Malgré les promesses de Shinzo Abe, les Japonaises toujours en proie au harcèlement au travail

Selon un rapport établi en mars 2016 par le ministère de la Santé japonais, près d’un tiers des femmes japonaises ont été harcelées sexuellement sur leur lieu de travail. Plus de la moitié de ces femmes disent avoir été sujettes à des commentaires sur leur apparence, âge et autres caractéristiques physiques. Les victimes disent notamment avoir été continuellement poussées à avoir des relations sexuelles ou touchées de façon inappropriée et les patrons de ces femmes sont le plus souvent à l’origine de ces sollicitations. Le rapport révèle également la réticence de ces femmes à porter plainte, la plupart d’entre elles ont dit souffrir en silence.

De plus, près de la moitié des femmes qui travaillent avec des contrats à durée déterminée souffrent de harcèlement à la suite d’une grossesse ou d’un accouchement. Ce “harcèlement maternel” a un nom au Japon, matahara. Pour les femmes avec des contrats courts, il s’ajoute à la peur de ne pas être réembauchées si elles partent en congé maternité. En novembre 2015, près de la moitié des femmes interrogées par le ministère de la Santé disent avoir été accusées de “causer du désordre” ou avoir été encouragées à démissionner après être tombées enceintes, plus d’un cinquième ont été licenciées. Le Réseau Matahara, un groupe de femmes faisant campagne pour la fin du harcèlement maternel a présenté plusieurs exemples de harcèlement. Il rapporte ainsi le cas d’un homme disant à sa collègue enceinte qu’elle devrait quitter son emploi, comme lui-même l’a ordonné à sa femme quand il a su que cette dernière attendait un enfant.

Le Japon peine à accroître la visibilité des femmes dans les milieux professionnels, en particulier pour les hauts postes. Alors qu’elles sont fortement représentées dans les emplois à temps partiel, faiblement rémunérés, seules 2% d’entre elles exercent un poste à responsabilité. Le Premier Ministre Shinzo Abe s’est fixé un objectif relativement ambitieux : faire en sorte que les femmes occupent 30% des postes de cadre dirigeant d’ici 2020. Son programme a pour but d’augmenter la main d’oeuvre féminine pour ranimer l’économie, de nouveau en récession. En moyenne, les femmes japonaises ne gagnent que le trois-quarts du salaire des hommes, à travail égal. Il s’est également engagé à créer de nouvelles  garderies pour encourager les femmes à reprendre leur emploi après leur grossesse. C’est un défi majeur pour le Japon : le rapport mondial sur la parité entre hommes et femmes du Forum économique mondial de 2015 classait le Japon 101ème sur 145 pays en terme d’égalité des genres.  

abe-gender equality meeting
Shinzo Abe durant le Global Leaders’ Meeting on Gender Equality and Women’s Empowerment à l’ONU en septembre 2015 (crédits : REUTERS)

Le sexisme est cependant présent au sein même du gouvernement. Yoshihide Suga, le secrétaire général du Cabinet depuis décembre 2012 et très proche collaborateur de Shinzo Abe, a appelé les femmes à contribuer au bien-être de leur pays en faisant plus d’enfants. Par ses remarques, il s’est fait accuser d’inciter le pays à revenir à l’époque militariste durant laquelle les dirigeants politiques encourageaient les femmes à se reproduire pour soutenir les ambitions militaires du pays. Hakuo Yanagisawa, un ancien Ministre de la Santé durant le premier mandat de Shinzo Abe, a décrit les femmes comme étant des “machines à accoucher” et les presse de “faire de leur mieux” pour mettre un terme au taux de natalité en déclin du Japon.

En ce qui concerne les femmes, elles commencent à organiser la résistance. A Tokyo, au moment de l’élection des gouverneurs en 2014, un groupe de femmes a menacé d’un “boycott sexuel” tous les hommes qui voteraient pour Yoichi Masuzo, proche du Parti libéral-démocrate de Shinzo Abe, qui a déclaré que les menstruations rendaient les femmes inaptes à gouverner. Des femmes ont répondu en créant un groupe Twitter, “L’association des femmes qui n’auront pas de relations sexuelles avec les hommes qui voteront pour Masuzoe.”

Benoît Bimbault

Pour aller plus loin :

Deux articles du Guardian détaillant les résultats du rapport du ministère de la Santé sur l’étendue du harcèlement au travail au Japon, et un article de The Economist sur la réaction des femmes :
http://www.theguardian.com/world/2015/nov/18/japanese-women-suffer-widespread-maternity-harassment-at-work

http://www.theguardian.com/world/2016/mar/02/japan-women-sexually-harassed-at-work-report-finds

http://www.economist.com/news/asia/21663283-pregnant-women-are-furious-about-how-they-are-treated-office-were-busy-get-abortion

Un article du Telegraph sur les ambitions de Shinzo Abe en matière de féminisation du travail

http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/11071000/Three-reasons-why-Shinzo-Abe-thinks-women-will-save-Japans-economy.html

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