La question minière en Colombie, un enjeu essentiel pour la construction de la paix ?

                                             Les années 2000 ont constitué pour les économies d’Amérique du Sud une période de retour aux matières premières. La part des matières premières dans les exportations du continent est ainsi passée de 27 %, au début des années 1980, à 40 % en 2009. La Colombie n’a pas échappé à ce processus de «  reprimarisation des économies »  porté dans le pays par une importance croissante de l’industrie minière, c’est-à-dire de l’ensemble des activités visant à prospecter, exploiter et extraire des matières comme l’or ou le charbon.

Les multinationales étrangères, qui sont les acteurs principaux de cette industrie, se sont vues attribuer par l’État des autorisations d’exploitation dans de nombreuses régions, comme Antioquia, la Guajira, el Choco. Cette activité est cependant l’objet de controverses importantes concernant les dégâts environnementaux qu’elle cause, le manque de développement local des territoires dont elle exploite les ressources naturelles, et la violation des droits humains dont elle est parfois à l’origine. À cela s’ajoute les accusations de plus en plus nombreuses portées à l’encontre des licences d’exploitation délivrées par l’État à la faveur de la guerre. Ce contexte a en effet permis le développement d’un flou juridique sur la propriété à travers les déplacements forcés, le retrait de l’État de certains territoires et le contrôle alternatif de ces mêmes territoires par les forces en conflit. Désormais à l’aune de la fin de la guerre, d’un retour du droit sur l’ensemble du territoire, l’État colombien, qui souhaite profiter de la dynamique des accords de paix pour attirer plus de capitaux étrangers, continue à délivrer des licences. Le retour de la paix après 50 ans de conflit voit également resurgir au premier plan les revendications de populations indigènes et afro-descendantes, ou de citoyens préoccupés par les enjeux sanitaires et écologiques, qui clament leurs droits à vivre en tant que communauté, à vivre dans un environnement sain, et également à avoir un droit de regard sur les activités économiques qui se déroulent sur leurs territoires. Le retour à la paix, qui reste fragile, marque donc également un moment de confrontations et de contradictions des différents droits existants parallèlement dans la société et dans l’ordre juridique colombien.  

L’industrie minière en Colombie : un moteur économique en contradiction avec le droit constitutionnel ?

En Colombie, la redynamisation du secteur primaire a été portée par la croissance de l’exploitation minière dans son ensemble. Ainsi entre 2001 et 2011, l’extraction du charbon a cru de 95 % et celle l’or de 156 %. Cette croissance est liée à la remontée des prix des matières premières. Ainsi le prix de l’once d’or a battu un record en septembre 2011 avec 1921.17$ l’once.  Comme dans la plupart des pays en voie de développement, l’activité extractiviste est fortement tournée vers l’extérieur et vers les exportations. Entre 2010 et 2015 l’industrie minière a constitué 19.6 % des exportations du pays et 16 % des Investissements Directs Étrangers (IDE), lui sont destinés. Dans cette production, le charbon est la ressource la plus utilisée.  En 2016, le charbon constitue 65% des exportations annuelles en valeur du secteur minier. La Colombie est d’ailleurs le 5ème exportateur de charbon au monde.

Cette industrie destinée à l’exportation est essentiellement tenue  par les grandes multinationales, encouragées par le gouvernement qui en retire des impôts relativement conséquents, contrairement à la petite industrie minière informelle dont les revenus échappent à toute imposition. En dehors de la grande industrie exportatrice, il existe en effet en Colombie une petite industrie informelle, dangereuse pour les mineurs et plus nocive pour l’environnement. L’exploitation par les grandes multinationales étrangères est donc encouragée car son contrôle et son imposition fiscale semble plus aisés pour le gouvernement, même si les rapports de forces, la collusion entre les élites économiques et politiques et la corruption, rendent ce contrôle parfois inopérant. Cette exploitation a de fait permis d’alimenter de façon conséquente les rentrées d’argent non négligeables pour l’État. Selon le ministère des mines, entre 2010 et 2015, les seules royalties récoltées par le gouvernement se sont élevées à 9,7 milliards de dollars, pour un budget annuel de 80 milliards de dollars.

Cet état de fait est le résultat des politiques menées par les gouvernements successifs, qui à l’image de toute l’Amérique Latine, ont considéré que l’utilisation des ressources naturelles était indispensable pour tirer la croissance et remplir les caisses de l’État.  Depuis les années 2000 le secteur minier a ainsi été défini par les autorités colombiennes comme l’un des cinq secteurs moteurs de l’économie du pays, las locomotoras (locomotives) que sont l’industrie minière, le logement, les infrastructures, l’agriculture et l’innovation. Les gouvernements ont ainsi cherché à établir un cadre législatif qui soit favorable aux investissements étrangers, à travers l’adoption d’exemptions fiscales et la diminution du taux d’imposition pour les multinationales étrangères[1]. Ainsi une réforme fiscale approuvée fin 2012 a fait baisser le taux d’imposition de 33% à 25% sur les bénéfices des personnes juridiques, cadre qui concerne les multinationales. L’assouplissement du cadre législatif est également passé par l’adoption d’un nouveau code Minier, Codigo de Mineria adopté en 2001, et suivi la même année du Plan Mineria Vision 2019.  Avec le processus de paix, les IDE affluent d’autant plus en Colombie ces dernières années. Un exemple significatif est la Mina La Luna, exploitation de charbon à ciel ouvert qui ouvrira en 2018 et produira 4,2 millions de tonnes de charbon par an, soit 5% de la production annuelle actuelle du pays. C’est la grande multinationale Red Leopard Holdings PLC qui s’est vue accorder la licence d’exploitation en échange de 200 millions de dollars pour le gouvernement colombien, plus vingt millions de dollar d’investissements dans les infrastructures à l’échelle locale. Mais l’exemple le plus emblématique de cette exploitation à grande échelle par les multinationales étrangères reste la mine de Cerrejon, plus grande mine de charbon à ciel ouvert au monde, qui produit à elle seule 37% du charbon colombien. Elle est exploitée par les plus grandes multinationales du secteur : Glencore, Continental Gold, Anglo-American Company, BHP Billiton.

Cependant il est primordial de comprendre que ce cadre législatif rentre parfois en contradiction avec la constitution de 1991. Cette dernière, profondément novatrice protège les droits des citoyens à « vivre dans un environnement sain », et « l’intégrité culturelle, sociale et économique » des communautés indigènes et afro-descendantes, tout en précisant que le sous-sol du territoire appartient à l’État. L’industrie minière se voit opposer deux types de droits :  le droit environnemental d’une part et les droits des communautés indigènes et afro-descendantes d’autre part.

En matière environnementale, environ 11% du territoire national est protégé de toute exploitation au titre de  Parques naturales nacionales  ( Parcs naturels nationaux), qui comptabilisent 56 zones pour un total de plus de 11,5 millions d’hectares. Cependant avant que ces zones aient obtenu leur statut au cours de vingt dernières années, certains permis d’exploiter les ressources avaient été délivrés par le gouvernement colombien. Aujourd’hui,  45 000 hectares au sein des Parcs naturels nationaux sont concernés par une exploitation sur leurs territoires. Ainsi la Anglogold Ashanti possède-t-elle un titre d’exploration, de construction et d’exploitation minière sur 9 613 hectares du Parque de los Nevados[2].L’exploitation des ressources naturelles a bien sûr des conséquences très négatives sur l’environnement : exploiter le charbon et l’or nécessite ainsi des grandes quantités d’eau, ainsi pour extraire un gramme d’or, il faut environ mille litres d’eau. Cette eau est contaminée par le mercure utilisé pour dissoudre la terre et atteindre l’or qui s’y trouve. L’air et les sols à proximité des grandes exploitations de charbon comme el Cerrejon se trouve également fortement pollué.[3]

En matière de droits des communautés indigènes et afro-descendantes il existe en Colombie 87 peuples indigènes qui représentent une population de 1 378 884 habitants soit 3,3% de la population nationale. L’article VII de la constitution colombienne « reconnaît et protège la diversité ethnique et culturelle de la Nation colombienne ». Par conséquent, ces communautés se sont vues accorder dans l’ordre juridique des droits particuliers. D’abord, le droit à rester et habiter dans leurs terres ancestrales, qui ont été délimitées et ont pris le nom de «  resguardos ».  On recense en tout 715 resguardos qui correspondent à 32 millions d’hectares. Les resguardos sont des propriétés collectives inaliénables et imprescriptibles[4], gouvernées par des conseils locaux, et réglementés par les us et coutumes de ses communautés. Surtout l’article 330 de la Constitution précise que : « L’exploitation des ressources naturelles dans les territoires indigènes se fera sans diminution de l’intégrité culturelle, sociale et économique des communautés indigènes », et que concernant « les décisions qui seront adoptées en relation avec l’exploitation des ressources naturelles, le gouvernement fera en sorte de favoriser la participation des représentants des communautés respectives ». À ces droits constitutionnels s’ajoute le droit international ratifié par le parlement Colombien. À ce titre la convention 169 de l’OIT qui reconnaît un droit collectif à la terre et à l’auto-détermination est intégrée à la constitution de 1991.

Les contradictions au sein du droit colombien sont donc assez importantes. Le contexte de guerre à rendu encore plus complexe cette situation en provoquant un  recul du droit, en rendant possible de nombreuses transgressions aux droits constitutionnels qui viennent d’être énoncés. Cela débouche aujourd’hui sur une confusion juridique d’autant plus grande que rentrent en jeu les critères de l’établissement des faits et de la rétroactivité des lois.

La guerre, un contexte favorable à l’industrie minière

Il est difficile de traiter un sujet en Colombie sans que la thématique soit reliée d’une façon ou d’une autre à la guerre, le conflit armé resurgit dans les moindres espaces de la vie colombienne. Cela est d’autant plus vrai ici que l’industrie minière a profité du contexte de la guerre, du recul du droit, de l’opacité qui régnait sur certaines régions, pour se développer. Ainsi des titres d’exploitation ont été délivrés à la faveur des déplacements forcés de populations qui atteignent le nombre de sept millions de personnes [6]. Ces titres ont également été concédés sans aucune étude préalable sur les impacts environnementaux et sans consultation des populations encore présentes ou de celles possédants des droits sur les territoires en question. Margarita Serje parle à ce sujet d’un mythe de la disparition de l’État, de la construction volontaire d’une situation d’anarchie dans laquelle sont venus s’installer des acteurs porteurs d’un capitalisme sauvage. De plus si l’État n’était pas présent en tant que tel dans les régions en question, il était tout de même présent à travers l’armée, mais également par les liens qu’il entretenait avec les paramilitaires. Le mythe de l’absence de l’État a donc servi à légitimer toutes les stratégies violentes de pénétration, d’appropriation, d’extraction et d’exploitation de ces territoires sans que l’État n’ait jamais eu à rendre de compte, en toute impunité. Ainsi les grandes entreprises qui exploitaient les ressources dans certaines régions comme dans la région du Cesar, sont suspectées d’avoir utilisé et financé les paramilitaires en échange de la sécurité que ceux-ci leurs assuraient[7].

L’autre schéma qui a été mis en place et cette fois tant de la part des FARCS que de la part des paramilitaires, est celui de la petite industrie minière et illégale, notamment d’or. Les groupes armés qui étaient en conflit, les paramilitaires et les FARCS, ont reproduit avec l’industrie minière illégale, la même stratégie que celle utilisée pour la production de la coca. L’exploitation minière illégale a ainsi été l’objet d’une lutte entre les forces en conflit, qui s’en sont servis pour se financer. Les communautés se voyaient donc le droit de rester à condition de participer à une sorte d’impôt de solidarité payé en grammes d’or. Ce phénomène a particulièrement touché les marges, notamment les communautés afro-descendantes qui ont intégré ce mode de vie. Sur l’ensemble des mines illégales découvertes, un recensement du Ministère des Mines estime que 46% se trouvent dans des communautés afro-descendantes. D’ailleurs le parallèle avec les plantations de coca est flagrant puisque dans les départements de Caquetá, Nariño y Putumayo, soit plus de 80% des lieux où se pratique cette sorte d’exploitation minière, hébergent également des cultures illicites de coca[8]. Le phénomène de l’exploitation illégale n’est absolument pas marginal. En 2012, une enquête réalisée l’agence de l’ONU contre les Drogues y le Crime a montré que 60% de l’or provenant de Colombie était extrait de mines illégales[9]. Concrètement l’exploitation est réalisée par des communautés qui achètent des bulldozer et qui vont sur les terrains recueillir des quantités énormes de terres, avant de les traiter avec de l’eau imbibée de mercure. Il y a donc un paradoxe : ce sont souvent des communautés marginalisées, survivant grâce à cette exploitation illégale, qui subissent les ravages de la pollution. Des accidents sont récurrents dans ce type d’exploitation. Le 6 décembre 2017, une explosion de gaz dans une mine de la région de Boyacá a fait dix morts . Les conditions d’exploitation sont rudimentaires, il n’y aucune ventilation, ni de protection comme des gants pour traiter l’eau avec le mercure. Le gouvernement colombien lutte activement contre ce phénomène mais tant dans le but sanitaire et environnemental que pour ouvrir de nouveaux territoires aux sous-sols riches pour les grandes multinationales. Selon Marie Laure Guilland et Nadège Mazard, la paix de Santos se fait dans l’objectif très pragmatique « de rendre accessibles aux entreprises nationales et multinationales les lieux d’exploitation des ressources naturelles ». Quoi qu’il en soit il est certain que si l’ensemble de ces problèmes est resté relativement peu médiatisé  pendant la guerre, depuis quelques années à l’aune de la paix ces problématiques ressortent à la lumière.

La réappropriation du droit par les citoyens à l’aune de la paix

Depuis quelques années, avec le retour progressif à la paix, de plus en plus de revendications sont faites par les citoyens colombiens pour recouvrer leurs droits violés pendant la guerre. Ces revendications concernent souvent la reconnaissance de droit de propriété, la protestation contre les licences minières délivrées dans des contextes opaques souvent en transgression du droit. Aujourd’hui ces revendications prennent la forme de grandes manifestations, et de marches organisées par des communautés indigènes qui se mettent en scène pour faire valoir leurs droits. Cependant, elles prennent aussi la forme d’actions juridiques. Ces dernières années les citoyens, les communautés indigènes se sont progressivement réapproprier l’arme juridique. Dans ce contexte la jurisprudence constitutionnelle a ces dernières années protégé les droits au territoire à travers diverses sentences successives. Par exemple, la sentence T-769 de 2009 a reconnu que les droits constitutionnels de la communauté indigène de Uradá (resguardo Urada Jiguamiand), de la communauté afrodescendante du conseil communautaire de la vallée Rio Jiguamiando et la communauté indigène Embera de la Guaga du Resguardo de Murindo, se trouvaient tous menacés par l’exploitation minière de la concession Mande Norte (mine de cobalt et d’or) par la multinationale Muriel Mining. En effet la Cour précise que les communautés n’avaient pas été consultées avant la délivrance de la licence à la multinationale. Or « les droits fondamentaux des communautés se garantissent et prennent effectivité par le droit de regard qu’elles possèdent sur les activités qui impactent et affectent leurs territoires ».  En conséquence de quoi la sentence T-769 de 2009 demande au gouvernement de s’abstenir de donner des licences d’exploitation et d’exploration dans le projet Mande Norte jusqu’à que les études sur l’impact écologique soient faites et « la consulta previa », libre et informée, soient réalisées. Cette jurisprudence de la cour constitutionnelle a constitué un tournant à partir duquel les droits des communautés ethniques sont réaffirmés. Ainsi en 2010 la loi qui prétendait changer le Code Minier de 2001 pour établir le droit de l’État à réserver certains lieux pour l’exploration et l’exploitation, a été annulée par la même Cour constitutionnelle en 2011 qui l’a déclaré inapplicable car elle omettait le droit constitutionnel à la consultation préalable des communautés ethniques concernées. Les effets de cette ligne jurisprudentielle commencent à apparaître. Ainsi en 2014, Cerrejón a reçu une licence pour détourner la rivière Ranchería de son cours. Néanmoins cette source alimentait en eau une communauté indigène de la Guajira, les Wayúu. Les droits fondamentaux de ceux-ci étant mis en danger, la Cour constitutionnelle a décidé d’interrompre le projet[10].

Mais un autre phénomène se développe de plus en plus en Colombie, qui concerne cette fois le droit environnemental. En effet en 2016, la Cour constitutionnelle a pris deux décision d’une importance majeure, déclarant toutes deux que les populations locales qui pourraient voir affectées leur droit à un environnement sain possèdent le droit constitutionnel de procéder à une « consulta popular » avant la délivrance des licences sous conditions qu’un tiers des habitants de l’échelle régionale concernée participent à la consultation. Depuis le début de l’année 2016, plus de dix municipalités ont tenu des consultations populaires et toutes, à l’exception d’une, ont rejeté les projets d’exploitation minières ou pétrolières, à l’image de la municipalité de Cajamarca qui a voté contre un projet minier[11].  Cela s’explique d’abord par le fait que l’industrie minière n’a pas bonne réputation à l’échelle locale, tant parce qu’elle nuit à l’environnement que parce qu’elle ne permet que très rarement un développement local. Les zones d’où sont extraites les ressources restent souvent les plus pauvres du pays, à l’image de la Guajira. Cela explique ce rejet de l’industrie minière à l’échelle locale, et les revendications semblent de plus en plus nombreuses. Plus de 40 municipalités ont fait les démarches pour organiser ces consultas populares en 2018. Aujourd’hui la question majeure qui subsiste est celle du devoir qu’a l’État d’appliquer les résultats de ces consultas populares[12]. Cette nouvelle donne  juridique menace bien évidemment la prospérité du secteur. Ainsi l’Institut Fraser, qui évalue l’attractivité des pays du monde auprès des multinationales du secteur minier selon les politiques mises en œuvre par les gouvernements pour encourager l’investissement classait la Colombie 29ème sur 122 en 2015.  En revanche dans les classements du même institut concernant l’incertitude liée à des territoires protégés le pays se situe en 2016,  95ème sur 100, et 81ème sur 100 en ce qui concerne l’incertitude provoquée par les réglementations écologiques[13]. Il y a donc un écart important entre l’attractivité des politiques gouvernementales et l’incertitude juridique liée aux enjeux environnementaux et sociaux. Le gouvernement Santos a d’ailleurs lancé plusieurs projets de lois pour tenter de réglementer les  consultas populares[14].

Il faut souligner que cette réappropriation du droit par les communautés ethniques et les citoyens, ne se fait évidemment pas sans heurts, et la Colombie est le second pays qui a connu le plus de meurtres de défenseurs de l’environnement. Selon le rapport de Global Witness (2016) 37 personnes ont été tuées en 2016. C’est 25 de plus qu’en 2015, et les chiffres devraient encore augmenter au fur et à mesure que les revendications des citoyens contre les multinationales se font de plus en plus audibles. Pour Global Witness dans 22 cas les meurtres ont été perpétrés par d’anciens paramilitaires dont on connaît les liens passés et probablement toujours présents avec les multinationales.

        Les enjeux de l’industrie minière constituent aujourd’hui une problématique majeure en Colombie, car ils cristallisent les oppositions de la société colombienne mais également les espoirs que laissaient entrevoir la constitution de 1991.  Dans le contexte de construction de la paix que connaît désormais le pays, les citoyens et les communautés ethniques utilisent et s’approprient les armes juridiques pour faire valoir leurs droits et faire entendre leurs voix à l’échelle locale. La grande industrie minière de plus en plus critiquée par la société civile peut encore jusqu’à ce jour compter sur l’appui du gouvernement qui continue à favoriser le secteur. Les contradictions de l’ordre juridique, entre propriété du sous-sol par l’État et droits constitutionnels des communautés et des citoyens, devront donc être clarifiés.  L’heure est au choix du modèle de société qui verra le jour dans la construction de la paix, soit celui d’une démocratie à l’écoute de ses citoyens tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle locale, qui revitalise un peu une citoyenneté trop souvent fragilisée par la guerre. Soit au contraire un modèle qui s’inscrit dans la continuité des gouvernements précédents, qui encourage des grands secteurs économiques parfois aux dépens des citoyens qui vivent dans les régions rurales, et des communautés ethniques. En somme il s’agit de savoir si les deux Colombies, la Colombie urbaine qui se développe et « l’autre Colombie » sont irréconciliables, ou si la nation colombienne peut enfin se reconstruire.

 

Esteban Lopez

Notes

[1] http://www.eltiempo.com/archivo/documento/CMS-11576723, voir aussi : https://www.elespectador.com/noticias/economia/colombia-paraiso-fiscal-mineria-articulo-391134

[2] http://www.elcolombiano.com/medio-ambiente/mineria-en-parques-nacionales-naturales-de-colombia-AE4125211

[3] https://www.elespectador.com/noticias/nacional/los-danos-colaterales-del-cerrejon-articulo-625055

[4] Art 63 Constitution.

[5] Art 286 Constitution.

[6] http://www.internal-displacement.org/countries/colombia/

[7] https://www.elespectador.com/noticias/nacional/el-informe-denuncia-posible-relacion-entre-paramilitare-articulo-505827

[8] https://www.elespectador.com/noticias/judicial/el-60-de-mineria-de-oro-cielo-abierto-ilegal-colombia-articulo-640381

[9] https://www.unodc.org/colombia/es/press/2016/junio/explotacion-de-oro-de-aluvion.html

[10] https://www.elespectador.com/noticias/judicial/corte-constitucional-suspende-obras-del-cerrejon-para-desviar-el-rio-bruno-articulo-707988

[11] http://www.portafolio.co/economia/cajamarca-decide-en-consulta-popular-sobre-explotacion-minera-504434

[12] http://sostenibilidad.semana.com/impacto/articulo/consulta-popular-explicada-facilmente-en-colombia-en-solo-tres-pasos/38327

[13] https://www.fraserinstitute.org/sites/default/files/survey-of-mining-companies-2016.pdf, p51

[14] https://www.elespectador.com/opinion/se-vienen-mas-consultas-populares-contra-la-mineria-en-colombia-video-697347

BIBLIOGRAPHIE :

Constitution Colombienne de 1991 : http://www.corteconstitucional.gov.co/inicio/Constitucion%20politica%20de%20Colombia.pdf

Rapport du Ministère des Mines  sur l’Industrie Minière, 2016 : https://www.minminas.gov.co/documents/10180/698204/Pol%C3%ADtica+Minera+de+Colombia+final.pdf/c7b3fcad-76da-41ca-8b11-2b82c0671320

Multimillonaria inversión en carbón en el Cesar”, Dinero, Aout 2017 :

http://www.dinero.com/economia/articulo/multimillonaria-inversion-en-carbon-en-el-cesar/248940 

Survey of Minning compagnies, Fraser Institute, 2016 : https://www.fraserinstitute.org/sites/default/files/survey-of-mining-companies-2016.pdf

“ Minería en Colombia: Paraíso de las multinacionales mineras”, OCE : http://ocecolombia.co/mineria-en-colombia-paraiso-de-las-multinacionales-mineras/

Jurisprudence C-366/11, Cour constitutionnelle colombienne : http://www.corteconstitucional.gov.co/relatoria/2011/c-366-11.htm

 

 

http://www.urosario.edu.co/jurisprudencia/catedra-viva-intercultural/ur/La-Consulta-Previa/Que-es-la-Consulta-Previa/

 

Nadège Mazars et Marie-Laure Guilland, « Colombia, tierra de pelea: le(s) conflit(s) au cœur de la société », Cahiers des Amériques latines, 71 | 2012, 17-32. : http://journals.openedition.org/cal/2648#quotation

 

Margarita Serje, « El mito de la ausencia del Estado: la incorporación económica de las “zonas de frontera” en Colombia », Cahiers des Amériques latines, 71 | 2012, 95-117. : http://journals.openedition.org/cal/2679#quotation

 

“La guerra del Oro en Colombia”, National Geografic : https://www.youtube.com/watch?v=j0unmbPWMO4

 

La gratuidad de la minería”, El Tiempo, Avril 2012 : http://www.eltiempo.com/archivo/documento/CMS-11576723,

 

Colombia Paraíso fiscal para la minería”, El Espectador, décembre 2012 : https://www.elespectador.com/noticias/economia/colombia-paraiso-fiscal-mineria-articulo-39-1134

 

http://www.elcolombiano.com/medio-ambiente/mineria-en-parques-nacionales-naturales-de-colombia-AE4125211

 

“Los daños colaterales del Cerrejón”, El Espectador, Avril 2016 : https://www.elespectador.com/noticias/nacional/los-danos-colaterales-del-cerrejon-articulo-625055

 

Recensement actualisé du nombre de déplacés en Colombie : http://www.internal-displacement.org/countries/colombia/

 

“El informe que denuncia posible relación entre paramilitares y empresas mineras” El Espectador, Juillet 2014 : https://www.elespectador.com/noticias/nacional/el-informe-denuncia-posible-relacion-entre-paramilitare-articulo-505827

 

“ El 60% de la minería de oro a cielo abierto es ilegal en Colombia”, El Espectador, Juin 2016: https://www.elespectador.com/noticias/judicial/el-60-de-mineria-de-oro-cielo-abierto-ilegal-colombia-articulo-640381

 

https://www.unodc.org/colombia/es/press/2016/junio/explotacion-de-oro-de-aluvion.html

 

“Corte Constitucional suspende obras del Cerrejón para desviar el río Bruno”, El Espectador, Aout 2017 : https://www.elespectador.com/noticias/judicial/corte-constitucional-suspende-obras-del-cerrejon-para-desviar-el-rio-bruno-articulo-707988

 

Cajamarca votó masivamente en contra de la minería, Portafolio, Mars 2017 : http://www.portafolio.co/economia/cajamarca-decide-en-consulta-popular-sobre-explotacion-minera-504434

 

“ La consulta Popular”,  La Semana, Aout 2017 http://sostenibilidad.semana.com/impacto/articulo/consulta-popular-explicada-facilmente-en-colombia-en-solo-tres-pasos/38327

 

                                             

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