8 bonnes raisons de ne pas se faire incarcérer au Brésil

Alors que les mutineries dans les prisons brésiliennes ont déjà fait plus d’une centaine de morts depuis le début de l’année 2017, Classe Internationale vous donne 8 raisons supplémentaires de ne pas vous faire incarcérer au Brésil.

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Source : carceraria.org.br

1) Passez d’abord par la case prison puis attendez votre jugement

Même si le délit que vous avez commis est mineur, vous avez de grandes chances de vous retrouver en prison en attendant votre jugement. En moyenne, 42% des personnes incarcérées sont en attente de jugement. Les délais sont tellement importants que le temps passé à attendre le jugement peut être plus long que la peine elle-même.

2) Dites adieu au confort minimal mais apprenez les meilleures ficelles du métier

Dû à une surpopulation moyenne de 167%, les 622 000 prisonniers (selon les chiffres officiels de 2014) sont répartis sur environ 371 000 places. Vous vivrez dans votre cellule individuelle avec deux autres personnes, et vous vous relayerez pour dormir. En outre, même si vous avez commis un délit relativement mineur (être en possession de marijuana par exemple), il est possible que vous partagiez votre cellule avec un chef de gang ou un influent trafiquant de drogue. Celui-ci vous recrutera sans votre consentement, et vous apprendra les bases du métier de dealer de cocaïne.

3) Prenez part à la guerre des gangs

Vous n’aurez malheureusement pas le choix. Pour survivre, il vous faudra rejoindre l’un des trois grands gangs qui composent la mafia brésilienne. Optez pour le Primeiro Comando da Capital (PCC – Premier Comando de la Capitale, basé à São Paulo), pour le Comando Vermelho de Rio de Janeiro, ou pour la Familia do Norte, issu de l’Etat d’Amazonie. Peu importe si vous êtes là car vous avez volé un vélo, vous devrez rejoindre un gang et vous battre pour eux. Dans le cas contraire, les conséquences seraient funestes pour vous dans la prison, mais aussi pour votre famille et vos proches à l’extérieur. Alors réfléchissez bien.

4) Augmentez vos chances de contracter une maladie

Dans une prison brésilienne, vos chances de contracter la tuberculose triplent, tandis que vous êtes quatre fois plus exposé au risque d’être infecté par le VIH.

5) N’attendez aucun soutien de la part de l’administration pénitentiaire

L’Etat brésilien et l’administration pénitentiaire ne l’admettent pas ouvertement, mais ils sont dépassés par l’ampleur de la crise carcérale. L’Etat redoute que la guerre des gangs se transforme en guerre ouverte dans les rues des grandes villes, paralysant alors le pays. Cette crainte n’est pas injustifiée, car les règlements de compte entre mafias sont nombreux. Par ailleurs, les affrontements avec la Police Militaire font aussi de nombreux morts de chaque côté et attisent les tensions. Tandis que l’autorité de l’Etat est remise en question par ces gangs, l’administration pénitentiaire tente d’arrondir les angles en proposant des systèmes d’autogestion par les prisonniers. Bien que l’idée semble intéressante, limitant ainsi les abus trop nombreux des surveillants pénitentiaires, cela revient à donner les clefs aux mains des gangs. Ainsi, vous passerez sous le contrôle d’un gang et vous n’aurez aucune possibilité de recourir à une quelconque autorité étatique pour faire valoir vos droits.

6) N’attendez aucune aide de la société civile

Quand l’État démocratique manque à ses obligations, la société civile est en droit d’exiger qu’il respecte ses engagements. Mais en l’occurrence, la population brésilienne ne sera généralement pas de votre côté si vous êtes emprisonné. Non seulement elle est terrifiée par les guerres fratricides qui ravagent des quartiers entiers, mais elle pense aussi que vous avez mérité votre place en prison. Malheureusement, votre couleur de peau peut jouer contre vous. Si vous êtes blanc et issu des classes moyennes ou hautes de la société brésilienne, il sera toujours possible de s’arranger à l’amiable si vous commettez un délit mineur ou même un crime. En revanche, si vous êtes métisse ou noir, n’attendez aucune clémence de la part de quiconque, vous avez amplement mérité de séjourner quatre ans en prison suite à la possession illégale de 15 grammes de marijuana.

7) Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul dans cette situation

Depuis une vingtaine d’années, la population carcérale brésilienne ne cesse d’augmenter, parallèlement au taux d’homicide. Le Brésil se hisse ainsi à la quatrième place en termes de nombre de personnes incarcérées, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie. Les crimes augmentent, la situation dans les prisons ne demande qu’à exploser en une lutte armée à grande échelle, mais les hommes et femmes politiques, de droite comme de gauche, ont trop peur de perdre leurs électeurs en réformant le système carcéral et la justice brésilienne. Vous aurez donc la possibilité d’accueillir prochainement un quatrième colocataire dans votre cellule individuelle.

8) Quittez la prison pour mieux y revenir

Vous l’avez compris, l’emprisonnement punitif ne vous a pas donné le loisir de réfléchir aux conséquences de votre délit initial. Au contraire, vous êtes maintenant épuisé, malade, et sous la pression permanente de devoir vous battre. Vous avez peur pour vous-même et pour votre famille, et il est possible que vous vous droguiez pour surmonter cette peur. Vous n’avez plus d’espoir que l’État ou la société vous viennent en aide. En sortant, votre gang vous attend. Alors avec un peu de chance, vous ferez partie des 70% de récidivistes qui retournent en prison. Dommage.

Odile ROMELOT

Sources :

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