Quelle place pour les agressions sexuelles dans les débats parlementaires néo-zélandais?

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Photo de l’intérieur du Parlement Néo-Zélandais (source : Le Monde)

Le 11 novembre dernier, 10 femmes parlementaires néo-zélandaises ainsi que quatre de leurs collègues masculins ont dû quitter la séance parlementaire, éjectés par la sécurité. La raison ? Le premier ministre John Key a accusé le 10 novembre les membres du parti travailliste et du parti des verts de « soutenir des violeurs ».

Cette déclaration, survenue à la suite d’un interrogatoire mené par le travailliste Kelvin Davis, a entraîné le départ de plus des trois-quarts des députés travaillistes ainsi que de plusieurs écologistes de la séance.

La critique formulée à l’encontre des travaillistes repose sur les doutes soulevés par ces derniers sur la suppression des visas d’anciens détenus néo-zélandais en attente de déportation. Un certain nombre de Néo-zélandais sont donc détenus sur la Christmas Island après que le gouvernement australien a mis en place une loi rétroactive dont la conséquence est la déportation de citoyens étrangers accusés d’un crime et condamnés  une peine supérieure à un an. Par conséquent, plusieurs Néo-zélandais ayant effectué leur peine sont toujours en Australie où ils vivent depuis plusieurs années. Ceux-ci ont décidé de faire appel de la décision du gouvernement de les déporter.

http://www.theguardian.com/australia-news/2015/oct/17/new-zealand-mp-says-deportations-make-a-mockery-of-anzac-relationship

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Photo John Key et Malcolm Turnbull (source : abc.net.eu)

Cette nouvelle politique de suspension des visas menée par le gouvernement australien a elle-même suscité nombre de critiques, aussi bien en Nouvelle-Zélande qu’en Australie. Kelvin Davis, porte-parole du parti travailliste néo-zéalandais sur la justice, a déclaré que cette décision du gouvernement australien est une “moquerie” à la lumière de la relation particulière qui unit l’Australie à la Nouvelle-Zélande. La sénatrice écologiste Australienne Sarah Hanson-Young a quant à elle parlé de décisions “arbitraires”.
Selon Scott Morrison, ancien ministre de l’immigration en Australie justifie cependant cette décision par le fait que les personnes bénéficiant d’un visa sont accueillis sur le sol australien de par les “bonnes grâces” des habitants australiens. Selon lui, toute personne commettant un délit ou un crime perd donc son droit à être accueilli sur le sol australien.

Le lendemain de la déclaration de M. Key, plusieurs femmes parlementaires ont demandé des excuses officielles du Premier ministre, en évoquant leurs propres agressions sexuelles, pour exprimer leur indignation face aux propos tenus par M. Key. La co-dirigeante du parti des verts, Metiria Turei, a exprimé au « speaker » David Carter qu’en tant que survivante de violences sexuelles, elle était profondément offensée par les remarques de Key.

http://www.theguardian.com/world/2015/nov/11/new-zealand-female-mps-mass-walkout-pm-rapists-comment

La réaction de David Carter peut être considérée comme le début d’une polémique plus profonde sur la place laissée aux victimes de violences sexuelles pour s’exprimer sur les sévices qu’elles ont subi en Nouvelle-Zélande. En effet, Carter a refusé de répondre à la demande de Metiria Turei. Le Premier ministre ne s’étant pas exprimé lors du débat du 11 novembre, Carter estimait que cela empêchait que le Premier Ministre soit sollicité. Lorsque Jan Logie des Verts a pris la parole par la suite, elle a également évoqué sa propre expérience d’agression sexuelle afin de réclamer que les paroles de Key soient effacées du rapport de séance. Ce à quoi Carter a répondu, en lui coupant la parole, que les paroles de la veille avaient été maladroitement formulées mais que du temps avait passé depuis.

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Photo des parlementaires ayant quitté la séance (source : stuff.co.nz)

http://www.theatlantic.com/international/archive/2015/11/new-zealand-parliament-sexual-assault/415371/

Ceci soulève une question sous-jacente. Si des délais de prescriptions existent bien en matière pénale, qu’en est-il du droit des femmes à parler de leurs victimisations passées ? Carter a demandé aux parlementaires s’étant manifestés ainsi qu’à tous ceux qui tiendraient ce même type de discours de quitter la séance. Peut-on alors parler de sexisme de la part des parlementaires néo-zélandais, en refusant aux femmes le droit de tenir un discours porteur de leur traumatisme face à des sévices sexuels ? Ou s’agit-il seulement d’une mesure de maintien de l’ordre dans une séance parlementaire houleuse ? Quant à la façon du gouvernement néo-zélandais d’envisager le viol, celle-ci doit sans le moindre doute être revue. Les parlementaires semblent décidés à ne pas se laisser faire et ont également reçu le soutien du centre de soutien aux victimes de violences sexuelles Wellington Rape Crisis. Le débat mérite d’être mené.

                               Apolline Ledain, Rémy Gendraud

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