Éthiopie- Érythrée, début de pourparlers historiques

Un vent d’apaisement souffle enfin sur la Corne de l’Afrique. Pour la première fois depuis le début des hostilités en 1998, Asmara envoie une délégation de haut niveau en Éthiopie. La délégation, conduite par le ministre des Affaires étrangères Osman Saleh est arrivée le 26 juin 2018 dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, pour des pourparlers sur la fin du conflit.

Cette visite fait suite à la main tendue du nouveau Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, qui avait fait de la paix avec l’Érythrée une des promesses de son discours d’investiture : «Nous sommes pleinement déterminés à nous réconcilier avec nos frères et sœurs érythréens et à inviter le gouvernement érythréen à entamer le dialogue et à établir des relations », avait-il déclaré au parlement. Début juin,  le président Issaias Afwerki s’est saisi de cette main tendue et déclaré que son pays enverrait une délégation à Addis-Abeba « pour évaluer directement et en profondeur les développements actuels, ainsi que pour élaborer un plan d’action continu pour l’avenir ».

Capture d’écran 2018-06-27 à 22.10.00.pngLe Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, Mai 2018, WikiCommons

Vers la fin d’un conflit frontalier sanglant

Pour favoriser la reprise de ce dialogue longtemps rompu,  le régime éthiopien a annoncé le mercredi 6 juin 2018 la fin de son différend frontalier avec l’Érythrée. Un geste significatif puisque les deux pays se sont violemment affrontés de 1998 à 2000 en raison de divergences sur la démarcation de leurs frontières communes. Après deux années sanglantes, qui font de part et d’autre 80 000 victimes, les deux belligérants signent le 12 décembre 2000 un premier accord de paix : les accords d’Alger.

Capture d_écran 2018-06-27 à 22.10.08La frontière entre Érythrée et Éthiopie, 7 décembre 2016, Wikicommons

Deux ans plus tard, une commission d’arbitrage sous l’égide de l’ONU attribue la ville de Badmé, point central du litige, à l’Érythrée. Cette décision ravive alors les tensions d’une part et d’autres de la démarcation. Une mission onusienne est mandatée pour protéger une zone tampon de 25 kilomètres, mais à son départ en 2008, les incidents se multiplient, notamment à Badmé qui est rapidement occupée par des troupes éthiopiennes.  Par la suite, la militarisation de la frontière par les deux pays a donné lieu à plusieurs affrontements périodiques, qui ont parfois fait craindre la reprise d’un conflit à grande échelle, notamment en juin 2016. Après des combats de quelques heures le long de la frontières dans la zone de Tsorone-Zalambessa, à 170 kilomètre au sud de la capitale érythréenne, l’Éthiopie avait alors menacé son voisin d’une “guerre totale”.

Une ouverture politique pour les pays de l’Afrique de l’Est

Selon Abebe Aynete, un analyste basé à Addis-Abeba interrogé par Al Jazeera, la visite pourrait marquer la fin de l’impasse politique entre les pays d’Afrique de l’Est. « Cette visite est très importante et lorsque l’accord sera pleinement mis en œuvre, cela signifiera que les populations des deux pays pourront enfin avoir des relations amicales. Elle améliorera également la sécurité de la région. Les guerres par procuration entre les deux pays prendront également fin ». Le résultat d’une telle stabilisation pourrait ainsi bénéficier non seulement aux territoires contestés, mais aussi à toute l’Afrique de l’Est.

Pour le chercheur Roland Marchal, spécialiste de la Corne de l’Afrique interrogé par l’AFP, il convient de rester prudent même si cette rencontre est « incontestablement un pas en avant ». Il a déclaré espérer que la « bonne volonté prévaudra » au bénéfice des populations avant d’ajouter : « En Érythrée d’abord, cela permettrait de sortir ce pays de son statut d’État voyou (…) D’un autre côté, l’Éthiopie semble vouloir se réformer, c’est sans doute un moment où elle a besoin d’une plus grande mobilisation et de l’attention des forces intérieures. »

Ainsi, pour la première fois depuis le début du conflit, le drapeau érythréen a été accroché côte à côte avec celui de l’Éthiopie dans les rues du centre-ville d’Addis-Abeba ce mardi. De nombreuses personnes dans la capitale éthiopienne se sont félicitées de l’arrivée de la délégation et du récent dégel des relations entre les deux voisins.

Séphora Saadi

 

Bibliographie

Éthiopie – Érythrée : les grandes dates d’un litige frontalier, France 24, 06 juin 2018
Eritrea delegation arrives in Ethiopia ahead of landmark talks, Al Jazeera, 26 juin 2018
Erythrée et Ethiopie, les frères ennemis, Le Monde, 14 juin 2018
La main tendue de l’Éthiopie à l’Érythrée, Libération, 6 juin 2018
Roland Marchal, « Une « drôle de guerre » : des frontières entre l’Érythrée et l’Éthiopie » CERISCOPE Frontières, 2011
Crédits photo : Eritrea – Ministry of Information

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