Birmanie : les Karennis au coeur d’un conflit ethnique

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Des Birmans de confession musulmane du village de Thapyuchai, pleurent après la destruction de leurs maisons par un groupe de bouddhistes, le 2 octobre 2013. Crédits : Soe Zeya Tun, Reuters 

La lutte des Karennis s’insère dans la plus longue guerre civile du monde. La Birmanie, composée d’une majorité birmane (1) et d’une mosaïque d’ethnies, est en effet secouée par différents conflits identitaires notamment celui se déroulant dans l’État karenni. Le conflit entre les Karennis et le gouvernement birman trouve ses sources dans de multiples faits plus ou moins récents.


Les Karennis vivent en Birmanie dans l’État kayah, anciennement appelé « État karenni », dénomination qu’ils utilisent toujours car ils s’y identifient. Ils ont le statut de nationalité ethnique pour le gouvernement birman tout comme six autres ethnies, ce qui leur permet d’avoir un État qui leur correspond. En effet, la Birmanie est composée de sept régions correspondant à la « Burma Proper » (la « Birmanie proprement dite ») peuplée principalement de la majorité birmane et de sept États correspondant aux sept nationalités ethniques. 

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Les sept régions « Division » et les sept Etats « State »

Les Karennis sont arrivés en Birmanie de Mongolie en 700 avant Jésus-Christ. La minorité ethnique des Karennis est composée des dix sous-groupes suivants : Kayah, Geko, Geba, Bres, Manumanaw, Yintale, Yinbaw, Bwe, Paku et Padaung. Les Padaung sont sûrement les plus connus à cause des femmes aux longs cous, qui deviennent des attractions touristiques à côté du camp de réfugiés de Ban Mai Nai Soi. Le karenni est la langue commune à tous ces sous-groupes et dispose d’un alphabet propre — toutefois les dialectes varient d’une ethnie à l’autre. La plupart des Karennis sont chrétiens, une partie d’entre eux bouddhiste et une infime partie animiste. La fête nationale commémore le jour de l’indépendance, le 21 juin 1875. Cette journée permet aux Karennis de s’unir autour de leur histoire commune, et aux leaders de rappeler qu’un jour les Karennis pourront retourner, sans crainte, sur leurs terres. Pour maintenir une identité commune, des journaux comme le Kantarawaddy Times publient des articles centrés sur l’État karenni sur les réseaux sociaux et tirent cinq mille exemplaires tous les mois.

La présence britannique sur le sol birman, qui a fortement influencé les dynamiques à l’œuvre, est une des causes principales du conflit. A la suite des guerres anglo-birmanes (1824-1826 ; 1852 et 1885), les Britanniques annexent toute la Basse Birmanie, c’est-à-dire le territoire où vit la majorité birmane. En 1886, l’Empire britannique prend le contrôle de toute la Birmanie qui est intégrée au Raj. Toutefois, les États karennis n’ont jamais été pleinement intégrés à la Birmanie britannique. Au cours de la période coloniale, le statut des États karennis a évolué. Ces trois États —l’État de Kantarawadi, de Kyebogyi et de Bawlake — dont l’indépendance a été reconnue en 1875 par le Royaume-Uni et le roi birman, sont devenus tributaires du gouvernement britannique suite au versement d’un traitement. La domination anglaise, sous la devise « diviser pour mieux régner », a fortement altéré les relations entre la majorité birmane résidant dans la « Burma Proper » et les minorités situées dans les « Frontier Areas » (les zones frontalières). Certains de ces groupes ethniques dont les Karennis choisissent de se lier avec le Royaume-Uni pour s’émanciper de la domination birmane. Au moment de l’indépendance, les Karennis proches des Britanniques attendaient un soutien de leur part qu’ils n’ont pas obtenu. Les trois États karennis sont intégrés, contre le gré de la population karenni et d’après la Constitution de 1947, à l’Union de Birmanie au sein d’un seul État : l’État karenni. Animés par un sentiment de trahison à l’égard du Royaume-Uni, ils se retrouvent confrontés au gouvernement birman et aux limites de la Constitution de l’Union de Birmanie de septembre 1947, qui ne prend que trop peu en compte les revendications des groupes ethniques. Les grandes idées de cette Constitution ont été développées lors de la Conférence de Panglong, qui se déroule au mois de février 1947 où de nombreuses ethnies ne sont pas présentes ou pas représentées. L’accord issu de cette conférence a le mérite de promouvoir le principe d’égalité entre la majorité birmane et les minorités ethniques, ou de reconnaître l’autonomie de l’administration interne des zones frontalières. Toutefois, il comporte des limites comme l’absence de certaines minorités comme les Karennis. Ces derniers obtiennent toutefois le droit de faire sécession de manière volontaire au bout de dix ans, ce qui ne sera pas respecté. La situation nationale se tend et le contexte est de moins en moins propice à l’union nationale : les luttes d’influence entre les différents courants politiques sont nombreuses. En effet, le Général Aung San, père de l’indépendance birmane, est assassiné le 19 juillet 1947 avec huit autres hommes politiques de son parti. Il était perçu comme le seul homme à la fois capable d’unir le pays et de promouvoir les droits des minorités. Les différents régimes politiques qui lui succèdent favorisent l’assimilation des groupes ethniques en faveur de la majorité birmane.

Parallèlement, les groupes indépendantistes commencent à prendre les armes pour faire respecter leurs revendications et leur culture. D’après un témoignage d’un journaliste du  Kantarawaddy Times, le gouvernement birman procède à une « burmanisation » de toute personne habitant en Birmanie, afin de faire disparaître les cultures des ethnies ainsi que leurs revendications indépendantistes. De plus, le leader karenni, U Bee Htu Re, est assassiné en août 1948 du fait de son opposition à l’intégration dans l’Union de Birmanie des États karennis. En 1952, est intégré à l’État karenni l’ancien État Shan de Mong Pai. L’État karenni change de nom et devient l’État de Kayah. Nombreuses sont les personnes qui pensent qu’il s’agissait d’un stratagème du gouvernement birman pour diviser les Karennis et les Karens.

L’Armée karenni (Karenni Army, KA) est la branche armée du Karenni National Progressive Party (KNPP), créé en 1957 afin de lutter pour la création d’un État karenni indépendant. Le KNPP est le parti politique karenni le plus influent, qui sert de quasi-gouvernement puisqu’il gère une partie de l’approvisionnement alimentaire, de la santé ou de l’éducation. L’Armée karenni combat contre les forces gouvernementales birmanes et également contre le Kayan New Land Party (KNLP) et le Karenni National People’s Liberation Front, deux courants karennis alliés du pouvoir central. Les estimations du nombre de soldats sont difficiles à effectuer : elles oscillent entre cinq cents et deux mille. Les motivations principales des soldats sont l’indépendance et la défense de sa communauté face aux attaques du gouvernement birman. La KA agit en Birmanie et a des bases en Thaïlande, le long de la frontière avec la Birmanie. Ses sources de financement proviennent de la communauté karenni, ou de l’extérieur, notamment de la Thaïlande.

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L’armée karenni

La politique du cessez-le-feu du gouvernement birman a en effet conduit à une forte opposition entre différents mouvements karennis. Cette politique consiste à mettre en place le plus de cessez-le-feu possible pour limiter les combats et diviser la population karenni. Des dédommagements économiques sont perçus par les leaders acceptant le cessez-le-feu qui espèrent améliorer la condition de la population locale avec la fin des affrontements. Par exemple, le Karenni National People’s Liberation Front a signé un cessez-le-feu le 9 mai 1994. Ce mouvement doit donc coopérer avec le gouvernement birman et a été intégré au Board Guard Force.

Les tensions persistent au fil des années. Certains facteurs concourent à l’aggravation du conflit. Les différences religieuses s’ancrent dans la décision d’U Nu – au pouvoir de 1948 à 1962 – de faire du bouddhisme la religion d’État. Par ailleurs, le développement économique se déroule à un rythme distinct : les régions à majorité birmane sont plus riches que celles où vivent les minorités. Cette séparation en deux zones de la Birmanie ne permet pas au pouvoir central de contrôler la totalité du territoire. C’est pourquoi suite au coup d’État militaire de 1962, le régime autoritaire dirigé par Ne Win – au pouvoir de 1962 à 1998 – met en place un plan contre-insurrectionnel afin d’exercer son pouvoir sur l’entièreté du territoire national. Pour ce faire, il fait massivement usage, à partir des années 1970, de la stratégie du « Four Cuts » qui prive les groupes d’opposition de leur soutien en provenance de la population locale. Les quatre éléments principaux dont sont privés les groupes armés sont la nourriture, les fonds, les ressources humaines et celles d’accès à l’information. Cette stratégie a conduit à l’attaque et à la destruction de villages dans la violence – des cas de meurtres, de tortures ou de viols ont été répertoriés – forçant nombre de Karennis à se déplacer dans des zones fermées et contrôlées par l’armée. Ce genre de politiques continue au fil des années. N’atteignant pas ses buts – faire cesser toute rébellion et contrôler le territoire national – le gouvernement birman renforce donc les politiques à l’encontre des groupes armés des différentes ethnies. En effet en 1984, beaucoup d’ethnies contrôlent encore leur territoire traditionnel le long de la frontière birmano-thaie. Une offensive de l’armée birmane est alors mise en place forçant les populations à se déplacer à l’intérieur de la Birmanie faisant d’eux des Internaly Displaced People (IDP) ou à fuir en Thaïlande. C’est pour cette raison que les camps de réfugiés le long de la frontière émergent cette année-là. Le flux de réfugiés est, depuis cette date, continu même s’il y a des pics comme en 1996 après une politique de la junte militaire. Effectivement, la junte militaire qui a pris le contrôle de la Birmanie en 1988 a mis en place un plan de relocalisation forcée pour, une fois de plus, couper les liens entre les groupes armés et la population. Ce plan a mis fin au cessez-le-feu qui a duré trois mois entre la branche armée du KNPP et la junte militaire. Ce programme de transfert de population a été réalisé dans des conditions dramatiques coupant la population de l’accès à l’eau, à l’électricité ou à la santé. Les zones touchées par ce plan de relocalisation ont été militarisées à outrance. Le but de l’armée birmane étant de devenir auto-suffisante dans la zone qu’elle occupe (living off the land), si les militaires n’ont pas assez de ressources, ils s’appuient sur les ressources locales et exploitent les habitants. Les personnes des minorités ethniques encore présentes sont forcées de travail par exemple comme porteur pour l’armée, sont taxées arbitrairement, doivent fournir de la nourriture ou leur donner leur argent.  Ces personnes vivent dans un climat de peur permanente, les attaques de l’armée pouvant avoir lieu d’une minute à l’autre et les violations des droits de l’homme sont encore chose courante. Ces éléments ont conduit à l’exacerbation du conflit et à la persistance des violences dans les années 1990 et les années 2000. Les Karennis fuient vers la Thaïlande ou se cachent sur le territoire birman dans la jungle et développent des systèmes de protection.

La junte souhaite reprendre le contrôle des zones où vivent les minorités également pour avoir accès aux matières premières abondantes comme les pierres précieuses, le bois, le pétrole ou l’opium. L’exploitation voire la surexploitation de ces terres  a engendré des revenus considérables pour la junte sans qu’il y ait de partages avec les Karennis. Cette surexploitation a également rendu les terres infertiles compliquant un possible retour de la population karenni vivant majoritairement de l’agriculture. De plus, toutes les infrastructures scolaires, religieuses ont également été détruites en même temps que les maisons et les cultures locales peu respectées.

Les Karennis qui ont fui la Birmanie vivent majoritairement dans deux camps le long de la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie : Ban Mai Nai Soi et Ban Mae Surin. En 2014, The Border Consortium (TBC), le principal organisateur de la vie dans les camps, estimait qu’il y avait quatorze mille réfugiés Karennis dans les camps soit 11,6% des réfugiés des neuf camps. 

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Les camps de réfugiés le long de la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande

Cinquante mille Karennis sont considérés comme des personnes déplacés à l’intérieur (IDP) de la Birmanie. Certains Karennis sont présents depuis l’ouverture du camp, d’autres sont arrivés au fil des années ou sont nés dans les camps. Dans la mesure où ces camps sont pensés comme des camps provisoires, ils peuvent être fermés à n’importe quel moment par le gouvernement thaïlandais. En outre, les habitats ne peuvent être que dans des matériaux non permanents c’est-à-dire principalement du bambou. Prenons l’exemple du camp de Ban Mai Nai Soi, près de Mae Hong Song. L’accès à l’eau courante n’est pas assuré tandis que l’accès à l’électricité est réservé au poste de soins du camp. Les familles vivent ensemble dans un espace restreint et dans un environnement hostile : le camp est situé au sein d’une forêt dans une zone montagneuse. TBC s’occupe de l’approvisionnement de la nourriture avec un système de rationnement – une nouvelle méthode de fonctionnement est toutefois à l’essai dans un autre camp de réfugiés. Les réfugiés sont limités dans leur déplacement : ils n’ont pas le droit de sortir du camp sous peine d’être renvoyé à la frontière birmane, torturé ou tué et font face aux nombreuses mines anti-personnelles. Ils n’ont pas le droit de travailler en Thaïlande et ne peuvent donc pas gagner de l’argent, ce qui les rend dépendants de l’aide extérieure. Ceux qui prennent le risque de travailler sous-payés. Au sein du camp, les maladies sont plus présentes que dans le reste de la Thaïlande. Ces divers éléments ont des effets négatifs sur leur état psychologique. Malgré cela, les Karennis tentent de poursuivre leur mode de vie : leur fête nationale, leur danse traditionnelle et leur culture sont toujours à l’honneur.

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Leurs droits ne sont que peu ou pas respectés par le gouvernement thaïlandais qui n’a signé ni la Convention relative au statut des réfugiés de 1951 ni son Protocole de 1967. En effet jusqu’en 2004, la Thaïlande ne respectait pas les trois solutions durables – le retour en Birmanie dans un contexte sûr, l’intégration dans le pays d’accueil à savoir la Thaïlande ou l’installation dans un troisième pays – proposées du Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugies (UNHCR). Ce dernier reconnaissait déjà l’action positive d’accueil des réfugiés du gouvernement thaïlandais. Entre 2004 et 2005, l’enregistrement des réfugiés a eu lieu rendant possible la mise en place de programmes de réinstallation dans un troisième pays. Quatre-vingt-seize mille réfugiés, toutes ethnies confondues, se sont réinstallés dans un troisième pays de 2005 à juin 2014. Les principaux pays d’accueil sont les États-Unis, l’Australie (la culture karenni est toujours au rendez-vous), le Canada, la Finlande et la Norvège. La plupart des personnes éligibles sur cette période ont réussi à partir des camps de réfugiés. Certains familles ont choisi de ne pas être réinstaller dans un autre pays car elles n’étaient pas sûrs d’être ensemble notamment s’il y avait un des enfants âgé de plus de dix-huit ans.

Dans les camps, l’éducation est assurée jusqu’au secondaire par des membres de la communauté karenni, les professeurs étrangers n’étant pas acceptés dans les camps. Pour les études universitaires, il est possible d’étudier dans des structures locales comme le Karenni National College (KnNC), école qui dispense des cours de langues – karenni et anglais – ainsi que des cours centrés sur le développement communautaire. Toutefois, ces écoles manquent de moyens car elles doivent s’auto-financer. Il est donc difficile d’accueillir beaucoup d’élèves, laissant de côté nombre d’autres. Certains parents ont poussé leurs enfants à partir en Thaïlande pour avoir accès à l’éducation dans les camps. D’autres jeunes ont choisi seuls de partir comme nous pouvons le lire dans ce témoignage, en anglais, de John Bosco, un jeune Karenni vivant dans le camp de Ban Mai Nai Soi. En effet, en Birmanie, les cours dispensés par les écoles gouvernementales sont d’un faible niveau.

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Leçon au KnNC. Crédits : Edu’Kidz

Après avoir discuté avec les élèves du KnNC, on peut constater que nombre d’entre eux parlent de ces plans de réinstallation et souhaitent en bénéficier même s’ils savent que ces programmes sont finis. Il est d’autant plus frappant de voir cette détermination et l’espoir qui animent ces jeunes. Ils s’estiment heureux d’être dans cette école où ils peuvent avoir accès à l’éducation mais aussi à Internet. Internet leur permet de rester en contact avec les membres de leur famille qui sont partis à l’étranger et avoir accès à l’information. 

Au cours des dernières années du conflit, quelques évolutions politiques ont été constatées sans pour autant modifier les conditions de la population karenni. La Constitution de 2008 n’est pas adaptée aux volontés des Karennis et est un moyen pour la junte de renforcer son pouvoir. En avril 2009 est proposée par le gouvernement birman l’initiative des Border Guard Forces (BGF) qui consiste en l’incorporation des mouvements armés dans l’armée birmane afin de réduire les tensions. S’ils sont incorporés, les mouvements armés indépendantistes sont désarmés et deviennent dépendants de l’armée birmane pour l’approvisionnement d’armes notamment. La plupart des grands groupes armés comme la Karenni Army a refusé cette initiative puisqu’en contrepartie aucune de leurs revendications n’a été écoutée. Les tensions augmentent pendant et après la mise en place des BGF car, parallèlement, l’armée birmane continue à frapper les zones occupées par les groupes ethniques.

Le changement politique de 2011 a fait naître des espoirs au sein de la communauté internationale et des minorités ethniques : la junte est remplacée par un gouvernement civil dirigé par l’un des anciens membres de cette junte. Toutefois, le pouvoir militaire continue de dominer sans changement positif pour les minorités ethniques voire même un changement négatif. En effet, les organisations dotées de fonds déplacent ces derniers au sein de la Birmanie. Les camps de réfugiés bénéficient donc de moins de fonds rendant encore plus difficile la vie au sein de ces camps. TBC a effectivement constaté que les portions de rationnement, de plus en plus restreintes, sont désormais limitées aux besoins nutritionnels élémentaires. En 2012 un cessez-le-feu a été passé entre le KNPP et le gouvernement birman qui a long terme peut faire évoluer le conflit mais qui pour le moment n’a que peu d’impacts pour les Karennis. Le KNPP a toutefois refusé de signer l’accord de cessez-le-feu national (NCA) dans la mesure où il ne comprenait pas tous les groupes ethniques armés. D’après le KNPP, cela peut conduire à des inégalités entre les minorités ethniques et attend donc que l’United Nationalities Federal Council – une organisation de groupes armés ethniques dont fait partie la KA créée en 2011 qui promeut les droits des minorités ethniques – le signe pour faire de même.

La possibilité de retour est de plus en plus évoquée. L’UNHCR constate quelques retours depuis la fin de l’année 2013, plus nombreux pour les IDP que pour les réfugiés en Thaïlande. L’UNHCR mentionne également la possibilité de l’accélération de ce processus dans les mois ou années à venir. Des centres pour aider les réfugiés volontaires au retour doivent être mis en place dès ce mois d’août : vous pouvez à ce sujet consulter cet article, en anglais. Des défis attendent toutefois les Karennis de retour, par exemple la qualité des sols ou l’approvisionnement en eau. 

En effet, les espoirs de stabilisation sont de plus en plus grands bien que la paix est encore loin d’être atteinte. Le bouleversement politique – la victoire de la Ligue nationale pour la démocratie en octobre 2015 – et l’ouverture progressive de la Birmanie constituent les éléments principaux de ces perspectives. Les prochaines échéances ont été pensées sous le signe de l’union. La préparation des groupes ethniques armés pour l’Union Peace Conference s’est effectuée la semaine dernière à Mai Ja Yang dans l’Etat kachin. Les dix-sept leaders de groupes armés se sont réunis afin de se mettre d’accord sur la forme que peut prendre la future structure fédérale en Birmanie : un article est disponible en français et un autre en anglais. Pour les membres de l’United Nationalities Federal Council, cette Conférence historique est l’occasion de trouver une solution commune. L’Union Peace Conference commence le 31 août 2016 et est appelée la « Conférence de Panglong du XXIème siècle » en référence à la conférence du même nom de 1947. Ce surnom est utilisé dans le but de faire revivre cet esprit d’égalité qui caractérisait la Conférence de 1947 bien que l’application de ces principes est échouée. La volonté d’atteindre une situation pacifiée semble très importante dans la mesure où tous les groupes ethniques armés sont conviés alors qu’au début seuls les groupes ayant signé l’accord de cessez-le-feu national l’étaient. Que peuvent attendre les Karennis ? Les revendications indépendantistes des Karennis semblent difficiles à atteindre et une intégration plus poussée au sein de le Birmanie apparaît plus réaliste si les droits des minorités sont respectés. Le KNPP a modifié ses revendications passant de l’indépendance à un État fédéral. Une chose est sûre, les évolutions ne peuvent que s’effectuer sur le long terme du fait de l’ampleur des dommages commis envers les Karennis.

Carole Cocault

(1) : La majorité birmane comprend tous les Birmans ethniquement issus de l’ancien royaume de Birmanie. Les individus issus des minorités sont également Birmans, Rohingyas exclus

Sources :

  • Sur les évolutions récentes : 

http://www.irrawaddy.com/burma/ethnic-armed-group-summit-commences-in-kachin-state.html

http://www.rfa.org/english/news/myanmar/political-party-leaders-call-for-all-inclusive-peace-accord-09302015165116.html

http://www.burmalink.org/background/recent-developments/repatriation-of-refugees/

http://www.mmtimes.com/index.php/national-news/nay-pyi-taw/21345-govt-speeds-up-peace-process-planning-appoints-state-counsellor-to-head-rebranded-peace-centre.html

http://m.irrawaddy.com/burma/suu-kyi-begins-talks-with-nca-non-signatories.html

http://www.elevenmyanmar.com/politics/5449

http://www.elevenmyanmar.com/editorial/5475

Bases de données de l’UNHCR sur les cas de retour en Birmanie (fichier à télécharger, en anglais): http://data.unhcr.org/thailand/working_group.php?Page=Regional&LocationId=0&Id=7

Document de l’UNHCR sur la situation dans l’Etat Kayah (fichier à télécharger, en anglais) : http://data.unhcr.org/thailand/download.php?id=224

Article sur une nouvelle utilisation de la stratégie du Four Cuts, 2011 : http://nd-burma.org/naypyidaw-orders-new-four-cuts-campaign/

  • Sur l’aspect historique :

Living Ghosts : The Spiraling Repression of the Karenni Population Under the Burmese Military Junta. 2008, Burma Issues.

http://www.burmalink.org/background/burma/ethnic-groups/karenni/

http://www.burmalink.org/background/burma/history-since-colonisation/

http://www.burmalink.org/background/burma/dynamics-of-ethnic-conflict/history-of-armed-opposition/

http://www.burmalink.org/background/thailand-burma-border/displaced-in-thailand/refugee-camps/

http://www.burmalink.org/background/burma/human-rights-violations/human-rights-reports/

Document très intéressant sur les conflits en Birmanie, les obstacles et les espoirs de réconciliation : http://www.burmalibrary.org/docs08/Mapping_the_challenges.pdf

http://www.ipcs.org/special-report/myanmar/myanmars-ethnic-divide-the-parallel-struggle-131.html

http://www.ipcs.org/issue-brief/southeast-asia/challenging-the-reconciliation-process-myanmars-ethnic-divide-and-conflicts-221.html

http://www.burmalink.org/background/thailand-burma-border/displaced-in-burma/

http://www.burmalink.org/background/thailand-burma-border/overview/

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