inutilisables par l’adversaire. Le nombre de Blancs en situation de pauvreté dans l’Etat libre d’Orange et dans le Transvaal était assez bas avant la guerre. Après la guerre, cependant, il y a eu une croissance aiguë de la pauvreté dans les deux anciennes républiques : les propriétaires terriens n’avaient même plus les moyens d’accueillir les « sans-terres ». C’est surtout un choc pour les familles de retour des camps de concentration, qui se retrouvent totalement démunies. Certains des « sans-terres » et des collaborateurs ont été relogés dans des zones rurales nouvellement créées dans le Transvaal, mais la plupart des anciens ruraux Blancs ont choisi les zones urbaines, désespérément en recherche de travail dans l’industrie et les mines. La vie rurale traditionnelle a ainsi commencé à disparaître avec la croissance des villes et la nouvelle prospérité apportée par l’afflux de capitaux, surtout en provenance de Grande-Bretagne.

Conséquence du déplacement des populations et de la pauvreté dans laquelle ils se trouvent au sortir de la guerre, le principal défi est celui du retour des habitants dans leur foyer. En effet, la guerre a coûté plus de 200 millions de livres à la Grande-Bretagne. Elle laissa derrière elle une économie ruinée et un paysage dévasté. La destruction massive des fermes et cultures est une caractéristique nouvelle des conflits au XXème siècle. Près de 30 000 foyers ont été détruits. Plusieurs millions de têtes de bétail, chevaux et moutons ont été massacrées ou volées. Plus de 63 000 familles Boers ont demandé des compensations, et ces compensations n’ont pas touché que les Blancs ; les Noirs, qui avaient souvent des propriétés plus petites et gagnaient beaucoup moins, ont demandé un total de 661 000 livres de compensation à la fin de la guerre. Des mesures pratiques pour retourner à la vie quotidienne de l’avant-guerre ont été rapidement mises en place. Les prisonniers Boers ont été rapatriés des Bermudes, Ceylan et St Hélène. Cependant, même le procédé de renvoyer les internés dans leur foyer a pris du temps ; beaucoup sont restés dans les camps des mois après la paix, jusqu’à ce que le transport soit possible pour eux.

 

Une société déchirée par la guerre et qui peine à se reconstruire selon un modèle d’égalité

Ainsi, du fait de la ruine physique et économique du pays à l’issue de la guerre des Boers, la société sud-africaine est déchirée. Certains historiens tendent même à dire qu’elle est davantage divisée qu’avant la guerre, et que cette dernière a créé de nouvelles inégalités en Afrique du Sud.

En effet, il n’existe pas, à proprement parler, de réels vainqueurs et vaincus. Le plus grand paradoxe de la guerre des Boers est peut-être le fait que, bien que la Grande-Bretagne ait émergé comme vainqueur au sens militaire, les Boers ont clairement gagné la paix. En l’espace d’une décennie après la fin des hostilités, les quatre colonies de la Couronne Sud-Africaine ont été unifiées en une union autonome dominée par les Afrikaners, la liberté boer ayant clairement été le but de la guerre. Les Britanniques, représentés par Alfred Milner, espéraient au contraire que la loi britannique en vigueur en Afrique du Sud changerait l’équilibre des forces entre les Afrikaners et les Britanniques, en faveur de ces derniers. La défaite des républiques boers aurait donc dû étouffer le nationalisme Afrikaner et permettre à l’empire britannique d’asseoir complètement sa puissance. Milner espérait un lourd afflux d’immigrants britanniques après la guerre, qui auraient progressivement transformé la culture, la langue et la structure légale existante. Cependant, le gouvernement de Londres a contraint les plans de Milner et ses prévisions d’immigration de masse étaient bien trop optimistes. Cette inégalité se retrouve dans l’étude des victimes de la guerre : il y a une nette inégalité dans le nombre de morts Boers, Noirs et Britanniques. Selon les chiffres officiels, il y a eu 80 000 blessés britanniques et 22 000 morts – sachant que l’empire britannique envoya 450 000 hommes se battre au total. De leur côté, les Boers ont perdu au moins 7 000 soldats sur 88 000 combattants, et 28 000 morts civiles (des femmes et enfants surtout, ayant succombé aux maladies dans des camps de concentration). En ce qui concerne les populations noires, 115 000 Noirs étaient détenus dans les camps, dont 20 000 sont morts sur place. De plus, entre 10 000 et 30 000 Noirs africains ont été armés par l’armée britannique – ce qui a rendu l’expression « a white man’s war » insupportable car de nombreux Noirs étaient du côté de l’effort anglais.

La guerre a accentué les inégalités raciales déjà présentes dans la région sud-africaine. Les populations noires doivent faire face à une longue période éprouvante d’assujettissement à la sortie de la guerre. L’échec de la Grande-Bretagne à obtenir leur liberté vis-à-vis des Boers lors de la Conférence de Vereeniging a confirmé les peurs de beaucoup de Noirs, qui insistaient sur le fait que les Boers ne leur donneraient jamais l’égalité. La guerre elle-même a au contraire ancré les comportements des Boers sur les inégalités raciales et l’oppression. Quand le problème des droits des Noirs s’est posé à nouveau en 1909 pendant les discussions sur l’établissement de l’Union sud-africaine, la Grande-Bretagne n’a fait aucune objection à la privation continuelle des droits des Noirs. En cela, les discussions de 1909 ont échoué à établir une égalité politique vitale à la reconstruction positive de la région et des sociétés sud-africaines. La guerre incarne alors un tremplin pour l’affirmation nationaliste Afrikaner face aux populations noires et au colon britannique. Cette guerre violente ne s’est pas achevée sans conséquences sur l’identité culturelle et politique afrikaner. Une guerre menée sur le sol sud-africain, impliquant des citoyens des deux républiques, a nécessairement eu de profonds impacts sur l’identité Afrikaner. Le peuple Boer a combattu pour l’idéal d’indépendance, il a produit de grands leaders comme Louis Botha, Christiaan de Wet ou Paul Kruger, et défié l’une des plus grandes puissances mondiales. Ce nouveau sentiment de fierté a conduit à un renouveau culturel qui a établi et promu les Afrikaners comme une population dont la place est fondamentale pour construire l’identité de la région. Par ailleurs, un renouveau politique a accompagné ce renouveau culturel. Après la guerre, plusieurs partis politiques sont nés, comme le Het Volk Party sous Louis Botha, établi en 1905 dans le Transvaal. Dans l’ancien Etat libre d’Orange, Abraham Fischer et Christiaan de Wet ont fondé la Orangia Unie en 1906. Ainsi, les espoirs d’Alfred Milner de mettre fin au nationalisme Afrikaner étaient donc déçus en quelques années seulement après la fin de la guerre.

Ainsi, l’affirmation de cette nouvelle identité politique et culturelle permet l’apparition du nationalisme afrikaner, notamment grâce aux changements de politique dans l’empire britannique. En Grande-Bretagne, le parti libéral gagne les élections de 1905 et Henry Campbell-Bannerman devient Premier Ministre. Les implications de ce résultat étaient significatives de deux façons pour l’Afrique du Sud : tout d’abord, Milner est rappelé en Grande-Bretagne, bien que ses subordonnés restent sur place dans l’administration ; d’autre part, le gouvernement de Campbell-Bannerman accorde l’autonomie au Transvaal en décembre 1906, suivi par l’autonomie de la colonie de Orange River en juin 1907. Louis Botha a été élu Premier Ministre du Transvaal lors des élections de 1907. Le parti progressiste gagne les élections du Cap en 1904, mais trois ans plus tard, alors que les quatre colonies britanniques d’Afrique du Sud partageaient les mêmes systèmes politiques, les intérêts des loyalistes britanniques et des Afrikaners tournaient tous deux vers l’unification. L’ascendance politique des Afrikaners est achevée quand le parti sud-africain gagne les élections au Cap en 1908, laissant le Natal comme l’unique colonie britannique en Afrique du sud qui n’était pas sous leadership Afrikaner. Ce n’était désormais qu’une question de temps avant que les nationalistes règnent sur les impérialistes, et l’Union d’Afrique du Sud fut créée le 31 mai 1910 comme dominion autonome de l’empire britannique, avec Louis Botha à sa tête comme Premier ministre. Dès lors, une réconciliation des sociétés sud-africaines semblent possibles à travers la stigmatisation des Britanniques. En effet, en embrassant une politique de réconciliation, Louis Botha fait des pas considérables pour remodeler la société Afrikaner. Cet effort est appuyé par des perceptions généralisées d’une inadéquation des compensations britanniques, ainsi que par le ressentiment contre la politique d’anglicanisation de Milner. Ce processus est aidé par le fait que les Boers pouvaient accuser les Britanniques comme la cause de tous leurs maux, se concentrant ainsi sur un mal extérieur à la société sud-africaine.  

La difficile reconstruction de la société sud-africaine, malgré une certaine unité acquise face à l’empire britannique, marque les prémices d’une inégalité raciale entre Blancs et Noirs qui caractérisera tout le XXème siècle en Afrique du Sud. Cette inégalité passe en premier lieu par des inégalités de réparation à la sortie de la guerre. Les Sud-africains noirs ont souffert le plus à la fin de la guerre, du fait de l’aide disproportionnée accordée aux Blancs. Le Département des réfugiés indigènes du Transvaal, par exemple, a reçu à peine plus de 16 000 livres, en comparaison au million de livres donnés au Département du rapatriement pour la réinstallation des Blancs et la reconstruction de leurs fermes. Dans le Transvaal, des milliers de Noirs n’ont eu d’autre choix que de devenir salariés dans des fermes blanches, alors qu’ils étaient des propriétaires fermiers avant la guerre. Les Noirs qui étaient déjà employés dans les mines n’ont connu aucune amélioration de leurs conditions de travail. Au contraire, les salaires ont chuté, les contrôles sur les travailleurs ont augmenté. Dès lors, les peuples noirs, qui ont aidé les Britanniques à obtenir leur victoire, avaient de bonnes raisons d’être désillusionnés après la guerre. Les Kgatla (peuple bantou noir de l’actuel Botswana, aux frontières de l’Afrique du Sud), qui avaient empêché les Boers d’opérer sur leurs terres, ont espéré une fusion de leur réserve dans l’ouest du Transvaal avec le reste de la tribu du protectorat du Bechuanaland – mais cela ne s’est jamais produit. De même, les Zoulous (peuple bantou noir d’Afrique du Sud) ont trouvé la grande partie de leur territoire ouvert à la réinstallation des Blancs. En plus des inégalités de traitement à la fin de la guerre, les Noirs ont aussi perdu sur le front politique, étant donné que la victoire britannique n’a pas apporté les réformes politiques espérées et nécessaires pour l’extension aux nouvelles colonies des droits déjà en vigueur au Cap. Non seulement il n’y avait aucun représentant noir dans les négociations, mais leurs droits n’étaient même pas représentés par des Blancs. La Conférence de Vereeniging n’a fait que repousser la résolution de la question des droits politiques pour les Noirs, métisses (souvent entre Noirs et Européens ou Indonésiens) et Indiens jusqu’à ce que les nouvelles colonies achèvent leurs statuts autonomes. L’administration de Milner n’a rien fait pour retourner la situation et le traité de Vereeniging n’a pas requis des Boers qu’ils fassent des changements. Les lois au Transvaal et dans l’Etat libre d’Orange qui discriminaient les Noirs sont restées non seulement en vigueur mais dans certains cas, ont été élargies à de nouveaux pans de la vie quotidienne – alors même que les Noirs avaient la majorité démographiques dans ces régions.  

Colonie Colonie du Cap Natal Transvaal Etat libre d’Orange Total %
Noirs 1 424 787 904 041 937 127 225 101 3 491 056 61,5 %
Blancs 579 741 97 109 297 277 142 679 1 116 805 21,6 %
Métisses 395 034 6 686 24 226 19 282 445 228 8,6 %
Asiatiques 10 242 100 918 11 321 253 122 734 2,4 %
Total 2 409 804 1 108 754 1 269 951 387 315 5 175 462 100 %
Total en % 46,6 % 21,4 % 24,5 % 7,5 % 100 %

Recensement de la population sud-africaine en 1904

The Sanguine Years 1870–1919, W.K. Hancock, Cambridge University Press, 1962, page 219

 

Les conséquences de la guerre des Boers pour l’empire britannique

Si la guerre des Boers a profondément bouleversé les populations d’Afrique du Sud, les conséquences sont également importantes pour l’empire britannique.

Cette guerre a notamment permis à l’armée britannique de mieux se préparer au premier conflit mondial qui devait frapper douze ans plus tard. Il est presque certain que tous les régiments britanniques ont servis en Afrique du Sud pendant la guerre des Boers ; et l’intérêt du public pour le conflit et les conditions de l’armée a assuré l’introduction de nombreuses réformes dans la décennie qui a suivi. La Commission Elgin en Grande-Bretagne, établie en 1903, a recueilli des témoignages de nombreux officiers sur la conduite de la guerre et l’état des troupes. Des réformes ont ainsi été introduites dès 1904, améliorant nettement l’entraînement et l’organisation de l’armée. En 1907, le secrétaire d’Etat anglais à la guerre, Haldane, a créé l’armée territoriale, qui avait la tâche spécifique de défendre les habitations. Quand, en août 1914, la Grande Bretagne est entrée en guerre contre l’Allemagne, la Force expéditionnaire britannique a pu être déployée en France de façon remarquablement rapide, où elle s’est battue contre des forces bien supérieures en nombre – alors que les divisions déployées en Afrique du Sud en 1899 n’avait eu aucune expérience d’entraînement en temps de paix avant la guerre des Boers. Malheureusement, le terrain de la Première Guerre Mondiale était différent de celui de la guerre des Boers : cette force n’était pas prête à une guerre des tranchées, mais plutôt entraînée à une guerre en terrain montagneux. Néanmoins, l’expérience gagnée, les leçons amères apprises et les réformes entreprises grâce à la guerre des Boers ont fait de l’armée britannique de 1914 l’une des forces combattantes les mieux entraînées au monde.

La guerre des Boers ne coupe pas l’Afrique du Sud de la Grande-Bretagne ; on trouve des troupes sud-africaines dans l’armée britannique pendant la Première Guerre mondiale. La réconciliation avec la Grande-Bretagne, la rapide reconstruction et pour finir l’indépendance, ont donné les conditions nécessaires à l’Afrique du Sud pour participer à la Première Guerre Mondiale aux côtés de la Grande-Bretagne. Les troupes sud-africaines ont joué un rôle majeur dans les opérations contre les colonies allemandes en Afrique. Il y avait toutefois quelques résistances, qui ont pris la forme de soulèvements éphémères dirigés par Christiaan de Wet et Kemp, entre autres. Plus tard au XXème siècle, pendant la Seconde Guerre Mondiale, les troupes sud-africaines ont également joué un rôle prédominant aux côtés des Alliés, particulièrement dans les campagnes d’Afrique du Nord. Ainsi, malgré les volontés d’autonomie et l’indépendance acquise en tant que dominion de l’empire britannique, l’Afrique du Sud n’a pas cessé de servir aux côtés des puissances occidentales au cours du XXème siècle.

 

La guerre des Boers de 1899 à 1902 a durablement marqué la société sud-africaine, notamment en ce qui concerne les inégalités raciales. L’échec du traité de Vereeniging à mettre sur un pied d’égalité les Afrikaners européens et les populations noires, colorées et indiennes annonce les prémices d’une ségrégation raciale profondément ancrée dans le droit et la politique sud-africaine avec la mise en place de l’apartheid à partir de 1948 par le Parti national de Daniel François Malan, qui ne sera abolie qu’en 1991.

L’ouvrage The Boer War (1899-1902), de Gregory FREMONT-BARNES, Osprey Publishing, première publication en 2003, se veut synthétique mais cela n’empêche pas son auteur de détailler les conséquences à court terme de la guerre des Boers. Il parvient à souligner les différentes conséquences que ce conflit a sur la société sud-africaine. Toutefois, il serait intéressant d’étudier ces conséquences à plus long terme, notamment voir plus en détail en quoi elles représentent un premier pas dans la ségrégation raciale qui s’opérera officiellement à partir de 1948.


Aliénor Chéreau

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