La semaine européenne (3)

Pour son troisième rendez-vous européen, Classe Internationale ne pouvait passer à côté des résultats des élections législatives italiennes, dont les conséquences politiques et financières ont été commentées par toute la presse européenne. Les différents titres sont également revenus sur l’inquiétante montée de l’antisémitisme et du racisme en Hongrie, la volonté portugaise de renégocier son plan de sauvetage et la visite remarquée d’Angela Merkel en Turquie.

Chaque vendredi jusqu'au mois d'avril, Le Zap'Int' revêt les couleurs de l'Europe. Photo/© CGinspiration
Chaque vendredi jusqu’au mois d’avril, Le Zap’Int’ revêt les couleurs de l’Europe.
Photo/© CGinspiration

Questions politiques et institutionnelles

Les élections parlementaires en Italie du 24 et 25 février ont provoqué un véritable séisme politique au delà des frontières du pays. Leur résultat a été commenté par la presse européenne entière, pour qui elle s’insère dans le continuum de défiance et de fragilisation que l’Europe connaît depuis les réformes budgétaires de 2009. En effet, l’Italie, troisième puissance économique du club de l’Euro, a connu la victoire étriquée de Bersani (coalition centre-gauche) à 29.8 % des voix, talonné par le score surprenant de la coalition de centre-droit emmenée par Silvio Berlusconi à 28.9%. Suivent le Mouvement 5 étoiles, populiste et anti-européen de Beppe Grillo, et le Premier ministre sortant Mario Monti, avec seulement 10.9% des voix à son actif. L’Italie, à ce jour, est ingouvernable. Si pour le Süddeutsche Zeitung, le résultat de cette élection est un sévère avertissement adressé à l’Europe, La Gazeta Wyborcza, quotidien de Varsovie, affirme : « L’Italie pourrait devenir le maillon faible de l’Europe en crise et le cauchemar de la zone Euro ». Le Monde constate également que « l’Italie anti-rigueur alarme l’Europe ». Quant au quotidien De Volksrant, il affirme que « l’Europe est le grand perdant de ces élections ». Toutefois, l’événement est loin d’être interprété de façon homogène, et met aux prises les analyses divergentes sur la question de ses causes, qui en dévoilent les différentes facettes. Dans Il Sole 24 Ore, de Milan, Adriana Cerretelli dit que c’est avant tout l’Europe de Merkel qui dérape à Rome. « Les électeurs italiens ont rejeté Mario Monti, sabotant ainsi la stratégie de la chancelière pour geler la crise de l’euro jusqu’aux élections allemandes de septembre prochain » affirme-t-elle. Le vote épars et polarisé par le parti anti-européen de Grillo cristalliserait le ras-le bol général des Italiens envers la politique de rigueur dans un pays prostré par la récession et le chômage. « Le populisme, la clameur et les mensonges règnent » ajoutent le Suddeutscheude Zeitung. Et l’éditorialiste Ignacio Camacho d’étendre cette réflexion: « La forte irruption de Grillo révèle une pathologie sociale commune à la région méditerranéenne qui, dans le marasme politique de l’Italie, a trouvé à s’exprimer sous la forme d’une phobie anti-système ». Toutefois une autre interprétation de cet évènement, au delà de sa dimension réactionnaire et phobique vis-à-vis de l’intégration européenne, est possible. A Madrid, ABC titre : « L’Europe trébuche sur Berlusconi ». Pourtant homme le plus détesté d’Italie, selon de récentes enquêtes d’opinion rapportées dans l’article, il symboliserait le contrepoint et la victime d’une « opération Monti », tel que la qualifie son parti et Grillo. Il est un « césar charismatique et martyr », peut-on lire.

Cet événement proche du paradigme ne doit pas occulter l’actualité chargée en Europe centrale. Du point de vue symbolique, un événement historique interroge les stigmates constitutifs de l’Europe. « Le Premier ministre tchèque, Petr Necas, a prononcé le 21 février  un discours devant le Parlement de Bavière, dans lequel il a présenté pour la première fois des excuses pour l’expulsion des Allemands des Sudètes après 1945», écrit Horspodarske noviny. Die Zeit s’est félicité dès le lendemain de ce discours, ovationné en Allemagne.

Mais l’histoire européenne a aussi fait l’objet de crispation, après que la Cour constitutionnelle hongroise, le 19 février, ait décidé d’invalider certains passages du Code Pénal interdisant l’utilisation de symboles associés aux dictatures communistes et nazie. Le 25 février, lors de la Journée des victimes du communisme, le président de la République Hongroise, Janos Ader, a rappelé la nature criminelle du régime d’avant 1989. Il a rajouté que l’intégration européenne se devait d’exorciser les stigmates antérieurs, et au mieux, les retourner. Des paroles qui masquent et dénotent avec l’alarmante montée de l’antisémitisme et du racisme en Hongrie, ce dont s’inquiète Contrepoints dans son édition du 24 février. Le journal a donné la parole au président de l’Union juive européenne, Tomer Orni, qui affirme son « intention de collaborer avec le nouveau gouvernement hongrois pour l’aider à isoler les politiciens prédicateurs de haine ». Deux jours auparavant, Le Figaro rapportait le listage d’étudiants selon leur origine et leur religion. Une enquête a été ouverte par la justice hongroise.

Pour rehausser les cœurs, La Voix de la Russie et La Libre ont rapporté les paroles optimistes prononcées par Herman Van Rompuy, pour qui « 2012 a marqué la sortie de la crise (bien qu’il ne faille pas) se laisser rassurer par des changements positifs ».

Pendant ce temps, la Commission européenne désavoue des commissaires ayant demandé l’établissement d’un siège unique du Parlement européen à Bruxelles. Il s’agit là de rappeler à chacun que seuls les États membres sont en mesure de décider d’une telle chose, selon l’une des porte-paroles de la Commission, Pia Ahrenkilde-Hansen. Un évènement sur lequel revient plus en détails Dernières nouvelles d’Alsace .

Les tensions suscitées par cette proposition hardie n’ont pas empêché le Conseil et le Parlement européen de parvenir à un accord informel sur la sécurisation des opérations pétrolières et gazières en mer. Ce nouveau cadre établit des conditions de sécurité a minima pour l’exploration et l’exploitation du pétrole et du gaz en mer. Il améliore également les mécanismes d’intervention en cas d’accident comme le précise Europétrole.

Politiques publiques et économiques

En date du 23 février, Times revient sur la perte du Triple A britannique. Pour la première fois depuis 1978, le Royaume-Uni voit sa note dégradée en Aa1 par l’agence de notation Moody’s. Ce déclassement est sans réelle surprise, au regard du ralentissement économique du pays qui creuse le déficit et la dette. L’agence a estimé que la situation ne devrait pas s’améliorer avant la fin de la décennie. La seule surprise réside dans la prématurité de cette décision, puisqu’elle a eu lieu avant l’adoption du budget qui se tiendra en mars. Une dégradation qui embarrasse le Premier ministre David Cameron, mais qui n’a pas alarmée les marchés. Cependant, dans Libération, le juge Howard Archer, analyste chez IHS Global Insight, fait remarquer que cette perte du Triple A aura tout de même un effet négatif limité sur l’économie britannique, comme cela a été le cas pour la France et les États-Unis. Mais ce qui compte pour l’instant, c’est que les taux d’intérêt restent bas. Cela est en effet le signe que la Grande-Bretagne ne représente pas encore un risque pour les marchés. En revanche, la situation s’aggraverait si les taux d’intérêt grimpaient, les marchés signifiant alors le risque représenté par la Grande-Bretagne. Mais selon une analyste spécialisée en stratégie monétaire chez HSBC, la décision de Moody’ aura toutefois « des conséquences négatives sur la livre sterling ».

Si les marchés financiers ne semblent pas plus secoués que cela par la rétrogradation de la note de la Grande-Bretagne, un autre événement les a fortement ébranlés cette semaine : le résultat du scrutin des élections législatives en Italie. Mardi a été une journée noire pour les marchés financiers européens, pris de panique à l’idée que le pays devienne ingouvernable et ne fasse replonger la zone euro dans la crise. La bourse de Milan fut la plus directement touchée, tandis que les autres places boursières (Francfort, Londres, Madrid et Paris) ont également plongé. Cependant, selon le témoignage du ministre français chargé du budget, Jérôme Cahuzac, paru dans Le Monde, l’incertitude politique qui règne en Italie suite aux élections parlementaires ne risque pas de causer une nouvelle crise de l’euro. Pour lui, il ne s’agit que d’une crise politique qui menace l’Italie pour des raisons institutionnelles.

La semaine dernière, la Commission européenne annonçait un déficit d’environ 3,7% pour la France en 2013. Pierre Moscovici a alors enterré officiellement la promesse électorale de François Hollande, en repoussant le but des 3% à la fin 2014. Euractiv donne plus de détails à ce sujet : la France devait réduire son déficit budgétaire à 3% du PIB en 2013 alors qu’il était de 4,5% en 2012. Cet objectif se fondait sur une estimation de croissance de 0,2% en 2012 et de 0,4% en 2013. Or, la croissance du PIB français a stagné en 2012 selon les premières estimations et, selon la Commission, elle serait nulle en 2013. Cependant, Paris ne devrait probablement pas payer d’amende, puisque l’UE établit les objectifs de déficit en termes nominaux. Toutefois, des quotidiens comme Le Figaro ou Les Echos notent que le patron de la Bundesbank, Jens Weidmann, fait la leçon à la France. En effet, il considère qu’en tant que « poids lourd » de la zone euro, la France doit donner des « signes clairs » d’assainissement de ses finances et respecter les 3% de déficit. «Il est important que les gouvernements s’en tiennent aux programmes de consolidation qu’ils ont annoncés» ajoute-t-il.

Euractiv indique que la France, ainsi que les autres pays européens, vont devoir dorénavant prendre en compte les prévisions de croissance de Bruxelles. Suite à la crise des dettes souveraines, l’UE a en effet renforcé son pouvoir de contrôle des économies européennes afin de combler les lacunes du pacte de stabilité et de croissance. Deux textes ont ainsi été votés ce mercredi 20 février, le « two pack », qui devrait être adopté en mars. L’UE obtiendra alors un droit de regard permanent sur les économies des pays membres et la Commission pourra donner son avis avant les parlements nationaux sur le budget. Un débat au sein de la zone euro serait nécessaire pour déterminer la précision des recommandations de la Commission et donner une réelle légitimité à ce nouvel outil.

Le quotidien portugais Jornal de Notícias, un des plus lus du pays, titre que le Portugal détient le triste record des coupes les plus élevées dans l’aide sociale. Ainsi, entre 2011 et 2012, les allocations ont été réduites de 3,7 milliards d’euros auxquels viennent s’ajouter les 4 milliards d’euros de coupes supplémentaires que la troïka veut imposer entre 2013 et 2014. C’est pourquoi Lisbonne s’est assise à la table du septième réexamen du plan de sauvetage du pays, le 25 février dernier, avec la volonté d’assouplir les mesures d’austérité pour éviter de tomber dans la spirale de la récession et du chômage. Lisbonne a deux semaines pour convaincre ses interlocuteurs de revoir son plan de sauvetage (allongement des délais de remboursement, baisse des taux d’intérêts…). Le Portugal devrait obtenir une réponse à ses requêtes le 4 mars prochain, lors de la prochaine réunion de l’Eurogroupe.

Comme le laissait pressentir le premier tour des élections présidentielles à Chypre le dimanche 17 février, c’est le conservateur Nicos Anastasiades qui est arrivé en tête ce dimanche. Euractiv rappelle que ce sera donc à lui de négocier le plan de sauvetage financier de l’île avec l’UE et le FMI. Mais nombreux sont les pays qui doutent de la capacité de  Chypre à rembourser un prêt presque équivalent à la richesse totale du pays. L’austérité, à laquelle s’était opposé le président sortant, devrait donc être imposée rapidement et l’île devra se soumettre à la surveillance de sa transparence financière. En effet, le chômage croissant et la récession ne sont pas les seuls fléaux qui ravagent l’île. Elle abrite également de nombreux capitaux considérés comme suspects. Plus de 25% des dépôts bancaires et un tiers des IDE entrants sont d’origine russe. De plus, l’île est suspectée de servir au blanchiment d’argent puisque de nombreux investisseurs russes créent des sociétés écrans pour profiter des faibles taux d’imposition chypriotes. L’argent est ensuite réinvesti en Russie tout en ayant échappé au fisc russe. Chypre a donc de nombreux défis à relever si elle veut pouvoir négocier une aide satisfaisante avec les autres pays membres de l’UE.

Le site Toute l’Europe indique que Chypre n’est pas le seul pays à demander une aide européenne. Ainsi, le lundi 25 février a eu lieu à Bruxelles le 16ème Sommet Union Européenne – Ukraine (pays candidat à l’entrée dans l’UE). La rencontre a permis de dessiner les contours d’un accord d’association entre l’UE et l’Ukraine qui pourrait être signé avant le sommet du Partenariat oriental[1]de novembre 2013, accord qui serait assorti d’une aide financière européenne. Les conditions : que l’Ukraine se conforme aux exigences du FMI et progresse dans le respect de l’Etat de droit. L’autre sujet sensible entre l’Ukraine et l’UE est celui du gaz russe. L’UE souhaite en effet profiter des structures de transport gazier de l’Ukraine. Mais sachant que cela se ferait au détriment de la Russie, l’Ukraine se retrouve face au dilemme d’un choix entre l’Est et l’Ouest.

Relations internationales et élargissement

Une semaine chargée pour la diplomatie européenne, tant par l’importance des sujets abordés que par la cadence des visites bilatérales.

Angela Merkel, en visite en Turquie les 24 et 25 février,s’est rendue sur la base de Kharamanmaras où elle a apprécié le dispositif défensif mis en place par l’OTAN, censé protéger la Turquie de son turbulent voisin syrien. Le lendemain à Ankara, la chancelière allemande a fait état de son désir de relancer les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Tout en avouant rester sceptique quant à l’issue de ces négociations, cette ouverture peut être considérée comme marquante au vu des déclarations -auparavant catégoriques- auxquelles A.Merkel nous avait habitué. Cette évolution des positions de la CDU, ajoutée à la défaite Nicolas Sarkozy en mai dernier, laisse entendre que les négociations pourraient avancer avec une Turquie qui tendait dernièrement à lorgner vers le processus de Shangaï. A quelques mois d’une élection qui pourrait être néfaste à la CDU, il semblerait qu’Angela Merkel entende se réconcilier avec l’électorat allemand d’origine turque, à qui elle vient pourtant d’interdir la double nationalité. Le SPD a, de son côté, réagit en envoyant moins de 48h plus tard son chef, Sigmar Gabriel, effectuer une visite remarquablement parallèle, au cours de laquelle il a lui aussi rencontré les soldats allemands, ainsi que l’actuel chef du CHP (le parti kémaliste-socialiste, principale formation d’opposition en Turquie). Une occasion de plus pour le SPD de rallier dans ses rangs l’électorat germano-turc, auquel il a promis une politique d’obtention de la double-nationalité plus souple.

Autre visite notable : celle de F.Hollande en Russie. Bien que le caractère bilatéral de la rencontre ait été maintes fois souligné, l’AFP a certifié que le dossier Syrien a constitué le plat de résistance de ce déjeuner de travail entre Vladimir Poutine et le président français. A la suite de cet entretien, François Hollande a confié, au sujet de l’issue du conflit syrien, que « beaucoup dépendait de Monsieur Poutine ».
Une façon d’indiquer aux journalistes présents sur place que la France n’entendait pas faire de concessions quant à ses positions sur ce dossier. Malgré les pressions du Parlement européen ainsi que des ONG’s, il semblerait que les questions relatives aux droits de l’Homme et plus spécifiquement des homosexuels, n’aient pas été abordées lors de cette rencontre.

Toujours au sujet de la Syrie, l’ancien candidat démocrate John Kerry, actuellement en plein marathon diplomatique européen, a rencontré aujourd’hui l’opposition syrienne à Rome au cours d’une rencontre organisée par le Groupe des amis de la Syrie. Si John Kerry a promis à l’opposition syrienne une aide en matériel « non-létal » pour un montant de 60 millions de dollars, il a néanmoins rappelé que l’insurrection devait privilégier une issue politique, faisant écho aux déclarations de François Hollande à Moscou.

La Croatie, elle, semble préférer la bonne vieille méthode de la fourniture d’armes, contournant ainsi l’embargo vers la Syrie. La Libre Belgique rapporte que des armes croates auraient été livrées aux rebelles syriens via l’Arabie-Saoudite. Des révélations compromettantes au moment où la Croatie s’apprête à faire son entrée dans l’UE.

Sur ce, bon week-end.

Une revue de presse proposée par Pierre Baussier, Ilan Berlemont, Mathilde Godoy, Meiddy Ouastani, Anton Stzepourginski et Caroline Ta.


[1] Forum réunissant les pays membres de l’UE et ceux d’Europe orientale et du Caucase du Sud à des fins de rapprochement politique et économique

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