Le dernier sommet du forum sur la coopération sino-africaine, quelles promesses?

Après le Sommet du Forum on China-Africa Cooperation (FOCAC) de septembre 2018, où en est la politique « d’aides » chinoise en Afrique ?

Lors des visites du ministre des affaires étrangères de la république populaire de Chine, Wang Yi, du 12 au 16 janvier 2018, au Rwanda, en Angola, au Gabon puis à Sao Tomé et Principe, celui-ci a exprimé la volonté de son Pays de lier la China’s Belt and Road Initiative (BRI) avec l’agenda de l’ONU pour le développement durable d’ici 2030, celui de l’Union africaine d’ici 2063 mais aussi celui de la stratégie de développement des pays africains. L’Afrique est donc au sommet des préoccupations chinoises, cela se perçoit notamment par le fait que l’Afrique constitue la seule visite annuelle obligatoire pour le ministre des affaires étrangères de la République populaire de Chine.

Ensuite, il convient de rappeler que les deux plateformes de coopération économique majeures pour l’agenda chinois sont d’une part le projet pharaonique de la BRI, et d’autre part le FOCAC (forum sur la coopération sino-africaine), qui est une série de conférences ministérielles sino-africaines ayant lieux tous les trois ans. La dernière a eu lieu à Pékin le 2 septembre 2018 avec 53 chefs d’Etats et de gouvernements, ainsi que le président de l’Union africaine, Paul Kagame.

Cette conférence a produit deux textes : le “Forum on China-Africa Cooperation Beijing Action Plan (2019-2021)”, ainsi que le “Beijing Declaration-Toward an Even Stronger China-Africa Community with a Shared Future”. Ceux-ci insistent sur le renforcement des relations sino-africaines dans les trois prochaines années, et s’articulent notamment autour de cinq domaines représentants des enjeux majeurs.

Le premier domaine est la santé, avec des mesures afin de former des médecins africains, mais aussi d’envoyer des équipes de médecins chinois à l’image des 10 médecins spécialistes volontaires chinois à Harare au Zimbabwe le 22 janvier 2018 dans le cadre du second plan de prévention et de traitement contre le cancer du col de l’utérus. Il s’agirait d’une  perpétuation d’aide médicale donc, avec une attention particulière notamment dans la détection de maladies transmissibles telles que la Malaria, le SIDA ou encore Ebola.

Le deuxième est le domaine financier, la Chine a promis de rajouter 60 milliards de dollars comprenant, et il est important de le noter, 15 milliards de subventions, prêts sans intérêts et prêts à taux bas. De plus, lors du sommet de 2018, la Chine a exempté de leur dette plusieurs pays jugés être dans une situation critique. Lors du dernier sommet du FOCAC en 2015 à Johannesbourg, le président Xi Jinping avait déjà promis 60 milliards de dollars.

Selon Jean-Joseph Boillot, docteur en économie, il convient de rappeler que cette                  « économie de la dette », ce « néo-colonialisme » dont certains médias parlent est à nuancer. En effet, le FOCAC est un sommet jeune (créé en 2000), mais qui a permis la création et la consolidation d’une « synergie » entre la Chine et l’Afrique. Selon lui, l’Afrique a besoin de 50 milliards de dollars d’investissement par an et la Chine à travers ces aides lui fournisse une grande partie de cette somme. Ainsi, l’élévation de l’hégémon chinois sur le continent africain permet par exemple la construction d’infrastructures comme l’autoroute d’Addis-Abeba-Adama construite de 2010 à 2014 par la China Communications Construction Company.

Le troisième est le domaine sécuritaire, et notamment terroriste. Cet enjeu majeur pour la Chine est aussi bien une préoccupation intérieure avec le Turkestan oriental, qu’extérieur comme le montre les promesses de cette conférence. Il est intéressant de constater une évolution depuis la conférence de 2015. En effet, depuis l’installation de la base navale à Djibouti en 2017, la Chine a de plus grandes prétentions sécuritaires sur le continent africain. Elle a donc promis la création d’un fond spécial pour la sécurité et la paix en Afrique, sans passer par des organisations régionales tels que l’Union africaine. Cela montre la volonté de dépasser les intermédiaires afin d’agir de façon plus directe dans la lutte contre le terrorisme.

Le quatrième est le domaine de sécurité alimentaire. La Chine a promis entre autres 144 millions de dollars dans un fond humanitaire de sécurité alimentaire d’urgence, ainsi que l’implémentation de 50 programmes d’assistance technique et d’exploitation agricole. Enfin, la dernière est le domaine de l’éducation. La Chine offre 50 000 bourses d’études aux Africains afin qu’ils viennent en Chine pour étudier. Cette promesse est vectrice de brain drain. Cependant, elle permet aussi d’établir des liens profonds entre le pays et le continent par le biais de l’éducation, dans la perspective d’une synergie plus affirmée ne se comprenant que mieux.

En conclusion, ces cinq domaines principaux de l’aide chinoise en Afrique exprimés lors du FOCAC montrent bien une évolution du comportement de la Chine dans un sens plus proactif.  Il convient de relever que ce « néo-colonialisme » supposé, opéré par la Chine en Afrique, est à mettre en perspective avec le projet dans la « longue durée » qu’elle engage à savoir la BRI. Le terme choisi par Jean-Joseph Boillot de « synergie » entre l’Afrique et la Chine fait donc sens dans la volonté de créer une interdépendance profonde dans plusieurs domaines. La Chine prévoit aussi dans la « longue durée » en établissant des liens privilégiés avec le continent africain qui, aussi bien en termes de ressources qu’en termes démographiques, ne va cesser de prendre une place de plus en plus proéminente sur la scène internationale.

 

Pierre Manoury.

 

https://focacsummit.mfa.gov.cn/eng/hyqk_1/t1594297.htm

https://focacsummit.mfa.gov.cn/eng/hyqk_1/t1594324.htm

http://chinaplus.cri.cn/news/china/9/20180123/81419.html

https://francais.rt.com/economie/53705-chine-annonce-aide-60-milliards-dollars-afrique-sans-condition-politique

https://www.focac.org/fra/zfgx_5/hpaq/

https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/investissement-chinois-un-piege-de-la-dette

Braudel Fernand, La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Paris, Armand Colin, 1949.

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