Les îles Senkaku/Diaoyu : l’archipel de la discorde

Un article de l’Express publié le 19 septembre 2012 définit l’archipel tant convoité par la Chine et le Japon comme un : « petit amas de rochers déserts perdus en mer de Chine orientale ou Eldorado pétrolier sous-marin, les minuscules îles japonaises Senkaku, revendiquées par la Chine sous le nom de Diaoyu, alimentent les fantasmes ». Depuis quelques années, elles font l’objet d’une forte médiatisation internationale. En effet, cet archipel peut être considéré comme emblématique des conflits et des jeux de puissance en mer de Chine orientale.  

Les îles Senkaku ou Diaoyu se situent au nord-est de Taïwan et au sud-ouest du Japon en Mer de Chine orientale. Elles sont constituées de cinq îles (Uotsuri, Kitako-jima, Minamiko-jima, Kuba et Taisho) et de trois rochers (Okinokita-iwa, Okinomimami-iwa et Tobise). La superficie totale de cet archipel est de 7 km2. Officiellement sous contrôle japonais depuis le XIXe siècle, elles n’ont jamais suscité de convoitise avant le début des années 1970. C’est à cette période que la présence potentielle de ressources est mentionnée dans un rapport officiel. Dès que l’aspect économique est rentré en jeu, des revendications venant de Taïwan et la République populaire de Chine ont commencé à se faire entendre. Ce conflit insulaire s’est intensifié ces dernières années et cristallise les tensions entre les deux grandes puissances asiatiques à savoir la Chine et le Japon avec de nombreuses provocations de la part de Pékin. Mais le conflit sur la souveraineté de ces îles ne peut pas être réduit uniquement à sa dimension territoriale. Nous pouvons dès lors nous demander dans quelle mesure ce conflit est représentatif du rapport de force sino-japonais. Si ce conflit trouve ses sources dans l’Histoire, il a depuis plusieurs années dépassé la dimension territoriale et s’inscrit dans un conflit pour le leadership sur la région voire même mondial.

Une possession historique controversée

La diversité des interprétations

Les îles Senkaku/Diaoyu font l’objet de revendications japonaises et chinoises (République populaire de Chine et Taïwan) qui se basent toutes les deux sur une souveraineté ancienne. Nous assistons, des deux côtés, à une lecture très différente de l’Histoire. En effet, le gouvernement chinois s’appuie sur l’argument selon lequel, dès la dynastie des Ming (XIVe-XVIe siècles), des traces de ces îles sont présentes dans la littérature et la cartographie chinoises. Ces dernières sont alors nommées Diaoyudao, et elles dépendaient déjà sous la dynastie des Qing (XVIIe-XXe siècles) de la juridiction chinoise depuis plusieurs siècles. Taïwan se base également sur ces données historiques pour appuyer ses revendications sur ces îles mais l’argument d’ordre géographique reste prédominant. Le Japon réfute cet argument historique chinois en soutenant que ces îles étaient à l’époque inhabitées et ne portaient aucune trace d’une occupation chinoise. De plus, le Japon fonde sa souveraineté et sa légitimité sur l’application du droit international et de plusieurs traités officiels.

Il est intéressant de remarquer que la terminologie et l’appellation de ces îles est un élément révélateur du conflit qui se joue entre la République populaire de Chine, Taïwan et le Japon, puisque chacun entend asseoir sa souveraineté par une appellation distinctive d’ordre historique : Senkaku (Japon), Diaoyudao (République populaire de Chine) et Diaoyutai (Taïwan).

La souveraineté japonaise par le droit international

En termes de droit international, nous pouvons considérer que ces îles étaient terra nullius/res nullius. Ce terme juridique signifie « territoire sans maître » et désigne un espace qui peut être habité, dans lequel une organisation sociale peut exister mais qui ne relève pas d’un Etat. Ce territoire peut donc être exploité et approprié par le « premier arrivé ».

L’expansionnisme japonais débute à partir du XIXe siècle. En 1879, le royaume de Ryūkyū, jusqu’alors tributaire de l’Empire chinois, est transformé en département nommé Okinawa. La Chine doit alors renoncer à sa souveraineté. Suite à la décision du Conseil des ministres et au traité de Shimonoseki du 17 avril 1895 qui met fin à la guerre sino-japonaise (1894-1895), les îles Senkaku sont rattachées officiellement au département d’Okinawa. Selon les autorités japonaises, la conquête de territoires chinois (îles de Formose ou  les Pescadores), liée au traité de Shimonoseki, est indépendante de l’occupation japonaise des îles Senkaku. Du point de vue chinois, ces deux éléments sont liés et le Japon aurait donc profité de la fin de la guerre sino-japonaise pour s’approprier des territoires inhabités mais appartenant à la Chine.

Le statut juridique des territoires japonais est redéfini à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. Le Traité de paix de San Francisco de 1951 est un tournant dans le processus de qualification juridique des îles. L’article II de ce traité stipule la restitution de Formose et des îles Pescadores à Taïwan, reconnue alors comme l’unique représentant légitime de la Chine. Dans l’article III, l’archipel Nansei, auquel sont rattachées les îles Senkaku, est placé sous administration américaine par la décision de mise sous tutelle de l’ONU.

Le traité de paix entre la République de Chine et le Japon d’avril 1972 règle officiellement les différends territoriaux entre les deux pays. Le Japon renonce à toute souveraineté sur Formose, aujourd’hui Taïwan, les Pescadores, les îles Paracels et Spratleys. Les îles Senkaku ne sont donc pas mentionnées explicitement dans ce traité. La Signature de l’accord sur la restitution d’Okinawa entre les États-Unis et le Japon rétablit l’autorité administrative du Japon sur l’archipel Nansei. À cet archipel sont rattachées les îles Senkaku bien qu’elles ne soient pas mentionnées de manière explique dans cet accord. En septembre 1972, les relations diplomatiques entre le Japon et la République populaire de Chine se normalisent. Cette dernière est reconnue par le Japon comme étant le seul représentant légal du gouvernement de la Chine, ce qui entraîne la rupture des relations diplomatiques avec Taïwan.

La Chine comme le Japon revendiquent la souveraineté des îles Senkaku/Diaoyu. Ces revendications découlent d’une conception différente de la notion de souveraineté. La vision de la Chine est plus coutumière et celle du Japon plus rigoriste.

Les îles Senkaku/Diaoyu, un Eldorado de ressources?

Le contrôle des hydrocarbures et des richesses halieutiques

Les revendications officielles de la Chine et de Taïwan débutent réellement au début des années 1970. Ces années marquent un tournant important sur la question de la souveraineté des îles Senkaku/Diaoyu. En effet, en 1968, la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (Economic Commission for Asia and the Far East) mène des études océanographiques en mer de Chine et publie un rapport évoquant la présence d’une zone très riche en hydrocarbures et en richesses halieutiques. Ce document émet l’hypothèse que « la partie la plus favorable de la région en matière de pétrole et de gaz s’étend sur 220.000 km carrés au nord-est de Taïwan. » C’est donc cette estimation sur un potentiel Eldorado de ressources qui semble avoir réactivé le débat sur la souveraineté des îles Senkaku/Diaoyu, puisqu’il s’agit de sa région environnante.

Conflit maritime en mer de Chine orientale

Conflit maritime en mer de Chine orientale

Ainsi, dès avril 1971 pour Taïwan et décembre 1971 pour la Chine, les deux pays font via leurs ministères des Affaires étrangères respectifs des déclarations de revendication officielle des îles. Selon eux, ces dernières appartiendraient de manière indissociable à leur territoire. Ce conflit d’ordre insulaire s’inscrit dans une volonté chinoise d’étendre sur le long terme sa zone d’influence sur la mer de Chine orientale et de sécuriser son espace maritime. En effet, les océans sont devenus en quelques décennies un enjeu majeur car ils constituent une réserve de ressources aussi bien alimentaires qu’en matières premières, ces dernières se faisant de plus en plus rares et étant donc vivement convoitées. Le contrôle des ressources est donc un outil de puissance indéniable. Il peut permettre à un pays de s’assurer un développement économique, commercial et d’affirmer sa puissance sur la scène internationale et dans les rapports de force mondiaux.

L’approvisionnement énergétique est devenu un enjeu vital pour la Chine, qui, avec son essor économique, est devenue le premier importateur mondial d’hydrocarbures. C’est également un enjeu majeur pour le Japon qui dispose de très peu de ressources naturelles. Il dépend donc de l’extérieur pour se fournir en matières premières et énergétiques. En effet, il importe 80% de ses ressources énergétiques. Face à ce besoin croissant de ressources énergétiques, Pékin a également mis en place, pour certains spécialistes, des forces prépositionnées, et pour d’autres, la stratégie dite du « collier de perles ». Cette dernière, outre l’aspect militaire, a pour but d’assurer la sécurité des approvisionnements en sanctuarisant les voies maritimes jusqu’au Moyen-Orient, en passant par l’Océan Indien, via la constitution de ports et de bases navales et aériennes.

La stratégie du collier de perles

La stratégie du collier de perles

Zone économique exclusive (ZEE)

La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (1982) définit la notion de ZEE qui représente l’espace maritime dans lequel un Etat dispose de droits souverains et  peut exercer sa juridiction. L’article 57 de cette convention précise que : « la zone économique exclusive ne s’étend pas au-delà de 200 nautiques [soit 370,4 km] des lignes de base à partir desquelles est mesurée la largeur de la mer territoriale ». La Chine a ratifié ce traité en 1996 mais avait déjà promulgué en 1992 une loi sur la mer territoriale et les zones contiguës. Cette loi explicite sa souveraineté sur plusieurs zones maritimes en mer de Chine dont les îles Senkaku/Diaoyu. Elle se base donc sur ses droits qu’elle estime ancestraux.

Les îles de mer de Chine méridionale et orientale sont donc un enjeu géostratégique puisque leur appropriation permettrait à la Chine d’étendre considérablement sa zone économique exclusive (ZEE). La Chine possède plus de 18 000 km de côte et sa ZEE actuelle est de 2 200 000 km2 environ.

La mer de Chine : autoroute du commerce maritime mondial

Artères de la mondialisation, environ 80 % du commerce mondial transite par les océans. La mer de Chine méridionale, bordée par la Malaisie, la Chine, Taïwan, Brunei, Singapour, les Philippines, la Thaïlande, le Vietnam et le Cambodge, est un carrefour stratégique pour le commerce international. Cette mer est un point de passage pour environ la moitié du trafic maritime mondial. La mer de Chine orientale est reliée au sud à la mer de Chine méridionale par le détroit de Taïwan et au nord à la Mer du Japon. C’est un carrefour entre l’Asie su Sud-Est et l’Asie du Nord-Est. Bien que les flux maritimes y soient moins importants qu’en mer de Chine méridionale, elle enregistre un grand nombre de passages de cargos et navires de pêche. Elle permet par exemple la liaison entre le port de Shanghai à celui de Nagoya. C’est cependant essentiellement pour ses ressources qu’elle est convoitée par la Chine.

Il s’agit pour cette dernière de s’assurer une réserve de ressources, des routes maritimes mais également une domination sur cette région voire même une place conséquente sur la scène internationale.

Un conflit pour le leadership régional ou international entre la Chine et le Japon…

Des prétentions hégémoniques

Le conflit des îles Senkaku/Diaoyu prend des formes différentes selon les domaines étudiés.

Tout d’abord, il prend la forme d’une opposition territoriale qui s’incarne dans des réponses militaires. Les prétentions territoriales de Pékin et de Tokyo s’illustrent par la construction d’îles artificielles par la Chine qui donnent du poids à ses prétentions. Il s’agit d’opérations de remblaiement et de transformation des récifs coralliens dont la souveraineté est controversée. En réaction à ces attaques, les autorités japonaises ont publié un rapport dénonçant la menace chinoise sur le territoire. Le ministère chinois de la Défense a contesté ce rapport taxé de malveillance et caractérisé par l’exagération de la menace chinoise. Il estime donc que « ce genre d’action dévoile le double visage de la politique étrangère japonaise et a un impact négatif sur la paix et la stabilité de la région ». Ainsi, suivant le point de vue adopté, les manoeuvres mises en place sont soit justifiées soit contestées. Elles prennent également la forme de manoeuvres navales.

Les intrusions navales chinoises sont fréquentes depuis le début du XXIe siècle dans la zone bordant les îles disputées. Les navires exploitent les ressources halieutiques et sont parfois accompagnés de navires de patrouilles à bord desquels se trouvent des activistes. Par exemple le 30 janvier 2013, l’un des navires chinois entrés dans la zone a utilisé un radar destiné normalement à aider au guidage de missiles en direction d’un bâtiment de la marine japonaise. Ces intrusions donnent lieu à des condamnations et des mises en garde de la part du gouvernement japonais qui répond par une présence navale accrue dans la zone. Ces intrusions sont un des outils de la politique de la Chine qui tente d’asseoir sa domination par le biais d’une diplomatie navale agressive. Le type de navires illustre ces escalades : au début les navires sont des navires de pêche puis s’ajoutent ceux de patrouille et enfin les navires appartenant aux organes gouvernementaux. Par ces actions, le gouvernement chinois veut tester la réactivité de son homologue japonais, les difficultés qu’il rencontre et les orientations de sa politique envers la Chine.  

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Un bateau d’activistes prochinois intercepté par les garde-côtes japonais le 15 aout 2012 en Mer de Chine

Les politiques des deux pays se caractérisent par une militarisation croissante qui s’acte de deux manières différentes. D’une part, le budget militaire chinois accuse une croissance à deux chiffres. En 2014, elle avait prévu de l’augmenter de 12,2%. D’autre part, le premier ministre japonais Shinzo Abe tente de modifier la Constitution de 1946 et en particulier l’article IX qui stipule que le Japon « renonce à jamais à la guerre » . Se pose alors la question de la démocratie dans la mesure où la Constitution est acceptée par le peuple japonais. Sa remise en cause met en lumière la dichotomie entre le gouvernement japonais et la population. Elle montre dans quelle mesure le conflit influence la politique intérieure, les principes qui ont fondé le Japon et met en exergue l’importance du conflit pour le pays. Ainsi la Chine et le Japon développent leur capacité militaire dans un but préventif, exécutif et qui peut aussi prendre un sens symbolique.

Les prétentions hégémoniques sur la zone territoriale des îles de Senkaku/Diaoyu conduisent à un maintien des tensions entre ces deux pays qui souhaitent affirmer leur puissance.

Affirmation et renforcement du nationalisme

Les tensions engendrées au sujet de la souveraineté des îles incitent les pays à affirmer un nationalisme qui répond aux exigences internes de leur pays.

L’affirmation du nationalisme chinois et japonais a lieu dans des contextes intérieurs différents. Dans le cas chinois, le nationalisme se renforce pour asseoir la politique du Parti Communiste Chinois (PCC) de plus en plus controversée et pour pallier la chute relative de la croissance chinoise. Le conflit des îles Senkaku/Diaoyu est un sujet fédérateur et un moyen pour le PCC de retrouver une certaine légitimité. Dans le cas japonais, le conflit des îles et le renforcement concomitant du nationalisme permettent de mettre en avant la puissance japonaise en occultant les difficultés des années précédentes avec la crise économique de la fin des années 1990 et de Fukushima. Le renforcement du nationalisme permet d’occulter les faiblesses d’un Etat et faire de ce conflit un intérêt national.

Par ailleurs, le nationalisme de ces pays ne se base pas sur les mêmes caractéristiques structurelles. La Chine se base sur une idéologie communiste qui se libéralise de plus en plus alors que le Japon est une monarchie libéralisée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi les motivations du renouveau du nationalisme mais également les bases et son évolution ne sont pas les mêmes.

Toutefois, le but de ces deux formes de nationalismes est le même. Il vise à justifier la politique, obtenir le soutien des populations et les détourner des problèmes internes.  Les manifestations de ces populations illustrent leur soutien envers le gouvernement et leur opposition à la Chine ou le Japon. En effet, dès 2012 ont été constatées des manifestations patriotiques anti-japonaises en Chine. Les usines nippones implantées en Chine ont été obligées de suspendre certaines activités, des restaurants ont été attaqués. L’exemple des voitures en Chine est particulièrement significatif. En effet, elles sont parfois soit détruites quand elles sont d’origine japonaise ou soit le support d’autocollants patriotiques quand elles sont chinoises.  

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Manifestation en Chine contre la souveraineté revendiquée par le Japon des îles  Senkaku-Diaoyu

Le nationalisme qu’il soit chinois ou japonais semble être un des instruments de la politique hégémonique. Il permet de montrer dans quelle mesure le conflit des îles Senkaku/Diaoyu est primordial pour ces deux puissances.

Une voie vers la pacification ?

Dès 2008, la Chine et le Japon avaient décidé de mettre en place une gestion conjointe des ressources pour exploiter les ressources de manière coordonnée. Cette initiative devait permettre à la mer de Chine de devenir la « Mer de la paix, de la coopération et de la sécurité » . Les conflits postérieurs mettent en avant l’échec de cette politique. Dans l’espoir de trouver une politique efficace, les dirigeants des deux pays se sont rencontrés au cours du mois de juin 2015. La perspective d’un sommet entre Xi Jinping et Shinzo Abe est encore envisageable.

Malgré ces tentatives, Xi Jinping approuve une politique d’intensification des pressions sur le Japon et rejette l’approche plus modérée de son ministre des Affaires étrangères. Il mène une politique offensive alors que celle du premier ministre Shinzo Abe est plus défensive. Nous pouvons questionner la différence entre les relations diplomatiques apparentes et la politique effective des deux pays. Si les deux pays semblent, en principe, enclins à négocier, la Chine est plus agressive dans la mesure où elle possède davantage les moyens de sa puissance. Le Japon base sa souveraineté sur l’Histoire et tente de la conserver par un contrôle des actions chinoises mais ne prend pas le risque de couper les relations avec la Chine.

Nous pouvons dès lors nous demander si la limite de l’escalade du conflit n’est pas la dimension commerciale. En effet, le Japon est plus dépendant de la Chine que cette dernière ne l’est du Japon. La Chine est le deuxième partenaire commercial du Japon. L’économie chinoise, malgré son ralentissement, est plus forte que celle japonaise. Selon le Fonds Monétaire International, le Produit International Brut chinois est de 16 149,1 milliards de dollars et celui du Japon est de 4 667,6 en 2013. Toutefois, le Japon reste un modèle économique pour la Chine. Il est vrai que la Chine s’inspire du miracle économique japonais. Par ailleurs, le conflit a des conséquences économiques importantes. La vente des voitures japonaises en Chine a diminué suite aux manifestations. Le constructeur Nissan a annoncé avoir vendu 95 200 véhicules en août 2012 en Chine contre 98 100 en juillet 2012. L’importance de leurs liens commerciaux tend à limiter la dégénération du conflit qui pénaliserait leurs économies respectives.

Le conflit des îles Senkaku/Diaoyu est un des éléments structurants des relations entre la Chine et le Japon. Ces deux pays cherchent à s’imposer dans la région et dominer l’autre. Ils mettent donc en place des actions défiant l’adversaire tout en contenant le conflit pour pouvoir continuer à commercer. Ces îles sont également au centre des attentions faisant intervenir des acteurs régionaux et internationaux autres que la Chine et le Japon.

… qui est marqué par la présence d’autres acteurs

Les Etats-Unis entre soutien et opposition

Alliés historiques du Japon, les Etats-Unis jouent un rôle dans ce conflit par le soutien qu’ils apportent, les critiques qu’ils émettent et les médiations qu’ils mettent en oeuvre.

Les Etats-Unis soutiennent les positions japonaises. Après la Seconde Guerre mondiale, ils ont occupé le territoire et l’ont quitté progressivement. Mais les liens entre les Etats-Unis et le Japon ont été conservés par le biais de l’économie et d’une présence militaire. Ils maintiennent leur rôle et tentent même de conquérir un rôle plus important. La mer de Chine est une région phare de leur politique étrangère. Le soutien apporté au Japon est aussi stratégique : par cet appui, ils tendent de limiter l’émergence de la Chine comme puissance dominante dans la région.

En effet, ces deux pays sont en concurrence. Un contrôle  accru de la région par la Chine réduirait par conséquent celui des Etats-Unis. Or Obama souhaite conserver la liberté dans la mer de Chine. Il évoque des inquiétudes au sujet de la politique chinoise dans le conflit des îles Senkaku/Diaoyu notamment la construction des îles artificielles. L’intervention étasunienne dans la région illustre l’enjeu de puissances à l’oeuvre dans ce conflit : enjeu pour le contrôle de la région et pour le leadership mondial. Ce conflit est une occasion d’un affrontement entre les deux plus grandes puissances mondiales.

Toutefois, l’image d’un soutien au Japon et d’une opposition à la Chine peut être nuancée. Michael D. Swaine soutient la thèse que les Etats-Unis soutiendront le Japon uniquement dans la mesure où il ne reprendra pas le chemin de la militarisation et de la recherche de l’arme nucléaire. Le Japon sera autorisé à se remilitariser seulement avec l’accord des Etats-Unis. S’il ne respecte pas cette condition, alors les Etats-Unis et la Chine s’appliqueront à contenir le développement de son appareil militaire. Quant à l’opposition à la Chine, elle est limitée par la volonté de commercer avec elle. La Chine est l’un des partenaires commerciaux les plus importants et le premier pays importateur pour les Etats-Unis.

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Les Etats-Unis tentent de rassurer le Japon au sujet du conflit territorial en mentionnant le traité de défense face aux revendications et démonstrations de force chinoises

Par conséquent, le conflit, les forces en présence et leur soutien respectif sont orientés par la présence des Etats-Unis, première puissance mondiale. Leur présence  illustre le fait que le conflit se mondialise dans la mesure où les îles Senkaku/Diaoyu sont un enjeu géostratégique au sein duquel les protagonistes interagissent avec d’autres acteurs.

Les acteurs régionaux

D’autres acteurs jouent un rôle dans le conflit opposant la Chine et le Japon. Ils prennent position selon leurs intérêts, les politiques chinoise et japonaise. Les accords avec ces pays s’inscrivent dans une dynamique plus large comprenant également la zone méridionale de la mer de Chine. Il s’agit d’un processus global qui comprend les îles Senkaku/Diaoyu.

Pékin et Tokyo tentent de mettre en place une politique régionale pour obtenir le soutien de leurs voisins. Ils utilisent par exemple l’arme économique pour étendre leur influence. Pékin souhaite renforcer les échanges bilatéraux avec les dix membres de l’Asean – l’Association des nations d’Asie du Sud Est, pour les doubler d’ici 2020. Par ailleurs une banque asiatique d’investissements dans les infrastructures a été créée. Le Japon use également de l’arme économique. Lors du septième sommet annuel Japon Mékong, Tokyo a décidé d’octroyer 6,1 millions de dollars pour le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Birmanie et le Vietnam. Tokyo exprime la volonté de développement des infrastructures et des moyens financiers. Par ailleurs, le Japon développe des alliances bilatérales. Les Philippines et le Japon ont décidé d’accroitre leurs crédits militaires de 25% en 2016 pour aller à l’encontre des prétentions chinoises en mer de Chine. Cette alliance est d’autant plus symbolique que ces deux pays étaient ennemis au cours de la Seconde Guerre mondiale. Cela montre que la lutte contre la Chine et ses prétentions hégémoniques surpasse les oppositions historiques dans certains cas. Les politiques mises en place par la Chine et le Japon régionalisent le conflit. Leur soutien à la Chine ou au Japon donne du crédit à un des deux pays.

Cette régionalisation peut aussi s’effectuer par le biais d’initiatives ne provenant ni de la Chine ni du Japon. Par exemple, Taiwan prend part au conflit car il revendique également des territoires. Il fait pression sur le Japon avec l’intrusion, à l’instar de la Chine, de navires dans les eaux territoriales japonaises. Cet exemple invite à s’interroger sur la capacité de ces autres acteurs de peser dans le jeu des puissances. En effet, ces acteurs se rattachent majoritairement à la Chine ou au Japon pour pouvoir influer sur le cours des évènements. Le conflit concernant les îles Senkaku-Diaoyu illustre le pouvoir relatif de certains acteurs, les alliances entre pays et les intérêts économiques.

Il semble donc évoluer au gré des puissances dominantes qui cherchent toutefois à s’allier à d’autres acteurs pour donner plus de poids à leurs prétentions. Les acteurs régionaux sont importants mais pas les moteurs principaux de ce conflit.

Les îles Senkaku/Diaoyu font l’objet de différends essentiellement entre la Chine et le Japon. Le renouveau de ce conflit territorial est dû à la présence potentielle de ressources dans les ZEE de ces territoires. Des tentatives sont donc mises en place pour s’octroyer ces îles en justifiant par l’Histoire soit la souveraineté chinoise soit la souveraineté japonaise. La dimension économique est primordiale dans la montée du conflit car les ressources présentes sont conditions de la puissance d’un Etat. C’est pourquoi la Chine et le Japon mettent en place des pratiques hégémoniques dans différents domaines. Ce conflit pour des îles inhabitées prend la forme d’une lutte entre deux Etats pour le leadership régional mais aussi mondial. La préoccupation pour ces îles montrent comment les deux gouvernements ont réussi à faire de ce conflit une cause nationale. Les gouvernements cherchent également à s’allier à des Etats afin de renforcer leur point de vue. Ils intègrent donc d’autres acteurs dans le conflit qui s’inscrit, par conséquent, au coeur d’une dynamique mondialisée. D’autres pays voient dans ce différend territorial la possibilité de s’intégrer dans les logiques de la mondialisation. Les îles Senkaku/Diaoyu sont donc représentatives d’un conflit mondialisé avec des intérêts économiques en jeu qui ont des répercussions politiques et sociales. Elles sont le catalyseur et le symbole de la rivalité entre la Chine et le Japon.

Carole Cocault et Camille Flamant 

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ZHONG Wu, «Furie antijaponaise dans les grandes villes», [En ligne], Site du journal Courrier International,http://www.courrierinternational.com/article/2012/09/18/furie-antijaponaise-dans-les-grandes-villes, 18 septembre 2012,  [consulté le 15 novembre 2015].

Site officiel de la République Populaire de Chine : http://www.diaoyudao.org.cn

Site officiel de la République de Chine (Taïwan) : http://www.mofa.gov.tw/en/cp.aspx?n=38CD1D3C91067AEC

Site officiel du Japon : http://www.fr.emb-japan.go.jp/territory/senkaku/index.html

Sources pour les différentes photos dans l’ordre d’apparition :

Site Actualité internationale, http://actualite-internationale.ca/tempete-en-mer-de-chine/

Site Mecanoblog, https://mecanoblog.wordpress.com/2010/05/23/le-reveil-de-lasie-au-sein-dun-monde-multipolaire/

Site Ici, radio Canada : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/2012/08/18/004-chine-japon-archipel-mer-chine.shtml

Site Courrier Internationalhttp://www.courrierinternational.com/article/2012/09/18/furie-antijaponaise-dans-les-grandes-villes

Site Courrier International : http://www.courrierinternational.com/dessin/2014/04/24/iles-senkaku-diaoyu-obama-tente-de-rassurer-tokyo

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2 réflexions sur “Les îles Senkaku/Diaoyu : l’archipel de la discorde

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