La Géorgie, bientôt dans l’OTAN ?

L’OTAN et la guerre d’août 2008 en Géorgie

La Géorgie, coincée entre deux puissances régionales, la Turquie et l’ancienne puissance tutélaire russe, n’a pas attendu les événements d’août 2008 pour envisager son adhésion à l’OTAN. Dès 1992, celle-ci opère des rapprochements avec l’Alliance nord-atlantique. Depuis lors, elle contribue activement aux opérations dirigées par l’OTAN, et coopère avec les pays membres dans de nombreux autres domaines, tels que le rapatriement des troupes de l’OTAN et la formation de celles-ci sur son territoire. Cette coopération vise en priorité le soutien aux efforts de réforme de la Géorgie et à son objectif d’intégration dans les institutions euro-atlantiques.

Le conflit d’août 2008 en Géorgie oppose cette dernière à sa province séparatiste d’Ossétie du Sud, soutenue par la Russie. Le conflit s’est étendu par la suite à la province d’Abkhazie dans le Nord. L’armée russe, se fondant sur les liens entre les Russes et les Sud-ossètes [1], n’a pas hésité à bombarder la province après les assauts des troupes géorgiennes contre la milice des séparatistes sud-ossètes le 7 août. Le 16 août, un cessez-le-feu est rapidement signé, et met temporairement fin au conflit sans pour autant régler les revendications ossètes et abkhazes vis-à-vis de la Géorgie. L’OTAN avait des raisons d’être inquiète :  cette crise déstabilise une ancienne république de l’URSS, alors même que l’Alliance a été fondée dans l’optique d’être une force armée du bloc de l’Ouest en plein contexte de la Guerre froide. De plus, les frontières communes de la Géorgie avec la Turquie inquiète l’OTAN qui craint que cette dernière n’intervienne.  Quelle est donc la place réelle de l’OTAN dans ce conflit ?

 Lors d’une réunion d’urgence du Conseil de l’Atlantique Nord, le 19 août 2008, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’OTAN ont appelé à une solution pacifique et durable au conflit, qui respecterait l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Géorgie, conformément au droit international public. Ces ministres ont notamment dénoncé l’usage de la force, celui-ci n’étant pas conforme aux engagements en matière de règlement pacifique des conflits pris à la fois par la Géorgie et par la Russie dans le cadre du Partenariat pour la paix. L’action militaire menée par Moscou a été jugée largement disproportionnée, et surtout incompatible avec son rôle de maintien de la paix. L’OTAN a donc appelé la Russie à retirer immédiatement ses troupes des zones, conformément à l’accord passé par l’Union européenne.

 Le 27 août 2008, le Conseil de l’Atlantique Nord a condamné la reconnaissance par la Russie des régions géorgiennes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie en tant qu’États indépendants. De même, l’OTAN ne reconnaît pas les élections organisées dans ces régions séparatistes, leur reprochant également d’empêcher un règlement pacifique et durable de la crise russo-géorgienne.

 

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Le conflit géorgien en août 2008



L’entrée géorgienne dans l’OTAN est ainsi compromise par la présence de troupes russes dans les provinces géorgiennes séparatistes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, où la Russie dispose d’importantes bases militaires. Cette présence est considérée par Tbilissi, capitale et siège du gouvernement géorgien, comme une « occupation » illicite de son territoire au sens du droit international. La Géorgie a perdu le contrôle total de ces deux régions, ce qui a été en faveur du Kremlin. En effet, la Russie a tout intérêt à placer ces deux régions dans sa sphère d’influence directe : sa présence en Abkhazie lui sert d’accès à la mer Noire tandis que l’Ossétie du Sud est stratégique pour le transport du gaz russe.

L’Ossétie du Sud tournée à 99% vers Moscou. Dès 1992, seulement un an après l’indépendance de la Géorgie vis-à-vis de la Russie, et à la suite d’un référendum non reconnu par la communauté internationale, l’Ossétie du Sud a proclamé unilatéralement sa propre indépendance et fait sécession de la Géorgie. Toutefois,  cette indépendance n’est reconnue par Moscou qu’en 2008. Les autorités russes ont alors débloqué près de 500 millions de roubles (environ 6,7 millions d’euros) pour soutenir l’Ossétie du Sud, en rénovant les infrastructures de la région, marquées par la guerre. Depuis, le budget de l’Ossétie du Sud dépend quasi-uniquement de l’aide russe.
Ce territoire de 3.900 km² est considéré par le reste de la communauté internationale comme partie intégrante de la Géorgie. Cependant, la grande majorité de ses 50.000 habitants ont la citoyenneté russe (70% en 2008, et 54% des Sud-Ossètes ont la double nationalité russo-géorgienne), offerte par le gouvernement russe à tous les Sud-Ossètes depuis 1992 [2] ; la monnaie nationale est le rouble et son économie est tournée à 99% vers Moscou, avec laquelle elle a noué des accords économiques stratégiques.
L’Ossétie du Sud a voté un référendum en 2017 sur son rattachement à la Fédération russe. Le référendum, validé à 80% par la population sud-ossète mais non reconnu par Tbilissi, porte sur le changement du nom du pays de « Ossétie du Sud » en « Ossétie du Sud-Alanie », en référence à la population alaine, à l’origine des Ossètes. L’Ossétie du Nord-Alanie voisine est une république membre de la Fédération de Russie, ce qui ne laisse pas de doute quant à la volonté de l’Ossétie du Sud de se rapprocher de la Fédération russe, voire de la rejoindre à plus long terme.

L’Abkhazie, autre région inféodée au Kremlin. La présence de 3500 soldats russes en Abkhazie retarde également l’intégration de la Géorgie dans l’OTAN et l’UE. Toutefois, cette présence permet de promouvoir l’Union économique eurasiatique lancée par Vladimir Poutine en 2015, qui a pour objectif de créer un marché commun sur le même modèle que celui de  l’Union européenne. Moscou prend en effet en charge 60% du budget abkhazien dans le cadre d’un accord de coopération de 2014.
Contrairement à l’Ossétie du Sud, cette région séparatiste au nord de la Géorgie considère comme légale la présence militaire russe, elle-même souhaitée par le gouvernement abkhaze dans le cadre d’accords bilatéraux officiels. Elle n’en demeure pas moins illégale pour le reste de la communauté internationale.


Le cadre de la coopération OTAN-Géorgie

Créée en septembre 2008 à la suite de la crise russo-géorgienne, la Commission OTAN Géorgie (COG) constitue le cadre de la coopération. Elle a pour objectif d’aider la Géorgie à réaliser ses aspirations euro-atlantiques. Un programme national est présenté chaque année par cette Commission, fixant des objectifs concrets de réforme : les réformes des secteurs politique, militaire et sécuritaire figurent parmi les domaines clés de la coopération. Les priorités de la Géorgie consistent à transformer son secteur public et privé pour favoriser la démocratie, la bonne gouvernance, l’état de droit et un développement social et économique durable.
Une priorité majeure pour la Géorgie consiste à assurer le contrôle démocratique de ses forces armées, à assurer un contrôle judiciaire efficace et à mettre en place des dispositifs de commandement et de contrôle appropriés dans le secteur de la défense.
L’amélioration de la formation et de l’entraînement est également essentielle pour les efforts de réforme de la Géorgie dans le domaine de la défense. L’OTAN mène un programme sur mesure destiné à la Géorgie – le programme de renforcement de la formation « défense » (DEEP). Le programme DEEP avec la Géorgie a débuté en 2009, avec pour objectif principal d’apporter une aide à l’Université nationale de défense (NDA) et à l’Académie militaire (cursus de 4 ans) ainsi qu’un soutien au Centre de formation des sous‑officiers.

Concrètement, que fait la Géorgie vis-à-vis de l’OTAN ? En 1992, bien avant le conflit de l’été 2008, la Géorgie devient membre du Conseil de coopération nord-atlantique, nouvellement créé (auquel succèdera en 1997 le Conseil de partenariat euro-atlantique). Cette position n’est pas unique, 21 pays non membres de l’OTAN sont également présents dans ce Conseil, parmi lesquels figurent la Russie elle-même. De même, la Géorgie adhère au Partenariat pour la paix (PPP) en 1994, programme visant à développer la coopération en matière de sécurité et de défense entre l’OTAN et les pays partenaires. Le dialogue et la coopération se sont approfondis après la « révolution des roses » de 2003, lorsque le nouveau gouvernement s’est résolument lancé sur la voie de réformes plus ambitieuses. Depuis lors, chaque sommet de l’OTAN a confirmé la volonté de faire adhérer la Géorgie à l’Alliance, sous condition de réformer le pays.
Grâce à sa participation régulière à des entraînements et à des exercices du PPP, la Géorgie est aujourd’hui en mesure de contribuer activement à la sécurité euro-atlantique en apportant son appui à des opérations dirigées par l’OTAN. Ainsi, des soldats géorgiens ont travaillé aux côtés de soldats de l’OTAN dans le cadre de l’opération de maintien de la paix au Kosovo (KFOR) de 1999 à 2008.
De plus, parmi les pays non membres de l’OTAN, la Géorgie a été l’un des plus gros fournisseurs de troupes à la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS). Cette force opère en Afghanistan et constitue la composante militaire de la coalition, sous l’égide de l’OTAN et mandatée par les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. À l’heure actuelle, la Géorgie compte également parmi les principaux contributeurs du « Resolute Support » en Afghanistan – mission de suivi dirigée par l’OTAN visant à dispenser formation, conseil et assistance aux forces afghanes. Le gouvernement géorgien s’est par ailleurs engagé à fournir un soutien financier pour le développement ultérieur des forces de sécurité nationales afghanes.
La Géorgie a également participé à l’opération de surveillance maritime « Active Endeavour » que l’OTAN a menée en Méditerranée depuis 2010 à des fins de lutte contre le terrorisme. Sa contribution s’est essentiellement manifestée au travers de l’échange de renseignements.



Les efforts géorgiens pour rejoindre l’OTAN et l’évolution de la situation

Tbilissi a fait des efforts pour se rapprocher de l’OTAN et de l’UE. Son armée a été déployée au côté des forces américaines en Irak jusqu’en 2008, ainsi qu’en Afghanistan jusqu’en 2014. Elle est aujourd’hui encore présente en Centrafrique. Toutefois, comme l’a affirmé l’ancien secrétaire d’Etat américain John Kerry, le processus d’intégration de la Géorgie dans ces deux organisations prendra du temps – bien qu’un partenariat de défense existe déjà entre la Géorgie et les Etats-Unis ; et bien que les pays membres de l’Alliance ont promis en 2008 à la Géorgie qu’elle pourrait un jour rejoindre l’organisation.
Cependant, depuis l’arrivée au pouvoir en 2013 de l’oligarque milliardaire Bidzina Ivanichvili du parti Rêve géorgien, Tbilissi a multiplié les signes de bonne volonté envers Moscou. Pour les Russes, la Géorgie est effectivement stratégique sur les plans économique et militaire – ce qui en fait donc également un atout pour l’OTAN. On comprend alors aisément toutes les manœuvres et rapprochements opérés pour intégrer progressivement la Géorgie dans l’Alliance Nord-Atlantique.

Le dernier grand coup du couple OTAN-Géorgie a eu lieu en 2015. En août, l’OTAN a inauguré un centre d’entraînement en Géorgie au grand dam de Moscou, qui a aussitôt dénoncé une « provocation » de la part de l’OTAN qui chercherait à étendre sa zone d’influence géopolitique. Ce centre « aidera la Géorgie à poursuivre ses efforts en vue de rendre ses forces armées plus modernes et plus fortes face aux défis du XXIe siècle », selon les propos du secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. « Il sera aussi important pour l’entraînement des troupes des alliés et des partenaires » de l’Alliance. Ainsi, grâce à cette nouvelle infrastructure, la Géorgie concrétise de plus en plus son adhésion prochaine à l’OTAN. Voulant rassurer la Russie voisine, le premier ministre géorgien a assuré que le centre « ne sera pas dirigé contre les pays voisins, mais renforcera la sécurité régionale, la stabilité et la paix », tout en améliorant l’entrainement de l’armée géorgienne. En effet, la Russie considère que ce site militaire est un facteur important de déstabilisation pour la sécurité régionale.

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Affiche géorgienne dans les rues de Tbilissi


Toutes deux opposées à la Russie pour des questions territoriales, la Géorgie et l’Ukraine se sont rapprochées ces dernières années – notamment dans le contexte du conflit russo-ukrainien. Les deux pays ont annoncé en juillet 2017 leur intention d’œuvrer en commun pour une intégration à l’OTAN et à l’Union européenne, se sentant confrontées aux mêmes menaces sur leur indépendance et leur démocratie. L’intégration de la Géorgie dans l’OTAN semble de plus en plus proche : en mai 2017, la Géorgie accueille la session de printemps de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, signe d’une volonté d’inclure le pays dans le processus de décision et d’en faire une place forte de l’OTAN comme une autre.

 

Aliénor Chéreau

 

[1] Les Ossètes sont historiquement présents dans la région du Caucase, à la fois en Géorgie et en Russie.

[2] Pour justifier l’octroi de la nationalité russe à ces populations, la Russie fait appel à un principe reconnu par le droit international public : l’inadmissibilité de la condition d’apatride. En effet, les Abkhazes et les Ossètes ont refusé la nationalité géorgienne.

 

Sources :

“Relations avec la Géorgie″, site internet officiel de l’OTAN. [En ligne]. URL :  http://www.nato.int/cps/fr/natohq/topics_38988.html 

CETTOUR ROSE, Dominique, “La Géorgie, tiraillée entre l’OTAN et la Russie », site internet Geopolis. Publié le 8 octobre 2016 [En ligne]. URL : http://geopolis.francetvinfo.fr/la-georgie-tiraillee-entre-l-otan-et-la-russie-120843 

LAGNEAU, Laurent, “L’Ukraine et la Géorgie vont oeuvrer ensemble pour intégrer l’OTAN et l’Union Européenne », site internet Opex 360. Publié le 20 juillet 2017 [En ligne]. URL :  http://www.opex360.com/2017/07/20/lukraine-et-la-georgie-vont-oeuvrer-ensemble-pour-integrer-lotan-et-lunion-europeenne/ 

“Camp de l’OTAN en Géorgie, fureur de Moscou », site internet Le Figaro. Publie le 27 août 2015. [En ligne]. URL : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2015/08/27/97001-20150827FILWWW00231-camp-de-l-otan-en-georgie-fureur-de-moscou.php 

“En Géorgie, l’ouverture d’une base de l’OTAN provoque la colère de Moscou », site internet  RFI. Publié le 27 août 2015 [En ligne]. URL : http://www.rfi.fr/europe/20150827-georgie-ouverture-une-base-otan-provoque-colere-moscou-russie



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