Le fait colonial: un élément déclencheur de l’idée européenne?

« Prenez le fardeau de l’Homme Blanc, Envoyez le meilleur de votre descendance, Promettez vos fils à l’exil, Pour servir les besoins de vos prisonniers ; Pour attendre sous un lourd harnais, Un peuple folâtre et sauvage, Vos peuples boudeurs, tout juste pris, Moitié démon et moitié enfant. » telles sont les rimes de l’appel de Rudyard Kipling à l’impérialisme américain en 1899.

Le XIXème siècle a été marqué par un basculement de l’ordre mondial, qui au lendemain du Congrès de Vienne de 1815, se retrouve confronté à une promesse faite par l’Occident : abolir la traite négrière atlantique. L’action des abolitionnistes pousse les principales puissances européennes à se défaire de l’esclavagisme. Lors du Congrès de Berlin de 1885, celui-ci est effectivement aboli. Loin de se séparer les mains vides, les quatorze puissances parties au Congrès décident de se partager l’Afrique et de définir les règles de la colonisation. Une distinction fondamentale est à réaliser – comme le rappelle Edward Saïd [1]– entre l’impérialisme et la colonisation. En 1885, l’idéologie impérialiste du « divide et impera » [2] est à son apogée, les principales puissances européennes entendent déjà hardiment s’ériger en salvatrices des « peuples barbares », et multiplient les écrits de justification, à la fois religieux et dits scientifiques, de cette nouvelle destinée. Il s’agit donc-là d’un état d’esprit, d’une doctrine politique de conquête et d’une volonté de domination, fondée sur une supériorité morale, politique, économique voire physique. Jusque-là, cette mission civilisatrice dans l’idéal des États européens les plus puissants, entendus ici comme la France, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Belgique, avait eu pour conséquence de les rallier autour d’une aspiration commune; civiliser. Mais ce n’est qu’avec la réalisation matérielle de cette idéologie, désignée comme la colonisation -une action- que cette Europe se morcelle et donne lieu à une lutte entre les empires, et plus seulement à une lutte des empires contre le reste du monde.

Ainsi, dès 1857, Louis Faidherbe met en place des unités d’infanterie au sein de l’armée coloniale française, constituées de soldats africains, que l’on appellera les Tirailleurs sénégalais. Une multitude de missions d’exploration sont déployées en Afrique et en Asie par la France et le Royaume-Uni notamment, qui font d’eux les deux principaux Empires. Et ce, pendant plus d’un siècle.

Si le mot « Europe » est très ancien – on le trouve chez Hérodote et déjà deux siècles auparavant chez un contemporain du poète Hésiode – sa signification est restée longtemps fort vague et n’a été porteuse d’un sens culturel ou politique ni chez les Grecs, ni chez les Romains. Ce n’est qu’avec les Traités de Westphalie de 1648 qu’une première consécration des frontières internes de l’Europe et que la base d’une Europe centrale sont posées. Il faut attendre la Première Guerre mondiale pour qu’une prise de conscience collective ne se réalise, et que les premiers projets européistes n’émergent.

Il faut comprendre que la culture impérialiste était alors devenue un pilier à la fois de l’économie européenne, mais aussi de la société. La colonisation s’est institutionnalisée, notamment à travers la création d’établissements de formation d’administrateurs coloniaux, comme l’École de la France d’Outre-Mer. Ainsi, pendant longtemps ces empires ont évolué dans une logique de concurrence et de course à l’influence à l’échelle du monde, et l’idée ne serait-ce que d’une entente était difficilement imaginable dans un tel contexte. Dans quelle mesure alors l’idée européenne a-t-elle été appuyée par la conscience de la réalité coloniale et le processus de décolonisation ?

L’idée d’une Europe unie amorcée par une prise de conscience de la réalité coloniale

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un changement s’opère et se fait sentir. Certes marginale, cette altération du mode de pensée de la société européenne meurtrie par la guerre se manifeste de maintes façons. La première manifestation est d’ordre moral, et trouve son public parmi les sphères pacifistes de l’entre-deux-guerres. En effet, au sortir de la guerre, la France est exsangue et durablement marquée moralement par ce qui fut le premier conflit de masse de son histoire, la mobilisation allant jusqu’à toucher 17 % de la population active. Ainsi voit-on l’éclosion de nombreux mouvements pacifistes dans toutes les catégories de la population, qui, au-delà de leur volonté d’une Europe unie et sans conflits, souhaitent plus marginalement une fin des politiques impériales des métropoles européennes. Une justification brodée autour de l’idée que ces agissements se heurtent aux valeurs universelles de cette “nouvelle Europe”. On comprend que les Européens avaient entre eux, et face au monde extérieur, qui désormais, avec le déclin de l’Europe, s’affirmait toujours davantage, quelque chose en commun qui dépassait les clivages nationaux : une civilisation, des valeurs et une histoire communes. C’est à partir de là que naquit vraiment la conscience d’une identité européenne, motivée à la fois par la volonté de mettre fin aux Empires, et par la volonté de s’unir autour de cette Europe, qui serait une solution « plus durable » à terme. Un ouvrage phare comme Le Procès de la Colonisation Française par Hô Chi Minh, publié dans les années 20, est rédigé en français et use de la rhétorique française, ce qui lui permet d’avoir un retentissement d’autant plus important en métropole, en particulier au sein de l’élite française, et nourrit ainsi ces mouvements contestataires encore discrets.

De l’autre côté, la réflexion suite à la catastrophe de la Première Guerre mondiale, s’est faite sur pan plus rationnel; celui du poids économique de la conservation des colonies. Des auteurs comme Jacques Marseille estiment que « la colonisation a coûté beaucoup plus qu’elle ne rapporte ». Les métropoles ont énormément de mal à administrer les colonies, confrontées à la fois à l’enjeu de la reconstruction, des problèmes sociétaux internes comme la famine et le manque cruel de main d’œuvre, les blessés de guerre, mais aussi dans une outre mesure, aux revendications de reconnaissance portées par les colonies ayant participé malgré elles à l’effort de guerre. En effet, 161 250 tirailleurs africains sont recrutés entre 1914 et 1918. À la fin de la guerre, une chose est certaine, il faut s’empresser de reprendre la main sur les colonies qui trouvent une nouvelle manne pour se dénouer de l’emprise du colonisateur, celle du désordre initié par la guerre au sein des métropoles. Cette fracture que la Première Guerre Mondiale a créé fait également prendre conscience aux sphères gouvernementales européennes de la montée en puissance des États-Unis. Dès-lors, se présentent deux solutions, s’unir en tant qu’Europe et laisser les Empires -perçus comme de plus en plus vains-, ou resserrer la contribution des colonies et s’appuyer sur celles-ci pour la reconstruction des métropoles.

Si cette nouvelle réflexion européenne liée aux valeurs universelles, à une Europe unie et pacifique et à la promotion des droits de l’Homme, s’est fait une base d’adhésion solide dans l’entre-deux-guerres, la montée des totalitarismes ne saura tarder à étouffer ces nouvelles aspirations. L’administration coloniale se corse et se montre plus que prudente face à tout souffle d’émancipation dans les colonies. « Le mythe de l’invincibilité blanche » est mis à mal par une série de facteurs déterminants pour la suite de la construction de cette idée européenne. D’abord, la déclaration en quatorze points du 8 janvier 1918 énoncée par le président américain Woodrow Wilson, qui définit les principes de la paix et, parmi eux, le droit à l’autodétermination des peuples – avec, toutefois, de sérieuses restrictions pour les peuples des colonies-. Notons au passage le double langage de Wilson, qui fait l’éloge de l’autodétermination tout en multipliant les interventions militaires en Amérique latine comme au Mexique ou en République dominicaine pour assurer l’emprise des États-Unis. Le comportement états-unien agace les métropoles européennes, d’autant plus que ceux-là continuent de gagner en influence face à une Europe qui se voit au flanc du déclin. De plus, partout éclatent des révoltes et s’affirme la volonté d’indépendance : le mouvement Wafd en Égypte en 1919,  le soulèvement des Syriens en 1925 contre la France, le mouvement du 4 mai 1919 en Chine, la création en Inde du Parti du Congrès en 1920, la révolte armée en Irak contre l’occupation britannique en 1920, celle d’Omar Al-Mokhtar en Libye contre l’occupation italienne dans les années 1920, les premières grandes manifestations à Madagascar en 1929, etc.

Il faut également y ajouter la révolution bolchevique et son appel aux peuples d’Orient à s’allier au prolétariat européen pour en finir avec l’impérialisme. Ils retournent donc contre l’Occident son propre discours sur l’égalité et la liberté. Ainsi, aux révoltes dispersées succède une recherche de coordination et d’unité. En 1927 se réunit à Bruxelles le Congrès constitutif de la Ligue contre l’impérialisme et l’oppression coloniale. Les délégués sont issus de partis communistes et socialistes ou de mouvements nationalistes radicaux. L’assemblée est patronnée par le physicien Albert Einstein et par l’écrivain Romain Rolland, et illustre ainsi la volonté d’une partie de la population européenne d’en finir avec l’impérialisme et le colonialisme, mais aussi, dans une certaine mesure, avec ces gouvernements européens vénaux tenus comme responsables des conflits en Europe.

         La Seconde Guerre mondiale est souvent présentée comme déclencheur du processus de décolonisation. En France par exemple, Vichy pense n’avoir aucun avenir, dans l’Europe allemande, sans l’Empire. Et, malgré les premiers ralliements à de Gaulle, le nouveau régime n’a de cesse de souligner la fidélité de l’Empire et de jouer, face aux troupes d’occupation, la carte coloniale, dernier atout diplomatique de la patrie vaincue. Une intense propagande, englobant le thème colonial, se met alors en place, surtout par le biais de la presse sous contrôle, pour conserver ces colonies, qui à l’évidence deviennent de plus en plus dures à convaincre.

Cette Seconde Guerre mondiale est également l’occasion de mettre en place un ordre mondial nouveau, qui ne s’annonce pas nécessairement favorable à « l’Europe ». Cette Europe, presque noyée entre les deux Grands –les États-Unis et l’URSS- n’est une Europe unie qu’à ce titre-là: elle n’est ni soviétique, ni américaine. Plusieurs facteurs poussent celle-ci à se rendre à l’évidence: elle doit agir vite face à ces deux blocs qui ne cessent de condamner ses pratiques coloniales. Les États-Unis décrient ce colonialisme par principe, ayant eux-mêmes été une colonie britannique, tandis que l’URSS s’appuie sur la doctrine marxiste. Lénine disait par ailleurs que « l’impérialisme est le stade suprême du capitalisme ». Le 15 février 1942, au cœur de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques capitulent à Singapour devant les armées japonaises. C’est la désillusion, la fin du « mythe de l’invincibilité Blanche ». Le médecin de Churchill rapporte même un épisode où il aurait trouvé celui-ci assis dans sa salle de bain, dépité : « I can’t get over Singapore » [3]. Surgit alors une nouvelle prise de conscience européenne relative à l’émergence de nouveaux acteurs qui jusque là avaient fait partie des invisibles, ou du “Tiers-Monde” [4]. A cette époque, le monde est plongé dans la Guerre Froide et Alfred Sauvy affirme que cette vision de l’ordre mondial est une forme de négation de l’existence d’un troisième monde qui regroupe les pays dits « sous-développés ». Il imagine alors l’expression « pays du tiers-monde », en référence au Tiers-État et écrit cette phrase : « Car enfin, ce tiers-monde ignoré, exploité, méprisé comme le Tiers-État, veut, lui aussi, être quelque chose. ».

Dès-lors, face à l’émergence du Japon, des États-Unis et de l’URSS, l’Europe, qui s’identifie progressivement comme telle, cherche à s’affirmer et à redevenir un interlocuteur en première ligne. Il faut donc s’unir.

L’idée de Monnet de mettre en commun les ressources européennes de charbon et d’acier dans l’optique de faire converser les pays européens entre eux et donc d’éviter une nouvelle guerre, a convaincu Belges, Allemands, Néerlandais, Italiens et Luxembourgeois, et donne naissance à la « Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier » (CECA) en 1951. Les politiques se dirigent donc vers une optique de plus en plus euro-centrée au fur et à mesure de l’organisation de ce nouvel ordre mondial. Entre la Conférence de Varsovie de 1948, et Bandung en 1955, et les indépendances qui se succèdent –notamment celles de l’Inde et du Pakistan en 1947, le Vietnam en 1954 etc.- les empires français et britanniques en particulier craignent de ne devenir qu’un médiateur sans voix dans l’esquisse de ce nouveau monde. La crise du Canal de Suez en 1956 ne fait que conforter cette idée dans la mesure où sur accord des deux Grands, la France et le Royaume-Uni doivent renoncer à une offensive contre Nasser, président égyptien à l’origine du mouvement des non-alignés.

Ainsi, avec cet émiettement imminent des empires, apparaît la possibilité d’une union plus poussée entre ces puissances déchues, puisque la concurrence qui avait longtemps animé les aspirations impérialistes des différents pays colonisateurs, n’avait plus exactement lieu d’être, ou du moins pas sous la même forme.  C’est la fin de l’ère des empires, et le début de l’Europe.

Néanmoins, malgré cette prise de conscience au regard de la réalité coloniale -pour certains, bien noble, pour d’autres, le fruit rationnel d’un calcul économique et diplomatique-, les colonisateurs empiriques auront bien du mal à se détacher de ce mode de fonctionnement que certains ont arboré des siècles durant. L’idée européenne n’a ainsi pas uniquement été encouragée par la fin des empires, et il reste difficile de trancher dans quelle mesure celle-ci a été un élément déclencheur de “l’idée européenne”.

L’idée européenne minée par les réminiscences du fonctionnement impérialiste

Après que la majorité des anciens pays colonisateurs n’ait réalisé la nécessité d’une union, nombre d’entre eux restent dans une optique pour le moins opportuniste, et espèrent pouvoir s’ériger en passagers clandestins de cette nouvelle Europe. Ainsi en est-il du Royaume-Uni qui a pendant plusieurs siècles construit sa puissance sur un capitalisme impérial aux termes extrêmement déséquilibrés comme le dénonce Multatuli [5], ou Eduard Douwes Dekker dans son ouvrage Max Haavelar. Un ouvrage traitant certes de la Compagnie des Indes Néerlandaises, mais s’appliquant parfaitement au modus operandi britannique. Ainsi, il est aisé de s’imaginer la raison pour laquelle les anciens empires européens tentent de retenir cette nouvelle évidence de l’union à l’échelle européenne.

Ainsi, jusqu’à l’aube des années 60, le Royaume-Uni s’est montré fort réservé vis-à-vis des initiatives en matière d’intégration européenne. Après la Conférence de Messine en 1955, il est vite apparu qu’il ne pouvait adhérer à la Communauté européenne sur la base d’un marché commun. Car qui dit marché commun, dit élimination des droits de douane perçus sur les échanges réciproques, mais aussi établissement d’un tarif extérieur commun, pour les marchandises importées dans chacun des pays membres du marché commun en provenance de pays tiers. Que faire du Commonwealth ? Il n’était pas question de le sacrifier sur l’autel de l’Europe, car il représentait bien plus qu’une simple association d’anciennes colonies. Le Commonwealth est une fédération d’États souverains issus de l’ancien Empire Britannique, conservant des liens privilégiés avec le Royaume-Uni tant sur le plan économique que politique et culturel. Ainsi depuis 1947, à la suite des décolonisations successives, la communauté du Commonwealth n’a cessé de s’agrandir. L’ensemble forme une vaste zone de livre sterling, assurant au Royaume-Uni son rang de grande puissance mondiale. Au sein du Commonwealth, les Britanniques importent à un tarif préférentiel du blé canadien, des viandes et des produits laitiers d’Australie et de Nouvelle-Zélande et du sucre des Antilles. Pour Londres, le choix de l’Europe ne pouvait donc pas entamer les relations privilégiées avec le Commonwealth. C’est pourquoi le Royaume-Uni a d’abord proposé de créer une vaste zone de libre-échange qui aurait dû englober les 17 membres de l’Organisation européenne de coopération économique, de sorte qu’il aurait été possible de maintenir sa préférence impériale avec le Commonwealth, et de rester maître de la zone sterling. De plus, cette zone européenne de libre-échange n’aurait du concerner que les produits industriels, à l’exclusion des produits agricoles qui constituent l’essentiel des exportations du Commonwealth. Cette stratégie britannique dans les années 60 laisse à croire que le Royaume-Uni ne voulait pas s’exclure complètement de l’embryon européen, peut-être par prudence, car celle-ci pouvait se montrer fort lucrative. Il souhaitait tout de même s’assurer en se reposant sur son propre « empire » en attendant que l’Europe ne se construise parallèlement.

De plus, lors de la rédaction du traité instituant la Communauté Économique européenne (CEE) en 1956-1957, les négociateurs se demandent déjà dans quelle mesure il convient d’associer les colonies à la Communauté projetée. On parle ainsi d’Eurafrique. Les six États membres de la CECA s’interrogent alors sur la manière de concilier la formation d’une union douanière dotée d’un tarif extérieur commun avec le maintien des liens préférentiels historiques entre les métropoles européennes et leurs ex-colonies. La France refuse donc d’ouvrir ses marchés africains à ses partenaires tout en continuant d’assurer seule la charge financière de leur “développement”. En pleine guerre d’Algérie, l’ambition française est également de compenser l’affaiblissement des liens politiques par un renforcement des relations économiques Europe-Afrique.

        L’idée d’union au sein des pays européens est rapidement devenue une évidence mais il convient de s’interroger sur la portée de cette union, et quels pays celle-ci concernerait. Serait-il plus judicieux de considérer une définition géographique de l’Europe ? De considérer les pays ayant participé aux deux guerres mondiales ou encore les métropoles des anciens empires ? Quoi qu’il en soit, la première conception de l’Europe semble quelque peu exclusive dans le sens où des pays comme le Portugal ou l’Espagne –anciens empires déchus ayant connu leur gloire bien avant le XIXème siècle- n’ont jamais fait partie de l’équation. Les pays d’Europe médiane non plus. Et au fur et à mesure que cette Europe ne s’affirmait, une logique de sélection s’est mise en place. Pour beaucoup il s’agissait de la manifestation de la réminiscence de l’idéologie impérialiste des Six, fondateurs de l’Europe. Une rhétorique élitiste qui serait l’héritage de ce passé colonial. Il s’agit de décider de quels pays, quels peuple seraient à la hauteur d’une inclusion au sein du concert européen.

 

Ainsi est-il possible d’affirmer que la réalité coloniale et la décolonisation ont été des facteurs cruciaux dans la détermination du dessein de l’Europe. À la fois œuvrant en son sens, à la fois la retenant, l’établissement d’une jauge entre les deux demeure difficile. Il n’en demeure pas moins certain qu’à travers le soutien matériel et humain de leurs colonies, les empires européens ont pu se faire la guerre, mais à travers elle, ont aussi signé la fin de leur domination sur le monde. La fin de l’ère coloniale est un moyen pour cette Europe fragmentée de se repenser non plus comme une concurrence entre empires pour une mission civilisatrice auto-attribuée, mais comme un ensemble qui n’a plus de raison de se faire la guerre, mais au contraire tout intérêt à cesser de le faire, face à l’émergence de nouvelles puissances dans un ordre mondial en perpétuel mouvement. La difficulté réside désormais dans les relations que l’Europe devra filer avec ses anciennes colonies.

Racha Mtairag

 

[1] Edward Saïd, L’Orientalisme : L’Orient créé par l’Occident, 1978

[2] “Diviser pour mieux régner”

[3] “Je ne me remets pas de Singapour”

[4] Expression du démographe français Alfred Sauvy, 1952.

[5] Eduard Douwes Dekker, dit Multatuli, est un poète et romancier néerlandais.

 

BIBLIOGRAPHIE

Robert Aman, “The EU and the Recycling of Colonialism: Formation of Europeans through intercultural dialogue”, Educational Philosophy and Theory, Vol 44, Issue 9, 2012.

Alain Clément, L’analyse économique de la question coloniale en France (1870-1914), 2013

Bouda Etemad, L’Europe et le monde colonial. De l’apogée des empires à l’après-décolonisation

René Leboutte, Histoire économique et sociale de la construction européenne. 2008.

Lénine, L’impérialisme dernière étape du capitalisme. 1917. (Version française de 1925)

Yves Montarsolo, L’Eurafrique, contrepoint de l’idée d’Europe. Le cas français, des origines aux négociations des Traités de Rome, Thèse de doctorat d’histoire, Université de Provence, 2006.

Georges-Henri Soutou, L’identité de l’Europe du point de vue de l’historien, Outre-terre, 2004

Hugues Tertrais, Temps Croisés II : La construction européenne et l’Asie : relations et correspondances. 2010.

Hugues Tertrais, Le patronat français et la guerre d’Indochine, Publications de la Société Française d’histoire des outre-mers. 2008.

Martin Thomas, Bob Moore, L. J. Butler, Crises of Empire: Decolonization and Europe’s Imperial States. Bloomsbury. 2015.

Ebale Raymond Anselme, Etude de la coopération entre la CEE et un pays récemment décolonisé :  L’Europe et l’Afrique de la décolonisation à la coopération pour le développement. L’exemple des relations économiques entre la CEE et le Cameroun, 1960-1990.

SITES

https://www.touteleurope.eu/actualite/comment-l-europe-fait-face-a-son-passe-colonial-par-olivier-dard.html

https://www.cvce.eu/education/unit-content/-/unit/dd10d6bf-e14d-40b5-9ee6-37f978c87a01/074cadf1-7ef0-4a49-bdc1-ff770f9977c0

https://www.touteleurope.eu/pays/espagne.html

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