Au coeur d’une zone de démobilisation FARC, que sont devenues les promesses de la paix ?

Alors que le processus de paix colombien vient de fêter son premier anniversaire, le 26 Septembre dernier, l’actualité des FARC est chargée de controverses et de scandales. Le Pape lui-même, en visite en Colombie au début du mois de septembre, admettait son inquiétude face aux « épaisses ténèbres » de l’esprit de vengeance qui règne dans le pays. La défiance vis-à-vis de la « Force Alternative Révolutionnaire Commune » (FARC), le parti politique créé par l’ancienne guérilla le 31 août dernier, est considérable. Pour autant, si les déchirures du pays sont souvent pointées du doigt en Occident, on sait peu de choses sur la réalité du processus de paix, le degré d’implication des anciens combattants, et encore moins sur leur quotidien, leurs peurs et leurs espoirs. 

 

Classe internationale propose un reportage au cœur d’une « Zona veredal », l’un de ces camps de désarmement et de réinsertion. Je m’y suis rendu avec un autre Français, dans le but de rencontrer des anciens combattants et de leur donner des cours. Témoins d’un phénomène historique à l’issue incertaine, ennemis d’une partie de cette société qu’ils prétendaient défendre, ils sont aussi pleins d’espoirs, euphoriques. Peut-être aveuglés, aussi, face à la montagne qu’ils croient pouvoir franchir. Leur réinsertion est-elle réellement envisageable ? Leur pacification, si longtemps espérée, est-elle autre chose qu’un fantasme que la société colombienne finira par briser ?

 

 

La « Zona Veredal », théâtre du processus de paix, pomme de discorde des trois parties de la pacification colombienne

 

Le jour se lève sur les collines brumeuses du Tolima, ce matin d’avril 2017. Dans cette région montagneuse du Sud de Bogotá, bastion historique des FARC, se trouve l’une des plus grandes  « Zonas Veredales », ou zones de pacification, de la guérilla. Cette zone, proche du village d’Icononzo, est une vitrine pour les trois parties de la paix (le gouvernement colombien, les FARC et l’ONU), qui cherchent à prouver leur bonne volonté. Les responsables de ce campement d’un genre particulier, après de longues négociations, ont fini par me donner un laissez-passer pour sortir de la partie du camp normalement réservée à l’accueil des visiteurs civils et monter dans le campement, où vit la majorité des anciens combattants. J’y ai passé quelques jours, j’ai pu prendre des photos et interviewer des démobilisés. Depuis le début de l’année 2017, de nombreuses colonnes FARC ont fait leur jonction dans la zone d’Icononzo, et construisent, en co-gestion avec l’ONU et le gouvernement, une coopérative agricole censée pouvoir accueillir plusieurs dizaines d’anciens combattants. Depuis la signature des accords de paix, ceux-ci vivent un quotidien loin des entraînements de tir et des combats rapprochés avec les forces colombiennes. Cours d’anglais, de science politique, mais aussi de communication numérique sont le lot de nombre d’entre eux, qui ne souhaitent pas rester dans la coopérative mais se réintégrer dans la société colombienne des villes, que peu connaissent.

Il a été difficile d’accéder à cette partie de la zone, surtout avant l’abandon complet des armes, dont une partie y était encore stockée. Les civils sont normalement astreints à rester dans des « zones de réconciliation », où se rencontrent des anciens combattants volontaires et des visiteurs. Le plus souvent, il s’agit d’étudiants membres du projet de « Volontariat de paix », censés participer au processus de paix, mais cantonnés à ces zones d’accueil durant ma visite. La semaine du 13 juin 2017, la mission de l’ONU pour le désarmement a récupéré et détruit la totalité des stocks d’armes de l’ancienne guérilla. Depuis, les « armes sont devenues des mots », selon l’expression du président Juan Manuel Santos. Pour autant, le quotidien des FARC n’a pas beaucoup changé, oscillant entre l’espoir et l’inquiétude, la peur de l’esprit de revanche, et l’impossibilité de se défendre, puisque la guérilla est désarmée. Surtout, le processus qu’ils vivent chaque jour est chargé de contradictions, et son avenir est incertain.

Les médiateurs de l’ONU, me dit-on par exemple, ne jouent pas un rôle d’arbitres impartiaux au sein de la zone. Ils agissent parfois comme des forces de l’ordre légitimes. Plusieurs guérilleros, à l’abri des oreilles indiscrètes des supérieurs, m’ont confié qu’ils avaient plusieurs fois été contrôlés à l’intérieur du camp par ces officiels sont reconnaissables à leur gilet bleu. Pourtant, aucun mandat de ce type ne leur a été accordé par aucune des parties. L’accès à la zone est d’ailleurs verrouillé à leur demande, alors que les FARC assurent vouloir ouvrir leurs portes à la société civile et aux observateurs étrangers. Le gouvernement Colombien et l’ONU sont donc les parties qui dominent la gestion effective du processus de paix, et l’ancienne guérilla subit les prises de décision, de même que les retards du gouvernement vis-à-vis du calendrier fixé par les accords de la Havane.

 

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Vue d’en haut, la zone démobilisation est un campement rudimentaire, à flanc de colline.                Crédit Photo: Samuel Morin

Le discours officiel, les confidences à demi-mot, et ce que l’on observe dans les faits. Trois visions de la réalité, qui compliquent le travail d’analyse et d’enquête sur la vie des FARC, et par voie de conséquence, sur l’état de la société colombienne vis-à-vis de la paix, si durement arrachée. Les responsables de la zone me répètent que le gouvernement est en retard sur tous ses engagements, que l’ONU fait son travail dans le respect des accords (tout en me recommandant de me cacher à l’arrivée des enquêteurs dans la zone), et que le tout jeune parti révolutionnaire a pour priorité le travail de transparence. Les anciens combattants hochent la tête devant les chefs, puis, un peu plus tard, autour d’une « poker » (la bière nationale, autorisée seulement depuis la fin des combats), me confient que la réalité est moins lisse que le discours officiel. Pourtant, ces confidences, toutes les mêmes, ne sont pas toujours vérifiables dans les faits : si les FARC ne vivent pas, comme la droite radicale colombienne l’affirme, dans le luxe et la démesure, il est indéniable que leur vie a changé, qu’elle se normalise petit à petit. Certes, les enquêteurs de l’ONU ont réalisé quelques contrôles d’identité illégaux et difficiles à comprendre, mais ils s’assurent aussi que les travaux de la coopérative avancent, ils garantissent le dialogue entre l’armée et les anciens guérilleros, ils protègent l’entrée de la zone d’éventuelles incursions de paramilitaires. Après quelques jours de vie dans le camp, on réalise qu’au sujet de la paix, les FARC ne sont plus à une contradiction près.

 

 

La vie quotidienne, ruptures et continuités pour les anciens guérilleros depuis la fin des combats

 

Les guérilleros démobilisés ont donc beaucoup à redire sur la gestion de la zone. Les abus de pouvoir des médiateurs, occasionnels et limités à ce stade, compliquent néanmoins la vie du camp. Par ailleurs, les conditions de vie ne sont pas très différentes de celles de l’époque du conflit, m’explique-t-on souvent. A l’exception de l’accès à l’eau, à l’électricité, à Internet, et de la disparition du risque d’être tué une nuit, un matin, par une bombe ou un sniper de l’armée régulière. En somme, rien n’a changé sauf l’essentiel. Néanmoins, à ce jour, la plupart des « constructions » consiste en un ensemble d’habitations bâchées, dont l’armature est faite de planches en bois, sans plancher, sans chauffage : les mêmes que durant la guerre. Malgré tout, le confort des anciens combattants est considérablement supérieur aux périodes de combats, notamment pour l’accès à l’eau. C’est avec émotion, par exemple, qu’une jeune mère m’a montré les toilettes (sans porte) du camp, dont la chasse d’eau est un simple seau. L’accès à l’eau courante a révolutionné l’hygiène au quotidien, et les anciens combattants ont fait de l’eau un symbole de leur nouvelle vie ; un luxe qu’ils partagent en se lavant et en nettoyant leurs uniformes à heure fixe, non par obligation mais pour être ensemble. De même l’électricité et la possibilité de rester en activité après le coucher du soleil, sans risquer d’attirer l’attention des bombardiers de l’armée régulière avec la lumière.

L’eau, l’électricité, et l’accès aux téléphones portables. En Colombie, le smartphone est désormais un outil de la vie quotidienne, même chez les plus pauvres. Pour des raisons de sécurité, par manque d’accès à l’électricité, parce qu’ils vivaient dans des régions excentrées, les FARC n’ont eu accès au smartphone qu’après la fin des combats. Très rapidement, ils en ont fait un symbole de plus, s’écrivent sur WhatsApp, envoient des images prônant le dialogue, la confiance en soi, le succès de la « révolution des mots ». Cette nouvelle doctrine est simple : du statut de combattants, les FARC sont devenus des militants, et défendent avec la même ardeur (verbale) leur projet politique, vieil héritage du XXème siècle. Dans cette guérilla très hiérarchisée, attachée à sa doctrine, l’idéologie a peu changé depuis le début de la guerre civile, en 1964.

 

 

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Au lavoir du camp, on m’accueille en souriant: « bienvenue à la piscine ! » Crédit Photo: Samuel Morin

 

 

Il faut citer enfin un détail, un tout petit point haut dans les courbes des études statistiques colombiennes, sans doute à peine visible. Depuis presque un an, pour la première fois de leur histoire, les anciens combattants ont le droit, la liberté et le pouvoir de faire des enfants. Le mouvement connaît donc un petit baby boom : en février dernier, on comptait environ 60 bébés et 80 femmes enceintes, sur 7 000 démobilisés, selon un article de The Guardian. Du temps des bombardements et des embuscades, des crimes de guerre et des enlèvements, la natalité était proche de zéro dans la guérilla. Et quand une naissance arrivait par accident, le bébé était retiré à sa mère et confié à sa famille. La manière dont j’ai compris cette transformation de la vie des FARC mérite peut-être d’être racontée. Le lendemain de mon arrivée, un “camarade” qui m’a pris en amitié me dit qu’il doit me montrer quelque chose. Le regard embué, il me fait entrer dans une construction plus propre que les autres, avec un plancher et de vrais lits. La lumière traverse les bâches et donne un ton bleuté à la scène. Je découvre deux petits enfants qui jouent par terre avec un petit chiot noir. Ils ne savent pas parler, mais ils rient beaucoup. Leurs mères sont très occupées, elles prennent des notes sur leur petit cahier. Elles m’expliquent qu’elles suivent un “cours de maternité”, enseigné par la responsable de l’éducation dans la zone. Elle leur apprend comment nourrir leur bébé, discute des activités à organiser pour les jeunes enfants, sourit tout le temps.  L’une des élèves porte son nouveau-né dans les bras, amusée de ses mimiques. Derrière elle, au-dessus du lit, est accroché son matériel, sa vieille ceinture porte-munition, et un petit hamac où elle couche la toute petite fille. A  quatre mois, et comme les autres, c’est un enfant de la paix. Que deviendront-ils, ces jeunes enfants, si le processus échoue ? Voilà peut-être toute la gravité du sujet.

 

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Assise sur son lit, une jeune démobilisée change son nouveau né. Crédit Photo: Samuel Morin

 

 

Le projet de coopérative agricole, métaphore du processus de paix : une grande idée, beaucoup de déceptions

 

C’était le gros point de tension qui compliquait notre venue, négociée durant des semaines avec les responsables de la zone et leurs représentants à Bogotá. Les coopératives agricoles, le grand projet de la réhabilitation des révolutionnaires est le cheval de bataille du président Santos et de Timochenko, le chef de file des FARC. Par conséquent, c’est le point le plus sensible des « zonas veredales », qui explique l’interdiction d’accès à la plupart des visiteurs. J’ai fini par accéder aux travaux, deux jours après notre arrivée. La location de la future coopérative a été pensée pour rester inaccessible aux civils. L’ensemble de la zone est construit sur une grande colline. En bas, le « premier étage », la zone de réconciliation, charmant petit campement où des volontaires de l’ancienne guérilla discutent autour d’une bonne assiette avec des étudiants un peu sidérés d’être là, conscients qu’ils vivent un moment historique, mais aussi que leur accès à la zone et à la réalité du processus de paix est très limité. Au deuxième étage, à vingt minutes de marche sur un sentier boueux, le camp de réinsertion, où vit la majorité des anciens guérilleros. L’accès est réservé aux FARC et aux médiateurs de l’ONU. Heureusement pour la presse et pour nous, toute interdiction est relative, en Colombie. Ici étaient stockées les armes jusqu’au début du mois de juin, et quelques 240 anciens combattants y vivent. Au dernier étage, en haut de la route d’accès construite par l’ONU pour assurer le ravitaillement du camp, se trouvent les travaux de la coopérative. A une heure de marche de la seule zone où les civils sont censés avoir accès. Ici, du béton, des 4×4 blancs de la mission du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), et quelques ouvriers, peu loquaces et visiblement pas très occupés. Au-delà des terrasses de béton surplombant la magnifique vallée d’Icononzo, il n’y a plus rien à des dizaines de kilomètres. Quelques champs et beaucoup de forêt: c’est bien à la frontière de la Colombie profonde, qu’ils connaissent par cœur, que les FARC construisent leur coopérative.

 

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La construction des coopératives agricoles devait s’achever cet été. Dans la grande majorité des cas, les travaux avancent au ralenti. Crédit Photo: Samuel Morin

 

Un beau projet, multiplié partout dans le pays, cette coopérative agricole où finiraient par vivre des dizaines d’anciens combattants, en « autonomie ». Comprenez en autarcie. Désarmés et pacifiés, protégés par la providence d’une visite des paramilitaires, qui ont gardé leurs armes, eux. On a du mal à y croire, pour être honnête. Les travaux de la coopérative sont à l’image de la réalisabilité du projet à long terme: très approximatifs.

Là encore, c’est la nature même du processus de Paix que d’être contradictoire : en témoigne l’incroyable feuilleton de l’automne 2016.

  • Un accord de paix historique signé en présence des grands de ce monde, à Carthagène, puis un référendum maintenu malgré le passage, le jour du vote, de l’Ouragan Irma sur la côte caraïbe colombienne.
  • La victoire du Non à la question “Soutenez-vous l’accord final pour la résolution du conflit et la construction d’une paix stable et durable ?”.
  • Les  centaines de milliers de manifestants au tee-shirt blanc dans les rues de Bogotá, des bougies à la main, venus faire le deuil de la paix.
  • Le maintien pourtant, puis la mise en place effective des accords en dépit de la souveraineté populaire.
  • Sans oublier le prix Nobel de la paix accordé au président Juan Manuel Santos pour avoir réalisé la pacification de son pays, avant même que le premier ancien guérillero n’ait mis le pied en zone de désarmement.

Pour aller plus loin, lire notre article : Colombie, quel espoir pour la paix ?

Finalement, le projet de coopérative agricole n’est pas si absurde, si l’on accepte de l’analyser relativement à l’ensemble du processus de paix. Malheureusement, sa finalisation est improbable, en tout cas à long terme. Peut-être finiront-elles par ouvrir, ces fermes collectives autonomes, mais pour combien de temps ? Et qui acceptera, chez les FARC, de voir s’en aller la mission de l’ONU, dans des régions où la protection assurée par le gouvernement est très lacunaire, et où les paramilitaires réalisaient encore de nombreuses exactions il y a quelques années ? L’avenir dira si les coopératives n’étaient pas une autre clause aventureuse du processus de paix, un plan sur la comète que le gouvernement a accepté de cautionner tout en sachant qu’il ne deviendrait jamais une réalité, en tout cas pas sur le long terme.

 

 

Réhabiliter les anciens combattants, une nécessité absolue, compromise par les contradictions de la pacification

 

Ils n’ont pas de « cedula », la carte d’identité colombienne, mais ils envoient des dizaines de messages sur WhatsApp par jour. A peines instruits, enrôlés pour beaucoup à la sortie de l’enfance, ils apprennent à se présenter en anglais et à se créer un compte Snapchat. Voilà, en quelques exemples riches d’enseignement, la réalité de ces futurs ambassadeurs de la « révolution des mots ». Il faut entrer à l’improviste dans une des salles de classe (une grande tente avec quelques bancs) du camp de réinsertion de Icononzo pour le croire. Là, devant ces hommes et ces femmes qui, il y a quelques mois encore, se cachaient des bombardiers de l’armée régulière, là, sur le tableau blanc, un projecteur fait défiler les logos des réseaux sociaux les plus à la mode : Snapchat, Instagram, Facebook. Ils sont un peu embêtés, les professeurs de « communication numérique », pour expliquer quel genre de description il faut donner à une photo de profil. Le responsable pédagogique de la « zona veredal » a choisi “Vladimir” comme alias. Vladimir est gentil mais un peu méfiant, il ne dit pas souvent oui, et il n’a pas de problèmes à expliquer à des révolutionnaires communistes comment fonctionne Facebook, et pourquoi c’est important d’avoir un compte Instagram. Le projet des responsables FARC est de faire de ces anciens combattants de nouveaux militants, leur donner les clés du nouveau monde, de la société colombienne connectée. En un mot, les insérer dans la vie civile, quitte à passer outre les contradictions récurrentes d’un tel projet. Ils savent télécharger une nouvelle photo de profil, mais ils ont du mal à écrire la description sans faire de fautes, certains mêmes en sont incapables, ne sachant lire et écrire. Pour l’instant, ils ne sont pas encore des citoyens colombiens à part entière, ne sont pas recensés dans les registres officiels, n’ont pas de sécurité sociale, ne paient pas d’impôts. Beaucoup souhaitent passer le « bachillerato », l’équivalent du Bac en Colombie, pour commencer à étudier et devenir des membres utiles du nouveau parti. Mais les responsables du mouvement eux-mêmes ont raté l’examen, qui requiert d’avoir acquis les bases élémentaires de l’éducation scolaire colombienne.

C’est pleins d’espoirs, pourtant, que les « camarades » se rendent tous les matins à leur salle de classe, leurs cahiers neufs à la main, pour « apprendre ». Mais avec trois professeurs, dont aucun n’est diplômé, pour une grosse centaine d’étudiants, les espoirs des anciens combattants risquent bien d’être déçus. Que deviendront-ils alors, dans les villes colombiennes hyper capitalistes, où le travail s’arrache et où la reproduction sociale est aux extrêmes ? Comment les insérer dans cette société, si on ne leur dit pas en tout premier lieu qu’elle est l’une des plus inégalitaire du monde – un coefficient de Gini de 0.53 en 2014 selon la Banque Mondiale ? Que seuls les plus riches ont accès aux fonctions politiques et aux métiers intellectuels auxquels ils pensent pouvoir prétendre après quelques années d’étude, alors leurs chefs eux-mêmes n’ont pas le niveau minimum requis pour accéder à l’université ? Là encore, passé l’amusement et la surprise, il est douloureux de voir ces visages rieurs, cette confiance dans un avenir que personne, finalement, ne garantit.

 

 

 

 

A la fin de mon séjour dans la zone d’Icononzo, je suis redescendu de cette colline étrange, toujours dans le brouillard. A l’image peut-être de la pacification, qui anime tant les Colombiens ; brandie au monde pour prouver que l’époque des attentats, des enlèvements et des massacres, est bel et bien terminée. Ces anciens combattants, anciens enfants soldats, anciens bourreaux et victimes de la plus longue guerre civile de l’histoire moderne, sont décidément heureux, et sereins face à l’avenir. Mais passée l’euphorie, quand l’opinion internationale se lassera de leur histoire, que restera-t-il des promesses et des projets rocambolesques ? En 2018, déjà, moins de deux ans après la signature des accords, aura lieu la prochaine élection présidentielle colombienne. Le Parti Centre Démocratique (CD) sera sans doute finaliste, bien qu’il n’ait pas encore désigné son candidat. Ce parti, soutenu par l’ancien président Álvaro Uribe, s’il était porté au pouvoir, ferait sans doute une priorité de l’abolition de l’accord de Paix. L’avenir des anciens combattants, déjà incertain dans des conditions favorables à la paix, serait alors très loin de leurs espoirs et des promesses faites au temps des grands discours et des accords historiques.

 

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On ne m’a pas dit son nom, ni son âge. Une chose est sûre: il est né à l’aube de la paix. Crédit Photo: Samuel Morin

 

Samuel Morin.

 

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