« Pour une histoire européenne de la crise de la dette grecque »

Professeur d’histoire contemporaine à l’université de Rouen, Olivier Feiertag est l’un des grands spécialistes français de l’histoire des relations monétaires et financières internationales, de l’histoire des mutations économiques depuis les années 1980, mais aussi de l’histoire des Banques Centrales. Il a notamment publié en 2016 Bank al-Maghrib : l’émergence d’une banque centrale du XXème au XXIème siècle. Enfin, Olivier Feiertag est un fin connaisseur de l’histoire de la Grèce. C’est en ces qualités qu’il a eu l’ambition de faire l’histoire de la crise de la dette grecque.

Cette crise se déroule sous nos yeux, il s’agit donc de faire une analyse d’une histoire qui est en train de se développer. Le moment de faire cette histoire est-il arrivé ? Le recul ne nous manque-t-il pas ? Ces questions, Olivier Feiertag se les pose, sans abandonner son objectif d’analyse de cette crise majeure.

Il décide de « donner la parole à Thucydide, le premier des historiens » qui a écrit La Guerre du Péloponnèse à la fin du Vème siècle av. J.-C., alors que la guerre avait encore lieu (431/404 av. J.-C.). L’homme politique et historien athénien écrivait lui-même : « Thucydide l’Athénien s’est mis à l’œuvre dès le début de la guerre car il prévoyait qu’elle serait importante et plus mémorable que les précédentes ». Thucydide a le sentiment que la guerre serait majeure et influencerait la suite de l’Histoire. Olivier Feiertag propose ainsi un parallèle entre la guerre du Péloponnèse et la crise de la dette grecque : même si le recul nous manque encore, beaucoup d’éléments convergent pour faire de cette crise un évènement structurant de l’histoire contemporaine, de l’histoire de l’Europe et donc du monde.

Cette crise commence le 7 décembre 2009. Ce jour-là, le premier ministre grec Georgios Papandréou déclare devant le conseil des ministres que le niveau de la dette publique allait atteindre 130% du PIB cette année-là, ce qui constituerait « la plus grande menace pour la souveraineté du pays depuis la restauration de la démocratie en 1974 ». G. Papandréou a conscience et assume que l’évolution de la dette grecque va marquer une rupture de longue durée.

La Banque de Grèce a pour mission non pas de faire du crédit mais d’émettre la monnaie en euros depuis 2001 et l’entrée de la Grèce dans la zone euro. Cette Banque de Grèce a été créée en 1927 dans le contexte de la reconstruction de l’Europe après la Première Guerre Mondiale, sous la conduite de la Société des Nations. D’emblée, la Banque de Grèce est dominée et contrôlée par des puissances étrangères, contrôle qui sera exacerbé avec la crise de 2009.

La crise de la dette souveraine concentre toute la question de l’Etat-nation en Grèce. On peut y lire l’histoire financière, sociale et politique de la Grèce. Toutefois, elle ne touche pas simplement cet Etat, elle affecte aussi l’Europe et le monde. On peut recourir à une analyse de la crise par un jeu d’échelles : l’échelle nationale, l’échelle européenne, l’échelle mondiale, puisque la Chine et les Etats-Unis ont notamment posé et déplacé leurs pions. Décrire ces trois échelles n’est pas seulement voir la même chose en plus petit ou en plus grand : jouer sur les échelles, c’est faire apparaître d’une manière différente le tracé des choses pour mieux les comprendre.

Description de la crise de la dette souveraine

Il s’agit de prendre la mesure d’un fait important : l’explosion de la dette publique, donc de l’argent emprunté par l’Etat, les collectivités publiques comme l’IKA (sécurité sociale en Grèce). La Grèce est en effet un pays où l’État Providence est très développé, peut-être plus développé qu’en France. L’IDH grec en 2010 se trouve au 19e rang mondial, un niveau similaire à l’Italie, l’Espagne, le Portugal. Cette position dans l’IDH s’explique par le développement très important de l’Etat Providence qui assure un système de retraite très efficace. Pour cela, l’Etat emprunte toujours plus : à la veille de la crise, la Grèce est le pays le plus endetté de l’Union Européenne. Le ratio du montant nominal de la dette sur le Produit Intérieur Brut s’élève à 103% en 2009. Olivier Feiertag explicite : si la Grèce voulait rembourser toute sa dette d’un seul coup, elle aurait dû s’abstenir de consommer la richesse produite sur un an, et plus encore. La dette grecque est unique en Europe, et peut-être dans le monde, et ce pour trois raisons principales.

D’abord, on peut expliquer cette authenticité par des héritages grecs : le fonctionnement étatique se base sur l’endettement depuis fort longtemps, et la dette est un moyen de cimenter le peuple grec qui s’est trop souvent déchiré par le passé. La guerre civile a fractionné le pays depuis 1917, opposant une Grèce de gauche plutôt urbaine à une Grèce de droite, plutôt rurale, tournée vers l’Ouest et les exportations vers l’Occident. Périodiquement, ces deux Grèce entraient en conflit, et l’entre-deux-guerres est une suite de coups d’Etat. Après la Seconde Guerre Mondiale, la guerre civile continue. La dette de l’Etat grec est, selon Olivier Feiertag, un ciment, le moyen de maintenir l’unité de la nation à travers un État Providence très développé, qui assure la redistribution très large de l’argent de la dette. Cette dette serait le produit d’une régulation sociale, les finances publiques étant le garant de la cohésion nationale.

Par ailleurs, une des raisons du gonflement de la dette se trouve dans l’organisation des Jeux Olympiques d’Athènes de 2004, véritable élément d’accélération. Toutefois, une partie des crédits empruntés pour les Jeux a servi à financer l’aéroport ultramoderne d’Athènes, des meilleures infrastructures de transport, des nouveaux logements, et le métro dont Athènes avait besoin pour éviter la congestion urbaine. C’est finalement une dette « à moitié odieuse ».

Enfin, 30% de l’argent emprunté -dans la part totale de la dette grecque- va aux dépenses d’armement : la Grèce est l’Etat européen qui dépense le plus dans l’armement.

Finalement, du fait de l’importance de la dette, le « spread » (écart entre le taux de rentabilité actuariel de l’emprunt et celui d’un emprunt sans risque de durée identique. Le spread est faible si la solvabilité de l’emprunteur est bonne [1]) du coût de la dette augmente dès 2010. La Grèce bénéficiait du taux d’intérêt de la zone euro, entre 2 et 3 %, ce qui correspond à un taux de confiance quasiment absolu. Les taux ont augmenté après l’annonce de G. Papandréou, atteignant 14 voire 15% en 2010. En effet, la dette s’autoalimente car on emprunte pour payer les intérêts de la dette, créant de fait une spirale négative de la dette publique. La crise s’enclenche.

Malgré son IDH confortable (0,86 en 2014), la Grèce est une économie et une société fragile. Elle est aussi un petit pays : 11,03 millions d’habitants en 2013, 10,16 millions en 1990. La population grecque se maintient entre autre grâce aux étrangers, notamment les Albanais. Ce serait la main d’œuvre étrangère, sur laquelle reposerait le bon taux de croissance, qui a fait de la Grèce une économie prometteuse au début des années 2000. Malgré tout, le pays est totalement désindustrialisé : on importe 80% des produits manufacturés. L’économie repose essentiellement sur une agriculture méditerranéenne ultra-subventionnée par l’Europe, et le tourisme, sujet aux fluctuations. Cette économie petite mais dynamique explique les faibles taux d’intérêt, mais ses fragilités internes ont entraîné un retournement rapide et brutal.

Les étapes de la crise grecque

Le premier moment correspond au point de retournement des courbes, s’en suivra la plus forte récession jamais réalisée en Europe depuis la crise de 1929. Entre 2007 et 2011, le PIB de la Grèce recule de plus de 30%. Il s’agit pour l’Etat-Providence grec de redistribuer un « gâteau » beaucoup plus petit. Les groupes sociaux ont été très inégaux face à cette perte de richesse, et il y aura eu des gagnants et des perdants. Les gagnants sont d’abord les paysans : dans les campagnes, ils ont vu leur revenu augmenter depuis 2011, car ils ont su s’organiser en groupes de pression. Ce sont aussi les retraités, qui ont vu leur situation relative s’améliorer par rapport aux travailleurs (les pensions sont multiples). Les perdants sont notamment les ouvriers mais surtout les urbains salariés fonctionnaires. La feuille de paye de beaucoup de fonctionnaires a été divisée par deux entre 2009 et 2016. Olivier Feiertag précise ici que cette vision de gagnants/perdants est encore aujourd’hui très critiquée, notamment concernant les retraités.

C’est l’agence de notation Standard & Poor’s qui, par la dégradation de la note grecque -laquelle passe de AAB à ABB- amorce la crise actuelle. Dès lors, cette chute ne cesse plus : en 2011, la note est BBC, la plus basse possible. Cela signifie que la Grèce est un pays au crédit extrêmement dangereux. C’est donc en 2011 que la Grèce fait appel à l’aide étrangère. Elle sollicite en avril l’aide du Fonds Monétaire International, de l’Union Européenne, et de la Banque Centrale Européenne, trio qui est régulièrement appelé la Troïka. Elle investit tous les centres de l’Etat-Nation, notamment les départements pour les statistiques afin de comprendre d’où viennent les problèmes. Malgré tout, un flou plane encore, alors que la Grèce est véritablement « mise sous tutelle ».

Le pays a toujours vécu à crédit, il a connu un certain nombre de faillites. En 2011, quand l’appareil d’état est de nouveau investi par les étrangers, vont rejouer des réflexes de résistance nationale contre un état qui n’a jamais été perçu comme un état national, mais comme la « chose des autres ». L’évasion fiscale est considérable en Grèce : on estime que pour un euro déclaré, deux ne le sont pas. C’est pour cela que les signes de la crise peuvent sembler difficiles à percevoir. L’argent liquide circule « grâce » à la fraude fiscale. Néanmoins, si la situation des grecs a été complètement dégradée, la solidarité sociale joue encore : « Etat faible, Nation forte » selon Olivier Feiertag. La famille élargie structure la société grecque et pallie les faiblesses de l’état. Avec la crise, cette famille élargie correspond pour les fonctionnaires et l’ensemble des travailleurs précaires au « troisième boulot ».

Dans ce contexte, l’aide étrangère est très importante dès 2011. Sur une dette de 300 milliards d’euros, les bailleurs de fonds étrangers accordent 150 milliards d’aides. On contrôle l’affectation de l’aide étrangère dirigée par exemple vers l’investissement culturel : les universités bénéficient de fonds nouveaux au titre de l’aide européenne. On décide d’un nouveau prêt à taux faible pour casser la spirale de la dette et mettre fin à l’augmentation du spread qui met la Grèce à la merci des marchés. De même, en 2011, on annule la moitié de la dette grecque. La mainmise étrangère et européenne est croissante mais reste parfois impuissante face à cette incompréhension des chiffres.

Avec les plans d’austérité imposés par la Troïka, les conditions de vie des Grecs se dégradent et le mécontentement grandit. L’histoire de la crise grecque se conclut en 2015 par l’arrivée au pouvoir de Syriza.

L’arrivée de Syriza

Syriza, qui signifie Coalition de la Gauche radicale, est le parti concentrant les différentes familles communistes grecques. L’engouement pour le parti, fondé en tant que tel le 22 mai 2012, est extraordinaire : Syriza remporte 149 députés sur 300 lors des élections législatives du 25 janvier 2015. Le 5 juillet 2015, le gouvernement d’Alexis Tsipras soumet au corps électoral, via un référendum, l’approbation du troisième plan d’austérité imposé par la Troïka. On est au maximum du nationalisme grec contre les financiers et les étrangers : le Non l’emporte à 61%. Après les résultats, une partie de Syriza fait scission et le 20 août 2015, le gouvernement démissionne. Le 20 septembre, les élections législatives anticipées sont remportées par Syriza. Pourquoi ce « revirement » de la part des Grecs, qui acceptent finalement à nouveau de laisser leur sort au sein des mains de Syriza ?

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Manifestation en Grèce deux jours avant le référendum, le 3 Juillet 2015

James Galbraith a été entre 2015 et 2016 le conseiller secret de Tsipras. Pour lui, ce revirement du Non au Oui s’exprime dans un contexte mondial. Galbraith évoque, et apporte la preuve de pressions de Barack Obama, dont le but était que la Grèce ne sorte pas de l’euro. Pour Galbraith, si la Grèce sortait de l’euro, elle serait encore plus vulnérable face à la pénétration chinoise (le port du Pirée est déjà à 90% aux mains chinoises, point d’appui important sur la route de la Chine aux Balkans). Les électeurs grecs ont conscience de l’avantage à garder l’euro, pas seulement pour garder une indépendance notable face à la Chine.

Finalement, les Grecs semblent avoir un attachement profond à l’euro. Aucun parti politique grec ne milite pour la sortie de l’euro, pas même l’extrême droit néo-nazie. Le retour à la monnaie d’avant l’euro renverrait à une période de forte instabilité. L’euro a été une source d’enrichissement incontestable grâce au jeu du taux d’intérêt. Quant à Tsipras, s’il a accepté ce revirement et les politiques d’austérité qui s’ensuivent, c’est bien pour traduire cette adhésion majoritaire à l’euro. Olivier Feiertag pointe ici le rôle de passager clandestin que jouerait la Grèce, qui veut profiter des avantages de l’euro, tout en évitant d’en payer le coût.

Quelles leçons tirer de l’histoire de la crise grecque ?

La Grèce, à travers la crise de la dette, est confrontée à une remise en question du cadre de l’Etat-Nation, qui a servi depuis le 18e siècle à structurer la vie politique, économique, sociale. Ce cadre est mis à mal par l’incapacité de l’Etat à rassurer et à protéger. La crise grecque montre aussi le processus conflictuel entre l’Etat-Nation et les marchés. Les liens qui les unissent sont tendus, mais ils sont plus visibles que jamais. Et si la crise grecque n’était rien d’autre qu’une crise de mondialisation, qui renforce le processus ? Ce n’est pas la fin de la mondialisation ou la mise à l’écart de la Grèce. C’est l’accentuation des liens, des flux qui font la mondialisation.

A l’échelle européenne, on a un étrange liseret : la crise grecque entraîne une crise européenne et une remise en question du rêve européen qui se heurte à l’austérité. La crise est donc aussi une mue de l’Union Européenne. La Banque Centrale Européenne a été métamorphosée : elle est aujourd’hui fixée sur la stabilité financière, elle explose ses statuts puisque son bilan a été multiplié par deux entre 2007 et 2016 avec une injection massive d’argent pour relancer la croissance. « Il s’agit de pousser l’âne à boire » mais comme le souligne Olivier Feiertag, cela ne fonctionne pas toujours : « La monnaie est une corde : pour retenir c’est facile, pour pousser c’est différent ». Quoi qu’il en soit, la Banque Centrale Européenne n’est pas restée passive, ni inactive à l’échelle mondiale, ce qui montre bien les différentes échelles à l’œuvre dans cette crise. Au niveau européen encore, le facteur politique s’est avéré extrêmement important. Le couple franco-allemand continue à transformer la construction européenne, par exemple avec la mise en place du Mécanisme Européen de Stabilité et ses 700 milliards d’euros pour la stabilité financière.

A l’instar des débats sur Sparte et Athènes, des débats traversent les institutions internationales, le dogme de l’austérité est débattu. Le Fonds Monétaire International est interrogé sur le traitement à proposer aux pays malades, notamment par les pays émergents.

Finalement, la crise grecque jette une lumière intéressante sur la transformation de l’état du monde, et traduit une forme d’effacement de l’Europe, ou du moins de provincialisation de l’Europe. Pleine d’enseignements, la crise de la dette grecque doit être analysée pour tirer les leçons nécessaires.

Les questions

Dans quelle mesure une suppression de la dette, et/ou des intérêts de la dette est-elle envisageable ?

Il s’agit d’une revendication des Grecs, mais cela est impossible sans révolution mondiale. Cela reviendrait à une remise en question globale de tout le système économique et financier mondial. La moitié de la dette a pu être effacée pour des raisons politiques (Olivier Feiertag souligne ici le rôle de Nicolas Sarkozy lorsqu’il était président et d’Angela Merkel).

Les médias ne couvrent plus réellement la crise grecque. Quelle est la situation actuelle ? Comment le troisième plan d’austérité évolue-t-il ? Est-il accepté ? Fonctionne-t-il, ou est-on au point mort ?

Les médias se sont lassés du « cas grec » car il y a eu un incroyable ralentissement des manifestations et des protestations. Cela ne renvoie pas forcément à une acceptation de la situation mais au moins à une pacification des rapports. Cette baisse des contestations traduit surtout un attachement majoritaire à l’euro. L’activité économique depuis 2015 reprend plus ou moins : le tourisme, qui est l’activité principale, explose, et en 2016, les estimations évoquent près de 20 millions de touristes (5 millions de plus que d’habitude). C’est une forme de reprise mais il ne faut pas oublier qu’elle est en partie financée par l’argent souterrain.

Quelles sont les conséquences de la crise sur la région, par exemple les Balkans, l’Albanie ?

Effectivement, dès les années 2000, la croissance grecque s’est basée sur les échanges avec ses voisins : l’Albanie, la Macédoine… La crise a officiellement contracté  les échanges mais les échanges clandestins ont augmenté. De plus en plus de jeunes grecs au chômage vont faire leurs études supérieures en Roumanie ou en Bulgarie, ou trouvent des emplois en Serbie ou en Albanie. Le facteur main d’œuvre s’adapte et bouge, créant une sorte de Zone Monétaire Optimale à la Mundell. Finalement, la crise semble avoir accentué la dynamique des échanges.

Pourquoi la crise grecque a-t-elle eu un tel impact, par rapport à la portugaise par exemple ?

La Grèce semble bénéficier d’un imaginaire collectif européen favorable : son poids dans l’Antiquité a joué un rôle majeur dans la construction de l’Etat-Nation européen notamment en France et en Allemagne. Olivier Feiertag dit même : « En aimant la Grèce on s’aime soi-même ». Il y a un jeu de miroir avec la Grèce en qui on a l’impression de trouver un semblable. La Grèce touche donc peut-être plus les consciences que d’autres pays, mais cela n’est qu’un élément de réponse.

Où en sont les relations entre la Turquie et la Grèce ? Entre la Chine et la Grèce ?

La Turquie, grande puissance régionale, investit massivement en Grèce. Beaucoup d’ingénieurs grecs sans emploi vont en Turquie, puis au Moyen-Orient. La Grèce renforce ses positions économiques et renoue son l’alliance avec la Turquie. La crise est donc plutôt un facteur accélérateur de ces rapprochements. La mondialisation ne s’arrête pas avec la crise, au contraire, elle s’accélère. Concernant la Chine, elle s’intéresse au tabac grec, très prisé en Asie, et investit globalement massivement en Grèce, route privilégiée vers les Balkans et l’Europe.

Quels sont les rapports entre l’Allemagne et la Grèce ?

On se souvient de la caricature d’Angela Merkel déguisée en soldat du III Reich. Cela renvoie à l’occupation allemande en Grèce pendant la Seconde Guerre Mondiale. Les violences allemandes ont été très dures. L’Allemagne pille la Grèce, pas seulement financièrement : les Allemands avaient mis la main sur la richesse agricole, ce qui a débouché en 1941 par une famine qui reste marquée dans les esprits. En même temps, la plus forte diaspora grecque est en Allemagne. Ces Grecs de l’étranger sont souvent enviés par les Grecs qui sont restés. Enfin, la qualité allemande apparaît comme un but à atteindre. Les relations avec l’Allemagne sont donc en certains points ambiguës et délicates.

Pourquoi il y a-t-il eu une évolution si rapide des taux d’intérêt ?

Cela s’explique par le régime des taux variables. Les taux se greffent sur l’offre et la demande de financement et donc le spread est la traduction des dynamiques de marché.

Quelle est la structure de l’économie grecque ?

La Grèce est marquée par sa faible industrie, sa culture de tabac et le tourisme. 20% de l’activité économique se trouve dans le secteur primaire, entre autre grâce aux aides européennes. Le tourisme représente environ 500 000 emplois. Le reste du secteur des services correspond principalement aux fonctionnaires et aux petits commerces. La Grèce reste une économie très méditerranéenne.

Qu’en est-il du système de clientélisme ?

Les plans d’austérité ont pour objectif la réforme de l’Etat et donc la fin du système de clientélisme. A été mise en place une réforme pour l’informatisation de tous les impôts. En même temps, la corruption persiste, et aucune une profession n’y échappe. La profession médicale est très corrompue, comme l’ensemble des professions libérales. L’objectif des plans d’austérité est la modernisation de l’Etat grec, la fin de la corruption et du système de clientélisme, objectif très ambitieux.

Il semble qu’il y ait un manque en apparence de solidarité de la part de certains Etats européens vis-à-vis de la Grèce ?

Cela s’explique pour l’Espagne par le fait qu’il s’agit d’économies concurrentes donc l’Union européenne se retrouve confrontée au problème du chacun pour soi. De plus, l’Espagne et l’Irlande ont réussi à surmonter la crise, et face à cela, les Grecs apparaissent comme les enfants mal-élevés, les gâtés de l’Europe.

Comment la crise des réfugiés affecte-t-elle la dette ?

La crise des réfugiés est un coup de fouet incroyable pour l’économie du pays. La Grèce bénéfice des aides européennes et de celles des Organisations Non Gouvernementales. De nombreux Grecs trouvent un emploi dans les ONG. La crise des réfugiés a, dans le cas grec, eu un effet d’entraînement.

Dans ce contexte d’austérité, Tsipras est-il bridé dans sa politique, ou a-t-il pu mettre en place des politiques sociales ?

Malgré les politiques d’austérité imposées, il y a toujours une marge de souveraineté. Tsipras l’utilise dans des investissements environnementaux, pour plus de parité homme/femme. Cela explique pourquoi Tsipras reste assez haut dans les sondages.

Lisa Verriere

Sources :

[1] Les Echos, Lexique Financier

URL : http://www.lesechos.fr/finance-marches/vernimmen/definition_spread.html

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